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Rapport
fait au nom de la commission spéciale sur le projet
de loi relatif à la bioéthique
Table
ronde sur les greffes d'organes ou de cellules à partir
de donneurs vivants avec la participation de :
M. le Professeur Gérard BENOÎT, Secrétaire
général
de la société française de transplantation,
M. le Professeur Marc-Olivier BITKER, Unité de transplantation
rénale
et pancréatique, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière
(Paris),
M. le Professeur Olivier BOILLOT, Unité de transplantation
hépatique, Hôpital Edouard-Herriot (Lyon),
M. le Professeur Jean-Paul COUETIL, Service de chirurgie cardiaque,
Hôpital Bichat (Paris),
M. le Professeur Didier HOUSSIN, Directeur général
de
l'Etablissement français des greffes,
M. le Professeur Henri KREIS, Unité de transplantation
rénale,
Hôpital Necker-Enfants malades (Paris),
M. le Professeur Jean-Paul SOULILLOU, Président du
Conseil scientifique de l'Etablissement français des
greffes,
M. le Professeur Jean-Paul VERNANT, Service d'hématologie
clinique,
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière
(Paris),
M. Régis VOLLE, Président de la Fédération
nationale d'aide aux insuffisants rénaux (FNAIR)
(Extrait
du procès-verbal de la séance du 19 décembre
2001)
Présidence
de M. Alain Claeys, rapporteur,
puis de M. Bernard Charles, président
M.
Alain Claeys, rapporteur.
- Mesdames, messieurs, le projet de loi relatif à la
bioéthique prévoit d'élargir la catégorie
des donneurs vivants notamment en ouvrant cette possibilité
aux personnes entretenant avec le receveur des liens étroits
et stables, de nature à garantir le respect des principes
généraux du consentement libre et éclairé
et de la gratuité. Cet élargissement se situe
dans le contexte particulier d'un manque de greffons, ce qui
peut représenter d'ores et déjà un argument
pour le développement des greffes avec donneur vivant.
D'autre
part, il existe dans le monde une grande diversité
concernant la pratique de ce type de greffe. En 1993, aux
Etats-Unis, par exemple, ce type de greffe représentait
40 % du total des greffes. Cette proportion n'était
que de 4 % en France.
Mais
cette pratique divise, semble-t-il, la communauté médicale
et nous sommes là pour en discuter. En effet, pour
certains, le premier des principes médicaux est le
" ne pas nuire ". Comme l'écrit le professeur
Couetil dans la revue Le Courrier de la transplantation, "
Le risque vital et fonctionnel pour le donneur vivant doit
toujours être vivant dans nos préoccupations
et nos décisions, et reste le facteur limitant essentiel
de cette activité de transplantation ".
Il
nous appartient donc d'entendre les différents arguments
en présence. Je remercie mes collègues et nos
invités de participer à cet échange de
vues.
Permettez-moi
de vous présenter rapidement nos intervenants et je
demanderai ensuite à chacun d'eux d'intervenir cinq
minutes avant que nous n'engagions le débat.
M.
le professeur Gérard Benoît est chirurgien transplanteur
au service d'urologie du centre hospitalier universitaire
de Bicêtre et secrétaire général
de la Société française de transplantation.
Il nous présentera les arguments scientifiques et médicaux
qui militent en faveur d'un don d'organes entre personnes
vivantes.
M.
Jean-Paul Soulillou est président du Conseil médical
et scientifique de l'Etablissement français des Greffes.
Il dirige le centre de transplantation rénale de Nantes,
le plus important de France. Il nous fera un état des
lieux du don entre vivants, en termes de donneurs et de receveurs,
quels sont les principaux bénéficiaires du don
d'organe avec donneurs vivants et avec quels résultats.
Puis
nous aborderons les aspects plus spécifiques des greffes
à partir de donneurs vivants, selon les organes greffés.
Nous
entendrons le professeur Bitker, responsable du programme
de transplantation rénale et pancréatique et
coordonnateur de l'enseignement de néphrologie de l'UFR
de la Pitié-Salpêtrière. Il dressera un
état des lieux de la transplantation rénale
en France et abordera l'évaluation des résultats
de cette pratique, les problèmes éthiques qu'elle
soulève, en terminant par des propositions de modifications,
s'il l'estime nécessaire.
M.
Henri Kreis, professeur de néphrologie à l'université
de Paris, est chef du département de transplantation
d'organes à l'hôpital Necker. Il abordera les
aspects particuliers de la transplantation rénale chez
les jeunes enfants et il nous exposera les problèmes
spécifiques liés à cette population.
M.
Olivier Boillot, professeur de chirurgie digestive et responsable
de l'unité fonctionnelle de transplantation hépatique
de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon, nous exposera
les caractéristiques de la transplantation hépatique
avec donneur vivant, tant en termes de comparaison avec les
greffes à partir de greffons cadavériques, la
pratique à l'étranger et les perspectives de
cette pratique.
M.
le professeur Jean-Paul Couetil est chirurgien au service
de chirurgie cardio-vasculaire de l'hôpital Bichat-Claude
Bernard et rédacteur en chef de la revue Le Courrier
de la transplantation. Il nous donnera un aperçu de
la transplantation lobaire pulmonaire à partir de donneurs
vivants, ses implications et ses résultats ainsi que
les problèmes éthiques particuliers qu'elle
soulève, compte tenu du taux élevé de
mortalité chez le receveur, 30 % par an. C'est donc
un sujet extrêmement important.
M.
Jean-Paul Vernant, chef du service d'hématologie clinique
du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière,
est professeur en hématologie. Il nous expliquera les
particularités du recours à la greffe des cellules
souches hématopoïétiques que le projet
de loi prévoit d'insérer dans la catégorie
des tissus et cellules et non plus des organes. C'est là
une modification du projet. L'évolution des techniques
nécessite donc un cadre juridique garantissant la protection
des patients tout en permettant de s'adapter.
M.
Régis Volle, président de la fédération
nationale d'aide aux insuffisants rénaux nous présentera
le point de vue des patients en attente de greffe.
M.
Didier Houssin, directeur général de l'établissement
français des greffes abordera les aspects juridiques
et éthiques liés aux dons en matière
d'incitation, d'information et de consentement. Il nous résumera
les propositions de l'Etablissement français des greffes
pour améliorer la législation.
Je
dois excuser le professeur Cochat, spécialiste de transplantation
rénale chez l'enfant à l'hôpital Edouard
Herriot à Lyon. Il aurait souhaité participer
à notre table ronde mais il nous prie de l'excuser,
n'ayant pu reporter une consultation.
M.
Jean-Michel Dubernard. - Je souhaite m'adresser à mes
confrères pour leur expliquer que depuis dix-huit mois
nous avons eu toute une série d'auditions et d'ailleurs
certains ont déjà été auditionnés
par notre groupe. L'impression que j'ai eue de la part de
mes collègues, parlementaires cette fois, est que les
informations qui leur sont parvenues, soit en faveur soit
contre la transplantation à partir d'organes prélevés
chez le donneur vivant, étaient incomplètes,
pas tout à fait objectives et surtout pas tout à
fait étayées par un raisonnement établi
sur l'expérience d'un certain nombre de groupes.
