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dernière
mise à jour le 2 juin 2004
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L'avenir de la transplantation d'organes |
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Cette
page a été réalisée à partir
des informations recueillies lors du forum "Organes Artificiels,
greffes : l'Avenir" qui s'est déroulé le
28 septembre 2003 à la Cité des sciences et
de l'industrie.
Aujourd'hui,
en France, on estime à environ 18 000 le nombre de
transplantés rénaux. Dans
ce domaine, les traitements font l'objet de recherches intensives.
Leurs objectifs : diminuer leur toxicité, augmenter
leur efficacité, trouver des traitements contre le
rejet chronique et à terme induire la tolérance
de l'organe greffé par l'organisme du receveur
Pourtant,
et malgré des résultats très encourageants,
de nombreux obstacles se dressent encore sur le chemin des
médecins.
Face
à ce constat, les voies alternatives à la transplantation
sont étudiées. Les biotechnologies sont dans
ce domaine plus que jamais d'actualité.
Les
chercheurs tentent de diversifier les sources de prélèvement
en examinant par exemple les possibilités d'utiliser
des organes animaux : c'est la xénogreffe.
Outre
les difficultés purement techniques, une question fondamentales
se pose : Le futur xénogreffé, comme la collectivité,
sont-ils prêts à accepter
l'utilisation de l'animal en tant que pourvoyeur d'organes
?
L'organogénèse
consisterait à créer en incubateur, à
partir d'une cellule ayant conservé ses capacités
de différenciation, un organe complet, parfaitement
compatible avec son receveur.
Un
formidable espoir pour tous les malades en attente d'une solution,
mais un vaste débat en perspective : les techniques
impliquées pourraient aller de la xénotransplantation
à l'utilisation de cellules souches...

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Les xénogreffes |
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par
le Dr Bernard Vanhove, chercheur à l'Inserm, Nantes
reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur
Etat
des lieux, espoirs à court et moyen termes
En
2002 en France, 2255 patients seulement ont reçu une
transplantation rénale sur 5227 inscrits sur la liste
d'attente. La xénotransplantation, c'est à dire
l'utilisation d'organes et de cellules animales, pourrait
constituer une source illimitée de greffons pour l'être
humain.
Voilà
près d'un siècle que Princeteau et Jaboulay
ont tenté de remplacer des reins malades par des xénogreffes.
Plusieurs autres s'y sont essayé par la suite, toujours
sans succès.
Cette
dernière décennie a pourtant marqué un
tournant dans cette aventure : nous avons compris les mécanismes
biologiques mis en jeu dans le rejet de ce type de greffe
et disposons des outils biotechnologiques permettant d'adapter
les xénogreffes à une acceptation par l'organisme
humain. Sans traitement, les tissus animaux sont rapidement
rejetés par l'organisme. Ce rejet est dû à
la présence d'anticorps préformés dirigés
contre des résidus glycosylés présents
sur les organes animaux. Des modifications génétiques
effectuées chez le porc ont permis récemment
d'inactiver le gène responsable de la formation de
ces résidus glycosylés et de protéger
les cellules animales des lésions causées par
les anticorps humains. Immunologiquement parlant donc, les
organes de ces animaux ont été "humanisés".
Par
ailleurs, des recherches menées chez des rongeurs ont
montré qu'une xénogreffe pouvait être
acceptée si les anticorps préformés étaient
absents. Dans ce cas, les cellules endothéliales adaptent
naturellement leur métabolisme en synthétisant
des quantités importantes de molécules qui protègent
la xénogreffe. Des expériences initiées
en 2003 vont déterminer si ce phénomène
se produit également avec le cur et les reins
des porcs modifiés par génie génétique.
Dans ce cas, l'obstacle immunologique majeur à l'utilisation
de xénogreffes aura été franchi, et des
essais chez l'homme seront sans doute proposés.
Mais
la xénotransplantation pose d'autres problèmes.
Suivant la complexité de l'organe greffé, il
faut s'attendre à des incompatibilités moléculaires
susceptibles de perturber la fonction normale, qu'il faudra
alors compenser pharmacologiquement.
