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Les archives des revues de presse 2001 et
antérieure... |
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L'actualité
de l'Insuffisance rénale, des greffes et de la recherche
dans le monde en 1999, 2000 et 2001 :
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Baxter admet sa responsabilité
dans la mort de 51 malades |
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7
Novembre 2001, Le Monde
Pour
la première fois, le groupe américain Baxter
a reconnu, lundi, que ses filtres pour dialyse "semblent
avoir joué un rôle" dans la mort de 51 patients.
Entre août et octobre, de nombreux malades, notamment
aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en
Croatie, ont trouvé la mort à la suite de dialyses
rénales. A la suite de premiers tests, Baxter avait
nié toute implication. De nouvelles recherches mettraient
en cause un fluide chimique utilisé pour la fabrication
des filtres, supposé s'être évaporé
longtemps avant la première utilisation. Mais des traces
de ce composant ont été retrouvées qui
auraient pu passer dans le sang des malades. Baxter s'est
engagé à offrir des compensations financières
aux familles.
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Un plan gouvernemental ambitieux |
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30
septembre 2001, Le Monde
Bernard
kouchner, le ministre délégué à
la santé, a annoncé, le 22 septembre à
la Sorbonne, un plan triennal d'action sur l'insuffisance
rénale chronique. Exposé en huit grands chapitres,
il concerne la prévention ; la mise en place d'un observatoire
pour connaître la situation et les besoins des personnes
en insuffisance rénale ; la régionalisation
et la redéfinition des soins de dialyse ; la promotion
de la qualité des soins ; la réinsertion sociale
et professionnelle des dialysés ; l'amélioration
de l'accès à la greffe de rein ; le développement
de la recherche clinique et l'amélioration de la situation
démographique des néphrologues.
Il
s'agit d'un programme ambitieux, à la mesure des coûts
du traitement de l'insuffisance rénale qui représentent
1% de l'ensemble des coûts de santé.
"Il est décidé de développer le
Réseau épidémiologie et information en
néphrologie (REIN), avec un budget annuel de l'ordre
de 8 millions de francs", lit-on dans le projet. Cette
étape est indispensable pour redéfinir la régionalisation
et l'organisation des soins.
La
planification actuelle de l'hémodialyse basée
sur la "carte sanitaire" sera remplacée par
"un mécanisme de régulation de l'offre
de soins en dialyse" reposant sur le nombre de malades
et non plus sur le nombre d'appareils autorisés. Le
souhait du gouvernement est aussi "de développer
la dialyse péritonéale, qui n'est utilisée
que chez 7 % à 14 % des malades. Son accès par
les personnes âgées est un vrai problème,
admet Bernard Kouchner. Je souhaite que cette technique prenne
toute sa place, comme en Angleterre ou au Canada (30 % et
50 % des malades). Les comités régionaux de
suivi de la dialyse que je mets en place joueront dans ce
domaine un rôle crucial".
Greffes
entre vivants
Faciliter
l'accès au traitement par l'érythropoïétine
(EPO) est aussi une priorité car il améliore
remarquablement la qualité de vie des insuffisants
rénaux en supprimant la fatigue due à l'anémie.
L'EPO sera sans doute accessible en pharmacie, sur prescription
hospitalière. Enfin, la greffe de rein constitue pour
beaucoup de personnes en insuffisance rénale terminale
la meilleure solution thérapeutique. Mais les greffons
sont rares, et augmenter très sensiblement leur nombre
est devenu un impératif de santé publique (Le
Monde du 25 juin).
Le
gouvernement désire aussi favoriser la greffe de rein
à partir de donneurs vivants. "Nos chirurgiens
ne sont pas très enclins à ces prélèvements
; ils sont réticents à l'idée de prendre
le moindre risque pour le donneur ; il y va pourtant de la
vie de centaines de receveurs. La médecine est un art
difficile et les problèmes éthiques qu'elle
soulève de plus en plus fréquents, commente
le ministre. Les obstacles aux prélèvements
à partir de donneurs vivants sont d'abord dans les
mentalités et la culture du corps social et du corps
médical."
Le
danger de diminution rapide du nombre de néphrologues
risque de rendre difficile l'application du plan. "L'orientation
prise aujourd'hui est de former les médecins en fonction
des besoins régionaux. La création de l'observatoire
de la démographie médicale contribuera à
aider les pouvoirs publics dans leurs choix."