Je
me sens, étant juge et partie, incapable d'être
objectif ! Mais quand j'ai entendu ce que j'ai entendu sur
les aspects positifs de la transplantation à partir
de donneurs vivants - être greffé sans trop attendre,
avoir des résultats incontestablement supérieurs
- et sur les aspects négatifs - les risques encourus
par le patient, les dérapages potentiels vers le commerce
d'organes ...- j'ai eu l'impression que tout cela n'était
pas tout à fait bien " métabolisé
" par mes collègues députés. Ils
avaient reçu des informations, certes, mais ces informations
n'étaient pas assez complètes et ne reposaient
pas sur un socle solide.
Telles
sont les raisons qui m'ont poussé à demander
à M. Claeys d'organiser cette réunion. C'est
l'état d'esprit dans lequel il faut que vous répondiez,
me semble-t-il, pour qu'à la fin de cette réunion,
on sache si, oui ou non, nous prenons une position claire.
M.
Alain Claeys, rapporteur.
- Nous sommes donc dans " une session de rattrapage ".(Sourires)
En tout cas, cette table ronde est utile. La commission a
souhaité approfondir un certain nombre de sujets et
notre collègue Dubernard a raison. C'est ce que nous
avons fait sur le clonage thérapeutique par une audition
particulière, laquelle était souhaitée
par lui et elle était souhaitable.
M.
Gérard Benoît.
- Quelles sont les greffes possibles ? Quel est le risque
pour le donneur ? Quel est l'avantage en termes de résultats
?
(M.
Benoît commente une série de diapositives.)
Trois
greffes sont possibles : pulmonaire, hépatique et rénale.
Je me suis basé sur les registres français,
américains et européens pour vous répondre.
Des
greffes pulmonaires sont faites aux Etats-Unis. Cent receveurs
ont été greffés avec deux personnes de
leur entourage, chacune ayant donné un lobe. Sur cette
série, aucun risque pour le donneur. M. Couetil vous
en reparlera sans doute en détail tout à l'heure.
Le
choix, c'est le registre européen. Ce diagramme vous
montre la grande augmentation des donneurs vivants faits chez
les adultes en transplantation hépatique en Europe.
Il
y a eu quatre décès sur 430 donneurs vivants
de foie en Europe. Vous pouvez lire les causes. M. Boillot
pourra entrer dans le détail. On voit bien que le risque
est de près de 1 % lorsqu'il s'agit de donneurs vivants
de foie.
On
voit l'avantage qu'il peut y avoir pour les receveurs. Cette
courbe du registre européen - elle date d'une semaine
environ - montre en haut la courbe des donneurs vivants ;
la courbe intermédiaire est celle qui concerne la coupure
du foie en deux pour faire deux greffes ; la courbe du bas
est celle des donneurs cadavériques. Les résultats
montrent que les greffes faites à partir de donneurs
vivants sont supérieures à celles faites avec
des cadavres.
Nous
avons donc vu le poumon et le foie. Pour le rein, Didier Houssin
pourra vous exposer les chiffres de l'Etablissement français
des greffes. Je vous indique ici les chiffres qui montrent
la survie du greffon en France avec un avantage aux greffes
faites à partir du vivant par rapport à celles
faites à partir de cadavres.
Pour
la mortalité, j'ai retrouvé le chiffre classique,
établi par Najarian : 20.000 greffes et 0,03 % de décès.
Les décès sont donc possibles mais ils sont
rares.
Un
chiffre m'a énormément surpris d'autant que
je ne le connaissais pas. En allant dans le registre américain,
j'ai vu les derniers chiffres de demi-vie du greffon fait
aux Etats-Unis. Un rein sur deux est efficace. Il est de dix
ans pour les reins prélevés chez des cadavres,
de dix-sept ans quand le rein est prélevé dans
l'entourage non familial, de seize ans quand c'est un frère
et beaucoup plus quand c'est un HLA identique mais, à
mon avis, ces chiffres sont sujet à caution.
D'après
ces chiffres du registre américain, on voit donc bien
que les donneurs vivants donnent une demi-vie du greffon supérieure
à celle des reins de cadavres.
Cette
diapositive fait apparaître en jaune l'augmentation
des greffes faites aux Etats-Unis ; la courbe en vert est
celle du nombre de greffes faites à partir de reins
de cadavres : pas d'augmentation ; la courbe rouge fait apparaître
une augmentation des dons du vivant.
Que
montre ce tableau compliqué et brut qui est sur Internet
? Il montre les greffes avec des vivants et des non-apparentés.
Il y a aussi celles que j'accepte volontiers, la famille,
les épouses et les amis. En pratique, cette augmentation
permet de distinguer deux parties : la famille, les épouses,
les concubins, les Pacsés, c'est-à-dire des
personnes qui ont déjà des "contrats"
avec leur partenaire ; puis les amis, pour lesquels les choses
me paraissent plus complexes.
Malgré
tout, on voit qu'une augmentation a été possible
et qu'il faut y réfléchir.
En
1998, la société dont je fais partie avec beaucoup
de mes collègues ici avait réfléchi aux
problèmes de la loi de bioéthique. Nous avions
insisté sur quelques points.
Il
fallait que les pouvoirs publics participent à l'information
à la fois sur le don du cadavre et sur le don du vivant.
Il
fallait étendre le don plus largement à la famille
génétique et aussi aux personnes émotionnellement
liées - époux, concubins et Pacs - et bien sûr
garder un contrôle juridique sérieux et important
de cette procédure.
Tels
sont les quelques points sur lesquels je voulais insister.
M.
Jean-Paul Soulillou.
- Monsieur le rapporteur, pour suivre plus spécifiquement
les questions que vous aviez suggérées dans
votre courrier, je vais essentiellement parler du rein. D'autres
collègues sont plus compétents que moi pour
parler d'autres organes.
Je
voudrais redire des choses que vous connaissez certainement
déjà et évoquer quelques points simples.
La
spécificité française par rapport au
faible nombre de transplantations à partir de donneurs
vivants devient un peu emblématique, parce que l'on
compare toujours classiquement la France aux Etats-Unis, laquelle
est maintenant isolée en Europe. Nos collègues
suisses - qui ne sont pas réputés pour être
des têtes brûlées - réalisent plus
de 50 % actuellement ; cela démarre aussi en Angleterre.
La France partage avec l'Espagne des chiffres inférieurs
à 5 %.
Je
ne crois pas que ce chiffre soit un signe de prudence mais
je l'analyse comme un manque.
M.
Houssin reviendra sur le fait que va paraître une information
très importante issue de l'Etablissement français
des Greffes, information qui va certainement changer les choses.
Cela dit, elles évoluent déjà en France
et à mon sens le chiffre sera cette année de
10 %. Une fois cette barre dépassée, nous le
savons, les choses décollent.
Nous
sommes donc dans une période intermédiaire où
la France va certainement rejoindre le peloton des autres
pays.
A
ce titre là, j'attire votre attention sur le fait que
cette loi que nous attendons tous va nous engager pour très
longtemps, peut-être une décennie. Certaines
choses nous paraissent maintenant quelque peu curieuses techniquement.
C'est par exemple la possibilité de pouvoir permettre
des échanges entre familles différentes, lorsqu'une
transplantation n'est pas possible parce que la compatibilité
des groupes sanguins ABO ne la permet pas.
J'attire
votre attention ! Il va falloir permettre ces échanges
car le but est de faire ce type de transplantation avec des
gens motivés qui ont des liens forts. C'est leur droit
de citoyen de pouvoir avoir accès à ce type
de technique. Cela fonctionne aux Etats-Unis. Pour le moment
en France ce n'est pas vraiment à l'ordre du jour mais
cela le deviendra dans cinq-dix ans. Je crois que la porte
doit être ouverte, évidemment avec un système
de commission de régulation pour que nous puissions
avoir un regard sur tous les aspects de ces échanges-là.
