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dernière
mise à jour le 03/12/02
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Le Japon : quand deux conceptions de
la mort s'affrontent... |
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| Le
Japon est le seul pays, parmi les grandes nations développées,
qui ait attendu 1997 pour reconnaître officiellement
la mort cérébrale comme fin de la vie. |
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Le
Danemark, qui a longtemps porté un regard négatif
sur la mort cérébrale, critiqué par ses
voisins pour son "égoïsme en matière
d'organe", l'a finalement reconnue comme mort humaine
après avoir organisé un référendum
national sur la question. Aujourd'hui, seuls quelques états
(comme le Pakistan ou la Roumanie) n'ont toujours pas sauté
le pas.
Le
concept de mort cardiaque étant traditionnellement
très fort, les doutes du peuple japonais quant aux
transplantations d'organes supposant la mort cérébrale
ont toujours été très profonds.
L'éthique médicale japonaise, qui puise ses
racines dans la religion (essentiellement dans le culte shintoïste)
et dans la tradition, a été un obstacle fondamental
à l'acceptation du principe même des greffes.
Pourtant,
les choses évoluent peu à peu. Revenons sur
les différents aspects de l'histoire mouvementée
des greffes au pays du soleil levant.

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Une histoire mouvementée |
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La première transplantation cardiaque a été
réalisée à la faculté de Médecine
de Sapporo en 1968. Mais ce qui aurait dû passer pour
un miracle de la médecine moderne a été
en fait à l'origine d'une polémique, portant
notamment sur le bon diagnostic de la mort cérébrale,
et la réelle nécessité d'une transplantation
pour le patient receveur.
Malgré
les demandes répétées des autorités
médicales, aucune autre transplantation cardiaque n'a
pu avoir lieu durant les trois décennies qui ont suivi.
Les seules greffes pratiquées durant toutes ces années
l'ont été à partir de donneurs vivants
(il s'agissait essentiellement de greffes rénales).
Quelques transplantations de reins et de cornées prélevées
sur des donneurs à curs non battant ont aussi
pu être réalisées.
En
1993, un premier projet de loi visant au développement
des greffes stipulait que la mort cérébrale
devait être considérée comme la fin de
la vie et que, même sans le consentement du donneur
avant sa mort, un organe pouvait être prélevé
pour une transplantation si la famille endeuillée avait
donné son accord. Ce projet de loi a été
unanimement rejeté en septembre 1996, sans la moindre
discussion.
A
la suite de cette décision, la Société
Japonaise pour les Transplantations a indiqué qu'elle
"formulerait un guide d'actions permettant la réalisation
de transplantations d'organes, si possible dans les prochains
six mois, quoiqu'il advienne de la législation".
Cela a mis en lumière la question des transplantations
et encouragé les médias à donner leurs
arguments pour ou contre.
En
1997, 166 greffes de rein (à partir de donneurs vivants
ou à cur non battant uniquement) et 1748 greffes
de cornées ont été réalisées.
Dans le même temps, les listes d'attente, faisaient
mention des chiffres suivants :
- 18
patients en attente de cur
- 31
patients en attente de foie
- 10
patients en attente de poumons
- 13119
patients en attente de rein
- 5542
patients en attente de cornée
Les
chiffres de patient en attente de coeur, de foie ou de poumons
sont bien évidemment non significatifs, puisque ces
greffes étaient impossibles, faute d'organes.
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une loi, enfin... |
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Une loi officialisant le concept de mort cérébrale
et rendant possible les prélèvements a Finalement
été adoptée en octobre 1997.
Elle
stipule qu'une personne dont le cerveau a cessé de
fonctionner est considérée comme morte, et ses
organes peuvent être prélevés à
condition qu'elle y ait consenti de son vivant. Au moins deux
médecins non impliqués dans une quelconque activité
de transplantation doivent constater l'état de mort
cérébrale, et la famille du donneur peut à
tout moment opposer son véto au prélèvement.
Cette
loi, très restrictive dans ses termes, n'a été
"mise à contribution" pour la première
fois qu'un an et demi après son adoption.
Le
28 février 1999, des prélèvements ont
pu être effectués sur une femme en état
de mort cérébrale qui avait exprimé par
écrit son consentement et dont la famille ne s'est
pas opposée au processus. Le 1er mars, son cur,
ses poumons, ses reins et ses cornées ont été
transplantés.
