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dernière
mise à jour le 04/12/02
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Dons et greffes d'organes au Liban |
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Article
de Lina Asfar, publié dans La
Revue du Liban No 3649 - Reproduit avec l'aimable autorisation
du journal.
Tout
y est : la technique moderne, l'équipe médicale
spécialisée, les centres hospitaliers qualifiés...
Il reste une condition à assurer : l'organe destiné
à la greffe.
En effet, sauver la vie de milliers de Libanais ou en améliorer
la qualité, ne s'accomplirait pas sans le don d'organes.
Le manque de donneurs libanais favorise, actuellement, la
prolifération d'un trafic illicite à l'intérieur
et à l'extérieur du pays.
Seul remède à ce commerce honteux : le don cadavérique,
synonyme de prélèvement d'organes après
la mort. Or, ce prélèvement posthume s'effectue,
uniquement, en cas de mort cérébrale dont le
véritable concept demeure méconnu pour l'écrasante
majorité des citoyens.
Qu'est-ce que la mort cérébrale ? Pour quelles
raisons la famille du défunt hésite-t-elle à
faire don de ses organes ? Comment s'effectuent les dons et
greffes d'organes ? Que dit la loi libanaise ?
Notre enquête vise deux sortes de transplantation :
rénale et hépatique. Nous découvrons,
à travers elles, la réalité du problème
dans toute son ampleur.
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au menu "la greffe, ailleurs"
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La transplantation
rénale
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La transplantation rénale s'est perfectionnée
au fil des temps et des découvertes scientifiques.
Avant l'avènement des immunosuppresseurs (médicaments
anti-rejet), toutes les tentatives de greffes rénales
étaient vouées à l'échec, exception
faite des isogreffes (greffe entre deux surs ou frères
jumeaux portant le même code génétique).
En 1963, la découverte du premier immunosuppresseur
(l'azathioprine) et son association avec la cortisone, ouvrent
la voie aux pratiques des homogreffes (transplantation dans
la même espèce : d'homme à homme, de souris
à souris...). Mais la corticothérapie, mal dosée
à l'époque, entraînait des infections
et provoquait la mort des patients greffés.
C'est seulement dans les années 80 que la découverte
d'un nouveau médicament anti-rejet (la "ciclosporine")
révolutionne la médecine moderne en matière
de transplantation de toutes sortes d'organes (rein, foie,
cur, poumon, pancréas, intestins,...). Mis au
point par un Suisse, le Dr Borel, il réduit les risques
de rejet, permet de diminuer les doses de cortisone et, par
conséquent, les risques d'infection.
Premières
tentatives en 1970
Au Liban, les premières tentatives de greffes effectuées
en 1970 à partir de reins importés de très
mauvaise qualité, se soldent par des échecs.
La pratique de transplantation rénale marque un temps
d'arrêt jusqu'en 1985, date à laquelle d'autres
centres opèrent des greffes provenant de donneurs vivants
apparentés et de rares donneurs décédés.
Cette activité, paralysée en période
de guerre, reprend début 1990 avec l'ouverture progressive
de plusieurs centres de transplantation.
Comment
se procurer les organes ?
Comme nous l'a bien précisé le Dr Maroun Moukarzel,
urologue et transplanteur rénal, les reins greffés
doivent avoir préalablement fait l'objet d'un don.
La loi libanaise (décret NÞ109, article 1) le
stipule, d'ailleurs, très clairement : "Le prélèvement
d'organe ou de tissus doit se faire sous forme de donation
gratuite et sans conditions."
Le prélèvement s'effectue de deux manières
:
- Sur
donneurs vivants, génétiquement apparentés
au receveur (père, mère, fils, fille, grands-parents,
frère, sur)
ou émotionnellement liés à celui-ci
(époux, épouse).
-
Sur donneurs décédés en état
de mort cérébrale.
Cette
deuxième alternative, que les médecins entendent
promouvoir au Liban, éviterait l'ablation d'un rein
à un volontaire sain, répondrait au nombre croissant
de receveurs en attente et réduirait le trafic de la
vente d'organes.
L'article 2 du décret 109 autorise le prélèvement
de tissus ou d'organes sur un homme mort, si l'une des deux
conditions suivantes est remplie :
- Que
ces prélèvements aient été autorisés
par la personne décédée, de son vivant,
soit par un testament réglementaire, soit par un
écrit authentifié.
- Que
la famille du défunt ait donné son aval pour
les prélèvements.
