| J'ai
longtemps hésité avant de témoigner
sur ce site (que je trouve par ailleurs formidable), mais
en lisant les divers récits, témoins de
fractions de vie plus ou moins esquintées par l'insuffisance
rénale, j'ai décidé de me "jeter
à l'eau".
Ce
récit va vous paraître long, mais il représente
mon expérience d'insuffisant rénal, des
mes 12 ans à aujourd'hui.
Une
maladie pernicieuse
En
1972, je suis un p'tit gars de 12 ans sans problème,
aîné d'une famille de 2 frères et
d'une petite sur, une mère au foyer et
un père infirmier de Marine, vivant à
quelques kilomètres de Brest.
C'est
à cet âge-là que j'ai eu un purpura
rhumatoïde qui a eu pour conséquence d'altérer
la fonction rénale.
En
1974, alors que je passais mon BEPC "blanc",
je ressens une douleur violente au ventre, me pliant
carrément en deux. Le soir, mon père m'envoie
illico aux urgences de l'hôpital maritime. Le
médecin aspirant de garde diagnostique une appendicite
et me fait monter au bloc. Mon père (infirmier
de son état, je le rappelle, et qui travaillait
comme surveillant dans le service Médecine de
l'hôpital), pétri de doute, appelle son
chef de service et le sort de son lit. Arrivé
sur place, il stoppe le processus de l'intervention,
me consulte et finit par dire à mon père
:
" Vous avez bien fait de m'appeler ! Votre garçon
fait une méningite ! Il aurait pu rester sur
la table".
Le pus extrait de l'aiguille lors de la ponction lombaire
effectuée plus tard confirmera ses dires.
Cette méningite aura pour conséquence
d'aggraver le processus déjà en marche
de mon insuffisance rénale.
Dès
lors, les mois qui suivirent furent parsemés
d'examens et d'hospitalisations à répétitions
afin d'endiguer, ou tout d'où moins comprendre,
le mal qui me touchait.
Dans
le milieu des années 70, les moyens d'investigation
n'étaient bien sûr pas ceux d'aujourd'hui.
Je me rappelle notamment d'une radio des reins extrêmement
pénible : deux "poires" solidement
fixées par des bandes dans le dos au niveau des
reins pour les faire aplatir - un produit de contraste
qui me brûlait les veines - tout cela sans bouger
pendant presque une heure
Ou encore cet examen atypique : dès 8h le matin
absorption de 2 litres d'eau puis une marche pendant
3 heures - A 11 heures : miction, puis 2 litres d'eau
à ingurgiter avant de rester debout sans bouger
pendant 3 heures - A 14h : re-miction , re-2 litres
puis allongé pendant 3 heures !
Quoi
qu'il en soit, c'est durant cette période que
j'ai appris à connaître les mots comme
urémie, protéinurie, albumine, hématurie,
créatinine
et bien d'autres, que tout
bon IRC se doit de connaître !
Après
réflexion, je me rends compte de l'angoisse dans
laquelle se trouvait mon père. Car lui, il savait
déjà à l'époque vers quelle
issue son gamin allait inévitablement. Lui, qui
avait vu dans les années 50-60 (il ne m'en a
parlé que bien plus tard) des gens mourir dans
son service d'urémie dans des conditions qu'il
ne m'a jamais osé décrire - ou d'autres
qui se grattaient au sang avec des taux de phosphore
hallucinant ou dont le métabolisme s'étiolait
saturé de potassium.
J'ai
vraiment eu de la chance d'être né après
ces sombres années.
Mes
années collège se déroulent néanmoins
sans trop de problèmes jusqu'au BAC, l'année
de mes 18 ans.
Mais
à 18 ans, vous n'aspirez qu'à une chose
: faire la fête comme vos potes. Mais le lendemain,
vous le payez cash : nausées - oedèmes
- crampes
La "pernicieuse" (globulonéphrite proliférative)
vous rappelle à l'ordre : double dose de kayexalate
- régime sans sel strict - restriction hydrique
- "va falloir mettre le oh là ! mon gars
!".
Mais
cette "pernicieuse" ne m'empêchera pas
d'entrer à l'IUT de BREST et d'obtenir mon diplôme
et sortir major de ma promotion en juin 1981.
