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L’impossible cadeau d’un rein : un frère voudrait voler au secours de sa sœur, mais le comité donneur vivant de Nancy s’y oppose.

Mis à jour le dimanche, 23 janvier 2011 10:06 - Écrit par Yvanie le dimanche, 23 janvier 2011 07:44

L’impossible cadeau d’un rein : un frère voudrait voler au secours de sa sœur, mais le comité donneur vivant de Nancy s’y oppose.

La perspective de sauver Martine Courrier, 59 ans le mois prochain, au prix d’un de ses reins comble de joie Jean-Pierre Serrurier. «Elle est ma sœur et pour moi c’est naturel. Elle en a besoin et j’ai envie de la voir le plus longtemps possible», dit ce salarié de La Poste de 52 ans. Seulement le Comité d'experts donneur vivant de Nancy a refroidi l’enthousiasme et l’espoir de cet habitant de Venarey-les-Laumes (21). «Les experts ayant délibéré refusent de délivrer l’autorisation d’effectuer le prélèvement de rein sur M. Jean-Pierre Serrurier», dit-elle dans un courrier du 7 septembre 2010. Pas d’autres explications. Le comité n’a pas à motiver son avis qui ronge le donneur d’une crainte coupable : voir mourir Martine Courrier alors qu’existe une possibilité technique d’améliorer le confort et de prolonger sa vie. Le quotidien est difficile pour cette habitante de Lérouville, insuffisante rénale depuis plus de deux ans et sous dialyse 3 fois par semaine depuis janvier 2009.

Interprétation restrictive de la loi

La situation est d’autant plus rageante pour Jean-Pierre Serrurier que les examens subis en mai 2009 dans le service nancéien de néphrologie du Pr. Michèle Kessler, le déclarent parfaitement compatible avec Martine. La justice civile est passée elle aussi. Premier vice-président du TGI de Nancy, Jean-Yves David a recueilli le consentement éclairé du donneur, quelques heures seulement avant qu’il n’essuie le refus du comité médical. Désemparés, frère et sœur cherchent une porte de sortie difficile à trouver. Leur cas échappe aux lois sur la bioéthique.

La seule solution selon Me Nicoletta Tonti-Bernard, l’avocate nancéienne à laquelle Jean-Pierre Serrurier et Martine Courrier ont confié leurs intérêts, est d’en «appeler au ministre de la santé afin que sa décision se substitue à celle du comité, dans le cadre du pouvoir hiérarchique qui lui est reconnu», dit le conseil. Il ne s’agit pas de soumettre le comité d’experts, mais « de dépasser une interprétation restrictive de la loi sur le don d’organes» au profit des demandeurs gênés sur le double plan administratif et juridique.

Un terrible obstacle

Jean-Pierre Serrurier et Martine Courrier sont nés à 7 ans d’intervalle, lui en janvier 1959 et elle en février 1952, dans la même maternité de Semur-en-Auxois (21) sans savoir qu’ils partageaient le même géniteur.

Martine apprend à 21 ans la liaison extraconjugale de son père et l’existence d’un frère qu’elle recherche. Il lui faut douze ans pour aboutir et retrouver Jean-Pierre en 1985. Entre-temps, l’enfant naturel qu’il fut a été reconnu et légitimé le 17 août 1966 par le mariage de sa mère avec son beau-père, Jean-Marcel Serrurier. C’est aujourd’hui un terrible obstacle à l’établissement de la nécessaire filiation exigée par la loi de bioéthique avant d’autoriser le prélèvement sur un donneur vivant.

Il ne peut plus établir aucun lien juridique avec son père biologique, ni avec Martine. Sur le plan génétique elle est bien sa sœur. Pour l’état civil elle ne l’est plus et cette position exclut qu’elle puisse bénéficier de la générosité de Jean-Pierre. Juridiquement les deux proches sont d’absolus étrangers alors qu’ils ont un ascendant commun. C’est ce paradoxe, et l’impossibilité de le dépasser pour le moment, que Me Tonti-Bernard a soumis à Xavier Bertrand.

De la plume du ministre dépendra l’avenir de Martine Serrurier. Si Paris donne son feu vert, le prélèvement et la greffe interviennent rapidement. Dans le cas d’un rejet du recours, Martine Courrier sera versée sur une liste d’attente d’un greffon.

La pénurie d’organes lui fait courir les plus grands risques. Notamment de décéder avant qu’il ne se présente un rein dont rien n’indique qu’il sera aussi compatible que celui de son frère.

Frédéric CLAUSSE, l'Est Républicain du 23 janvier 2011

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