Or,
en pratique, l'accord écrit du donneur ne suffit pas.
Les médecins s'adressent toujours à la famille
du défunt qui, très souvent, s'y oppose.
De plus, les personnes décédées, en état
de mort cérébrale, n'ont généralement
pas pensé à l'éventualité d'un
tel accident, ni fait connaître leur acceptation ou
leur refus de prélèvement. Les médecins
se heurtent, une fois de plus, à l'objection de leurs
proches parents.
Refus
de la famille
Le manque de dons cadavériques serait donc principalement
dû à la réticence des proches parents
d'autoriser le prélèvement et ce, pour diverses
raisons :
-
Leur non information et leur ignorance du concept de mort
cérébrale, d'autant plus que ce genre
de décès laisse subsister de fausses apparences
de vie.
La mort cérébrale (ou encéphalique)
peut se définir comme suit : Certaines personnes,
victimes de traumatismes ou d'accidents cérébraux,
tombent dans un état de coma dépassé,
caractérisé par la destruction de toutes les
cellules du cerveau. Leur mort doit être attestée
par des neurologues suivant des critères scientifiques
adoptés mondialement.
Quoique déclarées mortes, leurs battements
cardiaques, leur respiration et leur circulation sanguine
sont artificiellement maintenus en fonctionnement à
l'aide de machines et drogues spéciales, dans une
perspective de don d'organes : les organes non irrigués
par le sang sont vite nécrosés (morts) en
l'espace de quelques minutes et ne peuvent plus servir pour
une transplantation.
L'ignorance de tous ces faits scientifiques et la difficulté
qu'éprouve la famille à les admettre, la pousse
très souvent à opposer son veto.
- Le
manque de confiance qu'elle accorde au corps médical
l'amène, également, à refuser.
Elle redoute le fait que certains médecins puissent
s'adonner au trafic d'organes.
- La
décision de certains proches parents demeure influencée
par des considérations purement métaphysiques.
Ils se demandent si corrélation il y a, entre la
résurrection et l'ablation des organes.
- Le
respect du mort entre, aussi, en ligne de compte. La
famille du défunt craint que le prélèvement
soit synonyme de mutilation. Alors qu'en réalité,
l'ablation s'effectue, comme pour toute opération
chirurgicale, avec une restauration tégumentaire
parfaite.
Un
phénomène d'un tout autre ordre contribue, également,
à réduire le nombre de donneurs cadavériques
: les centres hospitaliers ne pratiquant pas la greffe rénale
s'abstiennent de déclarer les cas de mort encéphalique
enregistrés chez eux.
Serait-ce par solution de facilité et souci d'éviter
les démarches, formalités et frais qui en découleraient
: aviser la famille du défunt, effectuer le prélèvement
sur place ou se charger des frais de déplacement et
de prélèvement d'organes ? Ou bien serait-ce
plutôt dû à l'esprit de compétition
entre les différents hôpitaux?
Comment
se décide la greffe d'un rein ?
Diverses maladies nécessitent le recours à la
transplantation pour cause d'insuffisance rénale :
les malformations congénitales du rein (hypoplasie,
dysplasie), les maladies héréditaires (polykystose
familiale, hyperoscalurie), les glomérulonéphrites,
les maladies infectieuses, le diabète, les malformations
urologiques, les calculs, etc...
Dans une première étape et en l'absence de greffon,
les malades sont dialysés pour débarrasser leur
sang des produits toxiques accumulés, suite à
la perturbation de leur fonction rénale. Des efforts
sont, actuellement déployés pour les greffer
avant même de les soumettre aux séances éprouvantes
de dialyse.
Avant toute greffe, des tests de compatibilité s'imposent,
afin de choisir le meilleur donneur : les groupes sanguins
du donneur et du receveur doivent s'accorder comme pour une
transfusion sanguine. Les médecins tentent de prévoir
le degré d'acceptation de la greffe par le receveur,
en testant son sérum avec les cellules du donneur (cross-match).
Ils s'assurent, en outre, de la bonne santé du donneur
pour écarter tout risque de transmission de maladies
au receveur.
Une fois la greffe effectuée, le receveur absorbera,
sa vie durant, des médicaments anti-rejet (ciclosporine
et autres) capables de diminuer l'intensité de ses
réactions immunologiques.
L'Etat contribue entièrement aux frais de l'intervention
chirurgicale et, partiellement, au financement du traitement
médicamenteux. Il ne couvre, cependant, pas les tests
de préparation pré-opératoires.