EN
ROUTE VERS LA DIALYSE (1er coup de pen'baz)
Décembre
1981 : le néphrologue qui me suivait à
l'époque, m'annonce qu'au vu de mes résultats
sanguins il n'y a plus aucun doute : la dialyse tant
redoutée est maintenant le seul traitement pour
contrecarrer la "pernicieuse" qui me course
depuis toutes ces années.
Cette annonce me fait l'effet d'un coup de massue (un
coup de PEN'BAZ, comme on dit en breton - ce sera le
premier, mais pas le dernier).
Il
va falloir me faire une fistule : dérivation
d'une artère du bras vers une veine pour faciliter
la ponction en dialyse.
La
première opération a lieu au CHU Morvan
à Brest : échec : "Vous avez des
veines tellement fines qu'on a pas réussi. On
remet çà dans 8 jours", m'a dit le
chirurgien.
Lors
de ma seconde opération, alors qu'on m'avait
fait un "bloc" du bras (piqûre de l'anesthésiant
au niveau du nerf au niveau de l'épaule), je
me rappelle de voir le chirurgien quitter la salle d'op.
appelé par un de ses confrères opérant
dans la salle voisine, lui demandant un avis sur une
ablation d'un foie hépatique. Je me souviendrais
toujours des yeux désolés de l'interne
en chirurgie, ne voyant pas revenir son chef de service,
me disant : "Excusez-moi ! Mais je vais devoir
refermer".
Me
voyant très remonté à l'issue de
ces deux échecs, mon néphrologue me garantit
que la troisième opération sera la bonne.
Janvier
1982 : je suis dans le train en partance pour Paris.
Mon père m'accompagne et tente de me rassurer
avec les derniers propos qu'a tenu mon néphrologue
: "Ne t'inquiètes pas, le professeur Bourquelot
est le papa de la fistule en France".
A l'Hôpital St Joseph, je suis dans la file d'attente
au bloc opératoire. Le "bloc" de mon
bras gauche a été fait. Les minutes sont
interminables
Au bout d'un certain temps, on
vient me chercher.
"Excusez-nous
pour ce retard, mais nous avions des difficultés
pour faire une fistule à un p'tit bonhomme de
trois ans".
Comme
mon "bloc" ne fait plus d'effet, je suis endormi.
Je
me réveille quelques heures plus tard, mon père
à mes côtés, quand je vois entrer
dans ma chambre ce type formidable, arborant une barbe
blanche comme un père Noël, tout droit dans
des sabots de bois noir :"Votre fistule srille
bien, vous pouvez renter !", me dit le Pr Bourquelot.
L'apprentissage
à l'AUB
Quelle
bizarrerie cette fistule ! Je n'arrête pas d'y
poser la main pendant le trajet du retour vers Brest
: je ressens comme un flux électrique continu.
Mais
au-delà de la surprise, il va bien falloir qu'elle
serve à quelque chose cette fistule. Et je ne
vais pas tarder à l'apprendre !
Mon
néphrologue m'a tout de suite mis en relation
avec l'AUB - l'Association des Urémiques de Bretagne,
qui prend en charge les patients atteints d'IRC afin
de leur faire vivre leur handicap de la meilleur façon
possible.
L'AUB,
c'est avant tout Marie-Paule, une doctoresse que tout
le monde appelle par son prénom, qu'ils soient
patients, infirmières, secrétaires ou
aides-soignantes. Elle n'a d'égal à sa
gentillesse que son professionnalisme.
Vu
mon jeune âge (22 ans), et l'expérience
de mon père, Marie-Paule va m'orienter vers la
dialyse à domicile.
Elle
m'invite donc à assister à la dialyse
d'une personne se piquant elle-même avec l'aide
de son conjoint.
Quand
j'ai vu cette personne s'enfoncer des trocarts dans
les veines de son bras j'ai commencé à
virer de l'il et je n'ai pu assister à
la suite de la séance.
Mais
il fallait passer par là pour combattre la "pernicieuse".
Pendant
que les travaux d'aménagement d'une pièce
adaptée à ma dialyse se faisaient à
la maison, mon père et moi "subissions"
l'apprentissage de la bonne mise en uvre d'une
dialyse à domicile, apprentissage dispensé
par l'excellente infirmière que je prénommerai
Françoise.