Ce plan très complet a été élaboré
après consultation de l'ensemble des acteurs du secteur,
malades et médecins. L'examen de sa mise en uvre
sera sans doute aussi pointilleux.
E.
Bx
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Greffes sans frontières |
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11
septembre 2001, Le Généraliste
A
côté de son action incessante pour susciter les
dons d'organes, l'Etablissement français des greffes
s'investit dans l'aide internationale pour que d'autres pays
puissent organiser leur propre système de greffe.
Savez-vous que, demain, le rein ou le cur qui sera greffé
à l'un de vos patients est peut-être celui d'un
Espagnol ? Ces échanges de greffons ne sont certes
pas monnaie courante, d'autant que la pénurie en ce
domaine est un trait commun à l'ensemble de l'Europe.
Néanmoins, en l'an 2000, 186 organes ont été
proposés par nos voisins à l'Etablissement français
des greffes (EFG), dont 27 ont pu être greffés
; inversement, la France a proposé 24 organes, dont
13 ont été utilisés. Ces échanges
transfrontaliers concernent, par exemple, des receveurs particuliers
(enfants en bas âge, groupage rare), ou encore des donneurs
âgés, dont les organes sont utilisés ou
non selon l'urgence vitale pour le receveur. Voilà
un atout indiscutable de l'Union européenne. Les liens
entre l'EFG et ses équivalents, tous représentés
au Conseil de l'Europe, sont au demeurant "anciens et
solide", comme le précise son directeur général,
le Pr Didier Houssin.
A côté de ces échanges avec l'Europe,
d'autres existent avec les Etats-Unis et certains pays d'Asie.
Mais, aujourd'hui, une autre forme de collaboration est également
privilégiée par l'EFG, explique le Pr Houssin,
qui concerne des pays dits "à développement
intermédiaire" où "la greffe paraît
techniquement faisable, mais selon des modalités reflétant
de grandes inégalités dans l'accès à
la méthode thérapeutique". Jusqu'à
présent certains déclaraient que ces pays avaient
d'autres priorités, mais il est clair aujourd'hui que
la mise en place de la greffe peut avoir autant d'avantages
sanitaires qu'économiques. Cette politique s'étend
à la fois en Europe de l'Est, en Afrique du Nord et
en Amérique latine. Mais, prévient le directeur
général de l'EFG, "toute notre politique,
c'est d'aider les pays à mettre en place un système
d'organisation des greffes". L'EFG assure donc un soutien
administratif, une aide à la mise en place des décrets
d'application de loi, la formation des équipes, des
échanges...
Ainsi, le Maroc a désormais mis en place, à
l'hôpital de Rabat, un programme de greffe rénale.
Il faut dire que, dans ce pays, la fréquence des polykystoses
rénales est telle que 8 500 Marocains sont en insuffisance
rénale terminale, beaucoup ayant entre 15 et 25 ans
(moyenne d'âge 40 ans), alors que 2 500 seulement peuvent
avoir accès à l'hémodialyse. Depuis trois
ans, une collaboration s'est mise en place avec l'aide de
l'EFG entre l'hôpital de Rabat et le service de néphrologie
de l'hôpital Saint-Louis (Paris), assortie de l'envoi
d'une équipe dix jours par an pour opérer dans
la capitale marocaine. Avec succès puisque cette année,
"pour la première fois l'équipe de Saint-Louis
n'a quasiment pas opéré", se réjouit
Esmaralda Luciolli, médecin chargée de la coopération
internationale à l'EFG, les Marocains étant
prêts à uvrer seuls. Certains problèmes
restent à résoudre, qui incombent spécifiquement
aux autochtones, tels que ceux concernant le budget ou la
couverture sociale, comme le précise le Pr Leïla
Balafrej, néphrologue à Rabat ; là encore,
le Dr Luciolli se dit prête à s'impliquer pour
faciliter l'accès de Marocains à la ciclosporine.
Dans d'autres pays, comme en Bulgarie, l'EFG aide à
l'organisation du prélèvement sur les donneurs
décédés. En Roumanie, elle soutient le
Centre national des grands brûlés (avec l'aide
de l'hôpital Cochin, à Paris), favorise la greffe
de peau ; elle aide à la mise en place d'une banque
de tissus. Cependant, quand elle juge qu'une entreprise est
hasardeuse, l'EFG sait aussi dire non, quitte à uvrer
pour que les équipes demandeuses puissent améliorer
leur technique chirurgicale en collaborant avec des équipes
françaises.