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Le trafic d'organes |
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Les
lois du monde entier bannissent la vente et l'achat d'organes,
notamment les résolutions WHA 40.13 et 42.5 de l'Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), (principes directeurs 5,6
et 7). Les religions considèrent le don d'organes comme
un acte de charité altruiste effectué sans aucune
contrepartie financière.
Toutefois,
devant la pénurie de donneurs potentiels (vivants ou
décédés), un commerce honteux et illicite
s'est développé au Liban et dans certains autres
pays (Irak, Inde...)
Au Liban, la loi prohibe un tel trafic mais, en pratique,
les demandes et offres se multiplient dans les rubriques "petites
annonces" des quotidiens.
L'Irak
abrite, actuellement, le plus grand trafic d'organes. Les
malades libanais s'y rendent dans l'espoir de se procurer
un rein (dont le prix varie entre 300 et 400 dollars) et se
le faire greffer. En l'absence de technicité et de
médicaments appropriés, les résultats
de ces transplantations se révèlent, en général,
décevants. Selon les estimations des spécialistes,
les infections post-opératoires, ainsi que les échecs
sont fréquents.
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Mort cérébrale et don posthume |
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Découvert
dans les années 40/50, le respirateur, utilisé
avec la ventilation assistée, permettait de maintenir
en vie certains malades ou accidentés. Les uns guérissaient
de leurs affections au bout de quelque temps et retrouvaient
leur fonction respiratoire naturelle. D'autres ne se sont
jamais réveillés.
Devant
ce fait, deux neurologues français, Mollaret et Goulon,
élaborent en 1959 des critères médicaux
capables d'identifier les comateux en état de mort
encéphalique, qu'aucun effort ne pourrait plus jamais
rendre à la vie.
Dix
ans plus tard (en 1968), l'Amérique suivie par la France
et l'Europe, légalise ces critères désormais
connus sous le nom de critères de Harvard et présentés
en des termes plus élaborés. Nous les retrouvons
dans la loi libanaise (décret NÞ1442, article
2) : "La mort cérébrale (ou coma dépassé)
doit être attestée par deux médecins,
dont un neurologue, qui constatent chez la personne considérée
comme morte, l'association des conditions suivantes :
-
Coma et absence de réponse à tout stimulus
sensoriel ou douloureux.
- Absence
de respiration et de mouvements.
-
Absence de réflexes céphaliques.
- Mydriase
(dilatation de la pupille).
- Electroencéphalogramme
plat pendant au moins dix minutes, alors que la température
corporelle n'est pas inférieure à 32Þ2,
la personne ne devant être ni en état de choc,
ni sous l'influence de sédatifs du système
nerveux central.
-
La personne doit être surveillée pendant au
moins 30 minutes au décours d'une période
de 6 heures de coma."
Le
don posthume intervient en cas de mort encéphalique,
alors que les organes du défunt sont maintenus, artificiellement,
en fonctionnement par souci de leur éviter ischémie
et nécrose.
En
France, comme dans la plupart des pays étrangers, les
lois régissant le don et le prélèvement
d'organes stipulent que seule compte l'opinion du défunt,
telle qu'il avait pu la faire connaître de son vivant
et non celle de sa famille. Sa volonté est enregistrée
sur le permis de conduire ou sur un modèle uniforme
de carte que le sujet porte sur lui.*
[* Ndlr : la situation en France
n'est malheureusement pas si simple...]
Au
Liban, en dépit du décret 109, article 2, les
médecins demandent toujours le consentement de la famille
du défunt avant de procéder au prélèvement.
Situation très pénible, car il s'agit de demander
une décision urgente et délicate à une
famille désemparée et, très souvent,
réticente. Cet état de fait limite grandement
le nombre de dons cadavériques déjà très
insuffisant.
Plus aucune difficulté n'entraverait le don d'organes
posthume, si le prélèvement faisait l'objet
d'échange et de réflexion au sein même
de la famille. Le futur donneur devrait exprimer, ouvertement,
son souhait à son entourage, le préparer moralement
à cette idée pour lui éviter embarras
et doute au moment de sa mort.
De même, il serait souhaitable d'organiser des campagnes
d'information visant à sensibiliser les Libanais à
la notion de mort cérébrale et au don posthume,
synonyme d'acte solidaire.
