Les greffes en France : quelques chiffres
- Mise à jour le Jeudi, 29 Juillet 2010 19:28
- Écrit par Yvanie
- Mercredi, 01 Juillet 2009 11:30
Pour connaître tous les chiffres et les statistiques détaillées de l'activité de greffe en France, vous pouvez consulter en ligne le rapport annuel de l'Agence de la Biomédecine. C'est une source d'informations très précieuse !
Vous avez également la possibilité de recevoir gratuitement ce rapport par la poste à votre domicile en remplissant ce formulaire.
Le mot "pénurie" se réfère habituellement à des marchandises, il est assez peu adapté, voire péjoratif, lorsque l'on parle d'organes humains pour la greffe... Pourtant, c'est le terme usuel pour définir ce qui représente une des principales difficultés de la transplantation rénale à l'heure actuelle : le manque de greffons disponibles.
Au delà des considérations rhétoriques, ses conséquences pour les malades sont bien réelles, et ô combien terribles : il s'agit d'attendre, souvent de longues années, et parfois désespérément, la greffe qui leur permettra de revivre.

Heureusement, dans le cas du rein, une "alternative" existe puisque la dialyse permet une survie prolongée.
Il n'en reste pas moins que plus l'attente est longue, plus les risques de complications et d'échec de la greffe sont élevés. Ça, c'est le point de vue médical.
Mais l'aspect humain est également primordial.
La vie en dialyse est dure. Attendre, c'est être confronté au quotidien à l'incertitude et à l'angoisse, au désespoir parfois.
Pour les malades, le temps qui passe inexorablement reste le principal marqueur de la pénurie.
Quelques chiffres sur la liste d'attente et l'accès aux greffons
Les donneurs décédés constituent actuellement en France la première source de greffons. Ils ont été au nombre de 1610 effectivement prélevés en 2008 et ont permis de réaliser 2715 greffes de rein.
Extraits du rapport de l'Agence de la biomédecine sur l'activité de Greffe en France en 2008 :
Liste d'attente d'une greffe de rein et accès aux greffons
L'évolution de la pénurie peut être mesurée par 3 indicateurs :
- le nombre de receveurs en attente au 1er janvier de l'année pour un greffon (2,2 receveurs début 2008 pour 1 greffon rénal utilisable)
- le nombre de nouveaux inscrits pour un greffon (1,2 inscrit en 2008 pour un greffon utilisable)
- le nombre total de candidats pour un greffon (3,5 candidats en 2008 pour un greffon utilisable dans l'année)
Après 18,4 mois d'attente (médiane d'attente), les malades inscrits entre 2003 et 2008 ont 50 % de chance d'être greffés.
Voir l'intégralité du rapport sur le site de l'Agence de biomédecine
2008, une année de palier pour le prélèvement et la greffe d'organes
(Extrait du Communiqué de presse de l'Agence de la biomédecine)
L’activité de prélèvement et de greffe d’organes se maintient en 2008 par rapport à l’année 2007 : 1 563 donneurs ont été prélevés et 4 620 greffes ont été réalisées.
Comme les années précédentes, le nombre de patients en attente de greffe ne cesse d’augmenter : 13 687 malades ont eu besoin d’une greffe en 2008, soit 571 de plus qu’en 2007. 222 sont décédés faute d’être greffés à temps.
Chaque année, le nombre de personnes inscrites en liste d’attente progresse. Le décalage entre le nombre de patients ayant eu besoin d’une greffe (13 687 en 2008) et le nombre de greffes réalisées (4 620) est important comme les années précédentes.
Après une phase de développement extrêmement dynamique du nombre de greffe (+ 44 % depuis l’année 2000), l’activité se maintient en 2008 au même niveau qu’en 2007. Seul le nombre des greffes rénales (2 937 en 2008) et intestinales (13 en 2008) a augmenté par rapport à 2007. Après une hausse de 54 % depuis 2000, l’activité de prélèvement se stabilise également : 24,6 prélèvements par million d’habitants (24,7 en 2007), 1 563 donneurs décédés prélevés (1 562 en 2007).
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Les causes de la pénurie
Pour rester dans un vocabulaire "marchand", on peut dire que la pénurie est la conséquence d'une adéquation entre "l'offre" et de la "demande".
D'abord le nombre d'organes prélevés reste limité. La mort encéphalique reste un rare. De plus, certains phénomènes, comme la politique de prévention routière, diminuent son occurence. Le graphique suivant présente l'évolution des causes de décès des donneurs d'organes en France depuis ces dernières années :

Ensuite, les voies alternatives, qui permettraient de développer l'activité de greffe (comme la greffe rénale à partir de donneurs vivants ou le prélèvement sur des donneurs décédés après arrêt cardiaque), sont très peu développées en France. Ces techniques ont pourtant fait leurs preuves dans beaucoup d'autres pays, notamment en Europe (voir à ce sujet les conclusions du séminaire qui s'est tenu à Paris en mai 2009). Les raisons de ce faible développement sont essentiellement "institutionnelles" : à aucun moment une quelconque volonté politique de les promouvoir ne s'est manifestée. Bien au contraire, les différents débats parlementaires (par exemple à l'occasion des révisions successives de la loi de bioéthique) montrent combien les freins idéologiques restent nombreux.
Enfin, le nombre de candidats à la transplantation rénale augmente.
La greffe rénale est en quelques sorte victime de son succès, ses résultats s'améliorent, ses indications s'élargissent et l'épidémiologie de l'insuffisance rénale reste défavorable.
Par exemple, avant 1990, les patients âgés traités par dialyse avaient un accès très limité à la transplantation. En effet, les résultats des greffes réalisées sur ces malades étaient médiocres et la priorité était donnée aux receveurs plus jeunes. Depuis, les résultats se sont beaucoup améliorer et les bénéfices pour ces malades sont devenus considérables. Logiqement, le nombre de greffes réalisées chez les patients de plus de 65 ans progresse régulièrement : en France, en 2008, ils ont représenté 10.2% des patients en attente.
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En effet, il est aujourd'hui démontré que plus un malade est transplanté tôt, plus sa greffe fonctionne bien. L'allongement du temps passé en dialyse est directement lié à plus de complications après la greffe et à une survie du greffon moins longue. (1)
Dans l'absolu, on sait que les greffes qui "marchent" le mieux sont celles qui se font avant que le recours à la dialyse soit devenu nécessaire. On parle alors de greffes préemptives.
Il est bien évident que la pénurie est à l'origine de temps d'attente qui s'allongent, et qu'elle fait donc perdre des chances aux malades.

Attendre en dialyse, ce n'est pas neutre !
Même si les malades n'ont que peu de prise sur ce paramètre, on ne peut que leur conseiller de tout mettre en oeuvre pour que leur bilan pré-greffe et leur inscription sur la liste nationale d'attente se fassent le plus tôt possible, y compris avant le début de la dialyse.
(1) Meier-Kriesche HU, Kaplan B. Waiting Time on Dialysis as the strongest modifiable risk factor for renal transplant outcome: a paired donor kidney analysis. Transplantation 2002;74:1377-8
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