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A
47 ans, je suis un jeune greffé de trois semaines.
Mon expérience n'est en aucune manière
un cas d'école, et c'est avec les plus grandes
précautions qu'il faut prendre ce récit.
Je pense que c'est dans la reconnaissance de certaines
situations similaires qu'il faut chercher les informations
ou l'espoir. Se dire que "ça n'arrive pas
qu'à moi " atténue déjà
la perte de moral.
Pour cet exposé , je me suis plus attardé
sur les sentiments et les répercussions psychologiques
face aux différents évènements
que sur les descriptions matérielles.
En espérant que ce récit atteigne son
but auprès de ceux qui en ont le plus besoin.
L'historique
des ennuis de santé
A l'age de 10 ans j'étais atteint annuellement
par des angines d'hiver, celles causées par cet
horrible bestiole qu'on appelle " streptocoque ".
A la suite de certaines de ces infections, les analyses
de sang et d'urines montrèrent les critères
d'une glomérulonéphrite qui fût
relativement bien traitée et stoppée,
et vers 15 ans un rhumatisme articulaire aigü (RAA),
très dangereux pour le cur. Le traitement
prescrit fut la pénicilline durant des mois entiers.
Une accalmie de quelques années, et, vers 21
ans, une deuxième glomérulonéphrite
qui ne fût pas bien soignée. On constatait,
dès lors, que des symptômes devenaient
permanents (albumine par exemple)
Les
années folles
Fiancé, en retour de vacances de Vendée,
je suis allé voir le médecin de famille
qui me trouva une tension artérielle anormalement
élevée : de retour de vacances, c'était
un comble !
L'analyse ne fut pas approfondie et je démarrais
les traitements pour la tension, traitements qui viennent
seulement de s'arrêter.
En 78, l'épée de Damoclès s'abaissait
progressivement. Des ennuis de plus en plus nombreux
apparaissaient, à tel point que le médecin
traitant de l'époque m'envoya chez un spécialiste
accupuncteur homéopathe. A mon grand bonheur,
ce praticien réussit pendant plus de 15 ans à
maintenir un état plus ou moins normal, limitant
tous les effets néfastes du mal qui s'installait.
Néanmoins, une petite voix intérieure
s'immisçait et l'obsession de l'insuffisance
rénale s'installait progressivement. Je faisais
barrage à cette idée mais, à chaque
message écrit ou audiovisuel sur le sujet, la
pression se renforçait.
Le travail m'imposant des déménagements
périodiques, j'étais en contact avec différents
médecins, qui me confirmaient plus ou moins les
conclusions que j'avais déjà établies
: aboutissement final sur la dialyse !
La
grande décision
Depuis ces quelques cinq dernières années,
je constatais que la médecine douce avait de
plus en plus de mal à me maintenir.
Sachant que la médecine ne pouvait rien pour
la " réparation " des reins, la grande
décision que j'avais prise, qui n'engageait que
moi et qui était de ma propre responsabilité
individuelle était celle d'aller jusqu'au point
de non retour. Les raisons étaient multiples,
le pour et le contre avaient été étudiés,
analysés voire disséqués. Vous
me permettrez de rester silencieux sur ce point, chaque
raisonnement devant être strictement personnel
Plusieurs fois, lors de consultations, des discussions
pleins de non-dits, mon médecin traitant du moment
me fît comprendre qu'elle respectait ma décision,
mais sans jamais me donner son approbation. Je la remercie
de tout cur et je suis sûr qu'elle avait
confiance en ma clairvoyance sur la prise de décision
finale avant ce fameux point de non retour.
Cette prise de position ne peut en aucun cas être
un exemple pour tous. C'est après de très
longues séances de réflexion qu'elle fût
prise et ne pouvait souffrir d'aucune légèreté.
Les
complications
2000 et 2001, les années difficiles, où
les aggravations se faisaient nettement sentir. De plus
en plus de visites auprès de mon médecin.
