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Livre d'Or.
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dernière
mise à jour le 08/08/2005
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Les greffes rénales
à partir de donneurs vivants |
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En
France, en 2004, 7% seulement des greffes rénales sont
effectuées à partir de donneurs vivants. C'est
un taux très faible, et qui n'a pratiquement pas évolué
depuis plusieurs décennies.
Pourtant,
c'est ce type de greffe qui me permet aujourd'hui de revivre
pleinement. Si elle n'avait pas été possible,
je serais restée en dialyse pendant de nombreuses années.
Je cumulais en effet un certain nombre de "handicaps"
pour l'accès à un rein de donneur cadavérique
(inscription en Ile de France, région pour laquelle
les durées d'attente sont les plus élevées,
groupe sanguin O, le plus demandé et paradoxalement
le fait d'être jeune et en "bonne forme"...).
Je suis consciente de la chance que j'ai eue et de la valeur
inestimable du cadeau qui m'a été fait. Je sais
également que seul l'amour est entré en jeu
dans le processus du don.
Mon
nom a été rayé de la liste d'attente
de l'EfG. Ainsi, le rein que j'aurais sans doute fini par
obtenir un jour ou l'autre pourra être attribué
à un autre malade qui verra son temps d'attente diminuer
d'autant.
Je
souhaite de tout mon coeur que cette possibilité puisse
être offerte à de nombreux patients. Pour cela,
il faut avant tout qu'eux et leurs familles en soient informés.
C'est une des raisons qui font que ce site existe...
Afin
de fournir une information la plus objective possible, et
qui dépasse le cadre de mon expérience personnelle,
j'ai regroupé dans ce qui suit divers éléments
relatifs aux greffes à partir de donneurs vivants...
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Qui peut donner et comment : ce que dit la loi
française
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Ce
type de don est actuellement régulé par la loi
dite "de bioéthique". Cette loi a été
récemment modifiée, le texte définitif
a été adopté en juillet 2004. Pour
tout savoir sur le feuilleton de la révision de la
loi de bioéthique, voir la rubrique qui lui est consacrée.
A
compter de mai 2005 (date de publication des décrets
correspondants), peuvent donner un rein de leur vivant
:
- Le
père, la mère du receveur
ainsi
que par dérogation :
- son
fils, sa fille
- son
conjoint
- ses
frères et soeurs
- le
conjoint de son père ou de sa mère
- ses
grands-parents
- ses
oncles et tantes
- ses
cousin(e)s germain(e)s
-
toute personne faisant la preuve d'une vie commune d'au
moins deux ans avec le receveur
(Pour
rappel, jusqu'alors, les seuls donneurs possibles étaient
les parents, les enfants, frères et soeurs et le conjoint
"en cas d'urgence" uniquement. Pour info de nombreuses
équipes ont d'ores et déjà anticipé
cette nouvelle législation et pratiquent de façon
courante les greffes entre conjoints, notamment...)
Le
prélèvement d'organe est gratuit et librement
consenti.
Le
donneur potentiel doit exprimer son consentement devant
le président du tribunal de grande instance, ou le
magistrat désigné par lui, qui s'assure que
le consentement est libre et éclairé et que
le don est conforme aux conditions fixées par la loi.
Le
comité d'experts
Le don d'organe ne peut avoir lieu que sous réserve
de l'autorisation délivrée par un comité
d'experts indépendant. Il doit rencontrer chaque donneur
potentiel (à l'exception du père et de la mère)
et est chargé de plusieurs missions :
-
Informer le donneur des risques qu'il encourt et des
conséquences et répercussions éventuelles
d'ordre physique, psychologique, sur sa vie personnelle, familiale
et professionnelle. L'information porte également sur
les résultats qui peuvent être attendus de la
greffe pour le receveur. Il est bien évident que cette
information ne remplace pas celle qui a été
délivrée au préalable par les équipes
médicales et chirurgicales qui suivent les patients
- Vérifier que l'information est bien comprise.
- s'assurer qu'il n'existe pas de " réticence
inavouée " pour le don, que le donneur vivant
est véritablement libre de sa décision et ne
fait pas l'objet de pressions.
La
décision du comité d'experts, qu'elle soit positive
ou négative, n'a pas à être motivée.
Chaque
comité d'experts est composé de cinq membres
(trois médecins, un psychologue et une personne qualifiée
en sciences humaines et sociales). Ils sont nommés
par arrêté du ministre de la santé, sur
proposition de la directrice de l'Agence de la biomédecine.