Trafic
d'organes
Interrogé sur l'existence d'un trafic d'organes, Didier
Houssin s'avoue sceptique : "En France, c'est exclu,
toutes les greffes relèvent du domaine public. Ailleurs,
quelques trafics de cornées prélevées
à la morgue et revendues permettent sans doute à
quelques-uns de réaliser de petits bénéfices.
Il paraît totalement irréaliste d'envisager un
véritable trafic pour d'autres organes prélevés
sur des personnes décédées. Quant aux
prélèvements sur des vivants, il est vrai que,
dans certains pays, la technique a été plus
vite que le droit. C'est pourquoi vendre son rein était
encore légal en Inde il y a quelques années
; cette pratique est de plus en plus largement interdite,
mais sans doute existe-t-elle encore." Quant au vol d'organes,
Didier Houssin considère qu'aujourd'hui, il relève
totalement de la rumeur.
Dr
Françoise Guillemette
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Le plus beau cadeau du monde de Monique
à Nicole |
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15
Juin 2001, Le Quotidien du Médecin
"Oh
! là, là ! Cela fait bien longtemps !"
Le 17 mars, lorsque nous nous rencontrons, Monique est confuse
de ne pas pouvoir dire à brûle-pourpoint quand
cela s'est passé. "1960 ou 1961..."
Et puis, en cherchant dans ses papiers, elle réalise
que c'était il y a exactement quarante ans et un jour.
Monique n'a vraiment pas le culte de cet anniversaire-là.
Et c'est tout à son honneur car, le 16 mars 1961, du
haut de ses 14 ans, elle a fait à Nicole le plus beau
cadeau qui soit : un rein.
Nous
plongeons à la fin des années cinquante dans
le petit village natal de Monique. Ils sont neuf frères
et seurs. Nicole est nettement plus petite que Monique et
elle ne lui ressemble pas beaucoup. Entre écoliers,
on dit qu'elle a les reins malades, que c'est à cause
de cela qu'elle n'a pas grandi. Nicole ne ressemble pas à
Monique ; en tout cas pas comme elle le devrait puisqu'elles
sont... jumelles.
Il faut dire que, déjà, Nicole revient de loin.
De très loin. Quand, en 1946, à la maison, sa
mère met au monde ses jumelles, Monique pèse
2,4 kg, Nicole, seulement 1,5 kg. Le médecin du village
estime qu'elle ne vivra pas et qu'il faut "la laisser
comme cela", raconte Monique comme sa mère le
lui a raconté. Mais, huit heures plus tard, Nicole
vit toujours. Alors le médecin recommande "de
lui faire des piqûres d'eau de mer". Et l'infirmière
vient avec des seringues "grandes comme cela", explique
Monique, en écartant les mains de quinze bons centimètres.
Et Nicole vit, toute emmaillotée dans du coton jusque
sous son bonnet. "Je tenais dans une boîte à
chaussures", sourit-elle, précisant qu'elle a
été "élevée au lait de chèvre".
Un jour, chez l'oculiste
Les années passent. Tandis que Monique grandit bien
et suit une scolarité normale, Nicole "est toujours
fatiguée, manque souvent l'école et a un retard
scolaire", raconte Monique. Et puis un jour, comme elle
ne voit pas bien, on la conduit chez l'oculiste "pour
lui faire faire des lunettes".
"L'oculiste a dit que cela ne venait pas de ses yeux
et qu'il fallait chercher autre chose. On lui a fait des analyses
et c'est comme cela qu'on a découvert qu'elle avait
les reins malades." Alors, Nicole entame un long parcours
chez un spécialiste, à une bonne heure de là.
Au fil des mois, l'urée monte. Au point que, lorsque
Nicole a 14 ans, la situation est dramatique et que, en toute
logique, elle va mourir. Or nous sommes à l'époque
où l'on commence à entendre parler, jusque dans
les campagnes, des premières tentatives de transplantation
rénale. Alors, le spécialiste, le médecin
traitant et les parents de Nicole décident de l'envoyer
à Paris, à l'hôpital Necker, chez le Pr
Hamburger. Lequel confirme : Nicole est condamnée à
brève échéance et seule une greffe pourrait
la sauver.
Lueur d'espoir : Nicole a une jumelle. Seraient-elles de vraies
jumelles malgré la différence de taille et l'absence
de ressemblance, se demande le Pr Hamburger ? Les examens
répondent par l'affirmative. Dès lors, la lueur
devient quasi certitude : la greffe doit marcher. Mais qu'en
pense Monique ? Elle est d'accord pour donner un rein à
sa jumelle. "On m'a demandé mon avis... on ne
m'a pas influencée."
