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dernière
mise à jour le 10/01/03
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Le don d'organes en Norvège |
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Article
de Claire
Czternasty publié en 2000 dans le livre "ETHIQUE
ET TRANSPLANTATION D'ORGANES" collectif dirigé
par Jean-François COLLANGE. Reproduit avec l'aimable
autorisation de l'auteur.
À
plusieurs égards, la situation du don d'organes en
Norvège apparaît comme digne d'intérêt,
mise en perspective avec le cas de la France. D'une part,
la loi n'a pas le rôle de toute puissance, sans cesse
discutée, et délimitant le cadre d'action qu'elle
revêt en France. D'autre part - et c'est là une
différence majeure concernant les greffes de reins
- le recours aux donneurs vivants est largement répandu.
Cependant, la Norvège elle aussi, comme la plupart
des autres pays s'inquiète aujourd'hui de la pénurie
d'organes chaque année plus importante.
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au menu "la greffe, ailleurs"
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La
situation du pays et ses contraintes |
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Il convient tout d'abord de procéder à quelques
brefs rappels sur la situation politique et géographique
du pays. Certaines de ses particularités ont une influence
certaine sur les grandes lignes de l'organisation du système
de santé - et donc, du don d'organes.
La Norvège est un pays mal connu. Elle ne fait pas
partie de l'Union Européenne. Elle est du même
coup exclue des congrès européens récemment
organisés sur le don d'organes. On ne trouve pas non
plus de chiffres concernant le don d'organes en Norvège
dans les banques de données européennes. Dans
le meilleur des cas, la Norvège est agglomérée
à la masse "Scandinavie" dont elle fait partie
avec ses voisins Danois et Suédois : difficile d'en
dégager les particularités propres !
Concernant
les chiffres annuels, on remarque que depuis quelques années
la Norvège, avec 15,7 organes transplantés par
million d'habitants distancie les autres pays Scandinaves
(un peu moins de 12,5). Ces chiffres restent cependant moyens
(du même ordre que ceux de la France, par exemple).
La
Norvège occupe la façade Ouest de la péninsule
scandinave, s'étalant sur plus de 1500 kilomètres
du Nord au Sud (soit l'équivalent de la distance séparant
Oslo de Rome). C'est également un pays plutôt
peu peuplé. Avec près de 4,5 millions d'habitants,
la Norvège a une densité de 14 habitants au
km2 (à titre de comparaison, celle de la France était
de 108 en 1997)(1) . Un pays très
étalé et peu d'habitants : ces caractéristiques
jouent un rôle déterminant sur la répartition
et le fonctionnement du système de santé sur
le territoire. L'organisation de la transplantation d'organes
en Norvège en découle directement.
Il
n'existe en effet qu'un seul centre de transplantation d'organes,
situé à Oslo, la capitale. En 1969 le Rikshospitalet,
l'hôpital national, effectue 8 transplantations rénales.
Depuis, toutes les opérations de transplantation d'organes
sont prises en charge par cet unique centre, qui a donc aujourd'hui
une expérience de presque trente ans. Par contre, le
prélèvement d'organes est lui décentralisé.
27 centres de prélèvement (y compris l'hôpital
national, centre de transplantation) sont ainsi répartis
dans tout le pays.
Cette organisation est depuis peu supportée par une
équipe de 6 transplantasjonskoordinator, infirmiers/ères
coordinateurs de la transplantation, qui assurent le lien
entre les centres locaux de prélèvements et
le centre national de transplantation. Ils sont entre autres
chargés de coordonner les opérations de prélèvement
des organes disponibles et de transplantation des patients
en attente à travers le pays.
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La loi sur le don d'organes en Norvège |
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Avant de m'intéresser à la réalité
du terrain, je voudrais rapidement aborder le cadre législatif
dans lequel la pratique de la transplantation d'organes s'inscrit.
En France, on a vu que la question de la législation
sur un sujet délicat comme peut l'être la transplantation
d'organes est conséquente et pour le moins restrictive.
En revanche ce sujet est loin d'être aussi sensible
en Norvège. La transplantation d'organes est aujourd'hui
encore réglementée par un texte qui date de
1973 : la loi n° 6 du 9 février 1973 sur la transplantation.