Il
y a huit comités différents sur l'ensemble du
territoire (Nord, Est, Centre-Est, Sud, Ouest, Ile de France
- Centre, la Réunion et Antilles-Guyane). Voir
la composition des comités, dont les membres ont été
nommés par arrêté le 13 mai 2005.
La
périodicité des réunions de ces comités
n'est pas prévue, mais on peut espérer qu'elle
s'adaptera en fonction de la demande et que cette procédure
n'allongera pas de façon exagérée les
délais des formalités liées au don du
vivant
|
Quelles
conséquences financières pour les donneurs
?
On
rappelle que tous les frais liés au prélèvement
du donneur vivant sont pris en charge par l'hôpital
chargé du prélèvement et de la
greffe : frais de transport (pour les examens et les
soins avant et après le prélèvement,
mais aussi pour le recueil du consentement et le passage
devant le comité d'experts), frais d'hébergement
hors hospitalisation, indemnisation de la perte de salaire
éventuellement subie par le donneur, totalité
des frais d'examens médicaux, de traitement,
d'hospitalisation, y compris le forfait hospitalier.
Il faut souligner que cette prise en charge existe même
si le donneur potentiel n'est finalement pas retenu
pour le don
L'hospitalisation
du donneur ne doit donner lieu à aucune demande
de prise en charge aux caisses d'assurance maladie,
de façon à conserver son anonymat. Par
contre, dès sa sortie de l'hôpital, il
peut être placé de façon classique
en congés maladie, ses indemnités journalières
lui seront alors versées par sa caisse de sécurité
sociale.
Le
prélèvement d'organes sur une personne
vivante entre à présent dans la catégorie
des actes de soins. Cela signifie que les donneurs obtiennent
le droit à réparation des préjudices
au titre de la solidarité nationale, dans les
conditions légales et réglementaires (ils
peuvent accèder notamment au dispositif d'indemnisation
des accidents médicaux).
|
Un
registre de suivi
La
loi prévoit également la création d'un
registre de suivi des donneurs vivants, dans le but de mieux
connaître leur devenir médical.
Il a été mis en place dès mai 2004 et
est géré par l'Agence de la biomédecine.
Il regroupe les données médicales concernant
le suivi à long-terme des donneurs vivants d'organes
en France (pour tous les prélèvements réalisés
depuis mai 2004). Ces informations sont recueillies à
l'issu du prélèvement, puis chaque année
à sa date anniversaire.
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Quels sont les résultats, les avantages,
les risques ? |
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Les
études effectuées au niveau mondial montrent
que :
Les
résultats obtenus avec ce type de greffe sont excellents,
supérieurs à ceux des transplantations avec
des greffons d'origine cadavérique :
74,9 % des patients greffés à partir de donneur
vivant gardent leur rein au bout de 10 ans contre 60,7 % dans
le cas de greffe à partir de donneur décédé...
En
pratique, la transplantation de donneur vivant aboutit à
des demi-vie moyennes des greffons de 18 à 20 ans
(période au bout de laquelle 50 % des reins greffés
fonctionnent encore). Ces chiffres sont à comparer
avec les reins de cadavre sélectionnés sur le
HLA, qui ont quant à eux une demi-vie de 11 ans.
En
outre, il est intéressant de souligner que la totalité
des études montrent qu'à l'exception des transplantations
à partir d'un membre de la fratrie HLA identique, les
meilleurs résultats obtenus en transplantation rénale
à partir de donneurs vivants le sont au sein du couple
(lorsque l'épouse donne à son conjoint), y compris
lorsqu'il n'existe aucune compatibilité HLA !
Cela est essentiellement lié à la meilleure
qualité des greffons, prélevés
dans de bonnes conditions sur un donneur en bonne santé,
et non, comme cela a longtemps été mis en avant,
seulement au meilleur degré d'histocompatibilité.
Peut être aussi que l'amour a quelque chose à
voir dans tout ça
?
Globalement,
les avantages sont les suivants :
- c'est
bien souvent la seule solution qui permette la greffe dans
des délais raisonnables.
- Elle
raccourcit, voire évite le passage en dialyse.
- Elle
offre de nombreux avantages familiaux et sociaux professionnels.
- Dans
le cas des enfants, elle permet une scolarité
la plus normale possible.
- C'est
économiquement la solution la plus avantageuse
(c'est vrai pour le malade mais aussi pour la société
!).
