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La
salle de réveil...
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"ne bougez pas, on va vous faire une radio des poumons".
Je sens des mains qui m'empoignent, on me soulève et
ça me fait mal, très mal. On me repose sur quelque
chose de froid (métallique ?). Je réalise que
la douleur vient de mon ventre, là, à droite.
Qu'est ce que je fais là ? Je sens mon menton posé
sur mon épaule droite (tiens, pourquoi cette position
?) et j'entends de nouveau la voix, tandis que quelqu'un tente
en vain de me remettre droite de force : " Redressez
la tête, voilà, comme ça
".
J'ignore
pourquoi mais je tourne de nouveau mon visage vers la droite.
Je réalise que j'ai également mal dans le cou
Et soudain, je me souviens : la greffe. Ce que je sens dans
mon ventre, c'est mon nouveau rein. Et dans mon cou, c'est
certainement le cathéter qu'on m'a posé pendant
l'opération. La radio des poumons sert vraisemblablement
à vérifier sa position
Je tente d'ouvrir
les yeux, sans y parvenir. Ou plutôt je peux ouvrir
les paupières, mais je ne vois rien : je crois que
mes yeux sont révulsés et je n'arrive pas à
les contrôler. La douleur est de plus en plus présente
et s'intensifie de minute en minute, en même temps que
mon niveau de conscience. Je tente de gémir, en vain
également.
Quelque
chose bloque ma respiration. Je réalise que je suis
encore intubée. J'espérais me réveiller
après l'extubation, c'est raté. Je panique un
peu, je tente de prendre une grande inspiration et j'échoue
lamentablement. J'entends une voix féminine me conseiller
de respirer doucement et je m'exécute (pas vraiment
le choix
).
Les
lignes qui précèdent constituent les premières
impressions que je garde de mon réveil. On m'avait
dit que je ne conserverai aucune mémoire de ces quelques
heures, là aussi c'est raté ! J'en ai aujourd'hui
encore une image particulièrement claire et détaillée,
et des souvenirs extrêmement précis.
On
me soulève de nouveau pour retirer la plaque qui se
trouve sous moi. J'entends de nouveau la voix féminine
: "C'est la jeune fille qui a été greffée.
Elle mord le tube et elle est en hypothermie" (ah bon,
je mords le tube ? Ah oui tiens, c'est peut être pour
ça que j'ai du mal à respirer ?). "Sa température
est à 35". Une voix d'homme lui répond
(l'anesthésiste ?) : "On va attendre un peu pour
l'extuber, on la réchauffe.". Ca ne m'arrange
pas, même si la couverture chauffante qui vient m'envelopper
est plutôt réconfortante
Peut
à peu, je retrouve l'usage de mes sens. La vue, principalement,
qui me faisait défaut jusqu'à présent.
Je réalise que je suis de nouveau dans un lit, dans
la salle de réveil. Je découvre d'abord tous
les tubes qui émergent de mon corps, et ils sont nombreux
! Je commence à redresser la tête, même
si le cathé me fait toujours aussi mal. La position
que j'adoptais n'arrangeait rien à la douleur, du reste.
Je découvre aussi l'infirmière qui va s'occuper
de moi pendant mon réveil. Elle est brune, et elle
doit avoir une quarantaine d'année. Ce sont les seuls
souvenirs que je conserve de son apparence, et j'ignore jusqu'à
son prénom, mais je sais qu'elle a été
très présente à mes côtés.
J'ignore
combien de temps s'est écoulé entre ces quelques
instants et mon extubation, mais cela m'a semblé une
éternité. Je tente de respirer aussi calmement
que possible, mais la douleur est intense et rend les choses
difficiles. Je me demande pourquoi on ne me donne rien pour
la calmer. Finalement, l'anesthésiste arrive près
de moi, prend ma main dans la sienne et me demande de la serrer.
Je m'exécute vivement. "On l'extube". Soulagement.
Puis, s'adressant à moi "vous allez voir, c'est
le meilleur moment de la journée
". Je n'en
doute absolument pas ! Le tube glisse rapidement hors de ma
trachée
Re-soulagement.
Je
peux enfin respirer normalement, ce dont je ne me prive pas.
-
Sur une échelle de 1 à 100, à combien
évalueriez-vous votre douleur ?
Je n'attends pas la fin de la phrase pour répondre
- soixante quinze
- Ne vous inquiétez pas, je vous fais de la morphine,
on va vous soulager.
Tant
mieux, je commençais vraiment à trouver ça
long ! En quelques minutes la douleur s'atténue en
effet, je me détends.
- Ca marche très bien, vous savez, vous n'arrêtez
pas de pisser depuis tout à l'heure. Vous avez pissé
dès que le rein a été déclampé.
Regardez sur votre gauche, votre maman est là ! Elle
va très bien aussi, on va la ramener dans sa chambre.
Je tourne la tête et je distingue
un homme ! Et
puis un peu plus loin, une silhouette familière qui
me fait un signe de la main, tandis que des brancardiers poussent
son lit. Je voudrais bien lui répondre mais mes deux
mains sont immobilisées par des tas de tuyaux (c'est
du moins ce qu'il me semble
).