Le
problème technique le plus grave, lié à
la xénotransplantation, est pour l'heure le risque
que des virus spécifiques du porc (rétrovirus
endogènes ou PERV) se transmettent à l'être
humain et puissent entraîner de nouvelles épidémies
virulentes et agressives (zoonoses). Il est indubitable que,
pour un patient donné atteint d'une affection grave,
le bénéfice attendu d'une xénogreffe
dont on aurait maîtrisé le rejet serait supérieur
au risque infectieux encouru. En revanche, pour l'ensemble
de la population il est impossible d'écarter totalement
le risque d'une pandémie. Avant d'envisager la xénogreffes
chez l'homme, il faudra donc que la recherche sur les effets
des rétrovirus se poursuive.
Il
faudra également mettre au point un cadre législatif
et réglementaire strict et transparent, couvrant tous
les aspects des essais cliniques. Enfin, il faudra aussi poursuivre
les efforts pour développer les connaissances du public
et encourager le débat sur la prise de risque que constitue
la xénotransplantation.
Enjeux
éthiques
Les
obstacles immunologiques de la xénotransplantation
seraient sensiblement réduits si l'on recourait à
des organes provenant d'espèces voisines de la nôtre,
tels le chimpanzé et le babouin. Mais il existe un
consensus moral qui s'oppose à ce qu'on élève
des singes anthropoïdes dans ce but, eu égard
au danger d'extermination qui menace les chimpanzés,
à leurs aptitudes, à leur niveau de conscience
et d'intelligence.
En
revanche, le porc est un animal d'élevage modifié
par l'homme depuis des millénaires par la génétique,
et depuis peu par la biologie moléculaire, dont les
organes internes sont semblables à ceux de l'homme,
ne serait-ce que par la taille. Son utilisation en médecine
et la modification de son matériel génétique
ne pose pas à priori de problème éthique.
On doit cependant se demander dans quelle mesure la greffe
d'un organe animal sur l'être humain est une atteinte
à la dignité de celui-ci, car un organe greffé
peut en un certain sens modifier l'être humain. Des
cellules de la xénogreffe peuvent en effet se répartir
dans l'ensemble de l'organisme, ce qui peut être ressenti
comme destructeur de l'identité.
La
greffe brise la frontière habituellement inviolée
entre le soi et le non-soi. La xénogreffes viole en
plus la frontière entre l'homme et l'animal avec toute
la signification qui s'y attache. Là encore, on ressent
un important besoin de recherches qui permettraient de mieux
comprendre, informer et accompagner les futurs candidats à
une xénotransplantation.

L'Académie
des sciences recommande de favoriser les travaux de recherches
sur la xénotransplantation
24 janvier 2003, Académie des Sciences
Xénogreffe
de porc : le récepteur du virus PERV est identifié
27 mai 2003, Le Quotidien du Médecin
la
Corée du Sud espère produire en masse des organes
de porc destinés à la transplantation humaine
2 juin 2004, AP
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Acceptabilité psychosociale de la xéno
transplantation |
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par
Mme Michèle Fellous, Chargée de recherches au
CNRS, Membre du Centre de Recherche Sens Ethique et Société
article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur
La
xéno transplantation est un projet récurrent
(la première greffe d'organe fut la greffe d'un rein
de chèvre à une jeune accouchée en 1904
à Lyon par le Docteur Jaboulay) .
Cette
technique suscite des engouements puis des réserves
alors que des questions majeures ou des inconnues apparaissent
au fur et à mesure des recherches. Son intérêt
varie aussi en fonction des autres possibles en matière
de greffe : les thérapies cellulaires, le don entre
vivants, les organes artificiels. Quoiqu'il en soit un intérêt
demeure vivace, puisqu'elle mobilise à ce jours des
équipes de chercheurs et que des groupes industriels
pharmaceutiques y ont fait des investissements financiers.
Idéalement
la perspective de greffer des organes ou tissus animaux à
des humains pourrait permettre de pallier à la pénurie
dramatique de greffons humains ; elle pourrait soulager de
l'urgence dans laquelle travaille toujours les équipes
de transplantation ; elle résoudrait les contradictions
où projette la greffe humaine : le temps d'attente
d'un greffon , si difficilement vécu par les patients,
les sentiments de dette et de culpabilité qui assaillent
inévitablement tout greffé, les tensions - pas
toujours verbalisées - latentes aux dons d'organes
entre personnes d'une même famille . Enfin on pourrait
espérer de cette technique qu'elle mette un frein aux
scandaleux trafics d'organes en tous genres existant au bénéfice
exclusif des pays riches.