- Ce
sont les "meilleures des greffes", c'est
à dire celles qui offrent au receveur le maximum
de chances de succès à long terme.
- Dans
le cas de
certains malades pour lesquels l'accès à
la greffe est rendu très difficile (rareté
de leur groupe sanguin, de leur groupe tissulaire ou immunisation),
le recours à un donneur vivant apparenté peut
être la seule possibilité de greffe...
Extrait
du rapport de l'Etablissement Français des Greffes
sur l'activité de Greffe en France en 2002 :
|
Voir
l'intégralité du rapport sur le site de
l'EFG
La
qualité des résultats de la greffe rénale
à partir de donneur vivant en termes de survie
fonctionnelle à long terme et surtout de qualité
de vie sont l'argument principal de son développement.
Le développement de cette technique nécessite
d'abord l'information des malades insuffisants rénaux
susceptibles d'en bénéficier. Une information
complète, impartiale et intelligible doit être
offerte aux patients à un stade précoce
de leur maladie rénale lorsque les différentes
modalités thérapeutiques sont envisagées.
Cette information peut s'appuyer sur un document élaboré
et mis à disposition par l'Etablissement français
des Greffes en décembre 2001, à l'intention
des équipes de greffe et des services de néphrologie
et de dialyse. Avec l'aide des Sociétés
Savantes (Société de Néphrologie
et Société Francophone de Transplantation),
des recommandations sur la pratique de prélèvement
et de la greffe de donneur vivant apparenté ont
été rédigées et communiquées
aux équipes de greffe.
(Nota : ces recommandations peuvent
être consultées ici)
|
D'autre
part, les risques courus par les donneurs sont très
faibles.
|
Le devenir à court et à long terme
du donneur se caractérise par :
- un
risque vital très faible, de l'ordre
de 0,03 %, qui correspond au risque de toute anesthésie
générale.
-
de rares complications post opératoires
(0,23 %). Ces complications sont principalement
le
risque de phlébite, voire d'embolie pulmonaire,
de problèmes respiratoires, de rétention
d'urine, d'infection ou d'hématome au niveau
de la cicatrice pouvant au pire nécessité
une nouvelle intervention chirurgicale.
-
une espérance de vie et un pourcentage d'insuffisance
rénale, d'hypertension artérielle et
d'albuminurie équivalents à ceux de
la population générale, avec un
recul de 45 ans.
|
Une
étude effectuée en Suède sur 430 donneurs
de reins vivants montre même que leur espérance
de vie est supérieure de 29% à celle de la population
générale !
Ce résultat peut vraisemblablement s'expliquer par
la sélection exclusive de donneurs en excellente santé.
Il montre cependant que le don d'un rein n'entraîne
pas de risque de mortalité accru.
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Les questions qui peuvent
se poser avant de donner...  |
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Peut-on
reprendre une vie normale après avoir donné un
rein ?
Il
n'y a aucune raison pour que le donneur change ses habitudes
de vie après avoir donné un rein. Lorsqu'il
partage la vie du futur receveur, il y a fort à parier
que la qualité de vie du couple sera largement améliorée
par son geste !
Peut-on
mener à bien une grossesse après avoir donné
un de ses reins ?
Le
don d'un rein n'empêche pas de donner la vie et n'augmente
pas les risques lors d'une future grossesse. De même,
la fertilité masculine n'est absolument pas affectée.
Que
disent les différentes religions au sujet du don du
vivant ?
Les
grandes religions sont très favorables au don du vivant,
parce qu'elles y voient un acte de générosité
envers une personne en détresse. N'hésitez pas
à en parler avec un représentant de votre religion...
Peut-on
être assuré normalement, par exemple dans le
cadre d'un emprunt immobilier, après avoir donné
un de ses reins ?
A
l'heure actuelle, il n'existe pas de règle générale
à ce sujet, cependant, de nombreuses grandes assurances
françaises ont d'ores et déjà pris en
compte cette situation et ont décidé de n'appliquer
aucune surprime aux candidat à l'assurance ayant fait
don d'un de leurs organes en vue d'une greffe.
Donner
ou ne pas donner, comment décider ?
Pour
certaines personnes, la volonté de donner est immédiate
et absolue. pour d'autres la décision nécessite
un temps de réflexion et un cheminement... Etre effrayé
par ce geste ou se sentir coupable de ne pas vouloir donner
sont des sentiments normaux. Prenez le temps de vous informer,
d'en parler avec le receveur potentiel, de rencontrer éventuellement
d'autres donneurs "qui sont déjà passés
par là".