En
1973 l'activité de transplantation rénale est
en pleine expansion. Le besoin de régulation légale
est ressenti dans le milieu médical, confronté
à une pratique nouvelle. Il n'y a pas eu en Norvège
de débat public sur la question de la transplantation
rénale en tant que thérapie, comme cela a par
exemple été le cas au Danemark et en Suède.
C'est d'ailleurs un fait remarquable dans un pays où
toute question d'ordre médical est d'ordinaire abondamment
discutée sur la place publique.
Cette
absence de remous - à ce jour, aucune plainte légale
en relation avec la transplantation d'organes n'a été
enregistrée - est interprétée comme le
signe évident que cette loi de 1973 se suffit à
elle-même, et ce, plus de 25 ans plus tard. En effet
le texte n'a jamais été discuté, révisé
ni modifié depuis ; il est considéré
comme "suffisamment flexible et réaliste [et]
toujours d'actualité"(2).
Que
contient ce texte au juste ? Relativement succinct, il est
divisé en 6 paragraphes. On retrouve, dans ses clauses
principales les grandes lignes des législations de
la plupart des pays.
Ainsi,
en ce qui concerne le prélèvement d'organes
sur une personne décédée le texte ne
présente pas de différence notable avec son
homologue français(3). Les clauses
de gratuité, d'anonymat, de présomption de consentement
sont analogues. Dans la pratique également, la situation
est en tous points comparable avec celle que l'on rencontre
en France en ce qui concerne le recueil du consentement. Dans
tous les cas, les médecins s'adresseront à la
famille et n'effectueront pas de prélèvement
en cas de réticence de sa part.
Cependant, tant au niveau des données concernant le
don d'organes en Norvège et de la loi, il est particulièrement
intéressant de s'attarder sur le don d'organes entre
vifs. Son fonctionnement est réglé par le paragraphe
1 de la loi norvégienne(4) :
"§
1 - Les organes ou autre matériel biologique peuvent
être prélevés sur un individu ayant donné
son consentement écrit, dans le but de traiter un autre
individu, malade ou blessé.
L'opération ne doit être réalisée
que dans le cas où elle n'implique aucun risque pour
le donneur.
Toute personne âgée de plus de 18 ans peut donner
son consentement. Dans des circonstances spéciales,
les individus âgés de moins de 18 ans peuvent
donner leur consentement, avec la permission de leur tuteur
légal et/ou de(s) personne(s) détenant l'autorité
parentale. Dans ce cas, le Ministère de la Santé
doit également approuver le prélèvement.
Avant que le consentement ne soit recueilli, le donneur doit
recevoir une information médicale sur l'opération
et ses conséquences possibles. Le médecin qui
la dispense doit s'assurer que le donneur a compris le contenu
et l'impact de ces informations."
Tout
comme le reste de la loi, cette section est toujours en vigueur,
telle quelle depuis 1973. Elle requiert comme en France le
consentement du donneur et ce consentement doit être
éclairé. Par contre, contrairement au législateur
français qui dresse une liste limitative des donneurs
potentiels en cas de don du vivant, en Norvège une
grande marge de manuvre est laissée aux médecins,
tout particulièrement sur la question de savoir qui
peut devenir donneur.
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Le don d'organes entre personnes vivantes
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Le don d'organes vivants concerne la transplantation rénale,
dans la mesure où le donneur qui accepte de donner
l'un de ses deux reins est capable de survivre avec un unique
rein.
En Norvège, la transplantation rénale est l'option
prioritaire de traitement. Les arguments avancés en
sa faveur sont relatifs au confort du patient bien sûr,
mais aussi d'ordre économique. Si l'on a en mémoire
la géographie du pays, on imagine facilement que le
transport d'un patient qui se trouve éloigné
du centre d'hémodialyse aura des conséquences
sur le plan du coût et du temps. Le coût d'une
transplantation est estimé à 300 000 couronnes
norvégiennes, alors que celui de la mise en dialyse
d'un patient à raison de 2-3 fois par semaine serait
de 400 000 couronnes par an(6).