J'ai
l'impression de retrouver mes facultés de minute en
minute, sentiment qui est sans doute exacerbé par le
fait que la morphine fait son effet, la douleur a presque
complètement disparu. On me prévient que je
vais avoir de la visite, et effectivement quelques instants
plus tard Dominique est à mes côtés. J'entame
la conversation, il est visiblement très surpris de
me voir aussi consciente. J'apprendrai plus tard qu'à
son retour dans notre chambre, maman était encore très
endormie, il s'attendait donc à me trouver dans un
état similaire. Je lui demande de me ramener mes lunettes,
des boules Quies (il semble que j'ai donc l'intention de dormir)
et du baume pour mes lèvres qui sont desséchées.
Il
s'exécute avec beaucoup de bonne volonté ! Papa
aussi vient me voir, séparément, et me donne
des nouvelles de la "donneuse" qu'il a retrouvée
dans notre chambre un peu plus tôt. Il me raconte que
l'information selon laquelle j'ai déjà uriné
sept litres circule dans le service ! Mon infirmière
confirme, et lui désigne les gros pots en verre qui
se trouvent à côté de mon lit. Apparemment
je m'apprête à battre un record
Il m'annonce
aussi que mon opération n'a duré que 50 minutes,
celle de maman 1h10. Il n'y a eu aucune difficulté,
ce qui est plutôt bon signe.
Mes
visiteurs s'éclipsent, les soins continuent à
un rythme intensif : prélèvements de sang, prises
de tension, etc. Comme mes idées sont de plus en plus
claires, j'entreprends de faire l'inventaire des tuyaux auxquels
je suis branchée. De haut en bas : deux dans les narines
pour l'oxygène, le Kt dans la jugulaire (en fait, il
est tunnelisé sous ma peau et en émerge sous
ma clavicule), des électrodes branchées sur
le scope, une perf sur le dessus de ma main droite, une autre
dans l'avant bras (celle que l'anesthésiste m'a posée
avant l'opération), une pince sur mon index droit (qui
permet de mesurer ma saturation, c'est à dire le taux
d'oxygène dans mon sang), un drain de redon juste au
dessus de ma cicatrice (c'est un tube relié à
un réservoir qui permet de drainer la plaie), une sonde
vésicale, et enfin un tensiomètre sur ma jambe
!
Avec
la complicité de mes boules quies, qui me permettent
de m'isoler de l'agitation de la salle de réveil, je
m'assoupis et je perds la notion du temps.
J'ouvre
les yeux un peu plus tard, réveillée par la
pression du brassard du tensiomètre qui se gonfle.
Mon infirmière m'annonce que son service est terminé,
l'équipe de nuit va prendre le relais. La salle de
réveil sert aussi pour la réanimation, et nous
serons trois patients à y passer la nuit. Deux hommes
sont en effets étendus sur les lits voisins. J'apprends
que le premier a fait une attaque cérébrale,
le second a été amené suite à
un accident de voiture. Il gémit sans arrêt et
se met à hurler régulièrement
Tous
deux sont visiblement en très mauvais état.
J'ai
soif, on me dit que je ne dois normalement pas boire pour
le moment, mais je parviens à obtenir quelques milliaires
d'eau dans une seringue. C'est délicieux et cela apaise
un peu ma gorge, irritée par le tube endo-trachéal.
J'aimerais tousser pour la dégager un peu, mais une
unique tentative a suffit pour que je comprenne que cela provoquait
une douleur très aiguë au niveau de ma cicatrice.
Je m'abstiens donc
La
nuit se déroule doucement, je ne parviens pas à
me rendormir. On me refait de la morphine à plusieurs
reprises, en sous cutanée cette fois. Mon voisin de
gauche est toujours bruyant, et ses cris me glacent le sang
: ils n'ont plus rien d'humain. Le matin arrive, avec un nouveau
changement d'équipe. Les infirmières qui prennent
le relais font comme si je n'étais pas là, ou
plutôt comme si je ne me rendais pas compte de leur
présence. Un des médecins du service de néphro
passe me dire bonjour, et m'assure que je m'en sors très
bien, ma créat n'a pas cessé de baisser d'heures
en heures, et j'ai pissé en tout 16 litres. Il demande
à ce que je sois remontée dans le service de
transplantation avant 9h, ce qui m'arrange bien, parce que
l'ambiance de la salle de réveil commence à
être vraiment sinistre !
Les
premiers opérés de la journée, accompagnés
de leur personnel soignant, font bientôt leur apparition.
Mes quatre "pots de pipi" (4 litres chacun, tous
remplis à raz bord), ont été savamment
disposés le long de mon lit. Ils entraînent les
exclamations admiratives d'à peu près toutes
les nouvelles têtes qui pénètrent dans
la salle.
On
me retire les tubes à oxygène que j'avais dans
les narines, parce que "ma saturation est normale".
Deux de moins ! Je demande des nouvelles de ma maman, et une
des infirmières me propose d'en prendre moi-même
directement auprès d'elle. Elle me tend bientôt
un combiné téléphonique, et nous pouvons
échanger quelques mots
Notre conversation n'est
pas très fournie, mais elle nous permet à toutes
les deux de constater que l'autre va bien, c'était
le but recherché.
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