La
seule "bonne décision" est celle qui vous
semblera naturelle une fois que vous aurez le sentiment d'avoir
tous les éléments en main.
Vous avez le droit de ne pas vouloir donner, c'est une position
tout à fait respectable.
Vous avez aussi la possibilité de vous rétracter
n'importe quand au cours du processus de don du vivant, l'équipe
de transplantation qui vous aura pris en charge vous soutiendra
alors totalement.
Le droit de refuser de recevoir...
"Je
souhaite profondément donner un rein à un de
mes proches, mais il ou elle ne veut pas en entendre parler.
Que faire ?"
Certains
malades en attente de greffe de rein sont très réticents
à l'idée de recevoir l'organe d'un de leurs
proches. La principale raison, en général, est
la prise de risque pour le donneur... Comme la décision
de donner, la décision de recevoir passe par un temps
de réflexion et de dialogue. Si, au bout du compte,
le refus persiste, il faut savoir le respecter.
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Les conditions médicales pour donner
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Chez
une personne volontaire et en bonne santé, un rein
peut être prélevé sans danger en vue de
don. On vit en effet tout à fait normalement avec
un seul rein.
Il
n'y a pas réellement d'âge limite pour
donner, les médecins auront plus tendance à
parler d'âge " biologique ", c'est à
dire l'état de santé du donneur potentiel. Seuls
des examens approfondis pourront permettre aux équipes
médicales de se prononcer. Certaines personnes âgées
de 70 ans et plus ont pu sans problème particulier
donner un rein à leur proche.
La
première condition médicale est qu'il existe
une compatibilité sanguine ABO entre le donneur
et le receveur, à savoir :
|
une
personne de Groupe ABO
|
Peut
recevoir un rein de groupe :
|
Peut
donner un rein à un individu de groupe :
|
|
O
|
O
|
O,
A, B, AB
|
|
A
|
A,
O
|
A,
AB
|
|
B
|
B,
O
|
B,
AB
|
|
AB
|
O,
A, B, AB
|
AB
|
Ensuite,
le donneur devra subir une série d'examens médicaux,
destinés à :
-
vérifier son bon état de santé,
notamment qu'il peut subir sans risque particulier une intervention
chirurgicale ;
- réaliser une évaluation précise
de l'anatomie et de la fonction rénale de ses deux
reins. S'il existe une petite différence entre
les deux reins, ce qui est très fréquent, celui
jugé le meilleur n'est pas prélevé.
- réaliser les tests de dépistage des
maladies transmissibles ;
- apprécier son état psychologique et ses
motivations : il s'agit de vérifier la bonne compréhension
des informations reçues et d'identifier d'éventuelles
conséquences à long terme du don sur son psychisme.
Différents
tests immunologiques seront aussi réalisés,
pour vérifier les éventuelles incompatibilités
entre donneur et receveur... L'ensemble des examens nécessaires
est détaillé
ici.
Ce
bilan peut s'étaler sur une période plus ou
moins longue, et peut nécessiter quelques jours d'hospitalisation.
Dans
certains cas, le don ne sera pas possible. Par exemple si
le donneur potentiel a une anomalie rénale, une maladie
évolutive, une contre indication à l'anesthésie
ou est atteint d'un virus qu'il risquerait de transmettre
au receveur (hépatite B ou C, VIH...).
Enfin
le crossmatch doit être négatif... Le crossmatch
est un examen qui est réalisé avant la greffe,
et qui met en contact des échantillons de sérum
du donneur et du receveur, afin de s'assurer que le second
ne présente pas d'anticorps contre le premier. Si c'est
le cas, la greffe ne peut avoir lieu, car l'organisme du receveur
rejetterait le greffon.
Si
toute les conditions sont remplies, et tous les voyants "au
vert", la greffe peut être programmée...
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et si le don n'est pas possible...
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Les
conditions médicales à réunir pour que
le donneur potentiel soit retenu sont très strictes.
Il y a donc une multitude de raison qui peuvent rendre le
don impossible...
Même
si cette annonce peut être très douloureuse,
il faut se souvenir que d'autres options subsistent : la dialyse
permet au receveur d'attendre une greffe, qui pourra provenir
d'un autre donneur vivant ou d'une personne en état
de mort encéphalique.