Le
recours aux donneurs vivants fait ainsi partie de ce qui est
appelé un "programme" médical, une
véritable politique nationale de santé publique.
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Le programme de transplantation de donneurs
vivants en Norvège |
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Dès 1969, les médecins norvégiens mettent
en place ce qu'ils appellent eux-mêmes une "stratégie
nationale" pour le traitement des patients en phase terminale.
Le postulat de base est que la transplantation d'un rein est
la meilleure solution à l'insuffisance rénale
en phase terminale (meilleure, c'est-à-dire plus rentable
et plus efficace que la dialyse). Ils décident donc
de proposer systématiquement la transplantation à
tout patient qui pourrait en bénéficier. Il
en résulte que le nombre de patients inscrits sur liste
d'attente pour une transplantation rénale est stable,
et que le nombre de patients en dialyse est très bas.

De
plus, ce "programme" de transplantation est orienté
vers un recours extensif aux donneurs vivants. Leur nombre
s'intensifie encore davantage après 1983 (date à
laquelle la cyclosporine a été introduite).

Ce
choix résulte d'un consensus entre le réseau
des médecins concernés. Néphrologues
et médecins transplanteurs sont convaincus du bien-fondé
de ce programme. L'ensemble des néphrologues du pays
constitue d'ailleurs une équipe relativement stable
et coordonnée, qui entretient un rapport suivi avec
le Rikshospitalet, l'hôpital national, unique centre
de transplantation. Ce réseau de "professionnels
médicaux du rein" organise entre autres une réunion
annuelle ayant pour but de permettre une action conjointe
et cohérente concernant le traitement des patients
terminaux. Dans ce cadre une "charte de directives"
destinées à chaque néphrologue a été
établie, afin de s'assurer que l'information donnée
à la famille d'un patient concerné par la possibilité
d'une transplantation rénale - et donc, potentiellement
donneur - soit constante.
Le
premier point exprime clairement la volonté d'une politique
médicale en faveur du donneur vivant : "La possibilité
de transplantation rénale avec prélèvement
sur un donneur vivant doit toujours être considérée
et discutée avec la famille avant que le patient ne
soit enregistré sur la liste d'attente pour une transplantation
cadavérique"(7)
Cette
même assertion est très bien résumée
par les docteurs Albrechtsen et Flatmark, médecins
transplanteurs à l'occasion du Symposium sur le don
d'organes vivants organisé à l'automne 1996
à Oslo :
"Une stratégie nationale pour le traitement d'insuffisance
rénale en phase terminale a été formulée
en 1969, se basant sur les postulats suivants : que la transplantation
rénale est une meilleure solution que la dialyse, que
la transplantation doit être proposée à
tout patient souffrant d'insuffisance rénale en phase
terminale qui pourraient en bénéficier, et que
les membres de la famille, adultes et en bonne santé,
devraient être autorisés à donner un rein
pour combler la pénurie d'organes."(8)
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Les donneurs |
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Ce
" programme " initié par le milieu médical
n'est donc pas le résultat d'un choix politique conscient.
Toutefois, les autorités publiques concernées
sont tout à fait informées de la pratique, et
n'ont jamais tenté d'influencer cette politique, que
ce soit dans un sens ou dans l'autre.
De
plus, comme nous l'avons vu, la loi laisse ouverte la question
de savoir qui peut donneur un rein en Norvège et donc
ne s'oppose pas à cette politique.
Rappelons qu'en France, la loi autorise uniquement les membres
de la famille proche à donner un rein à un patient
en attente d'une transplantation. Le donneur doit avoir la
qualité de père ou de mère, de fils ou
de fille, de frère ou de sur du donneur. Le don
entre époux est admis en cas d'urgence (mais exclu
entre concubins).
En
Norvège, la loi laisse aux médecins l'appréciation
du "recrutement" des donneurs, puisqu'elle ne mentionne
aucune restriction, si ce n'est "toute personne âgée
de plus de 18 ans". Et de fait, les donneurs viennent
d'un horizon plus large que les sujets génétiquement
apparentés aux patients. Un médecin s'explique
: "Les parents, les grands-parents, les frères
et surs (germains ou non), les enfants adultes, les
donneurs liés affectivement [emotionnally related]
tels que les époux/ses, les concubins stables, les
parents adoptifs, sont les principaux donneurs vivants potentiels.
