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La greffe à partir d’un donneur vivant

La position des politiques

Mis à jour le mardi, 29 mai 2012 10:51 - Écrit par Yvanie le vendredi, 03 juillet 2009 01:29

Le coût de la prise en charge de l'insuffisance rénale terminale et la perspective des révisions successives de la loi de bioéthique incite régulièrement ceux qui nous gouvernent à se pencher sur les greffes à partir de donneurs vivants.

Pourtant, le sujet est loin de faire consensus et la frilosité l'emporte souvent sur la raison.

Panorama des prises de paroles au fil du temps...

 


Le sujet a été abordé par Bernard Kouchner en septembre 2001 à l'occasion des journées de l'insuffisance rénale. Il a alors affirmé sa volonté de développer le recours à cette technique.

Extrait du discours de Bernard Kouchner, ministre de la santé, lors du colloque de la Sorbonne à Paris sur l'insuffisance rénale chronique et santé publique, le 22 septembre 2001 :

Mieux faire connaître les possibilités de greffe de rein de donneur vivant

"L'activité de greffe rénale de donneur vivant demeure au plan national demeure à un niveau très modeste : moins de 4% du total des greffes rénales alors qu'à titre comparatif la part des greffes de donneurs vivants a atteint 40% aux USA.

Dans ce contexte, il m'est apparu important d'élaborer un document d'information sur la greffe de donneur vivant destiné aux insuffisants rénaux et à leur famille.

Parallèlement, la société de néphrologie et la société francophone de transplantation préparent des recommandations sur la pratique du prélèvement et la greffe de donneur vivant."


Le 19 décembre 2001, à l'occasion d'une table ronde sur les greffes liée à la révision des lois de bioéthique, plusieurs professionnels de la transplantation ont été amenés à donner leurs avis sur le sujet et à évoquer à la fois ses avantages et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.

L'intégralité de cette discussion est disponible ici et permet d'avoir une vision précise de la réalité de la situation en France, ainsi que des différentes "écoles" qui s'affrontent sur le sujet.

 


Malgré l'apparent consensus en faveur d'un élargissement du cadre de ce type de transplantation, Jean-François Mattei, nouveau ministre de la santé, interrogé sur le sujet en juin 2002 par le Figaro (à l'occasion de la journée nationale pour le don d'organes), exprimait ses réticences et a souhaité que le développement des prélèvements sur donneurs décédés lui soit préféré.

Il a confirmé sa position lors de son discours lors du colloque franco-allemand sur le prélèvement et la greffe, le 23 juin 2002 à Strasbourg.

Extrait de l'article de Jean-Yves Nau, paru dans Le Monde du 25 juin 2002

Paris et Berlin mettent en garde contre la commercialisation des organes humains

Les délicates questions relatives à la transplantation - celles de la définition de la "mort cérébrale", du consentement des donneurs, de l'équité dans la répartition des greffons ou du prélèvement chez les donneurs vivants - étaient au centre du colloque franco-allemand "sur les prélèvements et les greffes" organisé par les deux pays, lundi 24 juin, à Strasbourg.

Si, depuis deux décennies, l'efficacité thérapeutique de la transplantation d'organes et de tissus humains n'est plus à démontrer, le développement de cette activité médico-chirurgicale se heurte toujours, de manière récurrente, à la pénurie des greffons disponibles.
Faut-il dès lors encourager la pratique des prélèvements d'organes sur des donneurs vivants - pratique qui connaît un fort développement aux Etats-Unis ?

Le professeur Jean-François Mattei, ministre français de la santé, de la famille et des personnes handicapés, tout comme Gudrun Schaich-Walch, secrétaire d'Etat fédéral allemand à la santé, ont rappelé à Strasbourg que cela expose à un risque majeur : celui de la commercialisation des organes humains.

"NE PAS CÉDER À LA FACILITÉ"

En France comme en Allemagne, les dispositions législatives en la matière sont très restrictives. Elles n'autorisent le prélèvement (d'un rein ou d'une fraction du foie) que chez les conjoints, les concubins ou les apparentés du premier degré des patients. Une extension de ce "cercle des donneurs" est prévue dans le protocole additionnel de la convention d'Oviedo du Conseil de l'Europe sur les droits de l'homme et la bioéthique. Cette extension a été discutée il y a quelques semaines en France lors de l'examen, en première lecture à l'Assemblée nationale, du projet de révision des lois de bioéthique de 1994. Rien, pour autant, n'est acquis.

"Nous ne devons pas, dans ce domaine comme dans d'autres relevant de la bioéthique, céder à la facilité, a souligné à Strasbourg M. Mattei. Il est certes plus facile d'obtenir un consentement assuré pour le don d'organe chez les vivants que perfectionner notre système de prélèvement chez les morts.

Mais nous ne pouvons pas envisager d'élargir le nombre des donneurs vivants avant d'avoir tout fait pour développer le prélèvement chez les personnes décédées.