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 |
Pourquoi promouvoir en France l'activité
de greffe de donneur vivant ?
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Extrait
de l'article publié dans Les Echanges de l'AFIDTN
n°65
Les
résultats remarquables de la greffe rénale de
donneur vivant en terme de survie fonctionnelle à long
terme et surtout de qualité de vie sont l'argument
décisif pour encourager son développement. Ceci
est d'autant plus valide que les greffons prélevés
chez des sujets en état de mort cérébrale
le sont chez des personnes d'âge de plus en plus élevé,
dont la qualité fonctionnelle des reins est altérée,
et tend à se dégrader à long terme.
Le
bilan rénal précis réalisé chez
le donneur vivant garantit l'excellente qualité fonctionnelle
du rein prélevé. Enfin le temps de préservation
et de conservation du rein prélevé avant la
greffe est très court, réduit à quelques
minutes. Ceci explique qu'il est plus rare, en cas de greffe
de rein de donneur vivant, d'observer des problèmes
de fonctionnement du greffon rénal, comme le retard
de reprise de la diurèse après la greffe.
Après
la greffe le traitement peut être parfois allégé
et l'hospitalisation est souvent plus brève. A plus
long terme, les lésions du greffon dues au phénomène
du rejet chronique sont également moins fréquentes.
Globalement, surtout en cas de greffe à partir d'un
sujet de la fratrie identique dans le système HLA,
la demi-vie des greffons de donneur vivant est significativement
plus longue que celle des greffons de cadavre.
La
greffe rénale de donneur vivant peut être programmée
à l'avance, sans caractère d'urgence, en fonction
de la période la meilleure pour le malade, des disponibilités
du donneur, et de l'organisation de l'équipe de greffe.
Cette programmation permet d'envisager sereinement la greffe
dans les meilleures conditions médicales et psychologiques.
Il
est parfois possible de réaliser la greffe au stade
terminal de l'insuffisance rénale avant la dialyse
; cette possibilité comporte de nombreux avantages
médicaux, sociaux et économiques.
La
greffe de rein de donneur décédé ne suffit
pas à couvrir les demandes puisqu'il y a trois fois
plus de malades inscrits sur la liste d'attente que de greffons
disponibles.
Ces malades attendent plusieurs mois, voire plusieurs années,
un greffon de donneur décédé. Cette situation
de pénurie risque de s'aggraver, car on observe, en
France et dans les autres pays, une augmentation du nombre
de nouveaux malades.
Pour que cette situation s'améliore, il faut qu'à
côté du développement des greffes de donneur
décédé les greffes de donneur vivant
puissent être réalisées à chaque
fois que les conditions en sont réunies.
Enfin, pour certains malades chez lesquels l'accès
à la greffe de donneur décédé
est rendu très difficile par la rareté de leur
groupe sanguin, de leur groupe tissulaire ou de la présence
d'anticorps en raison de transfusions, de grossesses ou de
greffe antérieure, le recours à un donneur vivant
apparenté peut être la seule possibilité
de greffe dans un délai raisonnable.
Dr
Hiesse,
département médical et scientifique de l'EFG
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En pratique... comment se passe le don ?
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 |
|
Le
prélèvement d'un rein en vue d'une greffe s'appelle
une néphrectomie unilatérale. C'est une intervention
chirurgicale pratiquée couramment depuis le début
du XXe siècle pour de nombreuses autres causes, notamment
les traumatismes qui imposent l'ablation d'un rein. Sa réalisation
nécessite dans tous les cas une anesthésie générale.
Il existe deux techniques chirurgicales de prélèvement
:
-
la voie "classique" dite de la lombotomie.
La cicatrice est latérale, immédiatement sous
les côtes, l'une d'elles devant parfois être sectionnée
par le chirurgien pour pouvoir permettre le prélèvement.
- la technique par clioscopie (ou laparoscopie).
La cavité abdominale est gonflée avec du gaz
carbonique. Un tube optique est introduit par une petite incision
au niveau du nombril. Il est relié à un système
optique qui envoie l'image à un moniteur. Des outils,
pinces, ciseaux, sont introduits par des fines incisions et
manipulés par l'intermédiaire de trocarts. Le
chirurgien peut ainsi observer et opérer. Le rein est
retiré de l'abdomen par une petite incision horizontale
sus pubienne.
L'intervention
dure environ 3h. Les douleurs post-opératoires sont
prises en charge efficacement par des médicaments.