Deux
autres points me paraissent importants.
La
transplantation à partir de donneurs apparentés
dans le domaine du rein réglerait pratiquement le problème
français, problème énorme. Dans dix ans,
il y aura plus de 7000 personnes en attente. Le coût
financier est énorme mais le coût humain sera
encore plus difficile à supporter. L'attente pourra
durer dix ans pour des gens défavorisés. La
transplantation à partir de donneurs vivants résoudrait
donc une partie de ce problème.
C'est
une pratique qui, quantitativement et qualitativement, est
très importante. Il faut comprendre qu'elle permet
d'augmenter les greffes mais aussi leur qualité. Les
greffes durent plus longtemps, ce qui augmente l'effet simple
du nombre.
M'étant
intéressé à ce problème de transplantation
à partir de donneurs vivants et pour avoir discuté
beaucoup avec les malades, je sais que certaines familles
sont choquées que notre pays ne leur offre pas cette
possibilité. Des gens seraient prêts à
donner un rein à l'intérieur de leur famille
et ils sont choqués des difficultés qu'ils ont
à pouvoir réaliser ce don. Comme vous le savez,
certains essaient d'aller à l'étranger. Par
delà le problème médical, se pose aussi
cet important " problème citoyen ".
M. Marc-Olivier Bitker.
- Je veux insister sur plusieurs aspects.
Premièrement,
la loi bioéthique de 1994 insistait énormément
sur le recueil par le témoignage des proches de la
volonté du défunt lorsqu'il s'agit de transplantation
de rein de cadavre. Or il n'est probablement pas de meilleur
témoignage que celui d'un vivant qui peut non seulement
donner ou ne pas donner son accord mais surtout revenir sur
un accord éventuel. Quelquefois, le rôle de l'équipe
médicale est alors de faire que ce retour sur un accord
préalablement donné soit non pas masqué
mais présenté de telle sorte qu'il ne choque
pas un éventuel receveur. Mais encore une fois, la
première liberté est celle de s'exprimer quand
on est vivant. Bien sûr, il faut s'assurer que le don
du vivant n'est pas sous contrainte mais tel est aussi le
rôle éventuellement des comités d'experts
ou des comités de sages dont la Société
française de transplantation avait vivement souhaité
la création. En tout cas, je crois que le don du vivant
est le meilleur don qui soit, d'autant que les choses ne se
font pas en quelques heures, du moins en transplantation rénale.
On prend le temps d'en parler à de nombreuses reprises
et le futur donneur voit de nombreux membres de l'équipe
médicale ou paramédicale.
Deuxièmement,
si le devenir des donneurs - un des très gros problèmes
éthiques posés par ce type d'activité
- a pu faire l'objet de quelques craintes au début
des années 1980, la plupart des équipes, dont
la nôtre, ont travaillé sur ce sujet. En dehors
de la mortalité péri-opératoire relevée
dans l'étude de Najarian, il est actuellement prouvé
de la manière la plus formelle qui soit, tant par les
équipes américaines que par les équipes
nordiques, où la transplantation rénale à
partir de donneurs vivants est très répandue,
que le devenir des donneurs est strictement identique à
moyen et long termes à celui des gens n'ayant pas donné,
par exemple de leurs frères et s_urs qui, eux, n'ont
pas fait l'objet d'un prélèvement de leur vivant.
Ils ont les mêmes maladies, la même incidence
de problèmes de santé néphrologiques
ou non néphrologiques. C'est maintenant une certitude
scientifiquement assise et de nombreuses publications existent
à ce sujet.
Troisièmement,
la situation dans le monde nous met actuellement, nous, Français,
dans une situation qui n'est pas particulièrement en
avance dans ce domaine puisque, comme cela été
dit tout à l'heure, aux Etats-Unis c'est, selon les
centres, entre 40 et 60 % de transplantations rénales
à partir de donneurs vivants. C'est 8 % en Europe,
25 à 40 % dans les pays nordiques. La France, avec
4 % pour le moment, est encore très en retard, probablement
pour des raisons culturelles sur lesquelles nous reviendrons
peut-être.
Je
veux dire aussi à quel point, nous, transplanteurs
rénaux, sommes actuellement frappés du fait
de la pénurie de greffons d'origine cadavérique.
Nous avons tendance à élargir les indications
ou à diminuer les contre-indications au prélèvement
d'organes chez les patients en état de mort encéphalique
et nous sommes de temps en temps confrontés à
des problèmes extrêmement difficiles pour décider
de greffer ou de ne pas greffer un rein prélevé
chez des sujets par exemple âgés ou ayant des
pathologies, notamment vasculaires. C'est là un véritable
problème et le devenir à moyen terme de nos
greffés rénaux à partir de reins prélevés
chez les patients en état de mort encéphalique
est certainement un souci. Il serait en grande partie résolu
par un élargissement des possibilités de prélèvement
chez les sujets vivants.
Je
crois qu'il n'est plus la peine de revenir sur l'intérêt
qu'il y a à recevoir un rein HLA identique venant d'un
frère ou d'une soeur. C'est la même chose pour
des reins semi-identiques par rapport aux reins de cadavres.
Mais il est particulièrement intéressant de
voir les résultats publiés par une équipe
nordique, en l'occurrence Ferhman-Ekholm et ses collaborateurs,
étudiant le devenir des receveurs ayant reçu
des reins de conjoint : les résultat sont encore supérieurs
à ceux obtenus pour les malades ayant reçu des
reins de frère ou de soeur HLA semi identique ou de
leurs parents qui sont, par définition, semi identiques.
Notons
un point qui fait parfois sourire les personnes de sexe féminin
: ces résultats sont les meilleurs obtenus, à
par le HLA identique, lorsqu'une femme donne à son
mari, l'inverse n'étant pas tout à fait vrai.
Souvent, les femmes s'immunisent contre leur mari à
l'occasion des grossesses.
Actuellement,
dans notre centre, la transplantation rénale à
partir de donneurs vivants représente 20 % de l'activité.
Nous avons commencé à développer ce programme
en 1991 ; l'augmentation a été très régulière.
Comme le disait précédemment Jean-Paul Soulillou,
quand on a commencé, on est tellement impressionné
par la qualité des résultats qu'on a envie de
continuer. Actuellement, nous sommes donc à 20 %.
Je
veux évoquer aussi l'aspect économique dont
il est actuellement très à la mode de parler
chaque fois qu'il s'agit de médecine. Le souhait de
tous nos gouvernants, de quelque bord qu'ils soient, est que
nous donnions le meilleur soin au moindre coût. Précisément,
la transplantation rénale à partir du donneur
vivant est un exemple absolument caractéristique des
meilleurs résultats obtenus chez le patient malade,
avec un coût moindre, puisque les épisodes de
rejet, les complications liées à l'immunosuppression
sont plus faibles que chez les patients recevant des reins
de cadavre du fait que les reins greffés sont plus
compatibles et de meilleure qualité.
Enfin,
je veux dire à quel point j'adhère complètement
aux propositions qui avaient été faites par
la Société française de transplantation
lors de ses assises en 1998. Nous pensions qu'il serait souhaitable
d'élargir au conjoint la possibilité de greffes
au sein de la famille cette fois-ci non génétique.
M.