Pourtant
l'inquiétude est forte à l'écoute des
risques sanitaires potentiels , tant individuels que collectifs,
connus ou inconnus que cette pratique ferait encourir ; on
peut s'inquiéter des contraintes supplémentaires
pour les patients et leur famille que telle greffe impliquera
; on peut enfin s'interroger sur son acceptabilité
du point de vue des patients :quel sera l'impact du transfert
d'un organe animal sur un humain, n'y a t'il pas un risque
pour la cohérence de son identité ?
Nous
avons mené pour l'Etablissement des Greffes une étude
sur " L'acceptabilité psychosociale de la xénogreffes
", au cours de laquelle nous avons interviewé
une centaine de personnes greffées ou en attente de
greffe de cur, de rein ou rein-pancréas, et de
foie à l'Hôpital de la Pitié-Salpétrière
et à l'Hôpital Cochin. Sur 100 personnes interrogées,
8 avaient reçu un don familial et 9 étaient
en attente de greffe. Cette étude permet d'émettre
certaines hypothèses quant à l'acceptabilité
pour les patients d'une xéno transplantation.
Ces résultats sont à prendre avec précaution,
parce que l'on ne peut vraiment présumer de ce que
sera un comportement dans une situation extrême, comme
l'est celle où se trouvent plongés les patients
en attente de greffe. De même, on peut s'interroger
sur le libre arbitre de personnes confrontées à
l'urgence et au désarroi de la mort.
On
peut cependant déduire des entretiens effectués
des profils de positionnement vis à vis d'une greffe
animale, des processus psychiques qui permettront d'accepter
une telle greffe, des conséquences en terme de santé
publique que cela pourrait entraîner.
Trois
positions émergent :
- Ceux
qui acceptent sans condition l'idée d'une xéno
transplantation , 45 sur 100 personnes interrogées
- Ceux
qui refusent radicalement , 30 sur 100
- Ceux
qui posent des conditions à une éventuelle
xénogreffe, 25 sur 100
1)
L'acceptation
Deux
positions s'ébauchent ici :
- Certains
pour qui l'urgence extrême de la situation barre la
question : entre une greffe animale ou une mort certaine,
le choix ne peut se poser. Comme si la proximité
de la mort ôtait tout libre arbitre au patient ou
qu'il était dans une impasse.
- Ceux
qui banalisent la transplantation d'organe en en faisant
une pièce mécanique. Il y a alors désinvestissement
de l'organe greffé, qu'il soit humain , animal ou
artificiel. C'est une position adoptée par des gens
qui ont une certaine culture scientifique.
Les
uns comme les autres émettent une confiance (nécessaire)
dans la médecine. Cette confiance devient pour certains
soumission ; comme s'il y avait une inéluctabilité
aux avancées scientifiques, et que, de toutes les façons,
ce type d'intervention se fera.
3
personnes sur les 45 interrogées ont une attitude plus
rigoureuse ; plus informées sur les recherches en cours
elles évoquent les notions de risque potentiel et de
calcul de risque.
2)
Le rejet
Le
rejet est radical pour ceux qui posent une radicale différence
entre l'espèce humaine et les espèces animales
: ce sont des groupes séparés que l'on ne saurait
mélanger. A ce titre l'organe animal serait plus difficilement
intégrable physiquement, psychologiquement, au regard
des autres.
Le corps, selon eux est coextensif de la personne. L'organe
donné er reçu reste inaliénable parce
que quelque chose du donateur reste à l'intérieur.
Contrairement aux personnes de la catégorie précédente,
l'organe pour celles-ci n'est pas une pièce mécanique,
anonymement échangeable.
Cette
position est plus éthique que religieuse, même
si elle est adoptée par quelques personnes qui s'affirment
très croyantes et pratiquantes ; on la retrouve chez
des athés résolus (de même on trouve dans
la première catégorie acceptant sans contestation
l'idée d'une xénogreffe, des personnes affirmant
une foi et une pratique religieuse : elles font alors de la
greffe une intervention purement technique qui n'interfère
pas avec leur foi).
Les
personnes de cette catégorie demandent à ce
que l'on reste entre humains, qu'un effort se poursuive et
s'améliore pour accroître la solidarité
entre humains afin d'augmenter les dons.