Les traitements d'accompagnement se multipliaient. Les
symptômes devenaient de plus en plus nombreux
: essoufflements, problèmes d'articulation, ballonnements,
acidité gastrique,
.
La pression montait et comme une dernière bouffée
d'oxygène, je décidais d'une sortie familiale
: un séjour de fêtes de fin d'année
2000 en alsace. C'est dans ce séjour qu'est apparu
la plupart des signaux négatifs, mais je m'efforçais
de n'en rien montrer et profitais au maximum de ce voyage.
Le
dénouement
Cet automne 2001 vit mon état de santé
se détériorer rapidement, et c'est suite
à de gros problèmes de digestion, en novembre,
que je demandais à mon médecin d'enclencher
la procédure néphrologique. Un rendez-vous
pour le quinze décembre me mit en face du spécialiste
qui devait dorénavant m'accompagner et me guider.
A la vue de mes dernières analyses, elle m'adressait
des reproches appuyés pour le manque de suivi
préalable, mais je décidais de ne pas
me justifier. J'en supportais pleinement la responsabilité.
Bien qu'attendues, les conclusions qu'elle me donna
me figèrent sur place, le point de non retour
était bel et bien atteint.
Le
choc psychologique
De retour au domicile, je filais vers la chambre afin
de pouvoir craquer sans rien montrer aux enfants, et
c'est dans les bras de mon épouse que je m'écroulais.
Malgré la connaissance du déroulement
fatal des évènements, le choc nous prend
et nous submerge. Difficile d'y résister. Le
déroulement de toute la vie revint en mémoire,
le film de toute une existence.
Les idées les plus noires sont apparues, et en
particulier, celle de devoir dorénavant vivre
rattaché à une machine jusqu'à
la fin de sa vie, avec en parallèle la suppression
de tous les projets d'avenir élaborés
en famille.
Les fêtes de fin d'année furent insoutenables.
Nous avions décidé, Martine et moi, de
rester silencieux sur tout ceci auprès de toute
la famille. Pas facile de rester " normal "
avec cette charge sur les épaules.
Les
espoirs, les doutes et les peurs
Un passage en hôpital de jour en janvier confirmait
que la préparation des solutions étaient
nécessaires, et ce, dans un délai assez
bref.
C'est lors d'une visite auprès de la néphrologue
qui m'expliqua les différentes possibilités
que je pris rapidement les décisions.
J'avais à ce moment retrouver la force de me
battre et de mettre tous les moyens à disposition
pour que cette nouvelle vie ne soit perturbée
le moins possible surtout pour mon entourage.
Je décidais donc la formule dialyse sanguine
à domicile de trois séances par semaine
et en fin de journée afin de conserver mes activités
professionnelles.
De même, je me portais sitôt volontaire
pour la greffe rénale dès que possible.
C'était pour moi, l'espoir de sortir de cette
voie sans issue.
Ces décisions, je pense, sont arrivées
plus par réflexe que par raisonnement, et c'est
au retour à la maison que je me suis mis à
gamberger. Les doutes de la bonne décision, les
peurs des répercussions sur mon épouse,
sur mes enfants et sur mes proches.
Les nuits qui suivirent furent pénibles. Il me
manquait des informations et inévitablement des
erreurs s'immiscaient dans mes réflexions.
Les peurs se multipliaient et aggravaient mon état
mental. C'est professionnellement que je m'en tirais
le mieux et je fus sûr de devoir conserver cette
activité au maximum du possible : C'était
vital !
Les
aides et soutiens divers
Aussi fort que l'on puisse être, des évènements
comme ceux-ci nous réduisent considérablement.
On se regarde dans une glace et nous ne reconnaissons
plus l'être que nous avons été jusque
là.
J'avais l'impression d'être une " lopette
" ne pouvant plus faire face et comme emporté
par une énorme vague qui me conduisait vers une
destination inconnue sans pouvoir conserver quelque
pouvoir de direction.