Jean-Paul Soulillou a posé le problème de savoir
s'il ne faut pas aller un tout petit peu plus loin lorsqu'il
existe des incompatibilités dans le système
ABO. On pourrait très bien imaginer que, encore une
fois sous le contrôle de comités de sages ou
d'experts - je préfère le premier car les transplanteurs
ont besoin de temps en temps d'être freinés ou
contrôlés dans le bon sens du terme par des gens
sages - cette possibilité soit élargie aux beaux-frères
ou aux belles-s_urs, dans certains cas particuliers et après
une étude soigneuse. Bien entendu, il est fondamental
que le caractère de conjoint ne soit pas seulement
établi par le fait qu'ils ont signé un papier
mais aussi par une véritable vie de conjoint, témoignages
à l'appui. Ce point me paraît important mais
c'est là le rôle des comités de sages.
La
SFT avait aussi pensé que dans certains cas particuliers,
notamment lorsque les grands-parents sont très jeunes,
les reins de grands-parents pouvaient être utilisés.
Nous étions un peu réticents et même assez
réticents à la transplantation entre donneurs
vivants sans relations génétiques, lorsqu'ils
sont simplement amis. Mais ce point peut certainement être
rediscuté probablement au cas par cas et sous le contrôle
de comités de sages.
M.
Henri Kreis.
- Mesdames et messieurs les membres de la commission, vous
aurez probablement compris au cours des auditions précédentes
que les intérêts qui gouvernent chacun d'entre
nous sont fondamentalement différents et que la manière
de présenter les données n'est pas fausse mais
souvent sortie de son contexte et donc avec l'introduction
de biais.
Je
veux d'abord régler plus particulièrement la
question des enfants sur laquelle vous m'avez demandé
mon avis. Je crois que cette question ne pose aucun problème,
en particulier lorsque le don provient d'un parent du premier
degré. Il est clair qu'il ne peut y avoir aucune suspicion,
aucun doute sur la volonté d'un parent de donner un
organe à ses enfants. La surprise tient plutôt
au fait qu'il n'y a pas 100 % de dons pour les enfants. Les
propositions de ces dons sont inférieures à
50 %, ce qui met déjà une certaine réserve
sur la valeur du don dans d'autres circonstances que celle
du parent à l'enfant. Mais laissons de côté
ce problème qui, à mon avis, est simple et sur
lequel tout le monde sera sans doute d'accord, et revenons
au problème plus général des transplantations
pour des personnes adultes.
Il
faut se mettre dans un contexte différent selon que
l'on est en période de pénurie ou en période
de non pénurie. Les résultats qui vous ont tous
été présentés aujourd'hui sont
tous des résultats observés en période
de pénurie. Qu'est-ce que cela change ?
En
période de pénurie, on utilise des organes de
moins bonne qualité que lorsqu'on n'est pas en période
de pénurie. Depuis dix ans, nous utilisons de plus
en plus d'organes dits marginaux. Cela veut dire qu'ils proviennent
de donneurs âgés, présentant déjà
lorsqu'on les transplante des lésions plus ou moins
sévères. Mais si nous nous reportons aux années
de non-pénurie - il y a quinze ou vingt ans, voire
plus - on s'aperçoit que les reins provenant de donneurs
décédés de morts encéphalique
avaient une qualité de survie qui était identique
à celle des donneurs vivants, sauf les donneurs qui
sont HLA identique, lesquels représentent 25 % simplement
de la fratrie. Tous les autres reins avaient des survies qui
étaient identique à ceux obtenus avec les organes
prélevés sur des donneurs morts.
Faut-il
donc aujourd'hui, en période de pénurie, prendre
des décisions définitives ? Personnellement,
je pense que non. Les décisions que nous devons prendre
actuellement doivent être à terme et à
court terme. D'autre part, on ne peut pas désincarner
le problème du prélèvement sur donneur
vivant de l'ensemble du problème de la transplantation
d'organes ou même de l'ensemble de l'utilisation du
corps humain.
Le
problème de la transplantation d'organes dans son ensemble
doit envisager à la fois le cadavre et le donneur vivant.
On dit aujourd'hui, et tout le monde accepte l'idée,
que nous sommes en période de pénurie. Cette
pénurie est-elle réelle ou est-elle simplement
de fait, parce que l'on ne va pas chercher, parce que l'on
ne s'est pas donné les moyens d'obtenir les bons donneurs,
les bons organes et de les obtenir tous ?
Ce
problème a été pris en mains par les
transplanteurs depuis 1969 ou 1970. Cela a été
probablement une bonne chose au départ et une erreur
par la suite. Ce n'est pas aux médecins de régler
ces problèmes. Aujourd'hui, la collecte des organes
est devenue un problème de société et
à mon avis c'est à la société
de décider de deux choses. D'une part, veut-elle des
transplantations d'organes, veut-elle que l'on utilise le
corps humain pour le bénéfice de ses membres
? Si la réponse est positive, c'est à la société
de dire comment elle veut que l'on donne et que l'on collecte
les organes.
Il
a plusieurs manières de faire mais je pense que nous
devons aujourd'hui constater que le don d'organes, qui a été
la base du système de pensée des transplanteurs
depuis trente ans a abouti à l'échec d'aujourd'hui.
Je pense donc qu'en parallèle au problème du
donneur vivant, on ne peut pas ne pas mettre en route une
réflexion sur la collecte des organes en général
et, en particulier, revoir la manière dont nous avons
agi depuis trente ans, se demander s'il n'y a pas une autre
voie qui nous permettrait d'augmenter la collecte des organes
cadavériques et la collecte des organes de bonne qualité,
de telle sorte que cette fois-ci nous n'aurions plus besoin
de prélever des organes sur des donneurs vivants.
Il
ne faut pas oublier que même si la mortalité
est faible, la mortalité existe et, lorsqu'elle survient
dans une équipe, c'est quelque chose de dramatique.
Notre collègue Jean-Michel Dubernard pourra éventuellement
témoigner sur ce point.
J'insiste
sur le fait que la période de pénurie est une
mauvaise période pour prendre ce genre de décisions,
surtout si elles doivent être prises de façon
prolongée, pour longtemps.
M.
Olivier Boillot.
- La transplantation hépatique est une transplantation
très lourde, qui est compliquée du point de
vue technique et qui est souvent faite chez des malades en
très mauvais état général, souvent
en urgence.
(M.
Boillot projette une série de transparents qu'il commente.)
Je
situe rapidement le contexte de la transplantation hépatique
en Europe. Un registre européen collige toutes les
transplantations qui ont été faites depuis 1968.
En décembre dernier, 42.000 transplantations avaient
été réalisées, dont près
de 8600 en France. Le nombre annuel de transplantations hépatiques
évolue de manière assez exponentielle jusque
dans les années 1998-1999 et il atteint un plateau
lié principalement au manque d'organes.
Voici
la courbe de la survie globale des patients transplantés
du foie. De 1988 à maintenant, la survie des patients
était autour de 80 % à un an et à 62
% à dix ans. La survie des greffons est un peu moins
bonne puisqu'un certain nombre de patients doivent être
retransplantés pour diverses raisons.
Considérant
l'année de la transplantation, on peut noter une amélioration
sensible des résultats dans les périodes récentes.
Cette
diapositive montre l'acuité du problème des
donneurs aux Etats-Unis. Les colonnes de gauche représentent
le nombre de patients inscrits ; les colonnes en bleu représentent
le nombre de donneurs ; la courbe jaune représente
le nombre de transplantations. Il apparaît que la durée
d'attente augmente ainsi que le nombre de décès
avant transplantation.
