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Ma
maladie rénale a été découverte
en 1976, lorsque j'avais 12 ans. J'ai commencé
à dialyser en 1980, j'allais avoir 16 ans.
Avoir
un jour un enfant est une préoccupation qui m'est
apparue très tôt. Lorsque j'ai rencontré
le futur papa de ma fille en 1989, l'idée s'est
encore précisée, mais je n'osais pas vraiment
aborder le sujet lors des consultations, peut-être
par peur de la réponse.
Je
ne me souviens plus comment le sujet a été
abordé, toujours est-il que mon néphrologue
m'a parlé de grossesse, et que j'ai pu enfin
poser toutes les questions qui me tenaient à
cur.
Nous sommes arrivés à la conclusion que
je ferais une tentative, que je le préviendrais
dès que la grossesse serait sûre, et qu'il
me reprendrait en charge à l'hôpital et
non plus en auto dialyse.
J'ai fait le choix de cette grossesse en dialyse car
j'avais peu d'espoir d'être greffée rapidement
; l'avenir m'a donné raison puisqu'à ce
jour je ne suis toujours pas greffée, et je vais
avoir 40 ans !!!!
J'ai
donc arrêté toute contraception, il n'y
avait plus qu'à attendre.
Au
bout d'un an, toujours rien.
Je suis donc retournée consulter mon gynécologue
qui a décidé de pratiquer un bilan de
stérilité, et rapidement, après
courbes de température et analyses, nous nous
sommes aperçus que le problème venait
d'un taux de prolactine trop élevé.
Il me met donc sous Parlodel à partir de décembre
1991.
En février 1992, j'ai un retard de règles
de 5-6 jours et je décide de faire une prise
de sang
positif !!!
Je suis sur un petit nuage. Je préviens mon néphrologue
qui me dit qu'il me reprend en dialyse à l'hôpital.
Les
jours passent.
10
semaines de grossesse.
Après
quelques problèmes de saignements, je passe une
échographie, et là grosse déception,
le cur du bébé ne bat plus. J'ai
donc droit à un à un curetage, et à
toute la déprime qui va avec. Je ne sais pas
si j'essayerai à nouveau.
Je
ne retenterai qu'un an plus tard.
Entre
temps je demande aux médecins s'il serait possible
de rencontrer un gynécologue qui pourrait me
donner de l'information sur les grossesses chez les
dialysées ; je vais donc être envoyée
en consultation à l'hôpital Tenon, mais
le médecin que je vois m'explique qu'il est dans
l'impossibilité de me donner quelque statistique
que ce soit, n'ayant pas un nombre de grossesses suffisant,
mais me dit de contacter un néphrologue spécialisé
dans l'hypertension de la grossesse, lui me dit de tenter
ma chance , que d'après lui " le projet
est viable ", une petite phrase qui me fait un
bien fou.
A
nouveau traitement par parlodel et courbes de température,
(très romantique !!).
En
juin 1993, nouveau retard, nouvelle prise de sang, à
nouveau positif, mais là l'enthousiasme est beaucoup
plus modéré, j'ai peur d'être à
nouveau déçue.
Sur
les deux néphrologues de l'hôpital l'un
me prend en charge, et l'autre est furieux, d'après
lui il faudrait interdire aux dialysées de faire
des enfants !!!! (Il ne me parle d'ailleurs quasiment
plus depuis dix ans...).
Le
temps passe, avec consultations diverses, échographies,
je suis très bien suivie par mon néphrologue
et par mon gynécologue, et nous arrivons tranquillement
aux 5 mois de grossesse, où les dialyses s'intensifient
un peu.
Jusqu'à
ce terme, j'ai dialysé normalement, et à
partir de là, je dialyse réellement tous
les deux jours, une semaine lundi, mercredi, vendredi,
dimanche, l'autre semaine mardi, jeudi, samedi.
A
6 mois , je commence à me sentir un peu moins
bien, je suis un peu fatiguée, mais surtout je
souffre d'un prurit gestationnel (en clair, je me réveille
toutes les nuits, en me grattant frénétiquement),
et mon bilan hépatique n'est pas terrible.
Un
soir je découvre de petits saignements et je
suis fatiguée de me gratter et de ne plus dormir.
Je vais donc à la maternité voir le gynécologue
de garde qui, n'ayant pas trop l'habitude des dialysées,
me met sous valium pour me soulager. Bien sûr
avec l'insuffisance rénale les doses finissent
par s'accumuler ; au bout d'une semaine, je me gratte
moins, mais mon bébé lui aussi est bien
calmé et ne bouge quasiment plus.
Je
suis donc hospitalisée à 6 mois et une
semaine de grossesse avec menace d'être césarisée
en urgence, mais je ne réalise pas vraiment les
choses et je ne m'affole pas. A l'arrêt du valium
les choses rentrent un peu dans l'ordre et le bébé
va mieux.
J'ai
pas mal de contractions, et de ce fait je vais passer
le réveillon de Noël à l'hôpital,
pas très gai, mais il faut savoir ce que l'on
veut
A
7 mois de grossesse, les choses se gâtent à
nouveau, ma tension commence à monter sérieusement,
j'ai mal à la tête, et j'ai une barre au
niveau de l'estomac : signes de toxémie gravidique.
A
7 mois et une semaine, la décision de me césariser
est prise, ce sera le 28 décembre 1993.
Lorsque
je descends en salle d'opération, je suis très
fatiguée, j'ai des contractions sans arrêt
depuis deux jours et deux nuits.
J'aurais
souhaité une péridurale pour voir naître
mon bébé, mais l'anesthésiste qui
s'est occupé de moi n'a pas voulu. Ma fille est
donc née le 28 décembre 1993 à
9h20, elle pesait 1k680 et surtout elle allait très
bien (comme j'ai été hospitalisée
tôt, j'ai été traitée par
corticoïdes pour maturer ses poumons, ce qui est
le point le plus sensible chez les prématurés).
J'ai
été mise en réanimation pendant
3 jours pour être surveillée, et je n'ai
pu voir ma fille qu'au bout de ces 3 jours, c'était
très dur.
Ma
fille a été hospitalisée en néonatologie
durant 1 mois et demi, c'est un peu long, mais nécessaire.
Aujourd'hui
ma fille a 10 ans et je me dis que je ne regrette absolument
rien, que si je n'avais jamais tenté cette grossesse,
je serais passée à côté de
quelque chose de merveilleux et que ma vie aurait été
bien fade sans ma petite puce. Bien sûr, le problème
de la dialyse n'est peut-être pas toujours facile
à vivre pour elle, mais j'essaie qu'elle en pâtisse
le moins possible.

Constance
à l'âge de 9 ans...
Voilà
mon histoire. Si j'ai accepté de témoigner,c'est
parce que je me dis que cela donnera peut-être
un peu d'espoir aux femmes dialysées qui souhaitent
avoir un enfant. Témoignage comme j'aurais aimé
en lire il y a 10 ans...
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