Quand je fais le bilan des personnes proches ou simplement
relationnelles, je suis agréablement surpris
du nombre important qui, soit par un effort de toutes
les minutes, soit par quelques actions ou même
quelques paroles, ont contribué à m'aider
dans la lutte contre les difficultés.
La
première opération
Afin de pouvoir à l'avenir procéder aux
dialyses, il était nécessaire de créer
une fistule artério-veineuse, c'est à
dire un pontage d'une artère sur une veine à
proximité. Cette opération relativement
simple devait se faire sur le bras gauche (étant
droitier).
Vers la mi-février, arrivé à l'hopital
la veille, je passais une nuit sans sommeil, les peurs
de ma première opération m'envahissaient.
Opéré vers 11h30, en musique, un poste
de radio étant ouvert, en anesthésie locale,
je rentrais dans la chambre, deux heures plus tard,
avec un pansement sur le poignet gauche et une perfusion
sur la main droite.
Je réalisais que toutes les craintes ressenties
la nuit précédente n'étaient pas
tellement justifiées, mais dans l'inconnu, on
a toujours tendance à dramatiser le futur.
L'aggravation
Sachant qu'en dialyse, les sorties auraient été
très problématiques, j'avais décidé
d'offrir à ma famille, un dernier séjour
de sports d'hiver. Le départ, 10 jours après
l'opération, le voyage et l'arrivée à
la station se déroulèrent sans encombre.
Notre résidence était espacée du
pied des installations de 300 mètres de chemin
escarpé et en raidillon sur 100 mètres
face à l'hôtel.
A cette période, les conséquences physiques
étaient déjà importantes, et surtout
au niveau des capacités respiratoires. En altitude
ce fut encore pire. En effet, au cour du deuxième
jour, le souffle me manquait. Nous laissions donc les
enfants seuls sur les pistes, nous contentant de quelques
promenades et repos aux terrasses sur les esplanades
de la station d'altitude.
C'est au troisième jour que la confrontation
aux difficultés du raidillon apparut. Il me fallait
un arrêt tous les 30 mètres afin de reprendre
mon souffle. Signe évident que les traitements
devenaient indispensables.
Les
contextes
Un autre point important à ne pas négliger
était le côté professionnel. Durant
ces années difficiles, venaient s'ajouter des
problèmes relationnels au travail.
Une restructuration et un doute sur l'avenir s'annonçaient.
Tout ceci ne m'entraînait pas vers une sérénité
qui m'était nécessaire, et bien au contraire,
ajoutait à mon moral des raisons de s'affaiblir
encore un peu plus.
Mais quand tout semble aller de travers, des éclaircies
peuvent survenir. Et c'est ce qui se passa en septembre
2001. Un changement de directeur entraîna l'amélioration
dans ce domaine.
Les séances de dialyse se rapprochant, je profitais
d'un entretien, avec mon nouveau hièrarchique,
pour annoncer la triste nouvelle et lui communiquer
les conséquences du traitement sur le travail.
Il me témoigna sa confiance et me donna toute
latitude pour mon organisation personnelle et professionnelle,
démarche et réaction que je ne peux que
remercier.
Le
début des dialyses
En mai 2002, et au vu de mon état de santé,
la décision de démarrer les dialyses fut
prise.
Trois séances en milieu hospitalier étaient
nécessaires avant le rattachement à un
centre spécialisé, cela afin d'examiner
minutieusement les réactions de l'organisme face
à ce traitement. Les séances devaient
commencer sur une durée de deux heures puis trois
heures et enfin quatre heures, durée normale
et habituelle.
La première journée, a été
un cauchemar : arrivé vers 15 heures, je me retrouvais
dans une salle remplie de lits où la majorité
des personnes qui se faisaient dialyser faisaient partie
du troisième âge. Le choc psychologique
a été difficile. Se retrouver patient
comme des personnes de cet âge. Je ne pouvais
le supporter. De retour au domicile, après quelques
problèmes de crampes non négligeables,
je n'ai pu retenir mes larmes, et ce fut, je pense,
la plus belle déprime de ma vie.