C'est
aussi ce qui se passe en France, à moindre échelle,
comme vous le voyez, pour le nombre de transplantations réalisées
et le nombre de patients inscrits. A droite, vous lisez le
nombre de transplantations qui augmentent mais elles augmentent
aussi parallèlement avec l'augmentation du nombre des
patients inscrits. Par an, 8 à 10 % des patients meurent
avant la transplantation. La colonne de droite représente
le nombre de donneurs vivants qui ont été faits
en France depuis 1995 et ils augmentent très légèrement.
Le
foie est un organe unique alors que le rein est double. Par
contre, le foie peut se diviser anatomiquement. La possibilité
de greffer un receveur dépend principalement de son
poids. Pour les petits enfants, il suffit de prendre une petite
partie, par exemple 20 % du foie. Mais globalement il faut
que le receveur reçoive une masse hépatique
qui correspond au moins à 1 % de son poids corporel.
Pour les adultes, il est nécessaire de réaliser
une hépatectomie qui représente en général
60 % du foie du donneur, ce qui est un geste chirurgical plus
lourd.
Je
vous présente maintenant les résultats de la
transplantation hépatique à partir de donneurs
vivants en Europe, colligés par le registre européen
d'octobre 1991 à décembre 2000. 33 centres sur
115 pratiquent la transplantation hépatique à
partir de donneurs vivants. Pendant cette période,
environ 530 transplantations ont été réalisées
à partir de donneurs vivants, en Europe, dont 133 en
France.
Le
transparent suivant retrace l'évolution des centres
en Europe qui se sont mis à faire des transplantations
à partir de donneurs vivants : l'augmentation est graduelle
depuis 1991.
Quels
sont les patients qui bénéficient de la transplantation
à partir de donneurs vivants, en Europe ? Initialement,
c'était les enfants, ce qui était lié
au fait qu'il existait peu de greffons pédiatriques.
Petit à petit, ces enfants ayant été
favorisés dans les règles de distribution des
organes, le besoin s'est fait moins sentir d'utiliser les
donneurs vivants. Par contre, les patients qui meurent sur
la liste d'attente sont principalement des adultes. C'est
la raison pour laquelle depuis trois ans environ se développe
de manière relativement importante la transplantation
à partir de donneurs vivants pour les adultes.
La
relation entre donneurs et receveurs est marquée sur
ce tableau. Nous constatons que finalement ce sont surtout
des greffes intra familiales au premier degré mais
que dans certains cas les grands-parents peuvent aussi donner.
Quel
est le type de greffon utilisé ? Dans 37 % des cas,
ce sont les foies droits qui correspondent à la plus
grosse hépatectomie et les adultes sont donc principalement
concernés. Comme M. Benoît vous l'a indiqué
tout à l'heure, le taux de mortalité des donneurs
était de 0,9 %. Dans notre centre, un donneur est mort
l'année dernière et cette mort a été
publiée dans les médias. Parfois, cela est difficilement
contrôlable malheureusement.
Concernant
les complications réversibles chez les donneurs, il
faut dire que 83 % des donneurs n'ont pas eu de complications
après l'intervention et 17 % ont eu des complications
diverses qui, la plupart du temps, étaient réversibles.
Les
indications sont à peu près comparables aux
indications de transplantation chez les patients qui reçoivent
un foie d'origine cadavérique. La différence
serait peut-être que ce sont surtout les patients qui
ont une cirrhose très évoluée et qui
ne peuvent attendre la proposition d'un donneur cadavérique
qui sont orientés préférentiellement
vers la transplantation à partir de donneurs vivants.
Le
transparent suivant fait état de la survie qui a déjà
été évoquée précédemment.
Il est vrai que la survie des donneurs vivants à long
terme semble un peu meilleure que celle, d'une part, des patients
transplantés à partir de donneurs cadavériques
ou, d'autre part, de patients transplantés à
partir de bipartition. Celle-ci consiste dans un foie cadavérique
coupé en deux, ce qui permet alors de greffer deux
personnes, la plupart du temps, un enfant et un adulte.
Voici
la liste des centres qui ont contribué à ce
registre du donneur vivant. En France, six à sept centres
actuellement pratiquent d'une manière plus ou moins
importante les transplantations à partir de donneurs
vivants.
En
résumé, la transplantation à partir de
donneur vivant représente un progrès technique
indéniable pour certains patients, avec un risque de
décès sur dix. Comme je vous l'ai dit, ceux
qui ont une cirrhose évoluée ou parfois certains
cancers du foie qui ne pourraient pas attendre la proposition
d'un donneur cadavérique. Il faut savoir que la durée
d'attente est en France de l'ordre de six mois au minimum.
Cela permet également de libérer d'autres greffons
pour des malades qui n'ont pas la possibilité d'avoir
un donneur vivant.
Les
résultats en termes de survie sont au moins équivalents
à ceux avec une transplantation à partir d'un
donneur cadavérique et le risque de mortalité
du donneur représente la limitation principale de la
technique. Un grand nombre de précautions doivent être
prises. Il faut que les équipes chirurgicales aient
une expertise suffisante en transplantation et en chirurgie
hépatique, que les indications soient bien choisies
et que les informations soient données de manière
complète et précise aux familles.
M.
Jean-Paul Couetil.
- Je vous dirai quelques mots sur la transplantation pulmonaire
et en l'occurrence sur la partie concernant les donneurs vivants.
La
transplantation pulmonaire présente quelques particularités
par rapport aux autres transplantations. D'une part, elle
s'adresse à des patients dont le pronostic vital est
menacé. L'enjeu est donc la vie du patient, bien entendu,
contrairement à celle du rein mais de la même
manière que la transplantation hépatique. D'autre
part, la transplantation pulmonaire est certainement la plus
récente au niveau de la chronologie ; elle s'est développée
beaucoup plus récemment que les autres transplantations.
Dès lors, l'expérience, notamment s'agissant
des donneurs vivants, est beaucoup moindre en la matière.
Il
n'y a que deux centres aux Etats-Unis qui transplantent de
façon assez régulière les patients avec
des donneurs vivants en matière de transplantation
pulmonaire. Un centre a une assez grande expérience.
Il n'a débuté qu'en 1991 et actuellement plus
de 250 patients ont été transplantés.
Les seules données que nous avons dans la littérature
viennent des Etats-Unis et essentiellement de ce centre.
Le
deuxième centre aux Etats-Unis est celui de Saint-Louis.
Il a une soixantaine de patients transplantés et les
résultats prêtent donc encore à caution
car ce nombre n'est pas suffisant.
Depuis
quelques années, à Paris, on a commencé
à s'intéresser à l'hôpital Georges
Pompidou au problème de la transplantation pulmonaire
à partir de donneurs vivants et nous n'en avons transplanté
que cinq. C'est cette année simplement que l'on s'est
posé réellement le problème de la transplantation
à partir du donneur vivant, avec le groupe de mucoviscidose.
Les
indications en matière de transplantation pulmonaire
pour les donneurs vivants s'adressent essentiellement aux
patients atteints de mucoviscidose, des jeunes adolescents.
On transplante les grands enfants après dix ans. Ce
groupe représente à peu près 50 % des
indications de transplantation pulmonaire en France. C'est
vraiment le groupe le plus intéressé.
Je
souhaite souscrire au propos du professeur Kreis s'agissant
des donneurs vivants et des donneurs cadavériques.
Néanmoins, en matière de transplantation pulmonaire,
le pronostic vital est menacé et il y a une réelle
pénurie d'organes cadavériques pour ces transplantations.