Dans des circonstances spéciales, et en cas de motivation
spontanée, les tantes, oncles, cousins et autres membres
de la famille par alliance peuvent être acceptés.
Les amis n'entrent pas dans le cadre de notre programme."(9)
Les
"donneurs non apparentés" (c'est-à-dire
non apparentés génétiquement) ne sont
pas exclus. Les donneurs sont acceptés sans considération
de leur correspondance HLA (histocompatibilité). Sur
les 1305 transplantations rénales qui avaient été
effectuées à la date du 1er septembre 1996,
134 patients (soit plus de 10%) avaient reçu le greffon
d'un donneur non apparenté génétiquement.
Il s'agit principalement de leurs époux/ses ou concubin(e)s
- les donneurs considérés comme "liés
affectivement". Ce chiffre est en constante évolution
et concerne au moins 20% des transplantations aujourd'hui.

L'âge
du donneur n'est pas non plus un critère imposé
par la loi en Norvège. Si le texte précise que
le donneur doit être d'âge légal (18 ans),
il n'indique en revanche aucune limite supérieure.
De fait, l'équipe de transplantation n'a jamais imposé
d'âge limite, et par principe n'exclut pas les donneurs
les plus âgés, qui sont considérés
comme étant " souvent très motivés
". Environ 30% des prélèvements sont effectués
sur des sujets âgés de plus de 60 ans au moment
de l'opération. La doyenne des donneurs avait 81 ans
au moment du prélèvement...
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Les justifications |
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Ainsi, en Norvège, près de 40% des transplantations
rénales sont réalisées à partir
de reins prélevés sur des donneurs vivants.
Les donneurs potentiels font partie d'un "pool"
nettement plus large que celui que la loi autoriserait en
France. Mais le donneur potentiel reste bien évidemment
soumis à une série de tests médicaux
qui ont pour but de déceler d'éventuelles contre-indications
à l'opération. Cette procédure de "filtrage"
des donneurs est du reste analogue à celle pratiquée
en France. Pourtant, les médecins norvégiens
sont conscients que le recours aux donneurs vivants n'est
de loin pas une pratique universellement reconnue parmi leurs
pairs et qu'ils font figure d'exception.

[pour
information : situation en 2000. Source : EFG]

Des
travaux de recherche sont ainsi conduits sur l'état
de santé des donneurs après l'opération;
un article comparant leur "qualité de vie"
avec celle du reste de la population a même été
publié(10) !
Les
résultats de ces études, tous encourageants,
sont fréquemment cités : le corps médical
est absolument formel sur le fait que l'acte de prélever
un rein sur un donneur sain présente sur le plan médical
"des risques négligeables(11)".
Ils s'en remettent à leur procédure de sélection
des donneurs pour minimaliser les risques de complication
post-opératoire, et parlent "d'absence de risque
à long terme".
Ces
résultats concernent également le recours aux
groupes particuliers que sont les donneurs non apparentés
et les donneurs âgés de plus de 60 ans pour lesquels
des études spécifiques ont été
conduites. D'après les articles publiés, ces
groupes n'encourent pas de risques particuliers sur un plan
médical, et permettent des greffes réussies.
Les
transplanteurs norvégiens affirment qu'ils sont persuadés
qu'un donneur volontaire n'encourt pas de risque réel,
aussi bien sur un plan physique que psychologique. Sur ce
dernier point, ils vont jusqu'à montrer que la qualité
de vie des donneurs est meilleure que celle du reste de la
population ! Un des arguments avancé est que l'acte
même de donner un rein est un acte positif qui, en soi,
pourrait améliorer la qualité de vie...
Une
enquête menée auprès des donneurs a montré
que ces derniers n'ont apparemment pas de regret. 94% des
donneurs affirment qu'ils referaient l'expérience s'ils
avaient de nouveau à choisir. Le corps médical
en Norvège s'en satisfait d'un point de vue éthique.