Les deux autres dialyses dans cet établissement
ont été du même tonneau : abattement
psychologique, douleurs et hématomes dans le
bras de ponction et crampes en fin de séance.
Lors de la dernière dialyse, le responsable du
centre me confirmait mon départ pour la prochaine
fois sur le centre géré par une association.
A ses dires, l'ambiance était nettement plus
conviviale. Sceptique, je ne demandais qu'à voir.
Deux infirmières formatrices m'avaient été
désignées .
La
formation conjointe
Les séances devaient être faites en commun
avec mon épouse, qui devait subir sa formation.
A notre arrivée le lundi après midi, nous
avons été accueillis par les deux infirmières
dédiées. Le premier contact a été
rassurant.
Installés au poste de dialyse que nous devions
conserver jusqu'à la fin de l'apprentissage,
la première partie de la formation, qui devait
durer environ trois à quatre semaines, concernait
le matériel et la préparation de la machine.
Technicien de formation, je ne devais pas avoir de problème
pour cette partie. Il n'en a pas été de
même pour mon épouse, qui trouvait qu'il
y avait un peu trop de tuyaux et une succession d'opérations
relativement compliquée.
Les premières séances, l'installation
et le branchement étaient faits par les infirmières,
mon épouse étant formée avec des
exercices " à blanc " sur une machine
non utilisée à proximité.
Se mélangeant les pinceaux au début, mais,
à force de patience et de persévérance,
mon épouse devait réussir à préparer
la totalité du matériel ainsi que la machine
officielle au bout de trois semaines. Il est évident
que les vérifications étaient d'usage
avant son utilisation.
C'est donc à partir du début juillet que
les choses sérieuses se présentaient :
Le branchement avec les aiguilles.
Durant quelques séances, sous les directives
des infirmières, elle devait s'exercer à
piquer les aiguilles sur des tuyaux représentant
la veine, cachés par une étoffe médicale
représentant le tissu dermique. Le résultat
était loin d'être engageant ! Mais l'équipement
était loin d'avoir les mêmes caractéristiques
que le bras humain.
Pour le premier essai, grandeur nature, l'infirmière
lui remontra le geste précis, moyennant la position
de la fistule, qu'il fallait impliquer à l'aiguille.
Le moment décisif était arrivé.
J'avouerais que c'est celui que je redoutais le plus,
d'autant que, depuis le début des dialyses, il
était arrivé que certaines professionnelles
n'étaient pas exemptes de " rattages "
! Bras tendu et arrêt de la respiration, le geste
fut accompli avec réussite !
De retour au domicile, mon épouse me révéla
qu'elle avait toujours plus redouté le matériel
et la machine que les aiguilles.
Les séances devaient se suivrent dans le même
rythme, préparation de la machine, vérification
par une infirmière et branchement des aiguilles.
Est-il nécessaire d'évoquer les " bidouillages "
de débutante : piqûres à coté
de la fistule, passage au travers, et autres
,
qui m'ont valu, par moments, hématomes et douleurs.
Cela n'a pas été facile tous les jours,
loin s'en faut, mais on peut comptabiliser un taux de
réussite d'environ de 7 sur 10 en moyenne sur
les premières semaines. Le but était d'atteindre
bien évidemment les 100%.
La troisième partie concernait le débranchement
et l'entretien des installations. Pour le débranchement,
rien de sorcier. Une succession logique d'opérations.
Par contre, l'entretien périodique de la machine
demandait une méthodologie stricte qui restait
abordable avec une planification sur un calendrier.
Quand tous ces processus ont été assimilés,
il nous a fallu faire face aux éventuelles situations
de pannes ou de disfonctionnement de l'installation
, pour lesquels, les deux infirmières s'en donnaient
à cur-joie pour nous mettre dans les conditions
les plus bizarroïdes possibles. C'est dans ces
circonstances qu'il fallait raisonner " technique
".