Sur nos listes d'attente, à peu près un patient
sur deux va mourir pendant l'attente de sa greffe. Le vrai
problème est l'insuffisance de donneurs cadavériques.
Des
efforts doivent être faits véritablement pour
avoir de plus en plus de donneurs cadavériques, ce
qui pourrait peut-être nous permettre de nous passer
de donneurs vivants. Toutefois, il faut savoir qu'en France
la demande en transplantation pulmonaire n'est pas énorme,
à peu près de 100 cas par an. Par ailleurs,
le poumon est un organe très fragile. Ainsi, parlant
de prélèvement multi organes sur un donneur
cadavérique, il faut savoir que par exemple par rapport
à 100 reins prélevés, il y aura à
peine 20 poumons qui pourront être prélevés
du fait de la fragilité de cet organe.
Telles
sont les particularités de la transplantation pulmonaire.
Du fait de cette pénurie et de ces décès
sur la liste d'attente, on s'est intéressé au
donneur vivant. Mais, autre particularité, dans l'immense
majorité des cas et en particulier pour les mucoviscidoses,
ce dont on s'occupe essentiellement, il faut transplanter
les deux poumons. Dans ce cas particulier, il faut deux donneurs
vivants pour un receveur. Le problème éthique
est donc très important, au vu des résultats
à un an et à cinq ans de ces transplantations
pulmonaires.
En
pratique, techniquement, il faut prendre un lobe pulmonaire
à l'un des donneurs et un autre lobe à l'autre
donneur. En général, dans le contexte de la
loi actuelle, c'est le père et la mère ou, éventuellement,
le frère et la s_ur si ceux-ci sont majeurs. Cela pose
un autre problème.
Quels
sont les résultats sur les 250 cas recensés
dans le monde actuellement ? Il est vrai qu'il n'y a pas eu
un décès parmi les donneurs mais il y a fort
à parier que lorsqu'on aura transplanté 500
ou 1000 receveurs il y aura au minimum un ou deux décès
chez les donneurs. Ce problème du décès
pour les donneurs se pose pour tous les donneurs d'organes,
y compris pour le poumon, même s'il n'y en a pas actuellement.
Quelles
sont les complications pour le donneur lui-même ?
Le
fait de lui prélever un lobe pulmonaire ampute sa fonction
pulmonaire de 20 % en moyenne, ce qui n'a aucune conséquence
dans sa vie quotidienne. Sa vie est strictement normale. Les
complications qui ont été décrites dans
la littérature sont mineures jusqu'à maintenant
mais il est évident qu'un jour, il y aura des complications
majeures, ce qui est le problème de toutes ces opérations.
Qui,
dans la famille, est susceptible de donner ?
Dans
mes consultations, je traite essentiellement des enfants,
souvent des adolescents et de grands enfants. Il est vrai
que les parents, le père et la mère, sont toujours
demandeurs. Ils sont très au courant et l'information
passe très bien par exemple par le biais d'une organisation
qui s'occupe de la mucoviscidose La plupart des parents d'enfants
concernés savent qu'à peu près un enfant
sur deux sur la liste d'attente va décéder.
Ils sont donc souvent demandeurs, au minimum de l'information.
Un
problème se pose lorsque l'un des parents n'est pas
du même groupe que son enfant. On s'adressera alors
éventuellement à un frère ou à
une s_ur. Je crois que c'est là le problème
le plus délicat que l'on a traité récemment.
Sur le plan éthique, cela pose le vrai problème
de demander à un grand frère ou à une
grande s_ur.
Avec
ma petite expérience - surtout technique mais aussi
humaine - il me semble qu'étendre la possibilité
de don vivant aux amis proches - à condition qu'ils
soient vraiment reconnus comme des amis de longue date - pose
moins de problèmes humains que dans une famille, lorsque
le problème se retourne vers un grand frère
ou une grande s_ur qui, visiblement, n'ont pas la même
charge relationnelle que le père ou la mère.
Dès lors, étendre - dans des conditions tout
à fait particulières - les possibilités
de don vivant peut-être à des amis, certainement
aux oncles et tantes de ces adolescents mineurs, c'est-à-dire
le frère ou la s_ur du père ou de la mère,
me semblerait certainement souhaitable en matière de
transplantation à partir de donneur vivant.
Enfin,
comme l'a indiqué M. Kreis, s'il est bien de faire
des transplantations à partir de donneur vivant, c'est
encore mieux de ne plus avoir de pénurie vis-à-vis
des donneurs cadavériques. Hélas ! le problème
de la pénurie n'est pas un problème contingent
puisque depuis que l'on fait des transplantations d'organes
et en particulier du poumon on parle toujours de pénurie
d'organes. Cela justifie amplement le don vivant.
M.
Régis Volle.
- Je veux d'abord souligner la durée d'attente, extrêmement
pénible pour les patients qui sont en dialyse aujourd'hui
et qui nous donnent des témoignages parfois poignants.
Il faut savoir que cette durée d'attente augmente progressivement
et qu'elle risque encore d'augmenter dans les années
à venir.
Ce
qui nous choque, c'est qu'aujourd'hui il y a une possibilité
de prélèvement chez le donneur vivant et que
malheureusement cette possibilité est extrêmement
peu fréquente. On a parlé de moins 5 %.
Je
reviens sur les causes. Il est vrai que la loi bioéthique
restreint à la famille proche ; le conjoint est concerné
par la loi bioéthique - y compris par la dernière,
telle qu'elle a été aménagée -
uniquement en cas d'urgence.
Autre
aspect qui n'est pas souvent abordé, cette possibilité
de prélèvement chez le donneur vivant n'est
pas proposée par de nombreuses équipes de néphrologues
et même de transplanteurs. A notre avis, cela n'est
pas normal.
Je
crois qu'il est important de proposer cela, même avant
la dialyse pour l'insuffisance rénale. A ce moment
là, l'information qui sera faite auprès des
patients et de leurs familles permettra d'avoir le temps d'y
réfléchir, de se poser la question pour, le
moment venu, donner vraiment un avis beaucoup plus autorisé
et moins émotionnel.
Bien
sûr, pendant la durée de la dialyse, cette nécessité
de l'information sur les possibilités existantes et
sur l'élargissement possible me paraît importante.
Pour
illustrer mon propos, je me réfère à
un article que nous avons publié en 1998 dans la revue
que nous envoyons à tous nos adhérents, article
qui reprend la position de notre fédération
sur ces prélèvements chez les donneurs vivants.
Il a suscité un abondant courrier. Je veux vous citer
ce cas d'une femme jeune - 34 ans - parisienne d'origine qui
est allée habiter à Saint-Etienne dernièrement.
Lors de la parution dudit article, son compagnon - ce n'était
pas son mari - a demandé au médecin la possibilité
de faire bénéficier pour sa compagne de ce prélèvement.
On lui a répondu par une fin de non-recevoir pour cause
de la loi bioéthique.
L'intéressée
nous dit qu'elle travaille actuellement à temps plein,
qu'elle a un enfant de vingt mois qu'elle a eu en dialysant.
Il est vrai que c'est une femme extrêmement courageuse
qui, malgré cette dialyse pénible, avec une
contrainte de vie considérable, combine quand même
sa vie professionnelle et sa vie de famille. C'est quand même
aussi une contrainte pour toute sa famille, pour son enfant,
comme elle le dit très bien, et pour elle-même.
Ayant
une responsabilité assez importante dans une entreprise
d'export, elle est pénalisée dans son travail,
notamment pour son déplacement du fait des dialyses.
