Insuffisance
rénale chronique : la parole aux patients
27
mars 2003, Le Quotidien du Médecin
La Fédération nationale d'aide aux
insuffisants rénaux (FNAIR)* fête ses 30
ans. A cette occasion, le congrès organisé
le 30 mars au palais des Congrès de Versailles
retracera les grandes étapes de la prise en charge
de l'insuffisance rénale chronique (IRC) et donnera
largement la parole aux patients. En dépit des
progrès, les problèmes au quotidien sont
nombreux.
«
D'une époque où il était question
de survivre, nous sommes passés à une
époque où il est question de vivre »
: ces propos de Régis Volle résument à
eux seuls la situation du patient insuffisant rénal
chronique terminal, qu'il soit traité par dialyse
ou par transplantation.
Après
trente ans d'existence, la FNAIR (Fédération
nationale d'aide aux insuffisants rénaux) tient
son sixième congrès au palais des Congrès
de Versailles dans le cadre des Journées nationales
de l'insuffisance rénale. Son président,
Régis Volle, dialysé en 1967 et greffé
en 1989, a accompagné l'évolution de la
prise en charge de cette maladie chronique. «
J'ai été dialysé à l'époque
héroïque, chez Traeger à Lyon, et
j'en suis l'un des rares survivants. Je n'en connais
que trois ou quatre de cette époque. Je devrais
être mort, car, comme le raconte le Pr Traeger,
chaque semaine arrivaient dans ce service un ou deux
patients qu'on devait laisser mourir, faute de moyens.
Il fallait sélectionner les malades. »
Les
pionniers
Quarante
ans d'histoire de la médecine et trente ans de
vie associative ont changé le visage de l'IRC.
Le congrès se propose de rappeler les grands
moments de l'histoire de la maladie et de ses traitements
: du mal de Bright (coma urémique), rapidement
mortel ,à la maladie chronique aujourd'hui. Les
témoignages des principaux pionniers viennent
illustrer cette histoire. Celui du Pr Gabriel Richet,
qui a pratiqué les premières dialyses
chez des patientes en insuffisance rénale aiguë
après une infection post abortum. « Quatre
minutes de projection retrouvées dans les archives
de l'hôpital de Necker permettent de voir l'une
de ces séances. Le document est exceptionnel.
De même, dans le hall sera exposé l'appareil
de dialyse : une grosse machine à laver en inox
avec un gros tambour et un bac. On a l'impression d'un
appareil de torture », explique Régis Volle.
C'est au Pr Jules Traeger que revient le mérite
d'avoir ouvert à Lyon, en 1963, le premier centre
de dialyse en Europe : un extrait de l'émission
Cinq colonnes à la Une qui la fera découvrir
au public en 1967 sera également diffusé.
Mais c'est aux Etats-Unis que le Pr B. Scribner soignera
les premiers insuffisants rénaux chroniques parce
qu'il aura résolu le problème de l'accès
vasculaire grâce à l'implantation d'une
canule en silicone à demeure. Il sera présent
grâce à un film américain de l'époque
et à la présence d'un patient dialysé
dans son service en 1963.
Les Pr René Kuss et Christophe Legendre apporteront
leurs témoignages de la transplantation. Le premier
a fait les premières transplantations à
Paris chez le Pr Hamburger, le second est un défenseur
de la transplantation par donneur vivant. « Autant
nous avons été les pionniers dans beaucoup
de domaines, dialyse et transplantation, autant nous
sommes en retard dans le domaine de la transplantation
avec donneur vivant, loin derrière le Canada
ou les Etats-Unis. Ce déficit est regrettable
et nous voudrions attirer l'attention du ministère
là-dessus », souligne Régis Volle.
Pourtant, cela marche bien. Max-Alain Brochet, le plus
vieux transplanté avec donneur vivant en France,
peut en témoigner. Transplanté avec un
rein de son père en 1967, il poursuit aujourd'hui
son métier d'horticulteur et son père
toujours vivant continue à conduire son tracteur.
Beaucoup de témoignages de patients évoqueront
tous ces points. Le congrès sera « à
l'écoute des patients et centré sur eux
».
Le président de la FNAIR rappelle que l'association,
créée par une quinzaine de patients pour
informer, représenter et défendre l'intérêt
des patients, a participé à tous les combats.
« Dès 1974, nous avons demandé à
intégrer la Commission nationale de l'hémodialyse
et de la transplantation du ministère de la Santé
et ainsi participé à l'élaboration
de l'organisation du traitement de l'insuffisance rénale
chronique en France. » En 2001, lors des premières
Journées nationales, l'IRC était reconnue
comme la cinquième maladie majeure. Les deux
décrets adoptés en septembre 2002 marquent
une nouvelle étape pour l'organisation du traitement
par dialyse (« le Quotidien » du 22 novembre
2002). « Il a fallu trente ans pour obtenir la
suppression de la carte sanitaire. Cinq ans pour obtenir
l'indemnisation du temps passé en dialyse à
domicile par le conjoint et par le patient. »
Les combats n'ont pas été vains. «
Il a fallu innover. Dès les années 1970,
les patients se sont engagés, ont demandé
à être informés et formés.
La loi sur les droits de malades, nous l'avions déjà
appliquée. »
Il
reste pourtant beaucoup à faire
En
dépit de ces avancées, il reste pourtant
beaucoup à faire : développer la transplantation
avec donneur vivant, sensibiliser le public au don d'organes
pour éviter qu'il y ait autant de refus. La délivrance
en pharmacie de ville des immunosuppresseurs autre que
la ciclosporine (déjà autorisée)
et de l'érythropoïétine faciliterait
la vie des patients.
Sur le plan social, « nous avons toujours défendu
le fait qu'il fallait que les dialysés ou les
transplantés se prennent en charge, travaillent
et essayent de se réinsérer, ce qui est
souvent le cas. Malgré tout, des problèmes
demeurent ». Dans les entreprises, les dialysés
ont toujours du mal à se faire accepter. Ils
sont considérés comme de « grands
malades ». Lorsqu'un dialysé est transplanté,
il perd son invalidité de 80 % qui ouvre droit
à l'AAH, car il est considéré comme
guéri. « Or ce n'est pas parce que vous
êtes transplanté que vous allez trouver
un travail tout de suite. Ces transplantés se
retrouvent complètement démunis et nous
voudrions sensibiliser le secrétaire d'Etat aux
Handicapés sur ce sujet », ajoute Régis
Volle.