L'offre
d'une adolescente de 14 ans
Mais le Pr Hamburger hésite : a-t-il le droit d'accepter
l'offre d'une adolescente de 14 ans ? Il écrit au Conseil
de l'Ordre des médecins et au ministère de la
Santé (1) pour solliciter leur avis sur "un problème
juridique et moral difficile". Il évoque un risque
"certes, très faible, mais non pas nul" pour
Monique. "Doit-on accepter ce risque, au mépris
de toutes les règles qui interdisent de prendre quelque
risque que ce soit pour un enfant, si ce n'est l'intérêt
de sa propre santé ?"
Le Conseil de l'Ordre se prononce à la majorité
pour la greffe. Le ministère de la Santé transmet
la demande au ministère de la Justice, lequel indique
qu'aucun texte légal n'existe pour une telle décision
et que le chirurgien serait dégagé de toute
responsabilité pénale.
Mais le Pr Hamburger hésite toujours : Monique est-elle
assez mûre et équilibrée pour décider
de donner son rein ? Il demande à un psychologue de
rencontrer la jeune fille. "On m'a fait voir par un psychologue,
confirme Monique. Il m'a dit que, pour ma soeur, il n'y avait
presque plus rien à faire et qu'il n'y avait qu'une
greffe de rein qui pouvait la sauver. Je lui ai répondu
que j'avais entendu parler des greffes à la radio et
que j'y avais pensé."
"Intelligente, réfléchie, bien équilibrée,
parfaitement informée depuis deux ans déjà
de la greffe de rein, Monique est tout à fait apte
à prendre cette décision importante", répond
le psychologue au Pr Hamburger.
Dès lors, les choses vont très vite. Le 16 mars
1961, à Necker, les deux jumelles sont opérées
en même temps dans deux salles contiguës. On prélève
à Monique un rein, on le transporte dans la salle d'à
côté et on le transplante à Nicole. "On
a filmé la greffe, raconte Monique. J'ai vu le film.
On voit juste la greffe sur Nicole. Quant à moi, on
ne voit que mon rein avec une goutte d'urine qui sort"
"J'aimerais bien le revoir ce film, mais je ne sais pas
où m'adresser", ajoute-t-elle.
Nicole se met à ressembler à Monique
Deux jours plus tard, l'urée de Nicole est normalisée.
Au bout de trois semaines, les jumelles rentrent chez elles.
Nicole va une fois par an à Necker. Elle grandit et,
curieusement, se met à ressembler à Monique.
Au point que, maintenant, "les gens qui ne nous connaissent
pas se trompent", sourit Monique.
Les années passent. Monique et Nicole ont fondé
une famille. Nicole est juste allée, par précaution,
accoucher les deux fois à Paris.
Tout va bien depuis si longtemps qu'on en oublie même
les dates anniversaires.
"Si
on te demande ton rein, tu dis non"
Ce
n'est qu'à 15 ans que Nicole a appris par ses parents
que sa maladie était gravissime et que si elle n'avait
pas été greffée, elle serait morte. Ce
n'est donc que plusieurs mois après la transplantation
qu'elle a pu réaliser pleinement la valeur du geste
de Monique : "Elle a sauvé ma vie aux dépens
de la sienne"
Retour au début de 1961, quand on commence à
parler à Nicole d'une greffe. "On a hésité
à me dire que Monique donnerait son rein" Mais
Nicole est futée et commence à comprendre ce
qui se prépare : "Si on te demande ton rein, tu
dis non", lance-t-elle un jour à Monique au coin
de la cuisinière. "Je pensais que je m'en voudrais
toute ma vie s'il lui arrivait quelque chose de grave",
explique Nicole.
Le jour où Monique l'accompagne à Paris pour
la greffe, les doutes de Nicole se confirment. D'autant que
Monique est, elle aussi, hospitalisée. Mais, lorsque
Nicole, embrassée par ses parents, quitte sa chambre
pour le bloc opératoire, on ne lui a toujours pas dit
que Monique était là pour donner son rein. Pour
la protéger, pour éviter qu'elle ne le refuse.
La greffe a lieu. Nicole se réveille. Ses premiers
mots : "Je veux manger du saucisson." L'irrésistible
envie d'une enfant qui n'a connu que les régimes :
"On pesait tout. J'avais droit à 30 g de viande
tous les deux jours, à 50 g de pâtes ou de riz,
pas de sel, pas d'eufs à cause de l'albumine."