Il
faut se souvenir que le contexte de la pratique médicale
en Norvège est, d'une façon générale
plus favorable à une certaine confiance de la part
des patients. Le douloureux scandale du sang contaminé
en France constitue la toile de fond des mesures législatives
quelque peu drastique récemment prises en matière
de santé.
En
Norvège, dans le cadre du prélèvement
de reins vivants le recours exclusif aux donneurs "liés
affectivement" et la connaissance suivie qu'ont la plupart
du temps les néphrologues locaux avec leurs patients,
sont considérés comme des garanties suffisantes.
De telles précautions réduisent, sinon écartent
les possibilités de pression psychologique ou de tractations
financières autour du rein donné. Cette conviction
est de plus étayée par une expérience
sans accroc comme le soulignent les docteurs Albrechtsen et
Flatmark :
"Les
résultats du programme norvégien de transplantation
semblent consolider les motivations suivantes pour le don
d'organes vivants :
1. La néphrectomie unilatérale ne comporte pas
de risque pour les donneurs ;
2. Les membres de la famille informés, adultes et en
bonne santé sont à même de choisir de
faire le don ;
3. Le recours aux greffons vivants augmente le nombre total
de greffons disponibles pour la transplantation ;
4. Le don d'organes vivants permet un traitement dans des
conditions optimales de temps et de qualité ;
5. Les résultats de la transplantation d'organes vivants
sont excellents et meilleurs que ceux des organes cadavériques"(12).
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Conclusion : une meilleure communication,
la solution ? |
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Malgré cette politique de recours extensif aux donneurs
vivants pour la transplantation rénale, la Norvège
doit elle aussi faire face à la pénurie d'organes.
Le recours au prélèvement in vivo destiné
aux transplantations rénales est certes largement plus
massif qu'en France, mais ne permet pas de satisfaire tous
les patients sur liste d'attente. De plus, pour les autres
organes (cur, poumons, foie, pancréas), le prélèvement
sur personne décédée reste à ce
jour la seule solution.
La
pratique hospitalière en Norvège est tout à
fait analogue à celle que nous rencontrons en France.
La loi permet le prélèvement dans le cas où
le consentement est exprimé ou quand il y a "présomption
de consentement". Cependant, comme en France, l'équipe
de transplantation chargée de prendre la décision
s'adressera systématiquement à la famille. En
Norvège, elle rencontrera un refus dans 25 à
30% des cas.
Les associations de patients transplantés ou en attente
d'une transplantation (réunies pour la cause en une
"Fondation Don d'organes") se sont depuis longtemps
intéressées au problème(13).
Lorsque
la question leur est posée, 80% des Norvégiens
interrogés n'ont aucun problème à se
considérer comme donneurs potentiels après leur
mort. Par contre dès lors qu'il s'agit d'exprimer la
volonté supposée du défunt, les mêmes
personnes se montrent plus réticentes sur la réponse
qu'elles donneraient dans le cas éventuel où
elles auraient à le faire pour elles-mêmes.
Partant
du constat selon lequel il est délicat de prendre une
décision au nom d'une personne qui vient de décéder,
la Fondation Don d'organes s'est penchée sur le moyen
de sensibiliser l'opinion publique à la question du
don d'organes de façon générale et surtout,
préalable à la situation même. On suppose
que s'adresser à une famille déjà fragilisée
par la perte d'un proche sera facilité par une prise
de position claire du défunt et formulée sur
la question du don d'organes de son vivant.
En
mai 1996, la Fondation avait déposé sa candidature
auprès de Reklame for alvor [Pub pour du sérieux].
Ce concours annuel offre au candidat sélectionné
une campagne nationale pour sa cause caritative. Parmi la
centaine de candidatures reçues, la Fondation (ainsi
que deux autres projets privés) remporta ce concours
et la prise en charge d'une campagne nationale - d'une valeur
de plus de 10 millions de couronnes norvégiennes, environ
8 millions de francs français - destinée à
sensibiliser la population à la question du don d'organes.