En
fait, le verbe "subir" vaut plus pour mon
paternel que pour moi-même
Habitué
à diriger des 10aine d'hommes ou femmes dans
son service, voilà mon père sous les ordres
de Françoise qui n'arrêtait pas de l'invectiver
sur la façon de stériliser les clamps,
de respecter les dose d'héparines, etc
dans mon for intérieur je jubilais.
Pendant
ce temps, les travaux à la maison ont bien avancé
: une pièce au rez-de-chaussée a été
spécialement aménagée pour accueillir
la future machine.
Un Rodhial à la maison : une affaire familiale.
Un
des ancêtres des machines à dialyser dans
le début des années 80 s'appelait le RODHIAL.
C'est cette machine qui était installée
à la maison, dans une pièce spécialement
adaptée par mes parents.
Le
RODHIAL, à l'époque, ne "pompait"
pas directement tous les sels minéraux dont le
sang a besoin dans un bain de dialyse. Il fallait faire
le "mélange intelligent" directement
dans une cuve intégrée à la machine.
De même, le surplus de poids (l'excédent
d'eau en trop dans mon corps) allait, après filtration,
dans une énorme pipette qu'il fallait vider périodiquement.
Au moins à l'époque on voyait ce qu'on
pissait !!
Comme
à l'époque je travaillais à Landivisiau,
c'est ma mère qui s'occupait de la préparation
et la stérilisation de la machine.
Quand
je rentrais du boulot, vers 18h, c'est mon père
qui me branchait à la machine. (Je me piquais
moi-même. Il me fallait un coup de main pour enlever
l'aiguille du cathéter (des WHALLAS 14 pour les
puristes !), le fixer avec des stérip-strip,
et le brancher sur les tuyaux). C'est lui qui a insisté
pour que mes frères fassent de même. Ce
qu'ils firent avec, certainement appréhension
au début, mais certainement avec amour pour leur
frangin.
LA
rencontre
Malgré
ces dialyses qui se passaient - pour le clan familial
-au mieux, je sombrais progressivement dans un profond
désarroi. A bientôt 23 ans je n'envisageais
qu'un avenir sombre, attaché à cette maudite
machine qui m'empêchait de vivre ce qu'un jeune
homme de mon âge aspirait.
Les
relations avec ma famille, et notamment avec mon père,
devenaient de plus en plus difficiles.
Ce
n'est que lors d'une dialyse à l'AUB, à
l'occasion de contrôles sanguins trimestriels,
que Marie-Paule, devinant ma déprime, me mît
en relation avec une jeune fille de mon âge, soumis
aux mêmes problèmes que moi.
Je
me souviendrai toujours de cet instant : cloué
dans mon fauteuil à ruminer quelques funestes
destins, je vis dans l'entrebâillement de la porte,
Marie Paule introduire une jeune personne.
" Bernard, je te présente S,, Elle a quelque
chose à te dire "
Et
S. se mît à me raconter sa vie, ses galères,
me rassurer sur ce que je vivais, que je n'étais
pas tout seul, qu'elle avait déjà été
greffée, qu'il fallait garder le moral.
Cette
rencontre fut pour moi un formidable déclic.
"Je n'étais pas seul dans cette galère
!"
Je me rendais compte que ce n'était pas seulement
un déclic, mais un véritable coup de foudre
!
Dès lors, je ne vivais plus que pour S., je ne
pensais que par S. ; j'étais tout simplement
amoureux !
Mais
comment concevoir une vie amoureuse entre deux dialysés
? Mes parents et ceux de S se la posaient sûrement.
Nous, nous ne la posions pas, tout simplement !
L'Amour
nous habitait, elle et moi, et nous étions prêts
à surmonter toutes les épreuves possibles
et imaginables pour former un couple, dans un premier
lieu, et une famille plus tard.
Un
mariage entre deux dialysés ? non ? Pas possible
!
C'est
la question qu'on dû se poser bien des gens de
notre entourage.
Et
pourtant, c'est l'objectif que nous sommes fixés
en ce début 1985.
S. dialysée jusqu'à présent au
domicile familial, quitte celui-ci pour se dialyser
dans une unité d'auto-dialyse à Brest.
Entre temps, je passe des concours administratifs :
je suis reçu à celui de secrétaire
administratif au Ministère de la Défense.
Nous
louons un appartement dans le quartier de Bellevue à
Brest.