Alors, le 16 mars, à Necker, on a apporté à
Nicole des rondelles de saucisson. Un régal !
Question : Nicole a-t-elle, comme Monique, oublié la
date de la greffe ? "Non, c'était le 16 mars 1961."
Elle ne l'oubliera jamais.
Dr
Emmanuel de VIEL
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Un demi-siècle de transplantation
rénale racontée par le Pr Küss |
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14
mai 2001, Le Quotidien du Médecin
Une
conférence internationale sur la transplantation d'organes
réunit à Chicago, à l'initiative des
Laboratoires Roche, les pionniers de la discipline, dont le
Pr René Küss. Il évoque pour "le Quotidien"
quelques étapes de cette épopée.
La
technique chirurgicale du Pr Küss a été
universellement adoptée
A son actif dans le domaine de la transplantation rénale,
le Pr René Küss compte trois grands succès
: la mise au point de la technique chirurgicale en 1951, les
premières réussites de la transplantation chez
des sujets non apparentés en 1960 et la démonstration
de l'efficacité pour la première fois chez l'homme
des drogues immunosuppressives, la même année.
La toute première transplantation rénale ne
date pas des années 1950, mais de 1933. Elle a été
réalisée par Voronoï, en Russie. A cette
époque, le rein avait été placé
dans la cuisse. C'est René Küss qui, avec Charles
Dubost et Marceau Servelle, mit au point la technique chirurgicale
de transplantation toujours utilisée de nos jours,
permettant de placer le greffon rénal dans la fosse
iliaque. En 1951, les premières greffes étaient
réalisées de cette manière. "On
prélevait les reins à greffer chez les guillotinés
ou bien chez des vivants à qui il fallait enlever un
rein pour des raisons thérapeutiques", évoque
le Pr Küss. Ainsi, l'intervention mise au point par Matson
pour traiter l'hydrocéphalie en utilisant un uretère
pour drainer le liquide céphalo-rachidien, laisse un
rein utilisable pour une transplantation.
La technique chirurgicale de Küss a ensuite été
universellement adoptée.
Il sera ainsi prouvé que ces reins peuvent être
fonctionnels pendant plusieurs jours, voire quelques mois
avant le rejet, à cette époque inévitable.
En 1954, était réalisée avec succès
la première greffe entre jumeaux monozygotes aux Etats-Unis
(Murray, Merill et Harrisson. Murray eut le prix Nobel en
1990).
La démonstration par P.D Medawar à la fin des
années 1950 de l'origine immunitaire du rejet a été
une nouvelle étape dans la voie de la transplantation.
L'irradiation corporelle totale, supprimant temporairement
la fonction de la moelle osseuse, fut la première solution
trouvée pour annuler la réaction immunitaire.
L'origine immunitaire du rejet
En 1959, après un certain nombre d'échecs, était
réalisée la première greffe réussie
chez des faux jumeaux grâce à cette irradiation
(Murray, Merill et Harrisson encore une fois).
A cette époque, René Küss formait une équipe,
à l'hôpital Foch, avec Georges Mathé,
Marcel Legrain et Maurice Tubiana, équipe qui réalisa
la première greffe entre frère et seur non jumeaux,
après irradiation corporelle totale, dont Georges Mathé,
"pionnier et expert des greffes de moelle osseuse, avait
la responsabilité", explique le Pr Küss.
Le succès était obtenu, car le sujet survécut
cinq mois et mourut d'une raison autre que rénale (carcinose
hépatique). Quelques mois après, en juin de
cette même année, une greffe en dehors de tout
lien de parenté pouvait être réalisée
par cette équipe avec succès, enregistrant une
survie de dix-sept mois, la plus longue à l'époque.
1960 a été l'année d'apparition des drogues
immunosuppressives - azathioprine et 6-mercaptopurine -, moins
toxiques que l'irradiation, et dont l'efficacité avait
été démontrée chez l'animal par
Calne et Murray. "Nous avons été les premiers
à en montrer l'efficacité chez l'homme, par
la régression d'un rejet aigu chez notre deuxième
malade", évoque le Pr Küss. Ces deux cas,
ajoutés à celui d'une femme immunosupprimée
par une faible irradiation associée à la 6-mercaptopurine,
auront une survie de dix-huit mois, apportant la preuve de
la possibilité de réaliser avec succès
une allogreffe. Elle ouvrait le champ à l'expansion
extraordinaire qu'a ensuite connue le monde de la transplantation
d'organes. Des patients greffés du rein dans les années
1965 sont toujours là pour en témoigner.