Si, « aujourd'hui, on aime, on travaille, on voyage
avec sa maladie », les difficultés psychologiques,
financières ou socioprofessionnelles demeurent
donc. Elles touchent le patient lui-même, mais
aussi son entourage. Au quotidien, la vie des insuffisants
rénaux reste difficile, soumise à des
contraintes importantes. « Notre objectif est
que, malgré la maladie chronique, par définition
non guérissable, nous puissions uvrer pour
que chaque patient insuffisant rénal tende, le
plus possible, vers une forme de guérison grâce
à la maîtrise de son destin », affirme
Régis Volle. Pour cela, il faut que la liberté
de choix de la structure et de son équipe soignante
soit réellement effective partout. « L'idéal
dans l'avenir serait que les patients pris en charge
dans les centres de dialyse ou les centres de néphrologie
puissent être suivis efficacement par des généralistes
et par des spécialistes formés. Il serait
intéressant que les généralistes,
comme les spécialistes, s'intéressent
plus à la maladie. La constitution de réseaux
améliorerait le suivi. »
Le volet préventif est aussi très important.
L'incidence de l'insuffisance rénale terminale
augmente régulièrement de 5 % par an et
sa prévalence de 8 %, compte tenu de l'allongement
de vie des patients traités. Pourtant, aujourd'hui,
l'évolution vers le stade terminal pourrait être
évitée pour 10 % des patients s'ils étaient
dépistés plus tôt. De même,
l'évolution pourrait être retardée
de dix ans pour 30 % des insuffisances rénales.
Dr
Lydia ARCHIMÈDE
L'histoire
étonnante de Robin Eady
Le Pr B. Scribner, à Seattle (Etats-Unis), est
le premier à annoncer au monde qu'il traite de
façon continue depuis plusieurs mois des patients
insuffisants rénaux. La nouvelle annoncée
dans « Paris-Match » va bouleverser la vie
de Robin Eady. Ce jeune Britannique francophile est
étudiant en médecine. Il a 20 ans, est
en insuffisance rénale et se sait condamné.
Il part pour Seattle où le Pr Scribner accepte
de le traiter. En 1965, il revient à Londres
où le premier centre de dialyse vient d'ouvrir.
Aujourd'hui, le Pr Robin Eady est spécialiste
en dermatologie.
La Commission des affaires sociales de l'Assemblée
examine depuis hier le projet de loi sur la bioéthique.
173 amendements ont été déposés.
Les députés ne pourront en débattre
dans l'hémicycle quà la fin du mois
de mai.
Le
19 mars dernier, la Commission des lois a examiné
pour avis, sur le rapport de Mme Valérie Pecresse,
le projet de loi relatif à la bioéthique
(n° 593).
A
cette occasion, Pierre-Louis Fagniez (UMP, Val de Marne)
rapporteur de la Commission des affaires culturelles,
familiales et sociales, a déclaré que
seul, le clonage reproductif devrait être interdit.
Selon lui, le clonage thérapeutique est "utile
à la science et au progrès médical".
Il préfère parler de "transfert nucléaire"
au lieu de clonage thérapeutique. Concernant
la recherche sur l'embryon, il pense que le prélèvement
cellulaire, que la loi autoriserait sur les embryons
surnuméraires, "ne porterait nullement atteinte
à l'embryon". Il craint que des lois "restrictives"
n'entravent les progrès de la recherche médicale.
Inquiétante incertitude pour une douzaine d'habitants
de Côte-d'Or qui doivent subir des dialyses régulières.
Aujourd'hui, par manque de personnel, ces malades atteints
d'insuffisance rénale chronique, pourraient ne
pas recevoir les soins que nécessite leur état.
"Nous sommes dans une situation de crise aiguë",
souligne le professeur Gérard Rifle, chef du
service de néphrologie au centre hospitalier
régional universitaire.
A Dijon, le CHU dispose d'un centre de dialyse qui a
reçu l'autorisation de fonctionner en soirée,
pour faire face à l'augmentation des besoins.
A côté, se trouve un local dit "d'entraînement"
à l'auto-dialyse, géré par la fondation
pour le développement des techniques de suppléance
des fonctions vitales. Les autorités sanitaires
ont donné leur aval pour que ce service soit
temporairement dédié à une dialyse
lourde, là encore pour remédier à
l'insuffisance de places et éviter à des
patients de se déplacer à Vesoul, Pontarlier
ou Chaumont, dans des centres par ailleurs saturés.
"Avec un personnel infirmier mis en commun, nous
avions réussi à traiter dix-huit insuffisants
chroniques", explique le professeur Rifle. Selon
lui, les difficultés récentes sont liées
à la décision de la fondation de retirer
trois infirmières. "Nous avons eu 24 heures
pour nous retourner", dénonce le chef de
service, mettant l'accent sur le risque vital qu'encourent
ces patients. Hier, après rappel du personnel
hospitalier en repos ou en congés, ces personnes
ont pu être accueillies. Cet après-midi,
rien n'est moins sûr. Pour la présidente
de l'association des insuffisants rénaux de Côte-d'Or,
Marilyne Faure, ce constat est "insupportable et
intolérable" : "En dernier recours,
on finira par trouver une solution mais ce type de situation
ne devrait même pas être envisageable. Les
malades sont pris en otage !"
Les
insuffisants rénaux militent pour le don d'organes
5
mars
2003, Le Parisien
EN PICARDIE, la maladie touche près de 1 000
personnes. Ce week-end, l'association régionale
des insuffisants rénaux (AIR), basée à
Bailly, a tenu son assemblée annuelle. Présidente
régionale, Christine Menveux est la porte-parole
de 250 personnes. Elle détaille : "L'AIR
regroupe des malades qui vont en dialyse et d'autres
qui ont été greffés. On note actuellement
une augmentation des dialysés de plus de 6 %
par an. Les malades greffés sont en général
relativement satisfaits, à condition qu'il n'y
ait pas de problème d'incompatibilité
avec le donneur d'organes. En Picardie, un malade peut
recevoir une greffe dans l'année. C'est pour
cela que l'association milite aussi pour le don d'organes."
Mener le combat pour le bien-être des malades
passe par la récolte d'argent. Ainsi l'association
organise-t-elle diverses actions. En 2002 par exemple,
l'AIR a organisé une cinquantaine de manifestations
allant du loto au spectacle, en passant par les journées
d'information auprès du grand public, des élèves
infirmières et des lycéens.
Le
but est aussi de sensibiliser les plus jeunes à
la nécessité du don d'organes. Elle se
charge également de tisser des liens avec des
psychologues et néphrologues (spécialistes
des reins), afin qu'ils apportent des informations aux
malades et participent aux journées Santé
Handicaps Infos. Secrétaire de l'AIR-Picardie,
Henri Barbier précise : "La fédération
est en train de bouger grâce à la sortie
d'une loi l'an dernier en faveur de la prise en charge
des insuffisants rénaux, qui classe l'insuffisance
rénale chronique comme cinquième maladie
nationale." Regrettant un net recul des adhérents
depuis deux ans, il s'inquiète : "Il faudrait
que des gens nous rejoignent pour que l'association
continue à vivre." Quoi qu'il en soit, 2003
sera placé sous le signe de l'espoir. Le 5 avril,
l'AIR organisera en collaboration avec le CHU d'Amiens
les Olympiades des greffés. Au programme : des
randonnées cyclistes et la plantation d'un arbre
en hommage aux donneurs d'organes.