Les mesures anti douleur sont expliquées au cours de
la visite de l'anesthésiste avant l'intervention.
-
Durée de l'hospitalisation du donneur : 24 à
48 heures avant le prélèvement et 3 à
14 jours après.
-
Arrêt de travail : entre deux semaines et un
mois environ.
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Evolution
historique de la greffe rénale à partir de donneur
vivant en France |
 |
|
L'histoire
de la transplantation rénale en France est étroitement
liée à celle des donneurs vivants. Elle débute
en effet avec la tragique histoire de Marius Renard
(voir La greffe : un peu d'histoire)

Marius Renard
|

Madame Renard, qui donna un rein à
son fils pour tenter de le sauver.
|
Par
la suite, l'avénement des traitement immunosuppresseurs
devait peu à peu inciter les médecin à
préférer les reins prélevés sur
des cadavres...
Extrait
du rapport de l'Etablissement Français des Greffes
sur l'activité de Greffe en France en 2002 :
|
Evolution
historique de la greffe rénale à partir
de donneur vivant
Depuis 1959, 37602 greffes de reins ont été
réalisées à partir de donneurs
cadavériques et 1794 à partir de donneurs
vivants soit environ 4.8% du total des greffes rénales
en France.
Ce taux très faible, comparativement à
la pratique dans d'autres pays, n'a pratiquement pas
varié depuis 1975.
Depuis 1996, on observe une augmentation régulière
du nombre de greffes à partir de donneurs vivants,
qui a presque doublé, mais qui demeure modeste
en proportion du nombre total de greffes rénales.
Le nombre de 164 greffes effectuées en 2004 est
historiquement le plus élevé, mais la
progression demeure très lente en regard de la
progression du nombre de greffes de donneurs décédés.
Evolution
du nombre de greffe de rein à partir de donneur
vivant chez les adultes et les enfants de moins de 16
ans depuis 1997
|
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
| Nombre
de greffes de donneurs vivants |
71 |
73 |
77 |
84 |
101 |
108 |
136 |
164 |
Voir
l'intégralité du rapport sur le site de
l'EFG
|
Sommaire
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 |
La situation à l'étranger |
 |
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En
comparaison, ce type de greffe est largement plus développé
dans d'autres pays, notamment aux Etats Unis où plus
de la moitié des greffes rénales sont des greffes
à partir de donneurs vivants !
Extrait du rapport de l'Etablissement Français des
Greffes sur l'activité de Greffe en France en 2001
:
|
Sur
le plan international, on constate entre les différents
pays des différences majeures de développement
de ce type de greffe.
Ainsi, en Espagne, le taux de greffes rénales
avec donneur vivant reste bas (0,75 pmh), mais il est
compensé par le niveau élevé du
prélèvement de donneurs décédés.
En revanche, aux Etats Unis, il progresse de plus de
10% par an, malgré le niveau relativement haut
du prélèvement chez les sujets en état
de mort encéphalique.
En 2001, la proportion de greffes de donneurs vivants
a atteint dans ce pays le niveau de 49% des greffes
rénales effectuées.
Les
chiffres en Europe
|
Pays
|
taux
de greffes rénales par million d'habitants
|
pourcentage
de greffes rénales à partir de donneurs
vivants
|
|
Autriche
|
51.3
|
12.6%
|
|
Norvège
|
46.9
|
40.8%
|
|
Espagne
|
46.8
|
1.6%
|
|
Belgique
|
37.1
|
3.6%
|
|
Suède
|
34.5
|
38.8%
|
|
Portugal
|
34.1
|
1.8%
|
|
France
|
33.7
|
5%
|
|
Suisse
|
33
|
31%
|
|
Finlande
|
32.7
|
2.4%
|
|
Pays
Bas
|
31.3
|
32.6%
|
|
Irlande
|
30.7
|
1.7%
|
|
Danemark
|
29.9
|
25.3%
|
|
Grande
Bretagne
|
28.6
|
21.1%
|
|
Allemagne
|
28.5
|
16.2%
|
|
Italie
|
26.8
|
6.4%
|
|
Grèce
|
16.3
|
54.6%
|
Voir
l'intégralité du rapport sur le site de
l'EFG
|
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au sommaire
|
 |
Les réticences qui perdurent... |
 |
|
Compte
tenu de la pénurie d'organes que connaît notre
société à l'heure actuelle, et des délais
d'attente souvent très importants dans le cas des greffes
de rein, cette solution apparaît comme très intéressante
pour de nombreux malades. Malgré tout, des réticences
existent, à la fois au sein de la communauté
des néphrologues (y compris dans certaines équipes
de transplantation rénale) et au niveau de l'Etat.
