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Dominique
effectue ses premières ponctions (sur ma personne !)
avec succès malgré notre stress respectif. J'appréhende
la douleur liée à la pose des aiguilles, mais
j'ai surtout peur que la fistule claque de nouveau, je suis
encore échaudée par l'expérience de sa
première utilisation.
Je
prends l'habitude d'utiliser des patchs Emla, qui anesthésient
la peau au niveau du site de ponction à condition de
les poser une heure à l'avance. La douleur ne disparaît
pas totalement, mais est atténuée. Malgré
tout, je commence à envisager de me piquer moi-même
: j'ai l'impression que cela me permettrait de participer
plus activement à mon traitement, et de maîtriser
un peu plus son processus. Je
commence à en parler à la clinique, une infirmière
me raconte qu'elle a connu un médecin dialysé
qui le faisait et que cela se passait très bien. L'idée
fait son chemin...
Finalement,
un matin de décembre, je me retrouve avec une aiguille
à fistule à la main. Le néphrologue,
que je devine sceptique, me donne quelques derniers conseils.
Je me lance, je pique, le sang arrive dans la tubulure, c'est
réussi ! La seconde aiguille est elle aussi mise en
place sans problème. Je réalise alors que je
craignais moins le geste en lui-même que l'échec
ou le renoncement, et c'est sans doute ce qui m'a permis de
sauter le pas sans difficulté apparente.
Je
constate que Dominique et mon médecin sont épatés,
visiblement ni l'un ni l'autre ne m'en croyaient capable.
Le second s'enfuit dans le couloir annoncer "la bonne
nouvelle" : la quasi totalité du service de dialyse
passera dans la chambre pour me féliciter au cours
de la séance. Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir
réalisé un exploit, mais plutôt de m'être
prouvé que je pouvais vaincre mes appréhensions
et apprivoiser un peu plus mon traitement en cessant d'être
complètement passive.
La
dialyse, c'est un cheval fougueux qui m'a embarquée
sans que je puisse l'arrêter. J'ai eu beau m'accrocher
aux rênes, tirer de toutes mes forces, rien n'y faisait.
Je sais pourtant qu'avec une telle monture, cette stratégie
est inutile. Il faut l'apprivoiser, la calmer, la dompter
en douceur, sans espérer qu'elle puisse s'arrêter
d'un seul coup. Tout ce qu'on peut obtenir, c'est qu'elle
ralentisse peu à peu sa course, qu'elle se mette à
écouter, pour finalement redevenir contrôlable.
Il faut agir avec raison et pas par instinct pour venir à
ses fins, et accepter les compromis. Tel est mon objectif.
Au
fil du temps et des séances, je deviens du reste de
plus en plus à l'aise. J'apprends à connaître
le tracé de ma fistule, et je la pique facilement tout
en variant les points de ponctions. En fait, la principale
difficulté est que l'on ne dispose que d'une seule
main, il faut donc commencer par palper la fistule, déterminer
l'endroit où l'on veut piquer et s'en souvenir, car
une fois l'aiguille en main, plus moyen de se repérer.
L'astuce que j'adopte consiste à mémoriser le
point de ponction et l'angle "d'approche", cela
fonctionne plutôt bien ! Le geste en lui-même
ne m'impressionne bientôt plus du tout, je me concentre
sur le bon positionnement des aiguilles et j'oublie presque
qu'il s'agit de mon propre bras.
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