Cette découverte pourrait permettre de se passer
des cellules souches embryonnaires...
Des chercheurs américains annoncent avoir obtenu,
avec une facilité apparemment déconcertante,
des cellules souches humaines adultes pluripotentes,
à partir d'une population de globules blancs
présents en grande quantité dans le sang.
A partir de ces cellules de défense de l'organisme
(des "f-macrophages"), ils ont réussi
à induire la formation de plusieurs types cellulaires
: des macrophages standards, des lymphocytes, mais aussi
des cellules de peau, des cellules endothéliales,
neuronales et des cellules de foie. Le débat
de la révision des lois de bioéthique,
qui avait interdit en 1994 les travaux de recherches
sur l'embryon, et donc sur les cellules souches embryonnaires,
pourrait s'enrichir de cette découverte. En effet,
si elle se confirme, elle fournirait une alternative
puissante à la manipulation de cellules souches
embryonnaires.
[...]
Impossible de copier une personnalité, mais
l'essence de la médecine est de pallier les insuffisances
de la nature.
Demain,
les clones ? Non ! Pas plus que demain les transplantés
cardiaques, ou demain les trépanés du
cerveau. De même que l'on ne pratiquera pas la
transplantation ou la trépanation en l'absence
d'une évidente indication médicale et
seulement en cas de nécessité absolue,
de même il n'y aura pas "demain les clones".
On fait aujourd'hui un très mauvais procès
à la médecine et à la science en
imputant à la recherche sur le clonage l'intention
de changer la nature de l'homme et de sa société,
de violer ses droits, ou d'autres intentions diaboliques.
Nul doute qu'il y ait des dangers, mais ceux-ci viennent
d'ailleurs. D'abord la technologie du clonage chez l'animal
s'est révélée très difficile,
d'une navrante inefficacité, et provoque de plus
des défauts du développement conjugués
à une anormale expression de certains gènes.
L'annonce récente de la mort de la première
brebis clone et de ses maladies renforce encore le soupçon
que la technique est dangereuse. Les régulations
de l'éthique médicale interdisent formellement
d'appliquer à un être humain, même
avec son consentement, un procédé ou une
médication dont la sûreté et l'efficacité
n'ont pas pu être démontrées chez
l'animal. La technique du clonage reproductif, dans
son état actuel, ne saurait donc être appliquée
à l'homme, pour quelque bonne raison médicale
que ce soit.
Comment
alors expliquer l'intensité du débat sur
l'application du clonage reproductif chez l'homme ?
Ne s'agit-il pas, en voulant condamner toute procréation
d'un être humain génétiquement identique
(comme le fait une convention européenne de 1998),
d'une affirmation sur ce qu'est la nature humaine, une
nature entièrement déterminée par
les gènes ? Il y a là, à travers
ce procès du clonage, le danger de propager dans
le public un "dogme" de déterminisme
génétique qui, en réalité,
n'a pas de base scientifique. On nous parle de polycopier
l'homme et sa personnalité dans une croyance
extrême et réductionniste au tout-génétique.
L'esprit et l'âme sont-ils déterminés
dès la conception par l'assemblage des gènes,
niant le libre arbitre et la libre volonté ?
A l'âge de la phénoménologie qui
démontre la place centrale du vécu, reviendrons-nous
à la toute-puissance du sort prédéterminé
à la naissance, à l'instar de l'astrologie
? Ce n'est pas par hasard qu'une secte croyant aux extraterrestres
astraux s'est récemment servie d'une supercherie
de clonage pour répandre ses idées. Une
personne raisonnable croira-t-elle vraiment que l'on
puisse cloner la personnalité ?
Car,
en réalité, de quoi s'agit-il ? Biologiquement
parlant, le clonage donnerait naissance à un
jumeau génétique du parent apportant le
noyau utilisé pour féconder l'ovule énucléé.
Deux jumeaux ne sont pas une même personne dupliquée
; ils diffèrent en maints aspects, et leurs capacités
cognitives montrent notamment une corrélation
statistique de 50 %, haute il est vrai mais laissant
50 % de liberté façonnée par l'éducation,
l'environnement et l'expérience personnelle de
chacun. Les différences entre l'enfant clone
et son parent jumeau seraient encore plus grandes que
celles de vrais jumeaux, puisque les premiers ne seraient
pas issus du même utérus maternel et seraient
nés à des dizaines d'années d'intervalle,
accentuant l'hétérogénéité
environnementale. Génome identique ne signifie
pas comportement et personnalité identiques,
et même ce qui est héréditaire n'est
pas forcément inchangeable. Dans le débat
sur le clonage, on fait trop souvent croire au public
qu'il serait possible de "reproduire" une
personne décédée ou de copier la
beauté. Il faut expliquer que les gènes
ne sont qu'une partie de ce qui fait la personnalité
; même la beauté n'est pas entièrement
physique et dépend du désir de plaire.
Ce danger du tout-génétique a été
bien prévu par le Comité international
de bioéthique (CIB) de l'Unesco qui, dans sa
Déclaration universelle sur le génome
humain et les droits de l'homme, a pris soin d'affirmer
(article 2b): "Cette dignité [humaine] impose
de ne pas réduire les individus à leurs
caractéristiques génétiques..."
Qu'il
y ait danger dans une utilisation abusive de la science,
et notamment de la génétique humaine,
est indéniable, mais c'est le rôle même
de la bioéthique que de définir les limites
de ce qui est permis. La reproduction sexuée
assure la diversité des humains, et il ne doit
pas être question de lui substituer le clonage.
Mais c'est l'essence de la médecine que de pallier
les insuffisances de la nature, en la contournant si
besoin est. Pour un couple stérile qui refuse
un don de sperme ou d'ovule extraconjugal, la procréation
assistée par clonage (si la méthode était
sûre et efficace) serait par exemple une possibilité
nouvelle offerte par la médecine. Limitée
à des applications médicales individuelles
dans le respect des droits de l'homme, entre autres
celui de bénéficier de la science, cette
technologie ne mettrait pas plus la famille humaine
en danger que les fécondations in vitro. Cela
ne veut pas dire "demain les clones" mais
cela veut dire ne pas exclure a priori une nouvelle
technologie dans la lutte contre les maux de l'humanité.