Extrait
du rapport de l'Etablissement Français des Greffes
sur l'activité de Greffe en France en 2000 :
|
Activité
de greffe rénale à partir de donneur vivant
en 2002
Au sein des équipes de greffe rénale,
l'activité et l 'évolution de l'activité
n'est pas comparable.
L'activité ne s'effectue que parmi 18 équipes
sur 36 (50%) pour l'adulte et 4 équipes pédiatriques
sur 9 (44%). Plus de la moitié (55%) des greffes
de donneurs vivants est concentrée dans 5 équipes.
Cette disparité a des raisons diverses :
certaines équipes, de plus en plus rares, ont
une réticence à s'engager dans la greffe
à partir de donneur vivant, d'autres évoquent
des raisons plus conjoncturelles telles que la difficulté
de recruter des donneurs volontaires, les obstacles
organisationnels, le caractère suffisant de l'activité
de greffe de rein avec les donneurs décédés,
ou la délégation de l'activité
à d'autres centres.
Dans la très grande majorité des cas,
le donneur vivant prélevé pour une greffe
rénale est un ascendant ou un collatéral
du receveur, plus rarement un descendant. On assiste
cette année à une augmentation notable
du nombre de greffes réalisées à
partir d'un rein prélevé chez le conjoint.
Face à l'ampleur de la pénurie d'organes
de donneurs décédés, particulièrement
sensible pour les candidats à la greffe rénale,
le niveau des greffes avec donneurs vivants en France,
malgré une progression modeste, demeure très
faible.
Voir
l'intégralité du rapport sur le site de
l'EFG
|
Lors
du 25ème congrès de l'Adot, qui s'est déroulé
à Chartres les 12 et 13 octobre 2002, le Professeur
Monique Hourmant, du CHU de Nantes, est intervenue au sujet
de ce type de greffes. Elle a notamment proposé ce
tableau, qui récapitule les arguments "contre"
et les réponses que l'on peut leur apporter.
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Arguments
"contre"
|
Arguments
"pour"
|
| Risque
pris par le donneur pour le bénéfice d'un
tiers. |
Risque
statistiquement très faible. Le donneur doit être
honnêtement informé et partenaire dans la
décision. |
| Libre
choix du donneur en questions : influences extérieures
possibles... |
Rôle
du psychiatre ou du psychologue pour détecter tout
problème éventuel. |
| Concurrence
avec les transplantation à partir de donneur en
coma dépassé. |
L'expérience
des pays qui effectuent un fort pourcentage de greffes
à partir de donneurs vivants prouve qu'elles permettent
un désengorgement des listes d'attente. |
| Dans
le cas d'un élargissement à des donneurs
non apparentés, possibilité de problèmes
psychologiques, de conflits d'intérêt, voire
de commercialisation cachée... |
Nécessité
de contrôle, (voir le système ULTRA
en vigueur au Royaume Uni) par le biais d'un comité
de médecins et de non médecins, apte à
se prononcer sur chaque cas. La nouvelle loi de bioéthique
pourrait devenir le support de la création d'un
tel dispositif. |
Le
dernier point qui limite vraisemblablement l'augmentation
de ce type de greffes en France est relatif au financement
des frais occasionnés au donneur. En effet, la loi
prévoit que toutes ses dépenses (frais médicaux,
mais aussi de déplacement, les pertes de salaires,
y compris les indemnités journalières, etc.)
soient prises en charge par l'Etat.
Or, ce sont à l'heure actuelle les hôpitaux transplanteurs
qui effectuent ces remboursements, prélevés
sur leurs budgets. Il est alors facilement compréhensible
qu'ils puissent hésiter à faire effectuer par
leurs équipes un trop grand nombre de greffes à
partir de donneurs vivants...
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La position des politiques |
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Le
coût de la prise en charge de l'insuffisance rénale
terminale et la perspective de la révision des lois
de bioéthique a incité les ministres de la santé
successifs à se pencher sur les greffes à partir
de donneurs vivants.
Ainsi,
le sujet a été abordé par Bernard Kouchner
en septembre 2001 à l'occasion des journées
de l'insuffisance rénale. Il a alors affirmé
sa volonté de développer le recours à
cette technique.