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La transplantation hépatique pour augmenter l'espérance
de vie |
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Une
première au Liban
La
première greffe hépatique effectuée à
Denver, en 1963, par le Dr Tomas Starzl, ainsi que plusieurs
autres tentatives, se soldent par des échecs consécutifs
dus au problème de rejet. Les pratiques de transplantation
hépatique connaissent, alors, une période de
stagnation pour reprendre de plus belle dans les années
80 avec l'avènement de la ciclosporine.
La greffe demeure l'unique remède pour certaines affections
hépatiques à l'instar des cirrhoses (virales,
alcooliques, biliaires,...), des petits cancers primitifs
du foie (qui prennent naissance à l'origine dans le
foie et non les cancers métastatiques localisés
secondairement dans le foie), des hépatites virales
fulminantes (nécessitant une greffe dans un court délai
de 2 à 3 jours, avant que mort s'ensuive).
La
survie moyenne de malades souffrant de cirrhoses hépatiques
décompensées se situe autour de 20%, à
5 ans. Autrement dit, sur 100 cirrhotiques, 80 décèdent
dans les 5 ans à venir. Alors que la transplantation
hépatique assure une survie moyenne de 70%, à
5 ans. Ce qui représente une amélioration considérable
pour l'espérance de vie de ces malades.
On dénombre, actuellement, 3.000 greffes hépatiques
par an, aux Etats-Unis et 600 à 700 en France où
ces transplantations sont uniquement réalisées
dans des CHU (Centres hospitaliers universitaires).
Au Liban, à l'Hôtel-Dieu de France (CHU), une
équipe de transplantation hépatique est déjà
en place. Elle représente une des premières
équipes de ce genre au Proche-Orient arabe, exception
faite de l'Arabie Saoudite qui bénéficie d'une
aide américaine.
Toutefois, son activité est entravée par deux
problèmes : le don d'organes et le coût élevé
de la transplantation.
De
quel don s'agit-il ?
Chirurgien de l'équipe de transplantation et spécialiste
en chirurgie digestive et hépatobiliaire, le Dr Roger
Noun explique l'importance du don cadavérique pour
ce genre de transplantation : le foie du donneur est entièrement
greffé au receveur. Le foie prélevé doit
être appareillé au poids du recevoir pour garantir
la réussite de l'opération (le poids du foie
représente en général 2% du poids total
d'un homme).
Cependant, pour pallier la pénurie en dons d'organes,
les médecins effectuent des prélèvements
sur donneur vivant et ce, uniquement, dans le cas d'un donneur
adulte à un receveur enfant. Le foie de l'enfant étant
de petite taille, on prélève environ 30% du
foie du père ou de la mère (lobe gauche). L'opération
de prélèvement, très délicate,
mettrait la vie du donneur en péril. Elle nécessite
la participation d'une équipe médicale compétente
en la matière et le recours à une technique
spéciale, afin d'arrêter le saignement abondant
dû à l'ablation. Il est, par conséquent,
difficilement concevable qu'un trafic de foie puisse être
organisé, car seuls les parents du malade entreprendraient
une telle démarche courageuse.
Pour le moment, la greffe hépatique des enfants à
l'Hôtel-Dieu constitue une perspective d'avenir, en
attendant qu'un chirurgien pédiatre se joigne à
l'équipe.
Voici,
pour nous résumer, les dons et greffes hépatiques
possibles :
- Don
cadavérique : pour donneur adulte, receveur adulte
; pour donneur enfant, receveur enfant.
- Donneur
vivant : pour donneur adulte, receveur enfant.
Financement
de la greffe
L'opération
de greffe hépatique dure, à elle seule, environ
12 heures, sans compter le prélèvement. Elle
ne peut se concevoir que dans un CHU à l'instar de
l'Hôtel-Dieu, groupant un plateau multidisciplinaire
de spécialistes concernés par la transplantation
: une équipe de transplantation (hépatologues,
chirurgiens hépatiques), des réanimateurs, des
responsables de laboratoires capables de lire les biopsies
hépatiques, des infectiologues, pneumologues, cardiologues,
un service de radiologie et un laboratoire de pointe.
Une surveillance indispensable, vigilante et continue est
de même assurée dans un CHU, grâce aux
étudiants en formation.
Cette opération délicate et compliquée
requiert un séjour d'une semaine à dix jours
en unité de réanimation, ainsi qu'un mois d'hospitalisation.
Son coût moyen est chiffré à 75.000 dollars.
Sans une prise en charge sociale par le ministère de
la Santé, elle demeure inaccessible pour la majorité
des malades. Leur seul espoir actuel serait d'être secondé
par des associations caritatives ou des organismes humanitaires.
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