La recherche sur le clonage promet d'ailleurs de contribuer
aussi à la technologie des cellules souches embryonnaires,
qui, prélevées d'un oeuf fécondé
au cinquième jour de son développement
in vitro, permettront de préparer en laboratoire
des tissus autologues pour réparer des organes
lésés, en cardiologie ou dans le diabète.
Jusqu'à ce jour, il n'a pas encore été
possible de produire par clonage un tel embryon humain
de cinq jours, mais on veut interdire cette recherche
(dite clonage thérapeutique) car elle pourrait
mener au clonage reproductif. L'ONU elle-même
est saisie de requêtes visant à interdire
globalement toute recherche pouvant mener au clonage.
C'est un mauvais procès fait à la science.
Certes,
interdire aujourd'hui le clonage à usage reproductif
chez l'homme est entièrement justifié
car la méthode est dangereuse, inefficace, et
son utilisation serait contre l'intérêt
et les droits du patient. De nombreux pays ont des lois
interdisant le clonage reproductif. En Israël,
cette loi établit aussi une commission dont le
rôle est de suivre l'avancement de cette science
et de conseiller le gouvernement sur la nécessité
ou non de prolonger l'interdiction, prévue à
l'origine pour cinq ans. En Israël comme au Royaume-Uni,
la loi n'interdit pas la recherche afin d'obtenir des
cellules souches clonées, sans implantation dans
l'utérus. Le CIB de l'Unesco s'est également
prononcé pour admettre la recherche sur cellules
souches d'embryons clonés et, dans un esprit
de pluralisme, laisse à chaque Etat le devoir
de débattre et de décider. Le vrai débat
bioéthique n'est pas "demain, les clones"
mais au contraire de dissiper le fantasme du déterminisme
génétique, de réfléchir
au statut de l'ovule fécondé, et de guider
les éventuelles applications médicales
dans le respect de la dignité humaine et du droit
de chacun.
L'adolescente mexicaine, victime d'une erreur de groupe
sanguin lors d'une greffe coeur-poumons dans un hôpital
de Caroline du Nord, a été déclarée
morte. Selon les médecins, son coma était
irréversible. L'assistance médicale lui
a été retirée.
Agé de 17 ans, l'adolescente se trouvait depuis
vendredi dans un état critique, souffrant de
complications cérébrales après
une deuxième opération réussie
jeudi.
«La décision de supprimer l'assistance
a été prise en conformité avec
la loi de la Caroline du Nord, et sans protestation
de la part de la famille», a précisé
un porte-parole de l'hôpital, précisant
qu'un deuxième avis médical n'avait pas
été ordonné, contrairement à
ce qu'avait souhaité la famille dans un premier
temps.
A la suite d'une rare mais tragique erreur médicale,
la jeune fille, dont le groupe sanguin est O positif,
avait été greffée le 7 février
avec les organes non compatibles d'un donneur de type
sanguin A négatif.
Jesica Santillan, l'adolescente qui avait été
accidentellement transplantée d'un bloc cur
poumon dont le groupe sanguin était non compatible
avec le sien, a pu être de nouveau greffée.
L'opération
s'est parfaitement déroulée, ont indiqué
les responsables de l'hôpital universitaire de
Duke.
La jeune fille a été rapidement transférée
dans l'unité de soins intensifs pédiatriques
de l'établissement.
Néanmoins, les médecins estiment qu'elle
n'a qu'environ 50% de chances de survivre à l'intervention.
Sa condition physique s'était en effet rapidement
détériorée durant les quelques
jours qui ont été nécessaires pour
obtenir ses nouveaux organes. Elle a été
maintenue en vie artificiellement, et la réanimation
a provoqué des dommages cérébraux
et rénaux. Elle a dû subir plusieurs séances
de dialyse. Les prochaines heures seront donc décisives.
L'inventeur
de la dialyse reçoit le prix de l'Engineering
18
février 2003, Reuters
Le Dr Willem Kolff, qui fut le premier à mettre
au point une machine à dialyse, a reçu
ce prix d'un montant de 500 000 $, qui lui a été
attribué par l'Académie américaine
d'Ingénierie. Il est considéré
mondialement comme l'équivalent du prix Nobel.
Le
premier dialyseur fut mis au point dans les années
quarante, sous l'occupation nazie. Mais Kolff ne s'est
pas arrêté là, puisqu'il a également
conçu la machine cur poumon, qui a rendu
possible les transplantations cardiaques et les opérations
à cur ouvert, une pompe intra aortique
d'assistance cardiaque, un il artificiel et même
un cur artificiel.
"Les
vies de plus de vingt millions de personnes au monde
sont maintenues, ou significativement améliorées,
par les techniques de remplacement d'organes",
déclare Leo Thomas, président du comité
de sélection.
"Les organes artificiels y jouent un rôle
clé, et le Dr Kolff a participé à
la conception de la quasi totalité de ceux qui
existent. C'est vraiment le père de la discipline."
Une
adolescente entre la vie et la mort suite à une
erreur durant une transplantation
18
février 2003, Associated Press
traduction partielle de l'article de Emery P. Dalesio
Une jeune fille de 17 ans a reçu un greffon cur
poumon d'un donneur dont le groupe sanguin n'était
pas compatible avec le sien à l'hôpital
universitaire de Duke, aux USA.
La
condition physique de Jesica Santillan s'est progressivement
dégradée après l'opération,
le 7 février dernier. Elle a souffert d'une attaque
cardiaque le 10, et d'un arrêt cardiaque dimanche
dernier. Elle est à présent maintenue
en vie par des machines. Son organisme rejette ses nouveaux
organes, ses anticorps les détruisent peu à
peu.
La
jeune fille était de groupe O positif, et le
son donneur de groupe A. Le porte parole de l'hôpital
a déclaré qu'il ne pouvait donner aucune
explication quant aux raisons de cet accident. L'équipe
de greffe était persuadée que le greffon
était compatible. Il provenait de Boston, et
le responsable de la banque d'organe de Nouvelle Angleterre
certifie qu'il était munis des documents stipulant
son groupe sanguin, A.
Elle a été placée en priorité
extrême sur la liste d'attente américaine.
Seul une nouvelle transplantation pourrait lui permettre
de survivre, à condition qu'elle ait lieu très
rapidement.
Greffes
: cinquante ans après, le même esprit que
les pionniers
10
février 2003, Le quotidien du médecin
Le
jour de Noël 1952, le Pr Jean Hamburger et son
équipe réalisent à l'hôpital
Necker, pour la première fois au monde, une greffe
de rein de donneur vivant. Au-delà de l'hommage
rendu au Pr Hamburger, la commémoration du cinquantenaire
de cet événement fondateur a été
l'occasion d'évoquer l'ère des pionniers,
animés à la fois d'un esprit de rigueur
et d'un culte de la transgression, au sens noble du
terme, qui survivent chez leurs successeurs, confrontés
à la pénurie de greffons.