Elles
énoncent la nécessité de prendre le temps
avant et après la greffe pour réévaluer
leur vie, la présence de l'autre à travers l'organe
dont elles sont à présent porteuses
3)
Les conditions posées
Les
personnes de cette catégorie - 25 sur 100 - énoncent
qu'il est difficile de se prononcer hors situation : "
C'est une situation à vivre, on ne peut savoir comment
on réagirait " disent-elles. On n'a aucun référent
pour anticiper leur vécu. Elles insistent sur une préparation
avant et après la greffe. Elles formulent ce souhait
à partir de leur propre expérience de greffé
et du trajet qu'elles ont du accomplir, seules le plus souvent.
En toute état de cause, elles posent des conditions
à la xéno transplantation : N'y a t'il vraiment
pas d'autre choix ? A t'on épuisé toutes les
alternatives ? Elles pèsent les avantages et les questionnements
qui ne manqueraient pas de surgir à partir des xénogreffes.
Elles se montrent confiantes mais critiques envers la science,
exprimant une crainte de dérive utopiste. Elles avancent
des arguments des deux catégories précédentes
et demandent davantage d'information.
Quelques
traits sont communs à toutes les personnes interrogées
:
-
La plupart ignorent tout des organismes (plantes ou animaux)
génétiquement modifiés, ignorant de
ce fait la nature des éventuelles xénogreffes,
pour lesquelles elles ont potentiellement donné leur
accord ; ignorant de ce fait la nature et la mesure des
risques encourus, comme si le risque majeur en matière
de greffe était le risque de rejet de l'organe greffé
autre. Les risques infectieux, les risques liés à
la baisse du système immunitaire - qui serait en
cas de xénogreffes plus bas encore - étaient
occultés.
-
Un risque existe de banalisation de la greffe d'un organe
provenant d'un animal, donnant l'illusion que les patients
puissent être dispensés d'une réflexion
sur le " tremblement de terre ", comme ils le
disent, que constitue une greffe d'organe : celle d'une
rencontre frontale avec la mort, d'une vie à reconstruire
à partir d'autres valeurs, la trahison du corps,
la reconstruction d'un schéma corporel acceptant
" l'autre " en soi, qui est un processus long
et demande à être accompagné avant et
après la greffe.
-
Un risque existe de désinvestissement du don d'organes
humain si les xéno transplantations se banalisaient.
En effet nous avons montré dans notre étude
que, loin d'être seulement un organe vital, l'organe
humain greffé est accepté comme un don volontaire
d'un humain à un autre humain, et à ce titre
précieusement investi. Réduit à une
matière vivante animale, le greffon est neutralisé.
Il simplifiera certainement les dilemmes que la personne
greffée et son entourage doivent résoudre.
Nous avons cependant remarqué que la recherche d'une
solution à ces dilemmes induisait une solidarité
et l'activation d'un échange ; les personnes greffées
sont les meilleurs militants du don d'organes. On peut se
demander si la xéno transplantation ne sera pas perçue
comme un soin, nécessitant une extrême compétence,
certes, mais qui, à long terme affectera le geste
solidaire de faire don de ses organes.
Conclusion
On
peut conclure en disant qu'en matière de xéno
transplantation, il importe de prendre son temps, ne pas être
emporté par la technique, d'autant que nous sommes
face à une technique qui va plus vite que nos schèmes
de pensée, ceux qui nous permettent communément
d'appréhender le monde , le soi.
Si
les risques sanitaires, connus et inconnus, individuels et
collectifs, constituent un enjeu éthique majeur, l'avis
d'experts ne semble pas être suffisant pour l'acceptabilité
d'une technique qui touche à l'identité humaine,
car l'identité biologique ne constitue pas le tout
de l'identité humaine.
La greffe animale, délestée des risques sanitaires
qui aujourd'hui la freine, allégera vraisemblablement
des sentiments de dette, de culpabilité vis à
vis du fait de devoir sa vie à la mort d'un autre,
ou de la tension intra familiale engendrée par le don
entre vivants, mais elle apportera d'autres questionnements,
aussi délicats qui nécessiteront une élaboration
et un accompagnement effectif.
Il
n'y a pas de solution systématique ni de technique
miraculeuse qui lèverait les incertitudes auxquelles
sont inévitablement confrontés les patients
comme les praticiens. On ne peut que comparer dans chaque
cas les possibles techniques existant et d'une façon
générale multiplier les alternatives et options
de recherche autour desquelles, à chaque fois, se redistribueront
les termes du débat et surgiront de nouveaux enjeux
éthiques.