Pour toute cette formation, la balle était dans
notre camp. Il nous revenait personnellement d'être
performant le plus rapidement possible pour une installation
au domicile, et je pense que nous avons donné
notre meilleur, surtout mon épouse, à
qui je tire mon chapeau !
Par contre, il n'en fut pas de même pour la technique
pure : je veux parler ici de la mise à domicile
du matériel.
Il faut savoir que les procédures ne sont pas
aussi faciles qu'il peut paraître. Réglementation
de l'environnement, par exemple, surtout si vous habitez
la campagne. Merci à tous ceux qui ont oeuvrés
pour la réussite de cette installation.
A
la maison
L'installation du matériel étant terminée
pour le 30 août, il était décidé
de commencer la première dialyse à domicile,
le lundi deux septembre. C'est aussi le jour où
je reprenais le travail après trois semaines
de congés.
En présence de l'une des infirmières,
et du technicien du centre, la dialyse se déroula
sans encombre majeur (quelques bidouillages pour la
recherche de la veine, mais sans gravité).
Le mercredi suivant, c'est au tour de mon néphrologue
de venir nous rendre visite lors de la séance
du soir. Le contact a toujours était très
bon et c'est avec plaisir que nous l'avons reçue.
Sa présence concrétisait un des soutiens
que les dialysés peuvent ressentir lors de ces
traitements plus ou moins durs psychologiquement.
La
routine
Durant trois semaines, les dialyses se sont déroulées
normalement, et c'est vers la fin du mois de septembre
que les choses se sont " grippées ".
Tout d'abord, une erreur (de sens) au débranchement
puis une mauvaise piqûre qui obligera la mise
en attente de la machine et de nouvelles piqûres.
De nouveau la routine pendant quatre semaines, et, lors
d'une séance du samedi matin : opération
désastre !! Hématomes et abandon provisoire
de la dialyse. Il nous fallait recommencer dans l'après
midi. C'est avec une très grande appréhension
que je m'installais dans le fauteuil médical.
Il va sans dire que je n'étais pas le seul dans
cet état ! La séance se passa bien, malgré
les difficultés ajoutées par les bleus
du matin.
Les mois suivants se déroulèrent sans
problème, mon épouse avait certainement
recouvré les gestes justes.
Seul ombre au tableau, une période d'orages,
qui nous mettaient en alerte lors des branchements.
Ce qui devait arriver : panne de machine suite à
une surtension. Résultat : une séance
à l'hopital durant la période de réparation.
C'est à ce moment que l'on constate le confort
apporté par les mises à domicile, rien
de comparable avec les séances dans un centre
sans parler de celles en hopital !
Le
travail et la vie formatée par les séances
Comme je l'ai dit précédemment, je tenais
à continuer mon activité professionnelle,
estimant que les choses seraient plus faciles psychologiquement
dans la mesure où l'esprit est occupé
par des sujets extérieurs à l'événement.
Il me fallait pour cela l'appui de mon hiérarchique,
et je réitère ici tous mes remerciements
pour sa compréhension et son aide qu'il a tout
de suite consenties à me donner.
Ce ne fut pas facile tous les jours : des journées
très longues lors des séances, un stress
pour être toujours à l'heure, soit ne jamais
rater le train ou ne jamais tomber dans un bouchon lors
de l'utilisation du véhicule, le stress d'un
appel les jours d'astreinte professionnelle, et toute
les servitudes où je devais répondre présent
alors que j'étais branché à la
machine.
Parfois, il me fallait jongler avec les horaires voire
déplacer éventuellement une séance
de dialyse afin d'assurer les missions importantes.
A l'énergie, je résistais avec succés
à tous ces obstacles durant la semaine, mais
bien souvent, le samedi, je m'écroulais moralement
et psychologiquement. Le calme du dimanche me permettait
de refaire surface et de recharger, pour un temps, les
batteries internes.
Les
examens et l'inscription
Néanmoins le but final n'était pas la
dialyse, mais bien sûr la greffe. Seule solution
qui peut redonner une indépendance personnelle
pour la vie de tous les jours.