Lire l'intégralité du discours de Jean-François Mattei

Didier Houssin, directeur de l'EFG, indiquait peu après que ses contacts à ce sujet avec Monsieur Mattei lui laissaient à penser que la volonté du ministre n'était pas réellement de mettre un frein à ce type de greffes, mais d'assurer un contrôle optimal afin d'éviter tout débordement.

Note de la rédaction : Au niveau de la prise de risque par le donneur, la situation pour les différents organes qui peuvent être prélevés chez des vivants n'est malheureusement pas comparable. Par exemple, pour le foie, le risque de mortalité s'élève à 1% (contre 0.03% pour le rein)... Voir l'article des indications limitées pour les greffes hépathiques à partir de donneurs vivants.
On peut regretter qu'un amalgame soit fait malgré tout au niveau législatif et que cet argument soit régulièrement avancé comme un frein aux greffes à partir de donneur vivant. Il semblerait légitime que les pratiques soient différentiées en fonction de l'organe concerné.

En décembre 2002, Jean-François Mattéi dévoilait les positions du gouvernement sur le projet de loi relatif à la bioéthique lors d'une audition au sénat.

Évoquant la question du don d’organes et le grave problème posé par le déficit en greffons, M. Jean-François Mattei a estimé que le texte adopté en janvier dernier par l’Assemblée nationale choisissait de répondre par la facilité en élargissant sans précaution le champ des donneurs vivants aux personnes ayant « un lien étroit et stable » avec le receveur.

Il a jugé qu’eu égard aux risques inhérents à ces prélèvements, il convenait au contraire de rendre pleinement effectif le régime actuel de consentement présumé des personnes décédées, notamment par une politique d’information plus active.

Il a souhaité que la liste des donneurs vivants d’organes ne soit élargie qu’à des personnes limitativement énumérées, afin de prévenir toute dérive commerciale et toute forme de pression sur les donneurs potentiels.

 


 

Dans une interview donnée au magazine La Croix, Pierre-Louis Fagniez, député (UMP, Val-de-Marne) et rapporteur du projet de loi sur la bioéthique, se positionne de façon très réservée sur le don du vivant...

Débat. Faut-il plus de prélèvements sur donneurs vivants ? Cela pose plus de problèmes que cela n'en résout.

Interview : Pierre-Louis Fagniez, député (UMP, Val-de-Marne), rapporteur du projet de loi sur la bioéthique.

"Recourir aux donneurs vivants permet d'élargir les indications de la greffe tout en mobilisant un beau geste de solidarité. C'est pourquoi, en tant que chirurgien, j'aurais tendance à y être favorable. Mais en tant que parlementaire, je suis opposé à l'augmentation de ce type de prélèvements, pour trois raisons.

D'abord, le prélèvement fait courir un risque non négligeable au donneur. Le risque de mortalité consécutif par exemple au prélèvement d'un foie est de 1 % (risque anesthésique, complications post-opératoires, etc.). Quant à la morbidité, elle peut atteindre 15 à 20 %. Il est tout de même problématique qu'une intervention médicale, qui n'est justifiée par aucune nécessité thérapeutique, crée une pathologie chez quelqu'un initialement en bonne santé.

Un autre problème, moins souvent évoqué, tient au devenir psychologique du donneur. Au début, celui-ci est tout auréolé de son geste. Un élan de solidarité, d'affection entoure le don. Mais par la suite, une période difficile peut survenir, ainsi que l'attestent plusieurs études. Les psychiatres expliquent que, de " sujet ", le donneur devient " objet ". Parfois, des conflits surgissent, une relation complexe s'installe. Le donneur se prend à penser qu´il aurait dû être payé ; le receveur, avec le temps, est moins reconnaissant, etc. Bref, l'après-don peut être problématique.

Le troisième élément est l'argent.
Le soi-disant " don " peut être monnayé. Nous avons des exemples d'arrangements au sein des familles : je te donne tel organe, en échange, tu me cèdes ta part d'héritage. Des pressions psychologiques de tous ordres peuvent aussi s'exercer sur le donneur.
Pour toutes ces raisons, il me paraît déraisonnable d'envisager le recours au donneur vivant comme une alternative au prélèvement sur cadavre. La vraie réponse à la pénurie d'organes en France n'est pas là, mais dans une réorganisation du secteur de la greffe. Car si l'on manque d'organes, ce n'est pas parce le nombre de morts encéphaliques serait insuffisant, mais parce que la moitié d'entre eux ne sont pas prélevés. Il faut donc en priorité remédier à ce problème persistant, au lieu de chercher à le compenser en sollicitant les donneurs vivants, qui ne doivent être utilisés qu'à bon escient, dans des indications marginales pour lesquelles la greffe cadavérique n'est pas envisageable."