Extrait
du discours de Bernard Kouchner, ministre de la santé,
lors du colloque de la Sorbonne à Paris sur l'insuffisance
rénale chronique et santé publique, le 22 septembre
2001 :
|
Mieux
faire connaître les possibilités de greffe
de rein de donneur vivant
L'activité de greffe rénale de donneur
vivant demeure au plan national demeure à un
niveau très modeste : moins de 4% du total des
greffes rénales alors qu'à titre comparatif
la part des greffes de donneurs vivants a atteint 40%
aux USA.
Dans ce contexte, il m'est apparu important d'élaborer
un document d'information sur la greffe de donneur vivant
destiné aux insuffisants rénaux et à
leur famille.
Parallèlement, la société de néphrologie
et la société francophone de transplantation
préparent des recommandations sur la pratique
du prélèvement et la greffe de donneur
vivant.
(Nota : ces recommandations ont été publiées
en novembre 2001 et peuvent être consultées
ici)
Lire
le discours de Bernard Kouchner dans son intégralité
sur le site du ministère de la santé
|
Le
19 décembre 2001, à l'occasion d'une table ronde
sur les greffes liée à la révision des
lois de bioéthique, plusieurs professionnels de la
transplantation ont été amenés à
donner leurs avis sur le sujet et à évoquer
à la fois ses avantages et les difficultés auxquelles
ils sont confrontés. L'intégralité de
cette discussion est disponible
ici et permet d'avoir une vision précise de la
réalité de la situation en France.
Malgré
l'apparent consensus en faveur d'un élargissement du
cadre de ce type de transplantation, Jean-François
Mattei, nouveau ministre de la santé, interrogé
sur le sujet le 21 juin dernier par le Figaro (à l'occasion
de la journée nationale pour le don d'organes), a exprimé
ses réticences et a souhaité que le développement
des prélèvements sur donneurs décédés
lui soit préféré. Il a confirmé
sa position lors de son discours lors du colloque franco-allemand
sur le prélèvement et la greffe, le 23 juin
2002 à Strasbourg.
Extrait de l'article de Jean-Yves Nau, paru dans Le Monde
du 25 juin 2002
|
Paris
et Berlin mettent en garde contre la commercialisation
des organes humains
Les
délicates questions relatives à la transplantation
- celles de la définition de la "mort cérébrale",
du consentement des donneurs, de l'équité
dans la répartition des greffons ou du prélèvement
chez les donneurs vivants - étaient au centre
du colloque franco-allemand "sur les prélèvements
et les greffes" organisé par les deux pays,
lundi 24 juin, à Strasbourg.
Si, depuis deux décennies, l'efficacité
thérapeutique de la transplantation d'organes
et de tissus humains n'est plus à démontrer,
le développement de cette activité médico-chirurgicale
se heurte toujours, de manière récurrente,
à la pénurie des greffons disponibles.
Faut-il dès lors encourager la pratique des prélèvements
d'organes sur des donneurs vivants - pratique qui connaît
un fort développement aux Etats-Unis ?
Le professeur Jean-François Mattei, ministre
français de la santé, de la famille et
des personnes handicapés, tout comme Gudrun Schaich-Walch,
secrétaire d'Etat fédéral allemand
à la santé, ont rappelé à
Strasbourg que cela expose à un risque majeur
: celui de la commercialisation des organes humains.
"NE
PAS CÉDER À LA FACILITÉ"
En
France comme en Allemagne, les dispositions législatives
en la matière sont très restrictives.
Elles n'autorisent le prélèvement (d'un
rein ou d'une fraction du foie) que chez les conjoints,
les concubins ou les apparentés du premier degré
des patients. Une extension de ce "cercle des donneurs"
est prévue dans le protocole additionnel de la
convention d'Oviedo du Conseil de l'Europe sur les droits
de l'homme et la bioéthique. Cette extension
a été discutée il y a quelques
semaines en France lors de l'examen, en première
lecture à l'Assemblée nationale, du projet
de révision des lois de bioéthique de
1994. Rien, pour autant, n'est acquis.
"Nous ne devons pas, dans ce domaine comme dans
d'autres relevant de la bioéthique, céder
à la facilité, a souligné à
Strasbourg M. Mattei. Il est certes plus facile d'obtenir
un consentement assuré pour le don d'organe chez
les vivants que perfectionner notre système de
prélèvement chez les morts.
Mais nou | | | |