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J4
: mardi 4 juin 2002
Pour la première fois cette nuit, je suis parvenue
à m'endormir et à grappiller quelques heures
de sommeil réparateur. De très violents maux
d'estomac me sortent des bras de Morphée au petit matin,
l'infirmière que j'appelle a l'air un peu surprise
et m'avoue qu'elle vient tout juste de quitter ma maman qui
avait exactement les mêmes symptômes. On me donne
un sachet de gaviscon qui me soulage rapidement. Un coup de
fil à maman m'apprend que pour elle aussi il a été
efficace. Nous nous sentons toutes les deux bien mieux ce
matin. Il y a sans doute une raison très subjective
à cela : c'est aujourd'hui que nous allons nous retrouver
! C'est donc avec un moral d'acier que j'aborde cette journée,
d'autant que je sens un vrai progrès par rapport aux
jours précédents, la douleur est moins forte,
je suis plus détendue, je parviens même à
me lever seule pour la désormais traditionnelle pesée.
J'allume la télévision et me plonge avec plaisir
dans les programmes matinaux entrecoupés par les soins
On me fait la seconde perfusion de Simulect.
Le
transfert a lieu un peu avant midi, mon lit est poussé
dans le couloir et je rejoins finalement ma maman, visiblement
aussi enchantée que moi.
Nos
lits sont installés côte à côte,
nous nous mettons derechef à papoter. L'ambiance est
au beau fixe toute la journée, et lorsque la kiné
nous rend visite, je m'empresse de lui demander s'il y a un
truc pour éviter d'avoir mal pendant les crises de
fou rire ! Pour information, la réponse est oui, il
faut "soutenir" le greffon des deux mains et remonter
le genoux vers la poitrine. Ca marche, et c'est une position
que j'adopterai fréquemment dans les jours qui suivront.
On
m'a demandé de boire au moins 3 litres d'eau par jour,
qu'on m'apporte sous la forme de six bouteilles d'un demi-litre.
Je conserve les "cadavres" que j'aligne sur ma table
de chevet comme autant de preuves de ma bonne volonté.
C'est étrange et enivrant de pouvoir se gorger de liquide
après plusieurs mois de restriction. Au départ,
j'avais l'impression qu'absorber de telles quantités
me serait difficile, en fait c'est plutôt simple
Seul
bémol à l'atmosphère d'euphorie qui règne,
notre "régime" ne se libéralise toujours
pas, et nous sommes toutes les deux tiraillées par
la faim ! La télévision nous abreuve de pubs
pour différentes denrées qui nous paraissent
soudain immensément désirables, c'est une vraie
torture. Pour le dîner, on nous sert comme bonus un
infâme bouillon de légumes sans sel. Il empli
la chambre d'une odeur de chien mouillé qui parvient
presque à nous couper l'appétit.
Nous
abordons la nuit sereinement, le rythme de mes contrôles
s'espace et on m'a confirmé que demain on me retire
le Kt et la sonde vésicale, ce sera une grande journée
!
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