Dernièrement, elle a même perdu son travail car
elle devait aller quelques jours, à la demande de son
employeur, s'occuper des exportations en Chine, ce qu'elle
n'a pas pu faire à cause du manque de possibilités
de dialyse sur place.
Elle
est donc confrontée à un problème énorme
ainsi qu'elle le dit très bien en quelques lignes que
je vous lis.
"Je
suis pénalisée dans la construction de mon avenir
et celui de ma famille. Nous souhaitons faire construire une
maison mais comment présager de mon travail si je reste
en dialyse ? Ma fatigue s'accumule de plus en plus et prendre
un prêt sur vingt ans me condamne à tenir pendant
tout ce temps. En aurai-je la force ?
"Mon
compagnon, après lecture de votre article, m'a reparlé
de son envie de me donner un rein. Ce geste d'amour, car c'en
est un, est un espoir de retrouver une vie normale, rapidement,
pour moi, pour lui et pour le bébé qui ne voit
sa mère que par épisodes depuis sa naissance.
Notre relation en pâtit forcément.
"Une
mère souvent absente n'est jamais un bon début
dans la vie d'un enfant, même si on lui explique et
s'il connaît le centre de dialyse. Quelles sont nos
chances par rapport à ce souhait de don dans un avenir
proche ?"
C'est
à cette question que vous devez répondre et
cela me paraît très important. Ce témoignage
est suffisamment parlant. Au sein de notre fédération,
nous sommes très favorables à ce que l'on élargisse
ces possibilités. Si demain tous les patients qui sont
en liste d'attente de transplantation ont l'espoir d'être
rapidement transplantés, je crois qu'ils auront une
condition de vie bien meilleure.
M.
Didier Houssin.
- Je veux d'abord décrire le paysage de façon
un peu plus large. Si nous voulons véritablement un
regard au niveau mondial de la pratique des greffes avec donneurs
vivants, il convient de considérer d'abord que des
greffes très fréquentes sont celles de cellules
souches hématopoïétiques. En fait, l'échelle
ne va pas de 5 % en France à 40 % aux Etats-Unis ou
en Norvège ; elle est beaucoup plus large. C'est 100
% dans des pays qui ne font aucune greffe à partir
de donneurs décédés et certains sont
des pays développés. Je pense par exemple au
Japon où les greffes de reins ne sont faites quasiment
qu'à partir de donneurs vivants.
A
l'autre extrémité de l'échelle, l'Espagne,
le pays aujourd'hui le plus efficace en matière de
prélèvements sur personnes décédées,
fait 1 % de greffes de reins avec donneurs vivants.
Il
me paraît important de souligner qu'il y a un lien entre
le niveau d'efficacité du prélèvement
sur personnes décédées et même
sa simple réalité et la réalisation du
prélèvement sur donneurs vivants, comme si ce
dernier apparaissait quand même toujours un peu comme
une solution de deuxième rang pour une raison bien
compréhensible et qui a été largement
expliquée : on expose un non-malade à un risque.
Par
ailleurs, considérant les chiffres en France en tendance
au fil des années, on observe effectivement une tendance
en valeur absolue à l'augmentation des greffes avec
donneurs vivants mais, comme cela a été indiqué,
dans une proportion faible. Toutefois, pour certaines greffes
- par exemple les greffes de foie - l'augmentation est rapide
au cours des dernières années, en pourcentage.
C'est là un élément qu'il faut certainement
souligner et qui a d'ailleurs inquiété certains
professionnels, notamment aux Etats-Unis.
Je
souhaite aborder trois points, brièvement.
Premièrement,
les aspects éthiques. J'aurai tendance à dire
qu'il y a des demandes pressantes de la part de certains parents
ou même de certains proches mais elles sont spontanément
tout de même relativement rares. Ainsi, en sept ans
d'existence, l'Etablissement français des Greffes n'a
été sollicité que de façon extrêmement
rare sur ce sujet. J'ai dû recevoir deux ou trois courriers
de personnes s'insurgeant de cette situation alors que dans
d'autres domaines l'Etablissement français des Greffes
est volontiers le récipiendaire de ce genre de critiques
ou de remarques.
Deuxièmement,
je veux souligner le rôle absolument central des médecins.
C'est volontiers l'attitude de l'équipe médicale
ou chirurgicale qui détermine finalement la pratique.
Vous avez en effet entendu des points de vue qui reflètent
bien d'un côté une prudence - que l'on peut juger
excessive - et de l'autre une tendance à agir que certains
pourraient juger un peu plus hardie.
Du
point de vue juridique, le projet en l'état, du moins
tel que je l'ai vu, vise à élargir le cadre,
lequel cependant aujourd'hui n'est certainement pas utilisé
dans l'amplitude de ce qu'il offre. Ainsi, on pourrait faire
beaucoup plus en France de greffes de rein à partir
de parents proches qu'on n'en fait. C'est bien que le cadre
juridique aujourd'hui ne contraint pas véritablement
la pratique, sauf tout de même sur certaines parties
qui sont des proches liés par un lien affectif, des
grands-parents, des cousins qui voudraient donner mais ne
peuvent pas. Toutefois, ils sont probablement assez peu nombreux
à le faire spontanément. Si un médecin
vient leur expliquer que c'est nécessaire et important,
leur attitude peut varier.
Autre
considération, si ce cadre doit s'élargir, je
crois que ce doit être d'une façon bien mesurée,
bien contrôlée. L'idée que le juge ait
son mot à dire - mais un vrai mot à dire - et
qu'un groupe suffisamment indépendant, quel qu'il soit,
puisse se prononcer, en particulier sur les situations délicates,
me paraît être une garantie. Ce qui fonctionne
en France en matière de comités dits d'experts
pour les prélèvements de moelle osseuse sur
mineur ou en Grande-Bretagne pour les prélèvements
de reins sur les donneurs vivants non apparentés donne
des exemples dont on devrait pouvoir s'inspirer de façon
raisonnable.
Troisièmement,
je veux aborder la question du rôle de l'Etablissement
français des greffes en matière d'information
et éventuellement de promotion.
Jusqu'à
ces derniers mois et ces deux dernières années,
l'Etablissement avait un rôle presque obsessionnel en
direction du prélèvement sur personne décédée.
Il est vrai que tous les efforts ont été faits
dans cette direction et d'ailleurs les pouvoirs publics ont
largement contribué aux évolutions qui ont pu
se faire. C'est d'ailleurs sous l'incitation de notre président
de conseil médical et scientifique qu'il y a eu une
prise de conscience que l'Etablissement devait peut-être
faire plus en matière de donneurs vivants et déjà,
dans un premier temps, sous l'angle de l'information. C'est
la raison pour laquelle un document a été élaboré
il y a assez peu de temps : "Insuffisance rénale
- Et si la greffe à partir de donneur vivant était
la solution ?"
Ce
document est destiné aux malades, à leurs familles,
aux médecins, aux associations de malades. Il s'inscrit
un peu dans la lignée du très bon article qui
avait été fait par la FNAIR il y a deux ans.
La
question qui se pose ensuite est celle de savoir s'il faut
aller au-delà de la simple information et jusqu'à
une action de promotion, au même titre qu'on peut le
faire actuellement dans le cadre du donneur décédé.
Cette
question est extrêmement délicate de mon point
de vue parce qu'il s'agit là vraiment de venir insérer
un organisme public dépendant de l'Etat dans la relation
la plus délicate qui soit entre le médecin et
le malade. Dans mon esprit, cela reste un point d'interrogation.