En
1997, cette campagne était lancée dans tout
le pays, s'étalant sur des pleines pages des quotidiens
nationaux, relayée par tous les médias et par
des cartes postales gratuites distribuées dans les
lieux publics. La campagne joue résolument la carte
de l'esthétique.

On
voit par exemple le visage radieux d'un bébé
- qui a "le nez de son père, les yeux de sa mère
et les reins de quelqu'un de bien" ou encore la photo
d'une jeune femme non moins radieuse : elle vient d'avoir
un P.V., soit, mais aussi de nouveaux poumons. Le texte que
l'on peut lire est le suivant : "L'année dernière
237 Norvégiens ont reçu un nouvel organe. Et
une chance de continuer de vivre. Mais il y en a encore beaucoup
trop qui attendent une transplantation. Alors vous devez réfléchir
à l'éventualité que d'autres reçoivent
vos organes quand vous n'en aurez plus besoin. Il vous appartient
bien entendu entièrement de refuser, mais si vous acceptez,
vous pouvez sauver la vie de six personnes. Quoique vous choisissiez,
dites-le à vos proches. Ce sont eux qui devront peut-être
répondre en votre nom. Si vous avez des questions,
vous pouvez appeler la Fondation pour le Don d'Organes au
numéro vert." Suit le slogan : "Donnez une
vie après la mort. Le don d'organes."
A
Oslo on trouvait également un peu partout des cartes
postales gratuites, portant au recto la photo de la campagne
reproduisant la photo du bébé et au verso le
texte invitait à envoyer la carte à celui qui
nous est le plus proche.
Le
numéro vert à la disposition du public fut largement
utilisé. Plus de mille appels ont été
reçus. Tous étaient positifs, et la question
la plus fréquente était : "Dites-moi ce
que moi, je peux faire pour aider cette cause !". La
campagne, lancée en mars 97, a donc reçu un
très bon accueil.
Son
but est d'amener le chiffre annuel du don d'organes à
doubler à long terme - et à atteindre les 90-100
dons par an à plus court terme (ce chiffre est pour
l'instant stabilisé autour de 60).(14)
Le
message que la Fondation souhaite véhiculer s'exprime
simplement, le contenu public de la campagne le reflète
d'ailleurs fidèlement:
"Prenez
position sur le don d'organes. Réfléchissez
dès maintenant à la question suivante : voudriez-vous,
si cela devait être le cas, devenir donneur d'organes
? Et informez vos proches de votre point de vue. En même
temps, demandez leur leur propre point de vue. Ainsi, vous
éviterez d'avoir à prendre une décision
au nom de quelqu'un d'autre de votre famille. Et souvenez-vous
: vous avez plus deux fois plus de chances d'avoir besoin
d'un organe que de devenir vous-même donneur. En 1996,
168 personnes ont reçu un organe de 68 donneurs. De
plus, 69 personnes ont reçu un rein vivant de la part
d'un membre sain de leur famille. Pour que certains reçoivent,
il faut aussi que d'autres donnent, mais nous devons accepter
que certains disent non - c'est à vous de décider
! (15)"
Le
lancement d'une campagne publique sur le don d'organes -la
première- et d'une telle ampleur inquiétait
beaucoup les responsables durant sa préparation. "Une
campagne sur le don d'organes peut être à double
tranchant, me confiait Audun Bell, alors leader de l'organisation
FFHL16, membre de la Fondation17. Il ne s'agit pas de dire
au public: "Devenez donneur d'organes !" mais simplement,
d'inviter chacun à réfléchir à
la question du don d'organes, puis à prendre position
de façon individuelle. Nous voulons inciter à
la réflexion avant que la question ne soit trop brutalement
d'actualité et éviter ainsi que les familles
sollicitées à un moment des plus délicats
ne soient prises au dépourvu."
Une
enquête menée auprès du public avant et
après la campagne permet d'en évaluer certains
effets immédiats. Ainsi, après la campagne,
34% des personnes interrogées avaient informé
leurs proches de leur position sur le don d'organes contre
seulement 26% avant. Par contre, le chiffre des personnes
se disant prêtes à donner un organe après
leur mort a chuté de 7% après la campagne (passant
de 81% à 74%). L'explication avancée est que
la question du don d'organes relevait en quelque sorte du
domaine de l'abstrait, avant la campagne. Cette dernière
aurait contribué à une responsabilisation du
public - prendre position sur la question les engageant de
façon plus concrète.