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Développement rénal, cellules
souches et clonage thérapeutique |
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Par
le Dr Evelyne Fischer, chercheur à l'Institut Pasteur
article
reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur
Le
rein est composé d'un million d'unités fonctionnelles,
appelées néphrons. La réduction du nombre
de néphrons fonctionnels conduit à l'insuffisance
rénale, dont l'évolution clinique est typiquement
progressive et aboutit à l'insuffisance rénale
chronique terminale. Réparer un organe en lui apportant
des cellules neuves capables de remplacer celles qui sont
déficientes reste un rêve encore inaccessible.
L'identification de cellules souches, et la connaissance des
signaux à l'origine de leur transformation en cellules
différenciées pourrait représenter une
première étape dans cette nouvelle approche
thérapeutique, même si de nombreuses questions
quand à leur manipulation restent posées.
Chez les mammifères, le développement rénal
se déroule selon trois étapes successives. Les
deux premières étapes conduisent à la
formation de structures transitoires, le pronephros et le
mesonephros, et la dernière donne naissance au métanephros
ou rein définitif. Le développement du métanephros
débute par l'induction réciproque du bourgeon
urétéral, une excroissance du canal de Wolff
et du blastème métanephrique, une structure
mésenchymateuse du mésoderme intermédiaire.
Les facteurs secrétés par le mésenchyme
métanephrique induisent la croissance et la division
du bourgeon urétéral, pour former le système
collecteur. En retour, le bourgeon urétéral
induit autour de ses branches de division la transformation
de cellules mésenchymateuses en structures épithéliales,
qui vont former l'ensemble des composants épithéliaux
du néphron à l'exception des canaux collecteurs.
Ces événements successifs nécessitent
une interaction précise dans le temps et dans l'espace
de signaux provenant du bourgeon urétéral, des
cellules stromales et des cellules du blastème métanephrique
(1). Ces signaux confèrent aux cellules du blastème
métanephrique, véritables cellules souches embryonnaires,
la capacité de participer à la formation de
l'ensemble des différents segments du néphron
(à l'exception du système collecteur).
Qu'est-ce
qu'une cellule souche ?
Les
cellules souches possèdent deux propriétés
fondamentales : une capacité d'auto renouvellement
illimitée, et une capacité à donner naissance
à des cellules hautement différenciées
qui possèdent des caractéristiques propres aux
tissus.
Chez les vertébrés, les cellules souches peuvent
être classées en deux groupes distincts. Le premier
groupe comprend les cellules souches embryonnaires (ES cells)
ou cellules souches ftales, qui sont au cur des
vifs débats bioéthiques actuels. Ces cellules
totipotentes, qui sont dérivées des cellules
de la masse interne du blastocyste sont capables de contribuer
à tous les tissus de l'embryon et de l'adulte. Des
lignées de cellules ES existent chez la souris depuis
plus de 10 ans. Le génome de ces cellules non différenciées
peut être modifié in vitro et la réintroduction
de ces cellules manipulées in vitro chez l'embryon
précoce permet la création d'une souris génétiquement
modifiée.
Les cellules souches embryonnaires donnent également
naissance au second groupe de cellules souches : les cellules
souches multipotentes ou cellules souches adultes. Il a longtemps
été admis que ces dernières étaient
propres à un tissu ou à un organe, mais des
expériences récentes remettent en cause, tout
au moins partiellement, ce dogme de l'embryologie.
Au
cours de ces dernières années, des cellules
souches multipotentes ont été découvertes
dans différents tissus comme le système nerveux
central ou la moelle osseuse. Les cellules souches hématopoïétiques
résident dans la moelle osseuse qu'elles quitteront
pour exercer certaines de leurs fonctions ailleurs dans l'organisme.
Ces cellules souches sont rares (0.01% des cellules de la
moelle osseuse) mais sont à l'origine de l'ensemble
du système sanguin et donnent naissance chaque jour
à des millions de cellules filles. Certains considèrent
même qu'elles pourraient représenter une alternative
à la greffe de moelle.
En
dehors de leur rôle fondamental dans la production des
cellules sanguines, plusieurs publications ont décrit
la moelle osseuse comme une source potentielle de cellules
précurseurs d'autres organes. Récemment, des
cellules de moelle osseuse enrichies en cellules souches prélevées
chez une souris male ont été injectées
dans la circulation sanguine d'une souris femelle irradiée.