Cette
première série de greffes d'organes provenant
d'une personne en état de mort cérébrale
réalisée dans l'Archipel a provoqué des
remous extraordinaires dans la presse et dans la société
en général. Différents problèmes
ont été mis en évidence, relatifs notamment
à la transparence quant à l'attribution des
organes et à la préservation de l'anonymat des
donneurs.
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L'indispensable promotion du don et de la
greffe |
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Dans ce contexte difficile, les autorités japonaises
ont jugé que toute opération de promotion du
don d'organes devait être axée sur la compréhension
et l'acceptation de la mort cérébrale et de
la signification des transplantations.
Chaque
année, depuis 1999, le mois d'octobre devient "le
mois de promotion de la transplantation d'organes".
Une
carte de donneur, disponible en langues anglaise ou japonaise,
a été créée et est distribuée
dans les mairies, les gendarmeries, les préfectures,
les bureaux de poste, etc.


Afin
que la volonté de chacun puisse être recueillie
par différents biais, un autocollant de donneur d'organes
a également été créé, il
peut être collé sur un permis de conduire ou
une carte d'assuré social.
Plusieurs
mesures visant à améliorer les structure médicales
relatives aux transplantations (ressources humaines et matérielles)
ont été prises.
Un
organisme officiel, le Japan Organ Transplant Network,
a aussi été mis en place afin de contrôler
tous les aspects du processus de transplantation, de garantir
l'anonymat des donneurs et la transparence des règles
de répartitions des organes. Une autre de ses vocation
est la promotion des greffes et du don d'organes. Dans ce
cadre, il édite quatre fois par an un magazine grand
public sur le sujet, qui contient des informations sur les
aspects médicaux, des témoignages de greffés,
mais aussi des interviews d'acteurs et de chanteurs à
succès, ou de personnalités diverses qui donnent
leur opinion (positive en général) sur le don
d'organes.
Toutes ses mesures contribuent à donner au grand public
une meilleure image des greffes d'organes. L'opinion évolue
lentement mais dans le bon sens
Ainsi, une étude
effectuée en mai 2002 montrait que 7% de la population
japonaise détenait une carte de donneur ! 23% des personnes
interrogées lors d'un sondage réalisé
à la même époque se déclaraient
prêtes à en remplir une.
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Des obstacles qui perdurent |
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Les
textes législatifs japonais font toujours mention de
deux notions de mort qui s'opposent : la mort cardiaque (vision
traditionnelle, la plus largement acceptée) et la mort
cérébrale. Cette divergence donne naissance
à un formidable paradoxe, qui devra être résolu
pour que le conflit inhérent opposant éthique
et progrès soit levé :
Actuellement, et selon les termes de la loi, le décès
d'une personne en état de mort cérébrale
ne peut être déclaré que si une carte
de donneur (ou tout autre document écrit faisant état
de la volonté de donner ses organes) a été
trouvée. Dans le cas contraire, la personne est toujours
considérée comme vivante !
Aujourd'hui
encore, et bien que l'opinion publique semble accepter de
mieux en mieux l'idée des transplantations, de nombreux
patients en attente d'organes vitaux décèdent
avant d'y accéder.
Les
malades les plus fortunés tentent leur chance à
l'étranger, par exemple en Australie ou aux Etats Unis.
En 1999, 49 d'entre eux ont ainsi obtenu un cur, 200
un foie et 5 des poumons.
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Et l'IRC dans tout ça ? |
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Le
nombre de personnes en insuffisance rénale terminale
augmente très rapidement au Japon, principalement à
cause du vieillissement de la population.
Le
nombre de patients dialysés augmente de 10000 chaque
année (environ 25000 nouveaux patients débutent
la dialyse, tandis que 13000 dialysés décèdent).
Environ
200000 malades sont dialysés à l'heure actuelle.
Un tiers de ces patients sont en attente d'une greffe rénale,
mais seulement 15000 sont officiellement inscrits sur la liste
d'attente japonaise.
Le
nombre de transplantations rénales cadavériques
(à cur battant ou arrêté confondu)
en 2000 a été de seulement 146, contre environ
350 à partir de donneurs vivants.
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