La décision avait été prise dès
le début, et je m'y maintenais.
Pour ce faire, un dossier médical devait être
transmis aux services des greffes du centre le plus
proche. Des examens ont donc été déclenchés
: examens sanguins approfondis exécutés
en hôpital de jour, radio panoramique de la dentition,
radio du système urinaire et notamment de la
vessie, examen de l'estomac pour vérifier la
non présence d'ulcère. Je ne dirai pas
que ces explorations ont été très
agréables, mais le jeu en valait la peine.
Puis vint la convocation chez le professeur chargé
de l'inscription sur la liste d'attente des greffes.
Un matin, nous nous présentions devant ce médecin,
qui, après une brève auscultation, nous
expliqua en long, en large, les modalités, les
principes et les espoirs liés à ce "
traitement ". Echange d'opinion, pour finir sur
un accord final et l'inscription officielle sur liste
d'attente. Délai probable selon lui : environ
six mois, au vu de mes caractéristiques médicales
et des possibilités rencontrées ces derniers
mois.
Une solution plus rapide pouvait se présenter
parallèlement. Elle consistait à faire
appel à un donneur vivant, mais je m'y opposais
formellement, n'étant pas prêt psychologiquement
pour cette " gymnastique ".
L'attente sera donc de rigueur.
L'attente
Depuis cette inscription sur la liste d'attente, le
19 septembre 2002, bien des semaines et des mois ont
passés. Au début, cette attente du coup
de téléphone était présente
dans nos esprits. Nous n'osions pas sortir, l'angoisse
d'un appel non réceptionné soit par notre
absence ou un mauvais fonctionnement voire une occupation
prolongée de la ligne téléphonique.
N'étant pas adepte du portable, je devenais un
maniaque de cet instrument. Constamment, je vérifiais
la qualité de la réception de l'appareil.
Pour résumer, durant les six premiers mois, nous
étions en alerte 24 heures sur 24 et 7 jours
sur 7.
A partir du printemps 2003, et au fur et à mesure
que les jours passaient, nous relachions notre vigilance,
à tel point, qu'un jour nous allions sortir du
territoire (voyage en Belgique) sans nous alarmer que
le portable ne réceptionnait pas à l'étranger.
Un appel téléphonique au centre de greffe
nous rassura sur la non probabilité d'appel durant
les 12 heures à venir.
Vers le mois de mai, l'espoir d'une opération
avant les congés disparaissait, et pour préserver
les vacances des enfants, nous avions prévu une
succession de longs week-end à une distance raisonnable.
L'idée de passer ces mois d'été
en dialyse à domicile était devenue une
certitude, et l'éventuel appel ne faisait presque
plus parti de nos pensées.
L'appel
Plusieurs fois, il nous avait été souligné
que l'appel intervenait le jour où l'on s'y attendait
le moins. C'est ce qui se vérifia. Dans la nuit
du 27 au 28 juin, la sonnerie du téléphone
nous reveillait vers trois heures du matin, et m'attendant
à répondre à un de mes enfants
parti pour 24 heures, j'étais surpris d'avoir
mon néphrologue au bout du fil. Bien que comprenant
rapidement le motif, je demandais bêtement s'il
ne s'agissait pas d'une blague !!
Le premier choc passé, je mis cependant plus
de quinze minutes à faire surface, prostré,
assis sur le lit, le visage dans les mains. Le moment
si attendu depuis plus de neuf mois était enfin
arrivé, et je ne pouvais le réaliser.
Nous avions une heure pour nous préparer et autant
pour faire la route. Ce qui nous donnait une arrivée
attendue au centre de Lille vers 5 heures du matin.
L'opération
Arrivé sur place, de nouveaux prélèvements
sanguins pour les derniers tests de vérification
le cross-match. Ultime barrière pour l'opération.
Il fallait encore attendre plusieurs heures. Le sommeil
me permit d'écourter fictivement ces moments
pénibles psychologiquement.