48 heurs après cette injection, ces cellules souches
ont à nouveau été prélevées
puis injectées individuellement à un second
groupe de souris femelle. L'utilisation du chromosome Y comme
marqueur génétique a permis de montrer que la
descendance engendrée par une seule cellule était
non seulement composée de cellules sanguine et médullaire
mais aussi de cellules épithéliales du poumon,
de l'intestin, de la peau.
D'autres
travaux ont montré que les cellules souches de la moelle
osseuse pouvaient également participer à la
régénération hépatique. Des cellules
hématopoïétiques ont été
injectées dans la circulation sanguine de souris FAH-/-,
souris génétiquement modifiées qui développent
une tyrosinémie de type 1 (maladie secondaire à
un déficit en fumaryl aceto acetate hydrolase). La
descendance de ces cellules souches a donné naissance
au système sanguin, mais aussi à des hépatocytes,
ce qui a permis d'améliorer les paramètres biochimiques
hépatiques des souris FAH-/-(3).
Une
autre étude récente chez la souris a montré
que l'injection de cellules souches hématopoïétiques
en bordure d'un infarctus du myocarde (par ligature coronarienne)
a permis une réparation du myocardique chez 40% des
animaux. Les nouveaux myocytes occupaient 68% de la partie
infarcie du ventricule. Il a également été
observé des cellules endothéliales et des cellules
musculaires lisses, organisés en vaisseaux coronariens.
De plus, les myocytes en voie de différenciation présentaient
une compétence fonctionnelle attestée par une
amélioration des données hémodynamiques
(4).
Ces différentes études démontrent bien
l'étonnante plasticité des cellules souches
hématopoïétiques. Ont-elles la capacité
de coloniser le rein ?
La
fibrose interstitielle est l'un des principaux acteurs du
rejet chronique en transplantation rénale. L'accumulation
de matrice extracellulaire est synthétisée par
des fibroblastes dont l'origine reste mal connue : proviennent-ils
de l'organe transplanté ou de précurseurs circulants
?
En
réalisant des biopsies rénales chez des patients
transplantés avec des reins de donneurs de sexe féminin,
Grimm et collaborateurs ont montré que environ un tiers
des cellules mésenchymateuses dans le compartiment
vasculaire ou interstitiel du greffon dérivaient du
donneur et non du receveur. Ceci suggère que des précurseurs
circulants des cellules mésenchymateuses ont la capacité
de migrer sur le lieu de l'inflammation (5).
Le
rôle des cellules de la moelle osseuse dans le rein
a également été montré dans un
modèle de pathologie glomérulaire. Des souris
porteuses d'une altération génétique
particulière, les souris Rop/os, développent
une sclérose glomérulaire. Des cellules souches
hématopoïétiques prélevées
chez ces souris Rop/os ont été injectées
à des souris saines, qui développent alors une
glomérulosclérose (6). Enfin des cellules de
la moelle osseuse participent également à la
régénération tubulaire, après
nécrose tubulaire aigue comme cela a été
montré dans un modèle rénal d'ischémie
re perfusion transitoire (7).
Ces différentes études ont montré la
capacité de cellules souches situées en dehors
d'un organe lésé à migrer jusqu'au site
atteint et y subir une différenciation favorisant la
réparation structurelle et fonctionnelle de l'organe.
S'ils sont extrêmement encourageants, ces résultas
nécessitent néanmoins des travaux complémentaires.
En quelle quantité ces cellules qui se trans-différencient
contribuent-elles à repeupler un organe ? Existe-il
en plus d'une conversion phénotypique une vrai contribution
de ces cellules au fonctionnement de l'organe ? Les tissus
adultes, et en particulier le rein, contiennent t-ils des
cellules souches qu'il serait possible de mobiliser lors de
situations pathologiques ?
L'étude des différentes étapes du développement
rénal devrait permettre de progresser dans la compréhension
de la cascade moléculaire à l'origine de la
formation du rein. L'équipe de Reisner a récemment
montré que des cellules provenant de blastème
métanephrique humain ou porcin implantées chez
la souris étaient capables de se différencier
en tissu rénal (8). En identifiant les gènes
exprimés par les cellules souches du blastème
métanephrique précoce, nous pourrions progresser
dans la découverte des cellules souches adultes rénales,
et mieux comprendre la fonction et la réparation du
rein, ce qui pourrait ouvrir la voie de nouvelles perspectives
thérapeutiques.
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24 décembre 2002, agence Reuters
Un
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février 2004, Agence Reuters
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Témoignage : de la dialyse à la transplantation
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