 


Roselyne Bachelot, février 2008

A l'occasion d'un colloque organisé en février 2008 à l'Académie des Sciences sur le thème "la Recherche en transplantation, actualités et perspectives", Roselyne Bachelot, Ministre de la santé, déclarait :

"La question essentielle est d’augmenter le nombre de dons d’organes dans notre pays.

Les dons effectués par les personnes vivantes représentent 9% des dons contre 38%, par exemple, en Norvège. Notre objectif est de doubler ce chiffre, sachant que le champ des donneurs vivants est élargi par la loi de bioéthique de 2004."

 


Dans un discours prononcé en septembre 2009 à l'occasion de la 2500ème transplantation hépatique à l'Hôpital Paul Brousse, Nicolas Sarkozy déclarait :

" ... 2009, année de la grande cause nationale, marque le début d’un nouvel essor du don d’organes dans notre pays.

J’appelle de mes voeux la diffusion de nouvelles modalités de don.

Le prélèvement sur donneur vivant doit progresser. Il concerne moins de 5% des transplantés ici à Paul-Brousse. C’est 40% en Norvège. Il n’y a aucune raison qu’il y ait cet écart. Le prélèvement sur donneur vivant comporte certains risques, comme tout acte chirurgical lourd. Mais, réalisé par des équipes de haut niveau, c’est un acte maîtrisé.

Je pense aussi au don croisé qui est pratiqué dans la totalité des pays européens. Nous devons y recourir plus souvent. La révision, Chère Roselyne, de la loi de bioéthique peut être l’occasion de créer les conditions pour que ce type de transplantation se développe..."

 


A l'occasion de son audition par la Mission parlementaire d'information sur la révision de la loi de bioéthique, le 10 juin 2009, l'ancien député Jean-Michel Dubernard déclarait :

"En tant que chirurgien transplanteur, et je ne suis pas le seul à être de cet avis, je suis très réticent aux greffes à partir de donneur vivant car je crois impossible qu’il ne s’exerce pas de pressions sur le donneur, qu’elles émanent directement de la famille ou soient interiorisées par le donneur potentiel lui-même, qui jugera par exemple intolérable qu’une sœur ou un frère soit contraint à être dialysé à vie alors qu’il serait si simple qu’il leur donne un rein.

La frontière entre amour, altruisme, contrainte subtile – concept développé par la philosophe éthicienne Michela Marzano –, devoir, sacrifice et obligation est ténue et difficile à établir. Michela Marzano écrit ainsi que « le don crée un ensemble de correspondances libres ; il ne peut pas se manifester sans réciprocité ni correspondances, même si la réciprocité reste toujours libre et n’est jamais une réponse nécessaire au don reçu ». « Le don s’effectue toujours gratuitement », poursuit-elle, « sans intention de rétribution mais il ne peut pas être pensé dans l’absence complète de désir d’échange d’affects et de réciprocité. » S’il n’est pas question de nier l’existence d’un « don gratuit, accompli pour le bonheur de l’autre en sacrifiant quelque chose qui vous appartient », il existe aussi un « don empoisonné qui peut être une forme de chantage, s’orienter vers la destruction psychologique de l’autre ou aboutir à une dette infinie intolérable ».

Quoi qu’il en soit, il n’y a jamais de bénéfice direct pour le donneur, hormis la satisfaction d’avoir fait preuve de solidarité.

(...)

En conclusion, il ne faut pas modifier les dispositions de la loi sur le don d’organes et surtout ne pas élargir le champ potentiel des donneurs vivants, en dépit des pressions légitimes auxquelles vous allez être soumis, émanant d’associations de patients qui font valoir la faiblesse des risques pour les donneurs – ils sont faibles, c’est vrai, mais leur victime décède à tout coup ! –, mais aussi de certains médecins, y compris ceux du réseau Centaure que j’ai contribué à mettre en place, qui ne tolèrent pas que des patients meurent faute de greffons."

 


Jean Leonetti, rapporteur de la mission d'information sur la révision de la loi de bioéthique, a répondu en octobre 2009 aux questions du magazine "témoignage chrétien":

Il est aussi question d’élargir les possibilités de prélèvement sur les donneurs vivants, les amis notamment. Qu’en pensez-vous ?

"Actuellement il est possible de donner un organe de son vivant dans la famille uniquement. Certains disent, à juste titre à mon avis, que ce qui compte ce sont plus les liens affectifs que les liens familiaux. Mais le problème avec cet élargissement c’est que l’on perd le principe de l’anonymat entre donneur et receveur, qui est un des principes fondateurs du don d’organes. Et puis il faut faire attention aux risques de trafics : une personne peut s’inventer des liens affectifs avec une autre et donner son rein contre de l’argent. Et il existe le risque d’une pression forte sur le donneur potentiel. Quelle que soit la façon dont cela se règle entre le donneur et le receveur, il y aura une petite dette."

 

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