Ce
n'était pas la première greffe rénale
mais ce fut la première faisant appel à
un donneur vivant. La mère de Marius Renard,
jeune apprenti charpentier victime d'une chute qui mettait
hors d'usage son unique rein, a supplié les médecins
pour qu'ils greffent à son fils un de ses propres
reins. En cette nuit de Noël 1952 - personne n'était
en repos compensateur, note le Pr Gabriel Richet ! -
la première greffe avec donneur vivant est réalisée
à l'hôpital Necker par l'équipe
du Pr Hamburger.
Elle
marquait une avancée mondiale, toujours d'actualité
dans un contexte de pénurie des greffons, et
le début d'une longue histoire de la transplantation
à Necker puis à l'Assistance publique.
Aujourd'hui, 30 % de l'activité nationale de
transplantation, tous organes confondus, est assurée
à l'AP-HP (873 greffes en 2001, 22 % rénale,
36 % hépatique, 36 % pulmonaire, 26 % cardiaque),
avec un quasi-monopole en Ile-de-France.
La greffe fut réalisée avec succès
; cependant, la prévention du rejet n'étant
pas alors maîtrisée, Marius mourut trois
semaines plus tard.
[Ndlr
: pour en savoir plus sur Marius Renard et sur l'histoire
des greffes en général, voir dans la rubrique
"la greffe : un peu
d'histoire"]
Les
grands principes
A
cette époque, déjà, le Pr Hamburger,
qualifié de visionnaire par le Pr Jean-François
Bach, énonçait les grands principes de
la réussite d'une greffe : une bonne vascularisation
de l'organe après greffe, un appariement du donneur
et du receveur comme on le faisait pour les transfusions
sanguines et la suppression des phénomènes
de rejet par des drogues appropriées. Tout était
dit, l'histoire de la transplantation allait se dérouler
comme prévu.
Un hommage est aujourd'hui rendu aux pionniers, le Pr
René Küss, père de la technique chirurgicale,
les infirmières de la "chambre stérile"
de Necker, comme Denise Lacombe, le Pr Jean Dausset,
prix Nobel qui découvrit les groupes tissulaires
d'histo-compatibilité HLA. On évoque ensuite
les débuts cahotants de l'immuno-suppression
(sérum antilymphocytaire avec le Pr Jean Dormont),
l'arrivée en 1984 de la ciclosporine qui donna
une impulsion décisive aux greffes.
Les transplantations ont été étendues
à d'autres organes : le cur avec la première
transplantation cardiaque en Europe effectuée
par le Pr Christian Cabrol en 1968 ; le foie avec les
innovations imaginées par le Pr Henri Bismuth
afin de pallier la pénurie de greffons (foie
réduit, révolution dans la transplantation
hépatique chez l'enfant, foie partagé,
foie "domino"). D'autres organes encore :
poumon, intestin et aussi, avec le Pr Dubernard, pancréas,
mains.
Rigueur
et transgression
Le
passé de la transplantation est prémisse
de son futur, souligne le Pr Christophe Legendre (hôpital
Saint-Louis, Paris). La richesse de l'héritage
des pionniers, ces "aventuriers", comme les
décrit le Pr Didier Houssin (Etablissement français
des greffes), tient en quelques mots : l'enthousiasme,
la rigueur, le culte de la transgression au sens noble
du terme. Les défis du futur vont dans le même
sens avec la transgression de certains dogmes. Par exemple,
l'utilisation des immunosuppresseurs pourrait ne pas
être indispensable chez tous les patients ; plusieurs
pistes sont à l'étude (induction d'état
de tolérance sans IS, emploi limité des
IS dans le temps). Les archaïsmes médicaux
doivent disparaître, "ce qui pourrait être
le plus difficile à mettre en uvre"
: développement de la multidisciplinarité
avec multiplication de réseaux, plus grande participation
des infirmières. Une restructuration des conditions
de fonctionnement de l'AP-HP en ce domaine est indispensable.
Le Pr Philippe Thibault, conseiller auprès de
Jean-François Mattei, ministre de la Santé,
estime pour sa part que trois mots clés résument
l'histoire des greffes : l'esprit (d'entreprise, de
refus de la maladie, la capacité à concevoir
des stratégies), la rigueur (du geste chirurgical,
de l'observation clinique, du biologiste), la persévérance.
La place prépondérante de l'AP-HP en ce
domaine doit se pérenniser, servir de creuset
pour la formation. Le ministère est attentif
au développement des prélèvements
d'organes sur cadavres (loi bioéthique en discussion)
avec une meilleure diffusion de l'information, surtout
auprès des jeunes, et aux problèmes des
prélèvements sur donneur vivant.
Un
coeur endommagé peut être réparé
par l'utilisation de cellules souches! C'est ce que
viennent de démontrer une équipe de chercheurs
Français de l'hôpital européen Georges
Pompidou. Leurs travaux démontrent pour la première
fois que les cellules souches musculaires injectées
dans un coeur abîmé se développent
et prennent en charge une partie des fonctions des cellules
cardiaques.
Des
cellules souches musculaires (les myoblastes) ont été
prélevées dans le muscle de la cuisse
d'un homme ayant subit une attaque cardiaque. Ces cellules
ont été cultivées in vitro, puis
réinjectées dans son coeur. Les chercheurs
ont noté que le coeur de cet homme de 72 ans
fonctionnait mieux après le traitement.
Cependant, il a fallu attendre le décès
de cette personne pour apporter la preuve formelle du
rôle joué par les cellules souches et notamment
que celles-ci s'étaient transformées en
cellules cardiaques. Des résultats similaires
avaient déjà été observés
chez les animaux, mais c'est la première fois
que les résultats obtenus chez l'animal sont
confirmés chez l'Homme.
8
février 2003, communiqué de presse de
la Fondation pour la Recherche Médicale
Le
6 février 2003 était célébré
le cinquantenaire de la première greffe de rein
avec donneur vivant, une première mondiale réalisée
par le Professeur Jean Hamburger, membre fondateur de
la Fondation pour la Recherche Médicale. La transplantation
d'organe est devenue aujourd'hui une pratique courante.
Le
professeur Gabriel Richet se souvient...
En 1952, Marius Renard, un jeune charpentier tombe de
son échafaudage. Le chirurgien avait été
contraint de pratiquer une néphrectomie pour
arrêter une hémorragie autrement incontrôlable.
Malheureusement Marius était né avec un
seul rein. Autrement dit ce jeune homme de 16 ans allait
mourir d"urémie" en quelques
jours. Jean Hamburger et son équipe, dont Gabriel
Richet est un des derniers survivants prennent, pour
la première fois au monde, la décision
de prélever un rein sur la mère. Ce fut
la première greffe de rein avec donneur vivant.