Nous
décidons de nous marier le 29 juin 85 : quelle
fête ! Tous nos amis et toute l'AUB est là
: les toubibs, les infirmières, les secrétaires.
Pour
S ; la vie ne sera pas de tout repos : dialyse le matin,
dans son centre d'auto-dialyse, puis, de retour à
l'appartement, préparation de ma machine afin
qu'elle soit prête afin que je puisse, à
mon tour du boulot, effectuer la mienne.
Nous
vivions ainsi, à mi-temps, nos dialyses rythmant
notre vie de couple.
Premier
appel de greffe (2nd coup de pen'baz)
Inscrits
tous les deux sur la liste de greffe, Marie-Paule nous
annonçait que ce serait plus difficile pour S.
d'obtenir un greffon, tant ses anti-corps étaient
élevés. Par contre, en ce qui me concerne,
elle me prévenait de me tenir prêt et qu'à
chaque déplacement je devais laisser une adresse
ou un n° de téléphone où je
puisse être joint rapidement.
Ce
fût effectivement le cas, quelques mois après
notre mariage.
Cet
appel téléphonique pour me prévenir
qu'un greffon était disponible fût comme
une bouée de sauvetage lancée dans notre
océan de difficultés à surmonter
nos épreuves quotidiennes.
Une
dialyse et un cross mach négatif plus tard, j'entendais
Marie-Paule me dire que le greffon ne m'était
pas destiné.
Cruelle
désillusion, pendant laquelle j'échafaudais
tant de projets : m'occuper à mon tour de ma
petite chérie
.
La
première greffe (3ème coup de pen'baz)
L'envie
d'un enfant, que l'on soit bien ou mal portant, est
un objectif inéluctable dans un couple aussi
fusionnel que le nôtre à cette époque.
Mais
que de difficultés à surmonter quand vous
sortez des "sentiers battus". Imaginez les
commentaires de la société médicale
de l'époque !
"
Quoi ! Un enfant, alors que tous deux sont en dialyse
! "
Pourtant
Marie-Paule, après nous avoir prévenus
des énormes difficultés que nous allions
rencontrer, nous donnait son feu vert.
Alors
que nous allions entamer un protocole extrêmement
pénible pour S., je suis appelé pour une
éventuelle greffe.
Cette
fois-ci c'est la bonne !
En
1985, les greffes viennent à peine de débuter
au CHU de BREST. Le docteur B. en a déjà
effectué 12. Je serai la 13ème.
Allez
savoir pourquoi, le chiffre 13 est porteur d'espérance
pour certains et de malheur pour d'autres !
En
ce qui me concern, ce chiffre ne m'a pas porté
bonheur du tout.
En
effet, lors du prélèvement du greffon,
un coup de bistouri malheureux a endommagé l'uretère.
La conséquence ne sait pas vite attendre : l'urine,
au lieu d'aller dans la vessie, s'épandait dans
ma fosse iliaque.
Avec
l'équipe chirurgicale, le docteur B. décide
de réopérer et de brancher l'uretère
de mon rein droit sur le greffon. Après deux
tentatives infructueuses, me voilà au point de
départ.
Traumatisé
par cette amère expérience je décide
de m'enlever de la liste de greffe.
Les
années dialyse
Cet
échec de greffe me laisse un goût amer,
mais S. et moi ne baissons pas pour autant les bras.
Après
mon concours réussi comme secrétaire administratif,
je dois faire un stage de 10 semaines à l'école
d'administration de la marine de Cherbourg.
S.
m'accompagne. Nous louons un studio près de l'endroit
où mon stage se déroulait.
Après mes cours, nous allions tous les deux en
dialyse au centre de l'hôpital de Cherbourg.
Je
ne garde pas un souvenir impérissable de ces
dialyses : alors que nous piquions avec des cathéters,
ici la norme sont des aiguilles en fer, une restitution
au sel et "à l'air", sur des machines
brinquebalantes..
Notre
"confort" de dialyse à domicile étant
tellement loin des méthodes pratiquées
dans ce centre que nous amenions notre propre matériel
de dialyse : nos aiguilles WHALLAS14 "adorées",
notre sérum de restitution sucré (en ce
qui me concerne), nos ampoules de sel en cas de crampes,
et surtout les ampoules d'érythropoïétine
qui venaient à peine de faire leur apparition
à l'époque.