Après l'hôpital Foch, l'équipe a ensuite
continué son travail à la Pitié-Salpêtrière
(à partir de 1972), réalisant déjà
environ 75 transplantations rénales chaque année.
Les spécialistes ont travaillé sur tous les
aspects de la question, y compris celui des xénogreffes.
Le Pr Küss, en 1966, a d'ailleurs réalisé
une transplantation du porc à l'homme et a observé
"un rejet suraigu, le rein ayant littéralement
éclaté, nécessitant une transfusion de
plusieurs litres de sang".
Son opinion sur les éventuelles xénogreffes
ne paraît pas très favorable car, pour lui, le
risque est une dérive des indications qui ne seraient
plus réservées à la pathologie des organes
mais peut-être aussi à leur sénescence...
avec l'avènement d'hommes "Arlequins porcins"...
Sa préférence va vers les progrès de
la médecine génétique, en pleine expansion,
à la fois réparatrice et régénératrice
de tissu et pourquoi pas, d'organes.
Propos
recueillis par le Dr Béatrice VUAILLE
Réunion
intitulée " Milestone events in transplantation
", organisée à Chicago le 13 mai par les
Laboratoires Roche.
René Küss : une domination de cinquante ans
"L'école de transplantation de René Küss
existe toujours ; elle reste innovante et, dans bien des domaines,
leader", explique au "Quotidien" le Pr Marc
Olivier Bitker (Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière,
Paris).
"Ses élèves ont su garder la transplantation
dans le giron chirurgical urologique, les élèves
de ses élèves y développer la transplantation
pancréatique puis rénale à partir de
donneur vivant apparenté, les plus jeunes travaillent
actuellement sur la thérapie cellulaire pour permettre
de substituer à la transplantation d'un organe pancréatique
la greffe d'îlots"
"La transplantation à partir de donneur vivant
représente actuellement 20 % de notre activité",
précise le Pr Bitker. A titre comparatif, la moyenne
est de 4 % en France, 25 % aux Etats-Unis et 40 % dans les
pays nordiques.
Le Pr Bitker souligne le caractère visionnaire de René
Küss : en effet, la technique chirurgicale de transplantation
qu'il a décrite le premier en 1951 reste toujours,
cinquante ans plus tard, utilisée par tous les transplanteurs
de rein.
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Les dialysés parlent de leur
détresse |
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7
novembre 2000, Le Quotidien du Médecin
Au
centre hospitalier de Valenciennes, des patients dialysés
depuis plusieurs années ont raconté leur vie
de malade suspendue à une "machine d'acier".
Leur récit souvent bouleversant a changé le
regard des soignants et la façon d'aborder l'éducation
de ces patients.
De notre correspondante
Tout a commencé par l'apparition d'infections chez
des malades suivis en centre d'autodialyse. Plusieurs d'entre
eux présentaient une infection de la fistule malgré
des séances d'éducation à l'hygiène
des mains et à la préparation de l'avant-bras.
Pour comprendre l'origine du problème, l'équipe
de soignants a décidé d'interroger les patients
sur leur représentation de la dialyse et leur vécu
quotidien. Au total, seize malades ont été visités
chez eux, par une infirmière du service, qui les a
écoutés longuement parler d'eux et de leur vie
rythmée par les dialyses. Seize entretiens d'une heure
trente, tous bouleversants, tant ils révèlent
une immense détresse.
Le regard des autres
"Je suis venue les rencontrer dans leur environnement,
loin de l'hôpital et des blouses blanches. Ils m'ont
parlé sans retenue, avec une grande franchise",
confie Sandrine van Oost, la jeune infirmière qui a
mené ces entretiens. Les malades racontent pêle-mêle
la fatigue incessante, le regard des autres qui vous rangent
définitivement parmi les grands malades... Et puis
la promiscuité pesante lors des séances de dialyse,
le bras abîmé qu'il faut cacher sous une manche
longue.
Ces patients expliquent les troubles au sein du couple, la
perte de l'estime de soi, la vie qui bascule du jour au lendemain
dans la maladie : "Le 7 au soir je présidais une
réunion de quatre-vingts personnes ; le 8, j'étais
aux urgences et, le 9, dans une chambre de dialyse."