Puis survint le drame engendré par le rejet du
rein greffé, et la mort du jeune Marius le 6
février 1953. Gabriel Richet se souvient aujourd'hui
de l'immense émotion internationale et du remarquable
élan de générosité de l'époque
: "cent onze "Hommes-Frères",
de tous les pays du monde se sont proposés comme
donneurs pour que Marius Renard bénéficie
d'une autre transplantation. Marius et sa mère
font partie de l'histoire de la science au même
titre que Joseph Meister que Pasteur sauva de la rage."
[Ndlr
: pour en savoir plus sur Marius Renard et sur l'histoire
des greffes en général, voir dans la rubrique
"la greffe : un peu
d'histoire"]
200 000 euros en 2002 pour que la recherche autour
des greffes avance
Cinquante ans après cette aventure, la Fondation
pour la Recherche Médicale continue de soutenir
des projets de recherche directement en relation avec
la compréhension des problèmes liés
à la transplantation et au rejet des greffes.
Ce sont en tout 11 projets de recherche qui ont été
ainsi soutenus en 2002, pour un montant global de 200
000 euros. Les chercheurs essaient, aujourdhui
encore, de mieux comprendre les processus moléculaires
du rejet de greffe après une transplantation.
Le rejet reste lécueil majeur de cette
approche thérapeutique, par ailleurs salvatrice
chez de très nombreux malades.
Lautogreffe de cellules de moelle osseuse fait
aussi lobjet de nombreuses recherches. Elle permet
à des patients atteints de cancer de reconstituer
leurs stocks de cellules immunitaires après la
greffe de leurs propres cellules prélevées
avant des traitements très agressifs tels que
la chimiothérapie ou la radiothérapie.
Les pistes pour demain
De très nombreux projets ont également
été soutenus dans le domaine de la thérapie
cellulaire qui constitue probablement lalternative
du futur à la transplantation dorgane.
Son avantage : elle permet dutiliser les propres
cellules des malades et ainsi déviter les
risques du rejet de greffe.
A
titre dexemple voici trois projets de recherche,
porteurs d'espoir, qui ont été soutenus
en 2002 par la Fondation pour la Recherche Médicale.
Projet de recherche du Dr Olivier Thaunat dans le
laboratoire du Pr. Kazatchine Unité INSERM 430
Hôpital Broussais Paris : Microdissection des
populations lymphocytaires dans le rejet de greffe chronique.
Utilisation dun modèle expérimental
chez le rat. Si lamélioration des thérapeutiques
a permis de bien contrôler le rejet aigu, on ne
dispose actuellement daucun traitement curatif
contre le rejet chronique. Cest devenu le principal
enjeu en transplantation puisquil est la première
cause de perte de greffon dans un contexte général
de pénurie dorgane. Le rejet chronique
intéresse tous les organes transplantés
(poumons, coeur, rein, foie ). Sa traduction au
niveau des tissus se caractérise par une lésion
vasculaire commune caractéristique. Des travaux
de recherches ont montré que la transplantation
dune partie de laorte chez un animal dune
espèce différente de celle du donneur,
reproduisait la lésion vasculaire commune dans
tous les cas de rejet chronique. Le travail financé
par la Fondation pour la Recherche médicale est
l'étude
de la population des cellules lymphocytaires du receveur
qui infiltrent le greffon dans ce modèle expérimental.
Déterminer comment ces lymphocytes sont activés
par la présence du greffon et quelle est leur
cible va permettre de comprendre pourquoi les lymphocytes
dun receveur favorisent la synthèse danticorps
dirigés contre le greffon et quelles nouvelles
cibles thérapeutiques peuvent être proposées
dans la prévention du rejet chronique.
Projet de recherche du Dr Gwenola Boulday au cours dun
stage post doctoral effectué à Boston
USA : Rôle du VEGF sur lendothélium
dans le processus inflammatoire et le rejet de greffe. Le «vascular endothélial growth factor»
(VEGF) a été décrit comme une molécule
jouant un rôle sur lendothélium (paroi
des vaissaux) et dans le rejet de greffes. Le but du
projet du Dr Boulday et qui a été financé
par la Fondation pour la Recherche Médicale,
est de comprendre comment le VEGF induit la synthèse
dautres molécules appelées chimiokines,
qui elles sont responsables du recrutement des cellules
immunitaires de lhôte dans le greffon et
entraînent ultérieurement son rejet. Comprendre,
à travers un modèle expérimental
de cellules en culture comment le VEGF régule
lactivité des cellules endothéliales
et lenvironnement inflammatoire de lendothélium
doit donner de nouvelles pistes thérapeutiques
pour éviter les rejets de greffes.
Projet de recherche de Monsieur Olivier Hequet dans
le laboratoire du Dr Lotteau à Lyon : Physiopathologie
du déficit immunitaire après autogreffe
hématopoiétique Lautogreffe de moelle est le traitement de
nombreuses affections hématologiques ou cancérologiques.
On observe malheureusement au décours de ces
traitements une immuno suppression responsable dinfections
sévères et de rechutes de la maladie cancéreuse.
Le projet de recherches financé par la Fondation
pour la Recherche Médicale consiste à
étudier les mécanismes du déficit
immunitaire après auto-greffe. Ces travaux sont
réalisés à la fois chez lanimal
et chez lhomme. Ils ont pour but de mieux comprendre
la reconstitution immunitaire après greffe de
moelle et développer limmunité anti-tumorale.
Deux
transplantés atteints d'un cancer transmis par
le greffon
5
février 2003, Health Associated Press
traduction
de la dépêche de Stéphanie Nano
La
transmission du cancer du greffon vers le greffé
est très rare, et est d'autant moins probable
que la maladie a été éradiquée
longtemps auparavant. Mais dans le dernier numéro
du New England's Journal of Medecine, deux chercheurs
écossais ont rapporté le cas d'une transmission
d'un mélanome (cancer de la peau) via une greffe
rénale, alors que le donneur avait été
soigné avec succès plus de 16 ans auparavant,
et était considéré comme définitivement
guéri.
Des
cellules malignes étaient apparemment présentes,
à l'état latent, dans les reins du donneur,
explique le Dr Rona M. MacKie. Elles sont redevenues
actives après la greffe à cause du traitement
immunosuppresseur administré aux transplantés,
qui a fortement diminué leurs défenses
immunitaires.
Le
donneur, une femme de 47 ans, est décédée
en 1998 d'une hémorragie cérébrale.
Ses proches n'ont pas mentionné qu'elle avait
été atteinte d'un mélanome lorsqu'ils
ont consenti au prélèvement de ses reins.
Les greffons ont été attribués
à un homme et à une femme, tous deux âgés
d'une cinquantaine d'années. Un an et demi plus
tard, un cancer a été diagnostiqué
chez la femme et elle est décédée.