Ainsi,
le message semble être bien passé. Il est encore
trop tôt pour savoir si cela permettra aux chiffres
du don d'organes de grimper. Car il est toujours vrai qu'en
Norvège comme en France, la question du don d'organes
fait rarement partie des préoccupations de tout un
chacun avant le moment crucial.
Démocratiser le débat est peut-être un
moyen de le relativiser et de le dépassionner : et
si la crise du don d'organes n'était pas de l'ordre
du juridique ou du médical, mais simplement, une question
de communication ?
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Remerciements |
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Je tiens à exprimer ma gratitude aux personnes qui
ont rendu cette étude possible, pour leur disponibilité,
leur compétence et leur gentillesse: Marit Halvorsen,
Berit Nygaard, Audun Bell et bien sûr Eric Heilmann.
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Références |
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1
Source: Office Statistique des Communautés Européennes
(1997).
2
Selon Marit Halvorsen, juriste, durant son intervention à
Oslo dans le cadre du "Symposium sur le don d'organes
vivants" (23-25 septembre 1996).
3
Il s'agit du § 2 de ce texte. Le § 3 réserve
le prélèvement dans le cas où l'autopsie
est nécessaire. Le § 4 stipule que la mort doit
être constatée par deux médecins. Le §
5 précise que seuls l'établissement hospitalier
agréé par le Roi est autorisé à
effectuer les transplantations, et enfin le § 6 exclut
le sang et les "plus petites parties de peau" du
champ d'application de cette loi.
4
Traduite par Alf Håvard Vestrheim
5
En France, 3,4% des reins transplantés en 1996 provenaient
de donneurs vivants (on observe toutefois que cette proportions
est en hausse pour 1997); en Norvège, ce même
chiffre semble se stabiliser autour de 40. La Norvège
et la France se situent à deux extrêmes lorsque
l'on considère la proportion de donneurs vivants parmi
l'approvisionnement en greffons rénaux.
6
Cf. Questions et réponses sur le don
d'organes, brochure éditée par la Fondation
"Don d'organes".
7
In "Information of the patient's family : Guidelines
for the nephrologists ", texte de la conférence
présentée par Berit Nygaard, infirmière
coordinatrice des transplantations et sociologue, durant son
intervention à Oslo dans le cadre du "Symposium
sur le don d'organes vivants" (23-25 septembre 1996).
8
Ibid, Oslo, 1996.
9
M. Fauchald, ibid, Oslo, 1996.
10
L. Westlie, P. Fauchald, T. Talseth, A. Jakobsen and A. Flatmark,
Quality of life in Norwegian kidney donors, Nephrology Dialysis
Transplantation (1993) 8:1146-1150
11
Il me semble aller plus loin d'ailleurs, car le terme employé
dans l'article publié en langue anglaise qualifie l'acte
de "harmless" [inoffensif].
12
Albrechtsen & Flatmark, op. cit., Oslo, 1996.
13
Il s'agit des structures suivantes : LHL (Association Nationale
des malades du cur et des poumons), LNT (Association
Nationale des malades du rein et des transplantés),
FFHL (Association des transplantés cur-poumons)
et FFHB (association des enfants malades du cur).
14
Il s'agit cette fois du nombre total de dons dans le pays,
par an (et non plus par million d'habitants).
15
Extrait de la brochure de 17 pages "Questions et réponses
sur le don d'organes" éditée par la Fondation
"Don d'organes" à usage interne, notamment
pour ceux qui prennent en charge les appels arrivant au numéro
vert mis en place lors de cette campagne.
16
Cf. note 11
17
Depuis le printemps 97 Audun Bell préside la Fondation
Don D'organes, qui continue d'être active sur le plan
de la communication (une cassette vidéo à l'attention
des écoles et des lycées est par exemple en
préparation).
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