"J'étais un monsieur, je ne suis plus qu'un malade",
confie un homme de 50 ans. La tristesse, l'envie d'en finir
et le dégoût devant une telle existence, "accroché
à cette machine de fer qui vous maintient en vie",
la perte de liberté et l'impossibilité de faire
des projets, le sentiment d'être devenu un fardeau pour
sa famille, il y a tout cela dans ces entretiens : une somme
de détresse et d'émotions libérées
comme un flot de paroles.
"La force des mots nous a interpellés, souligne
le Dr Vincent Lemaitre, chef du service de néphrologie.
Des années après, les patients gardent un souvenir
intense de leur première dialyse. On ne mesurait pas
à quel point le choc était profond. Durant cette
période, les malades sont tellement fragilisés
psychologiquement qu'ils ne sont pas réceptifs au message
d'éducation".
Ce constat a amené l'équipe à revoir
son approche. Elle réfléchit à des séances
collectives d'information pour dédramatiser la maladie
et surtout à une prise en charge permettant plus d'écoute.
"Dire à des malades en train de vivre des choses
aussi dures qu'ils doivent se laver soigneusement les mains
a un côté dérisoire, souligne Bernard
Germain, coordinateur de l'éducation du patient à
l'hôpital de Valenciennes. Il faut du temps pour évacuer
toute cette charge émotionnelle et digérer l'entrée
dans la maladie. Cela suppose beaucoup d'écoute des
soignants et une certaine intimité avec le malade lors
des premières dialyses."
Des conditions pas toujours faciles à réunir
dans un contexte hospitalier.
Florence
QUILLE
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Un rein qui vaut de l'or |
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03
Avril 2000, L'humanité
Lorsque
Mick Taylor, depuis des années sous dialyse, s'est
dit prêt à échanger les 4,1 millions de
livres (44,15 millions de francs) qu'il venait de gagner au
loto, contre un rein sain, des dizaines de personnes se sont
portées volontaires. Une ruée vers l'or qualifiée
"d'épouvantable" par les professionnels de
la santé. Le patient cousu d'or a fait acte de contrition
et attendra son tour, comme tout le monde, pour passer sur
le billard. Et son organe sera un don et non un gain sur la
roue de la fortune. L'histoire ne se déroulait ni à
Bogota, ni à Calcutta. Mais à Londres.
P. A.-M.
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La transplantation rénale permet
de vivre plus longtemps que la dialyse |
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2
décembre 1999, Le Quotidien du Médecin
Aussi
étonnant que cela puisse paraître, on n'avait
encore jamais démontré que les insuffisants
rénaux qui bénéficient d'une greffe vivent
plus longtemps que les dialysés en attente de greffe.
Un gigantesque travail américain montre que c'est clairement
le cas, ce qui pourrait avoir des conséquences en matière
de prise en charge à long terme des insuffisants rénaux.
La
greffe:un gain surtout chez les jeunes et les diabétiques
Il existe une sorte d'unanimité : le meilleur traitement
pour la plupart des insuffisants rénaux au stade terminal
est la transplantation. Toutefois, contrairement aux transplantations
hépatiques, cardiaques ou pulmonaires, la greffe rénale
a une alternative pour prolonger la vie : la dialyse. Mais
il se trouve que les avantages de la greffe rénale
par rapport à la dialyse ont été évalués
en termes de qualité de vie et d'économies de
santé mais jamais réellement en termes de gain
de survie.
Il faut dire qu'il y a un biais de taille : les insuffisants
rénaux que l'on inscrit sur liste de greffe sont à
la fois les plus jeunes, ceux qui sont en meilleure santé
et ceux qui ont le niveau socio-économique le plus
élevé ; ainsi, vu cette sélection, il
va de soi que, passé le cap aigu de la transplantation,
les greffés ont une durée de vie plus longue
que ceux qui restent en dialyse. Pourtant, il y a une façon
de contourner le problème : comparer, par rapport aux
dialysés qui ne sont pas inscrits sur liste de greffe,
deux populations de candidats à la greffe. D'une part,
ceux qui sont effectivement greffés et, d'autre part,
ceux qui restent des années sur liste d'attente, faute
de rein. C'est ce qu'a fait l'équipe de Robert Wolfe
(université du Michigan, Ann Arbor, Etats-Unis).