L'homme a ensuite également développé
la maladie.
Surpris par cette "coïncidence", MacKie
a fait des recherches sur l'identité du donneur
et sur ses antécédents, ce qui a confirmé
ses suspicions. Elle avait été soignée
pour un mélanome 16 années plus tôt.
Le cancer du second patient est resté confiné
à son rein greffé, qui a été
retiré. Les médicaments immunosuppresseurs
ont été suspendus, et un traitement destiné
à stimuler son système immunitaire lui
a été prescrit. Il est à présent
en dialyse et semble tiré d'affaire.
"Quiconque
a contracté un mélanome ne doit pas être
considéré comme un donneur d'organe potentiel"
affirme le Dr MacKie.
La communauté des transplanteurs s'interroge
en effet sur cette possibilité.
Parmi
les 125000 greffes réalisées aux USA entre
1994 et 2001, seuls 24 cas de transmission d'un cancer
du donneur vers le receveur ont été rapportés.
Dix des greffés sont décédés,
quatre d'entre eux avaient obtenu leur greffon d'un
unique donneur atteint d'un mélanome.
discours
de M. Mattei "Projet de loi bioéthique devant
le Sénat"
28
janvier 2003, ministère de la santé
[...]
LES GREFFES
Voilà longtemps que nous nous préoccupons
de ce sujet et que, pour permettre le développement
des greffes, nous avons fait un choix, celui du consentement
présumé. En 1994, une impulsion nouvelle
à la greffe d'organe a été donnée
grâce à l'Etablissement français
des greffes, dont je dois souligner les efforts, notamment
le plan 15-20 entrepris ces dernières années
à l'instigation de Didier Houssin. Malgré
ces efforts, nous ne sommes pas parvenus à régler
le problème de la pénurie d'organes à
greffer.
A ce problème, le projet de loi choisissait de
répondre en élargissant sans précaution
le champ des donneurs vivants aux personnes ayant "
un lien étroit et stable " avec le receveur.
Une telle orientation fait naître en moi les plus
grandes craintes : comment s'assurer que le donneur
ne fait pas l'objet de pressions morales plus ou moins
subtiles ? Comment vérifier que le principe de
non-commercialité du corps n'est en aucune manière
bafoué ? Quelle définition donner à
ce " lien étroit et stable " ?
Au regard des centaines de malades qui décèdent
chaque année en France à cause du déficit
de greffons, je crois qu'un effort s'impose pour élargir
le cercle des donneurs vivants potentiels, notamment
aux personnes en mesure d'apporter la preuve de deux
ans de vie commune avec le receveur, mais en délimitant
clairement les liens de parenté et les conditions
de consentement.
Je m'interroge aussi pour savoir s'il ne faut pas, dans
certaines circonstances, protéger les gens contre
leur propre générosité.
Permettez-moi d'évoquer un cas concret. Prenons
un jeune homme de trente ans, sollicité pour
donner la moitié de son foie à son cousin
germain, en insuffisance hépatique gravissime
; il s'avère être le seul donneur vivant
potentiel alors qu'il a la charge de deux enfants. Mais
s'il mourait, ce qui n'est pas exclu dans ce genre d'intervention,
ou s'il en était définitivement amoindri,
qui assumerait la responsabilité de l'éducation
des deux enfant ?
Manière de dire que si on ne peut qu'être
touché par un geste de don qui procède
d'un élan de générosité
spontanée, il faut aussi savoir se rendre attentif
aux risques encourus par les individus, quand leur geste
altruiste engage d'autres personnes.
Dans un tel cas de figure, il nous faut donc demander
que la décision du donneur soit assortie du consentement
de la personne avec laquelle il partage l'autorité
parentale.
Cet exemple nous montre aussi, c'est le deuxième
point de mon propos, que le prélèvement
sur les vivants pose toujours de graves difficultés
et que le don entre vifs doit absolument avoir un caractère
subsidiaire par rapport au don cadavérique.
Certains pays, comme l'Espagne, arrivent à couvrir
les besoins de la transplantation avec leurs seuls prélèvements
cadavériques. Pour progresser dans cette voie,
il nous faut rendre pleinement effectif le régime
actuel de consentement présumé des personnes
décédées, notamment par une politique
d'information plus active.
On sait bien que la loi ne requiert qu'un témoignage
et non, à proprement parler, l'autorisation des
familles.
Toutefois, lorsque le médecin demande à
la famille si elle sait si le défunt était
ou non opposé au prélèvement, elle
ne connaît le plus souvent pas la réponse
et demande de ne rien faire. Même s'il en a le
droit, dans ces conditions, le médecin ne prélève
pas.
Il faut impérativement trouver le moyen de rassurer
les familles en deuil sur la connaissance qu'avait la
personne disparue du régime du prélèvement
d'organes.
Je souhaite, pour cela, que la loi prévoie que
toute personne, entre ses 16 et ses 25 ans, doit être
informée du but du don d'organes après
le décès et du régime du consentement.
[...]
J'émets
les mêmes réserves sur l'élargissement,
au-delà de la famille biologique, du cercle des
donneurs vivants en vue de greffe.
Les risques de pressions commerciale et affective sur
les donneurs potentiels sont grands, sans compter le
risque médical. Certes, le texte confie à
un juge le soin de s'assurer que le consentement est
libre et éclairé. Mais selon quels critères
? Comment s'assurer de l'absence de chantage ou de marchandage
? La prudence s'impose.
J'ai bien conscience qu'une telle attitude accentuera
la pénurie de greffons en France, malgré
les efforts d'associations méritantes, ce qui
inquiète la communauté médicale.
Cependant, elle est due surtout à une mauvaise
application de la législation existante en matière
de prélèvement sur personnes décédées,
notamment de la règle du consentement présumé.
Avant d'envisager l'élargissement du cercle des
donneurs vivants, il faut se donner les moyens d'épuiser
ou d'améliorer les possibilités offertes.
Une solution consisterait peut-être à substituer
au registre national informatisé des refus un
registre des accords formels. La carte de donneur dans
le portefeuille de la personne décédée
laisse encore trop de place à la contestation
par la famille.
[...]
L'Académie
des sciences recommande de favoriser les travaux de recherches
sur la xénotransplantation
24
janvier 2003, Académie des Sciences
L'Académie
des sciences recommande, dans un rapport sur les biothérapies
rendu public vendredi, de favoriser les travaux de recherches
sur les grands mammifères, notamment le porc,
susceptibles de devenir des donneurs de cellules et
d'organes.
