En pratique, avant la greffe

Combien de temps vais-je attendre ?

Mis à jour le lundi, 01 avril 2013 06:07 - Écrit par Yvanie le samedi, 30 janvier 2010 04:24

Combien de temps vais-je attendre ?

C'est une question cruciale et difficile, que tous les malades en attente de greffe se posent...

Sur l'année 2011, la médiane d’attente en la France était de 22 mois.

Mais il faut savoir que les durées d'attentes dépendent de beaucoup de paramètres. Elles sont donc difficilement prévisibles pour une personne donnée, même si des statistiques permettent de "se faire une idée". Nous ne sommes malheureusement pas tous égaux face à l'accès à la greffe de rein...

Panorama des principaux critères qui influent sur la durée d'attente...

 


L'influence du lieu d'inscription

Les rapports annuels d’activité de l’Agence de la biomédecine mettent en évidence des disparités sur le territoire. Les médianes d’attente sont très différentes selon les régions d'inscription des malades, mais aussi et surtout en fonction des hôpitaux, avec des valeurs allant de 7,4 mois au CHU de Poitier et 52 mois à l'Hôpital Tenon à Paris sur l'année 2011. 

Plusieurs éléments permettent d'expliquer ces disparités. Un des principaux est certainement le principe du "rein local" : lorsqu'un centre de transplantation effectue également des prélèvements d'organes, sur les deux reins prélevés, le premier est attribué selon les règles de répartitions en vigueurs, tandis que le second reste acquis à l'équipe de greffe locale et donc transplanté à un des malades en attente dans l'hôpital. On comprend aisément que les malades inscrits dans des centres qui prélèvent beaucoup seront très favorisés par ce système.

Durées médiane d'attente avant greffe, par équipe, des malades inscrits à partir du 1er janvier 2006 sur la liste d'attente de greffe de rein (source : rapport d'activité de l'Agence de la biomédecine 2011)

Attention, ces durées sont des statistiques, qui ne donnent aucune garantie de délai à un malade en particulier, et n'ont qu'une valeur informative.

On constatera que les services pédiatriques présentent des durées d'attente nettement moins importants que ceux réservés aux adultes, ce qui s'explique par la priorité nationale accordée aux receveurs de moins de 18 ans pour l'attribution d'un greffon.

Les durées d'attente dépendent aussi fortement des politiques d'inscription et de greffe qui diffèrent entre les équipes, qui se traduises par un nombre de patients en attente par centre très variable.

 


L'influence du groupe sanguin ABO et des anticorps anti HLA

Le groupe sanguin ABO joue donc un rôle très important par rapport à la durée d'attente prévisible.

Les patients de groupe B et O sont très clairement défavorisés par rapport à ceux de groupe A et AB. La présence d'anticorps anti HLA est également un facteur négatif.

Voir les statistiques relatives aux durées d'attentes en fonction du groupe ABO du receveur ou encore de son taux d'anticorps anti HLA (données nationales 2011)

Différentes études viennent confirmer cet état de fait, notamment celle de l'Agence de la biomédecine sur Accès à la greffe rénale et groupe sanguin.

 


L'influence de l'âge : les plus jeunes défavorisés

Paradoxalement et contrairement à ce qu'on pense souvent, les patients "jeunes" (entre 18 et 45 ans) accèdent plus lentement à la greffe de rein en France. 

Une étude l'a démontré en 2005 (Emilie Savoye, Agence de la biomédecine).

Apparition de difficultés d’accès à la greffe rénale pour les jeunes adultes (moins de 45 ans)

L’agence de biomédecine a effectué un suivi de l’évolution de l’accès à la transplantation rénale en France, actuellement dans un contexte de vieillissement de la population des donneurs.
L’ensemble des 20 228 patients inscrits en France entre 1997 et 2004 a été inclus dans l’étude.

Les données brutes montrent que la part de patients de plus de 45 ans est passée de 45 % à 55 % dans cet intervalle de temps. Ainsi, les donneurs de plus de 45 ans ont augmenté de 20 % ; le nombre d’inscrits a augmenté de 32 % et le nombre de greffes a augmenté de 42 %.
Le nombre d’inscriptions et de greffes de patients de plus de 45 ans a augmenté de 50 %, alors que chez les moins de 45 ans, les chiffres n’ont augmenté respectivement que de 14 et 4 %.

La population des donneurs a considérablement changé puisque les donneurs de moins de 16 ans sont passés de 7 à 3 %, les donneurs de 16 à 45 ans de 57 à 40 %, et les donneurs de plus de 45 ans, de 36 à 57 %.

Les médianes d’attente de greffes des moins de 45 ans ont augmenté de façon plus importante que celles des patients de plus de 45 ans. En excluant les patients compliqués, les médianes d’attente en transplantation sont désormais similaires entre les deux groupes, et se situent à 17 mois.

Le vieillissement général de la population des donneurs, mais également des receveurs, peuvent à terme rendre l’accès à la greffe plus compliqué pour les patients de moins de 45 ans.

Il est à noter qu'aucune nouvelle évaluation n'a été effectuée depuis cette étude. A priori aucune mesure correctrice n'a du reste été proposée. Il est donc probable que cette tendance s'est poursuivie, voir s'est accentuée. Les scores d'attribution des greffons rénaux ne prennent pas en compte l'âge des receveurs, mais seulement la différence d'âge entre donneur et receveur...

L'accès à la greffe des patients âgés de plus de 65 ou 70 ans est également difficile, mais le frein se situe pour eux au niveau de l'inscription sur la liste d'attente... Une fois inscrits, ils sont assez souvent greffés assez rapidement.