Est-ce que l'Etablissement français des Greffes doit
avoir un rôle de promotion dans ce domaine ou simplement
un rôle d'information ?
J'aurais
tendance à penser comme le professeur Soulillou que
le simple fait d'en parler modifie déjà les
attitudes. Nous assistons aujourd'hui à une augmentation
du nombre et du pourcentage des greffes à partir de
donneurs vivants. Il faut peut-être laisser les choses
évoluer dans un cadre juridique bien contrôlé,
en espérant que les efforts faits du côté
du donneur décédé et l'évolution
qui sera observée du côté du donneur vivant
permettront de mieux répondre aux attentes des malades,
en sachant que de toute façon on n'arrivera jamais
à avoir autant de greffons que de malades en attente.
Du moins, il est possible de la minimiser.
M.
Jean-Michel Dubernard.
- Je reconnais que je suis juge et partie mais je veux toutefois
resituer le débat pour mes collègues parlementaires.
Nous avons entendu des médecins qui, tous, essayent
de faire le plus possible pour leurs patients, insuffisants
rénaux, hépatiques, pulmonaires ou autres, et
de leur éviter de mourir. La démarche qui vise
à essayer d'élargir le plus possible le champ
du don d'organe me paraît logique et normale de la part
de médecins.
La
situation se résume en réalité à
deux problèmes. Les aspects positifs ont été
très bien exprimés, en particulier par Régis
Volle, avec la signification de l'attente pour des patients.
Oui, le prélèvement à partir de donneurs
vivants pourrait réduire l'attente mais dans des proportions
relativement limitées, en fonction du champ d'ouverture
de la greffe à partir de donneurs vivants.
J'essaye
d'être le plus objectif possible. Oui, les résultats
sont meilleurs à partir de donneurs vivants. Comme
l'a très bien dit Henri Kreis, à l'époque
où nous n'étions pas en pénurie et où
les organes de cadavres que nous prélevions étaient
"en bon état", les résultats étaient
équivalents. Ce sont des éléments positifs.
Au
plan des éléments négatifs, nous avons
entendu évoquer la notion de risque : 1 % pour les
greffes de foie à partir de donneurs vivants, soit
une mortalité très élevée et qui
ne se rencontre pas dans la plupart des gestes de chirurgie
courante.
Ce
sont aussi les complications qui sont souvent très
mal chiffrées. Pour ma part, j'aurai une suggestion
à faire à l'issue de la discussion. Olivier
Boillot a présenté la situation très
objectivement en indiquant le taux de 17 % de complications.
Mais l'on ne connaît pas les complications de donneurs
vivants de reins, par exemple, et nous ne disposons d'aucune
étude récente et significative dans ce domaine.
La notion de 1 mort sur 3000 pour le rein est très
ancienne et elle mériterait d'être revisitée.
Je
suis particulièrement sensible à cette notion
de risque. Nous avons vécu l'an dernier la perte d'un
donneur de foie à l'hôpital. Personnellement,
en 1971, il y a trente ans, j'ai assisté au décès
d'un donneur vivant. C'est une expérience particulièrement
éprouvante, pour un médecin, de se sentir responsable
du processus ayant abouti au décès d'une personne
en bonne santé.
Un
deuxième aspect négatif n'a pas réellement
été abordé par les experts ici présents.
C'est celui des potentielles dérives commerciales.
C'est la fameuse "pente glissante" !
Un
intervenant a dit qu'il fallait être tout à fait
d'accord pour que les parents donneur leur rein aux enfants
et le consensus est absolu. Encore que 50 % des parents ne
le proposent pas, a -t-il ajouté ! Pour les frères
et soeurs, pourquoi pas ? Jean-Paul Couetil a bien posé
le problème pour le poumon.
Les
cousins ? La compagne ? L'épouse ? Nous connaissons
tous les dérives potentielles de ceux qui vont aux
Etats-Unis épouser une femme pour avoir un rein. Ce
sont des phénomènes connus. La pente glissante
peut ainsi continuer. Après le cousin, pourquoi pas
le cousin du cousin ou l'ami de l'ami ? A un moment ou à
un autre, il y aura quand même des pressions. Elles
existent, même si elles ne sont pas commerciales à
proprement parler, avec échange d'argent.
Monsieur
le président, j'aimerais que vous interrogiez mes confrères
sur cette question de la dérive commerciale.
Mme
Catherine Génisson.
- Nous pouvons remercier l'ensemble de la communauté
scientifique qui s'est exprimée et qui nous a éclairés.
Nous nous posons cette question dans un contexte indéniable
de pénurie, plus que par le fait que la qualité
des résultats sur donneurs vivants est due plus à
la meilleure qualité des greffons. Les prélèvements
sur cadavres font que nous avons des greffons de moins bonne
qualité mais ce n'est pas le fait que le donneur soit
vivant qui donne la qualité des résultats pour
le receveur. Ce point me paraît important à acter.
En
tant que législateur nous devons nous poser deux questions.
Comment
allons-nous pouvoir étendre ce droit de prélèvement
sur donneur vivant qui semble obligatoire et est-ce que nous
allons faire cette extension du droit de façon limitée
ou de façon illimitée ?
Au-delà
de la prévention des dérives commerciales qui
ont été exposées par notre collègue
Jean-Michel Dubernard, comment faire en sorte que cette extension
ne se " télescope " pas avec la nécessaire
promotion de la poursuite de prélèvements de
greffons sur cadavres ? Nous ne devons pas perdre de vue cette
deuxième notion.
Jean-Michel
Dubernard a évoqué la question des dérives
commerciales possibles. A l'inverse, qu'en est-il à
partir du moment où nous étendons la possibilité
de prélèvements sur donneurs vivants ? Nous
avons eu le témoignage de cette jeune femme qui souhaitait
ardemment que son compagnon puisse lui donner un rein. Nous
avons également entendu le message du professeur spécialiste
des greffes pulmonaires. A partir du moment où nous
étendons cette possibilité du prélèvement
sur donneurs vivants, je souhaiterais entendre la communauté
scientifique sur la façon dont elle conçoit
la définition de "liens étroits et stables".
On parle de mari et de femme, certes, mais compte tenu de
la fragilité des couples, qu'est-ce que cela représente
?
Il
y a aussi le concubinage et le compagnonnage. Nous avons aussi
institué un nouveau mode relationnel avec le Pacs.
Quelquefois, les liens d'amitié peuvent aussi être
très forts. Les liens familiaux se situent aussi à
des degrés autres que ceux des père-mère
et frère-soeur.
Que
faut-il entendre par "liens étroits et stables"
? Je souhaite que vous vous exprimiez, d'autant que certains
d'entre vous ont parlé des droits des citoyens à
pouvoir exprimer leur solidarité. Certains ont également
évoqué un contexte de motivations très
importantes d'échange et de partage.
M.
Jean-Pierre Foucher.
- J'ai bien noté les résultats scientifiques.
S'agit-il
d'envisager l'élargissement des donneurs vivants ?
Le vrai problème est la pénurie de donneurs
décédés. J'avais cru comprendre que selon
les nouvelles dispositions mises en oeuvre, il fallait que
la personne décédée ait fait connaître
de son vivant qu'elle s'opposait à un prélèvement
d'organes. Qu'en est-il dans la réalité ? Y
a-t-il un nombre de donneurs éventuels important ?
Si oui, le nombre de refus est-il important ? J'ai cru comprendre,
d'apr& |