Je veux un bébé...

Préparer et mener à bien sa grossesse lorsqu’on est transplantée

Mis à jour le lundi, 28 mai 2012 05:07 - Écrit par Yvanie le dimanche, 20 novembre 2011 11:33

Préparer et mener à bien sa grossesse lorsqu’on est transplantée

L'article qui suit est une synthèse de la présentation "La Grossesse : Quand et comment ?" du Pr Marc Dommergues (Chef du service de Gynécologie Obstétrique- Hôpital Pitié Salpétrière) ainsi que des compléments apportés par le Dr Albane Brodin Sartorius (Chef de clinique assistant. Service Néphrologie du Pr Legendre-Hôpital Necker), à l'occasion de la Journée de rencontres "la transplantation au féminin" du 19/11/2011.

transplantation rénale grossesse

Etre transplantée du rein et souhaiter mener à bien une ou plusieurs grossesses, c'est plutôt naturel. Il est normal également de se poser des questions sur ce projet. Quels sont les risques, les précautions à prendre, les conséquences à attendre ? 

Cette journée de rencontre a apporté des réponses à ces questions, mais a aussi donné la parole à des jeunes femmes ayant d'ores et déjà donné la vie. 

Ainsi le témoignage de Tatia, greffée à l'âge de 33 ans, qui, malgré quelques soucis (hypertension, papillomavirus, hépatite immuno induite) a mis en route sa première grossesse deux années plus tard et a donné naissance au bout de 39 semaines à un superbe petit garçon de 3,950 kg... Une belle réussite, sans aucun doute liée au sérieux de la maman, qui n'a rien laissé au hasard. A 37 ans, Tatia est à nouveau enceinte depuis peu et a promis de raconter toute son histoire sur Renaloo dès que son deuxième enfant aura vu le jour.

Autre jeune femme, autre parcours : un premier bébé mis au monde quelques mois avant de démarrer la dialyse, puis une greffe de donneur vivant (sa maman) et, six ans plus tard, une nouvelle grossesse sans difficulté... 

Autant de messages d'espoir et de courage, mais aussi de responsabilité, qui ont été entendus... Mais passons plutôt au vif du sujet : ce qu'il faut savoir...

 


 

Une grossesse de ce type, ça s’anticipe

Il est donc nécessaire, le plus tôt possible, en parler avec son néphrologue transplanteur.
Ce dialogue devra aborder à la fois les risques de la grossesse sur la greffe et aussi les risques de la greffe sur la grossesse.

Tout d’abord, la "faisabilité" du projet sera évaluée.

En gros, il est recommandé d’attendre un minimum de deux ans après la greffe (bien que si tout se passe bien, il semble qu’un délai d’une année puisse parfois être suffisant).

Pour que "tous les voyants soient au vert", un certain nombre de conditions médicales ont été évoquées :

Certaines pathologies (à l’origine ou pas de l’insuffisance rénale) peuvent également poser des difficultés spécifiques, comme un lupus, un diabète…

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Un certain nombre d’examens seront réalisés, notamment la vérification de certaine sérologies (rubéole, toxoplasmose, vih…), la vérification du bon fonctionnement de la thyroïde, l’existence éventuelle de co-infections (HPV (papillomavirus), CMV, Hépatite,…)
Certaines vaccinations recommandées chez la femme en bonne santé sont contrindiquées pour les patientes transplantées (par ex la vaccination contre la rougeole).

De l’acide folique peut aussi être prescrit pour anticiper la grossesse.

 


 

Les modifications du traitement à prévoir

Le Cellcept est tératogène (il peut provoquer des malformations chez l’enfant). Il faut donc qu’il soit remplacé par un autre immunosuppresseur équivalent, l’Imurel.

D’autres médicaments, par exemple certains anti hypertenseurs (inhibiteurs de l’enzyme de convertion ou de son récepteur) sont contrindiqués pour la grossesse et doivent aussi être modifiés…

L’intervenant a recommandé le site du centre de référence des agents tératogènes, qui permet de connaître l’impact des différents médicaments sur le fœtus.

Un délai de trois mois entre les changements de traitement et l’arrêt de la contraception est nécessaire. Cette durée est appelée "wash out". L’organisme a besoin de ce temps pour se débarrasser complètement des molécules dangereuses. Ces changements de traitement ne posent aucun problème particulier.