Mon
stage terminé, j'entame ma carrière à
l'hôpital des armées de Brest comme informaticien,
là même où mon père exerçait
quelques années auparavant.
Nos
semaines sont rythmées pendant des années
par les dialyses de S., le matin et des miennes le soir,
dans notre petit appart à Brest.
La
deuxième greffe
Anémié,
polytransfusé, çà devient vraiment
la galère pour moi de me lever chaque matin après
la dialyse de la veille d'aller au boulot.
Voyant
dans quel état je rentrais du travail le soir,
S. me demanda de me remettre sur la liste de greffe.
Ce que je fis.
Avec
le Dr B. (qui était entre temps devenu professeur)
s'installait entre lui et moi une certaine complicité.
Bien sûr, il se souvenait de mon (son ?) premier
échec et comptait mettre tout en uvre pour
que cette fois-ci tout se passe dans les meilleures
conditions.
Le
15 mars 1990, un appel téléphonique me
demande si j'accepte le greffon qui m'est proposé.
Les douloureux souvenirs d'y il a 5 ans reviennent à
la surface. Mais, avec S. à mes côtés,
ma réponse ne fait aucun doute : c'est OUI, bien
sûr !
Je
me réveille quelques heures plus tard. J'ai l'impression
d'avoir chaud au joues. La sonde urétrale ne
me fait pas mal. Je suis bien sûr courbaturé,
mais çà n'a rien à voir avec la
dernière fois. La greffe cette fois-ci a réussi.
Après
7 années de dialyses me voilà enfin libéré
!
Les
années bonheur
Cette
greffe m'aura cependant "scotché" pendant
près de six mois à l'hôpital : cyto-mégalo-virus
; ablation des glandes parathyroïdes, infection
nosocomiale due à un pneumocystis.
La
bonne nouvelle c'est que, quelques mois plus tard, S.
va aussi avoir son greffon !
Deux
greffés à la maison ! Enfin le bonheur
tant attendu. Les 5 années de galère en
dialyse tous les deux sont oubliées.
En
ce mois de juin 1990, S. m'annonce qu'elle est enceinte
! Ce bébé tant attendu est enfin là
! Mais ne croyez pas qu'il est venu comme çà,
en claquant des doigts.
"N'êtes-vous
pas assez épanouis comme çà !"
nous avait dit de Pr B.
Eh
bien non ! Nous avions tous les deux franchis bien nombres
d'obstacles dans notre vie commune de dialysés,
que nous devions avancer encore dans notre nouvelle
vie de greffés.
Examens
à répétition chez le gynéco,
spermogrammes successifs, inséminations
et enfin notre petit bonhomme qui arrive dans notre
couple après à peine 37 semaines et demi
de grossesse.
L'initiale
de son prénom sera M, comme "Aime",
la plus belle lettre de l'alphabet.
18
mois plus tard, en juillet 92, un autre M pointera son
nez : c'est une fille ! Je suis le papa le plus comblé
du monde !
Mais
ces deux grossesses auront raison du greffon de S. Nous
le savions tous les deux, et nous attendions à
ce qu'un jour ou l'autre, S. repasse en dialyse.
Celle-ci
se fera à domicile, dans un premier temps, dans
un centre d'auto-dialyse, plus tard.
4ème
coup de pen'baz
En
1999, S. est appelée pour sa 3ème greffe.
Entre temps, les rapports entre elle et moi sont devenus
tendus pour des raisons sur lesquelles je ne m'étendrais
pas.
En
février 2001 S. demande le divorce.
C'est
le quatrième coup de "pen'baz" de mon
histoire.
Epilogue
Depuis
2002 je vis seul dans une maison, dans un quartier,
dans une ville qui m'indiffèrent complètement.
Je vois mes enfants chéris, un week-end sur deux.
S. ne travaillant pas, je paie au prix fort une pension
alimentaire.
Je me retrouve recroquevillé dans une coquille
que je me suis moi-même forgée.
Au
lecteur de ces longues lignes, je voudrais dire ceci
:
La
vie est parfois parsemée d'écueils, de
problèmes qu'on juge insurmontables, mais aussi
de joies et de bonheurs considérables. Ne gardez
à l'esprit que ces joies et ces bonheurs
Ils vous aideront à tenir.
|