A 9 heures, visite du néphrologue de service,
décision de perfusion car j'étais un peu
déshydraté (dialyse la veille au soir),
et à 11 heures, premier cachet calmant : signe
que les éléments semblaient positifs.
A 12 heures, tout s'accélère, déménagement
vers les installations de greffe, déshabillage,
douche à la bétadine, rasage complet,
et direction salle d'opération, le tout en une
heure.
C'est vers treize heures trente que je perds toute notion
du temps.
Le
réveil et l'hôpital
C'est vers une pendule face au lit que mon regard se
dirige, la petite aiguille est pile sur le 3, mais est-ce
3 heures, 15 heures, de quel jour ? Ma chambre stérile
étant sans fenêtre, je ne peux répondre.
Plus tard, on m'indique qu'il était 3 heures
du matin le dimanche, un tour d'horloge après
l'opération.
Je me sens dans le cirage, mais le réveil est
relativement facile. On me dit que tout s'est bien passé
et que le rein s'est mis rapidement à fonctionner.
Je sens des tuyaux partout, et le bas du ventre un peu
douloureux.
A partir de ce moment, une visite du personnel tous
les quinze minutes, prélèvements divers,
relevé des appareillages, vidange des bidons,
toilettes diverses et tant d'autres. Ce qui concrétise
bien le sérieux et la qualité du suivi
de ce service de soins intensifs.
J'ai eu droit à ce traitement durant trois jours,
puis on me dirigea vers les chambres de convalescence
où je passais encore sept jours, rythmés
par les prises de sang du matin, la visite du médecin
du matin et de l'après-midi, les contrôles
de tension, poids et température.
Une échographie et un scanner, le dernier jour,
et ce fut l'autorisation de retour après quand
même quelques tergiversations passagères.
Le
retour
Rien de tel que le retour chez soi pour rétablir
certains paramètres internes.En effet, je constatais
que l'énervement et la tension artérielle,
élevés à l'hopital, redevenaient
dans les limites normales.
Le
bilan
Chaque cas est particulier. Nous avons tous des chemins
relativement différents, mais ce qu'il faut retenir
impérativement, c'est que l'espoir, malgré
toutes les pensées qui nous assaillent au fil
des mois, doit rester présent.
La médecine, que j'ai découverte depuis
deux ans, est arrivée, dans ce domaine, à
un niveau de performance très élevé.
Ces professionnels, qui sont loin d'usurper ce titre,
sont réellement au service des malades. Sans
citer personnellement ceux que j'ai cotoyés (néphrologues,
chirurgien, anesthésiste, infirmières,
),
ils se reconnaitront, je voudrais les remercier très
sincérement tout d'abord pour tout ce qu'ils
ont entrepris pour me donner une possibilité
de reprendre une vie quasi normale, et pour la qualité
et la rigueur qu'ils ont mis à mon service.
De même, rien ne serait possible sans l'existence
du donneur. C'est vers ces personnes, et plus particulièrement
l'inconnu qui quelque part continu d'exister par mon
corps, que j'adresse ici un très vif sentiment
de gratitude. Donner de soi pour sauver ou améliorer
la vie d'un autre, est une action qui n'a pas, je pense,
d'égal sur terre.
Bien que le sentiment de solitude est contamment dans
nos têtes, nous ne réalisons pas toujours
que nous sommes entourés. Des proches qui s'inquiètent,
qui nous soutiennent, qui nous aident tant matériellement
que moralement, et que nous sollicitons inlassablement.
J'ai pour ma part, une mention toute particulière
à adresser. C'est à mon épouse
que j'adresse ici cette mention, pour tout ce qu'elle
a pu et su faire durant ces deux dernières années.
Et enfin, si c'était à refaire ? Oui,
quelques soient les risques et les difficultés,
le jeu en vaut la chandelle. Ne jamais rien regretter
et toujours aller de l'avant.
A tous ceux qui vivent ces moments , je leur souhaite
courage, combativité, persévérance,
et un dénouement positif
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