Lorsque la grossesse n'a pu être anticipée et qu'elle a démarré avant que les traitements aient été modifiés, la substitution est réalisée le plus rapidement possible...

 


 

Choisir l'équipe de suivi de grossesse et le site de naissance

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Il est également important à ce stade d’anticiper le choix de l’équipe de suivi de grossesse et du site de naissance : d’une part cette grossesse sera considérée comme « à risque » et nécessitera le choix d’une maternité de niveau 3.

D’autre part il a été clairement dit l’importance de choisir un gynéco qui ait « un intérêt » pour le suivi des patientes ayant une maladie chronique ou mieux, des femmes greffées.

Il est aussi important que l’ensemble de l'équipe d'obstétrique et notamment les anesthésistes, partage cette dynamique.

Enfin, une bonne collaboration entre l’équipe de greffe et l’équipe de suivi de la grossesse est apparue comme une condition indispensable au bon déroulement des choses.

 


 

Les « essais bébé » : une conception qui peut prendre du temps…

Une fois que toutes ces étapes préliminaires sont franchies, il ne reste plus qu'à arrêter la contraception et à le faire, ce bébé !

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Quelques questions semblent tout de même se poser concernant la fertilité des femmes transplantées :

 


 

Et si vraiment on n’y arrive pas ?

Le recours à la procréation médicalement assistée (PMA) peut être envisagé, avec quelques spécificités cependant.

Le risque de grossesse multiple (gémellité), important avec la PMA, doit être évité chez la femme transplantée... 

A savoir : il a été rappelé que si les médecins donnent leur feu vert à une grossesse naturelle, ils doivent aussi être en mesure d’accompagner leur patiente dans la PMA...

 


 

Les risques de la grossesse sur la greffe

Tout (ou presque) dépend manifestement de l’état de la maman et du bon fonctionnement de la greffe.

Globalement, il semble que la grossesse ait peu d’impact sur la greffe, à condition que le greffon fonctionne parfaitement bien lorsqu’elle est mise en route.

En revanche, une grossesse entamée sur un greffon « en bout de course » se solde en général par un retour en dialyse assez rapide…

Il existe malgré tout une augmentation du risque théorique du risque de rejet pendant la grossesse (les statistiques indiquent qu’un rejet se produit dans 7% des grossesses). Ce risque est cependant contrôlé par un bon suivi. Par exemple, il faut que les doses d’immunosuppresseurs soient adaptées lors de la prise de poids, sinon l’immunosuppression peut devenir insuffisante…

Une autre des explications est que la grossesse est en tant que telle une situation immunisante.
Le fœtus porte en effet des antigènes provenant de son papa. La maman peut développer des anticorps contre ces antigènes. Si ces antigènes sont partagés par le greffon, ils peuvent provoquer un rejet.

Mais cette situation de risque spécifique peut normalement être anticipée.

 


 

Les risques de la greffe sur la grossesse

 


 

Le suivi pendant la grossesse

En pratique, le suivi (à la fois au plan néphrologique et gynécologique) sera fréquent tout au long de la grossesse.

Il visera à vérifier :

Il s’agira aussi de dépister d’éventuelles complications fœtales : la morphologie, la croissance du fœtus (il est fréquent qu’un léger retard de croissance soit observé).

 


La prématurité

Selon l’intervenant, la prématurité représente un risque important pour l’enfant si la grossesse a duré moins de six mois. Au delà de sept mois de grossesse, elle ne pose en pratique aucun problème.

 


 

La Naissance

L’objectif de terme de naissance est à 38, 39 semaines (8 mois + 1 ou 2 semaines), contre 9 mois pour une femme en bonne santé. L’idée est d’éviter un « temps de grossesse inutile » pour la maman comme pour le bébé.
A priori, il n’y a pas vraiment d’obstacle à un accouchement par voie basse, sauf pour les femmes ayant des soucis de tolérance à l’effort ou un problème statutral comme un bassin trop petit.

Pourtant, la majorité des accouchements de femmes transplantées se font par césarienne.

 


 

Le post partum

Cette période nécessite une surveillance spécifique et dans certains cas le recours aux soins intensifs. Il peut notamment se produire une hausse de la créat, des troubles du rythme, voire une insuffisance cardiaque aigue...
Les traitements antérieurs (notamment le Cellcept) sont repris.

L’allaitement n’est pas recommandé, en raison du passage des antirejets dans le lait maternel…

Voir aussi l'article : Grossesse & transplantation...

 


 

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