Le suivi de près de 230 000 patients
Les auteurs ont conduit une étude longitudinale de
mortalité auprès de 228 552 insuffisants rénaux
dialysés chroniques. Parmi eux, 46 164 ont été
placés sur liste d'attente pour une transplantation,
dont 23 275 ont été greffés entre 1991
et 1997.
Le risque de mortalité a été analysé
après correction de divers facteurs : âge, race,
sexe, maladie rénale, origine géographique,
temps écoulé entre le début de la dialyse
et l'inscription sur liste de greffe et année de l'inscription
sur cette liste.
Première constatation : le taux de mortalité
des patients en attente de greffe est de 38 à 58 %
plus bas que celui de l'ensemble des dialysés (6,3
contre 16,1 pour 100 patients-année).
Deuxième constatation : dans les deux semaines qui
suivent la greffe, le taux de mortalité est multiplié
par 2,8 par rapport à celui de ceux qui ne sont pas
inscrits sur liste d'attente ; mais, au bout de 18 mois, le
risque de mortalité des greffés devient beaucoup
plus faible (risque relatif : 0,32).
Un gain surtout chez les jeunes et les diabétiques
Troisième constatation : à long terme, la mortalité
des transplantés est réduite d'environ 68 %
par rapport à celle des sujets qui restent sur liste
d'attente. Ce gain en termes de mortalité est maximal
chez les plus jeunes (20-39 ans), chez les sujets de race
blanche et chez les jeunes diabétiques.
"Parmi les insuffisants rénaux au stade terminal,
les patients en meilleure santé sont inscrits sur liste
de transplantation et la survie à long terme est meilleure
chez ceux qui sont greffés que chez ceux qui restent
sur liste d'attente", concluent les auteurs.
Ce travail est intéressant sur plusieurs points, comme
le souligne Lawrence Hunsicker dans un éditorial associé.
Premièrement, il pourrait conduire à répondre
implicitement à une autre question non résolue
: quelle est la cause de la mortalité élevée
chez les insuffisants rénaux au stade terminal ? Certes,
la perte des fonctions rénales elle-même accroît
la mortalité mais les décès ne peuvent
être attribués uniquement à des facteurs
de risque comme l'HTA et l'hyperlipidémie. "Il
serait important d'identifier les causes de décès
qui ont été réduites chez les greffés
et les raisons de cette réduction, explique l'éditorialiste.
Puisque les maladies cardio-vasculaires représentent
la plus grande proportion des décès à
la fois chez les dialysés et les transplantés,
il est raisonnable de spéculer qu'elles sont moins
sévères chez le transplanté. Cela correspond-il
à une baisse des taux de produits terminaux de la glycation
ou d'homocystéine lorsque la clairance rénale
augmente ?"
Donneurs
vivants et attribution des reins de cadavre
Deuxièmement, poursuit Lawrence Hunsicker, cette étude
va à nouveau focaliser l'attention sur les résultats
de la greffe en termes de gain de vie, et plus seulement en
termes de condition de vie. "Les donneurs vivants potentiels
pourraient être bien plus motivés s'ils savaient
que leur don, non seulement améliore la qualité
de vie du receveur, mais, en plus, prolonge sa vie."
Par ailleurs, on parlera désormais peut-être
différemment de l'attribution des greffons de cadavre
en sachant que la transplantation précoce réduit
la mortalité. Il est vrai que, en raison de la pénurie
de greffons de cadavre, il y a un débat : faut-il proposer
une greffe aux patients âgés ? Or, l'étude
de Wolfe montre que la survie est augmentée aussi chez
les seniors greffés. Pour ce qui est des diabétiques,
la greffe entraîne un gain de survie de 11 ans contre
de 7 à 8 chez les autres. Dernier point : le facteur
racial. On avait constaté que, par rapport aux Blancs,
la survie est, chez les Noirs, meilleure en dialyse et moins
bonne après greffe. Or, la nouvelle étude montre
que la greffe profite aussi aux sujets de race noire, même
si, pour des raisons encore inconnues, le bénéfice
est moindre (en moyenne six ans contre dix) que chez les sujets
de race blanche.
"L'étude de Wolfe et coll., qui constitue la première
robuste analyse nationale de l'impact de la transplantation
rénale sur la survie, nous donne des données
essentielles pour une discussion rationnelle sur ces points",
conclut l'éditorialiste.
Dr
Emmanuel de VIEL
" New England Journal of Medicine "
du 2 décembre 1999, pp. 1725-1730 et 1762-1763
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Témoignage : de la dialyse à la transplantation
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