Le
recours à des organes animaux pour pallier le
manque crucial de greffons en médecine humaine
est apparu une piste intéressante, mais son application
clinique a été freinée par les
risques de rejet hyperaigu et de zoonoses, a estimé
le Pr Moshe Yaniv de l'Institut Pasteur et membre de
l'Académie des Sciences, principal auteur de
ce rapport.
Pourtant, les récentes avancées dans les
techniques de transfert de gènes et les nouvelles
méthodes de sélection des animaux donneurs
devraient relancer l'intérêt de cette technique,
a-t-il expliqué, reprenant le chapitre développé
par le Pr Alain Carpentier, professeur à l'Université
Pierre et Marie Curie à Paris et membre de l'Académie
des sciences.
Ainsi, le risque de rejet hyperaigu est en voie d'être
maîtrisé avec le développement de
"manipulations génétiques du donneur
ou de l'organe lui-même afin de les rendre moins
sensibles aux anticorps préformés",
note par exemple ce dernier dans le rapport.
Quant
au risque de transmission d'agents pathogènes
de l'animal à l'homme, il "suscite encore
bien des craintes", mais là encore les récents
progrès en thérapie génique, une
meilleure connaissance des risques infectieux et une
meilleure maîtrise de leur prévention "font
naître de nouveaux espoirs", estime le Pr
Carpentier.
La disposition de porcs transgéniques permet
d'envisager d'utiliser ces animaux non seulement comme
donneurs d'organes, mais aussi comme donneurs de tissus,
de cellules ou de matériaux biologiques pour
reconstituer des tissus ou apporter une assistance fonctionnelle
transitoire (foie, greffes d'îlots de Langerhans...),
explique-t-il.
Les
progrès récents "autorisent le développement
de programmes de recherche sur la xénotransplantation
en vue d'applications humaines soigneusement contrôlées
et réalisées par étapes successives",
précise-t-il.
Selon
lui, les travaux de recherche dans ce domaine doivent
être "vivement encouragés", car
la xénotransplantation figure par les thérapeutiques
nouvelles les plus utiles. Mais en même temps,
il reconnaît qu'"aucune n'est plus contestée",
évoquant des problèmes éthiques.
Notant que la greffe d'organes d'animaux deviendra une
importante source de profits pour les compagnies de
biotechnologie, le Pr Carpentier se demande par exemple
"comment résister aux pressions du marché,
à quels malades réserver un allotransplant
gratuit et probablement moins bien toléré
et à quels autres un xénotransplant coûteux".
"Toutes ces questions et bien d'autres devront
être analysées par des comités d'éthique
et les applications contrôlées par les
agences de sécurité sanitaire", suggère-t-il.
Il
souhaite également que la vingtaine d'équipes
identifiées travaillant sur la xénotransplantation
en France reçoive une aide pour que "leurs
actions soient coordonnées au niveau français
et européen".
"Faute
d'être partie prenante, notre pays, soumis à
la double pression des offres commerciales et des besoins
en organes, serait exposé à des pratiques
mal contrôlées venues d'ailleurs",
prévient le Pr Carpentier.
("De
la transgenèse animale à la biothérapie
chez l'homme", Rapport de l'Académie des
sciences nø14, Ed. Tec & Doc, 200 pages,
xénotransplantation, pp.53-69)
Lois
de bioéthique : plus de détails sur le don
d'organe...
23
janvier 2003, Le quotidien du médecin
[...] Elargir le don d'organe, en l'encadrant
Le projet de loi de janvier 2002 prévoyait d'étendre
le champ des donneurs vivants, afin de répondre
au problème du déficit en greffons. Le
gouvernement veut assortir cette extension de certaines
précautions. « Je proposerai ainsi d'élargir
le cercle des donneurs vivants notamment aux personnes
en mesure d'apporter la preuve d'au moins deux ans de
vie commune avec le receveur. Mais lorsque le donneur
a la responsabilité de l'éducation d'enfants
mineurs, je souhaite que sa décision soit assortie
du consentement de la personne avec laquelle il partage
l'autorité parentale. » Ainsi, la notion
de concubinage disparaît au profit de celle de
vie commune, quel que soit le sexe.
Surtout, l'accent est mis sur l'information : «
Je souhaite que la loi prévoie que toute personne
doit être informée entre 16 et 25 ans de
l'importance du don d'organe après le décès
et du régime du consentement auquel il est soumis
», précise le ministre. L'information se
fera par le biais du corps médical. Si la personne,
dûment informée, ne s'est pas inscrite
sur le registre des refus, il y aura tout lieu de penser
qu'elle était consentante. Il s'agit de «
libérer les médecins et donc faire que
la famille ne puisse se retrancher derrière une
ignorance supposée des intentions du disparu
». Le prélèvement cadavérique
doit être encouragé, et « le don
entre vifs doit absolument avoir un caractère
subsidiaire ».
Révision
des lois de bioéthique : les propositions du Gouvernement
22
janvier 2003, www.premier-ministre.gouv.fr
Depuis
1994, la France s'est dotée d'un arsenal législatif
connu sous le nom de lois de bioéthique. Ces
lois permettent d'encadrer les pratiques de recherche
et d'application des sciences et technologies portant
sur le vivant.
"La
médecine de la reproduction, de la génétique
et du don d'organes" sont ainsi concernées
comme l'a souligné le ministre de la Santé.
Les lois adoptées en 1994 prévoyaient
une révision des textes afin d'accorder l'évolution
du droit à "l'évolution rapide de
la connaissance et des possibilités techniques
dans le domaine de la biomédecine", notamment.
Un
premier projet de révision de ces lois, préparé
en 2001 par le précédent gouvernement,
a été adopté en première
lecture à l'Assemblée nationale, le 22
janvier 2002.
"En
raison du caractère consensuel de bon nombre
des dispositions ", le Gouvernement a souhaité
poursuivre le travail législatif à partir
de ce texte. Comme l'a souligné Jean-François
Mattei, il a cependant introduit un certain nombre de
modifications.
En
matière de greffe et don d'organe, le Gouvernement
souhaite améliorer le dispositif existant. Il
s'agit notamment de :
mettre
en place une information systématique des jeunes
de 16 à 25 ans, sur les modalités du
don d'organe à des fins de greffe. Cette information
sera faite, en priorité, par le corps médical.
Il s'agit de sensibiliser la population sur les enjeux
du don d'organe, et de faciliter la mise en valeur
de la volonté du défunt en cas de décès.
éclaircir
les modalités de dons entre un donneur vivant
volontaire et une personne en attente d'un greffon.
Le Gouvernement souhaite en effet conforter les propositions
de l'Assemblée nationale pour "'élargir
le champ des donneurs vivants ayant un lien stable
et étroit" avec le receveur. Il souhaite
cependant préciser les modalités de
consentement et les liens de parenté en jeu.
[...]
En matière de recherche sur l'embryon humain
et les cellules embryonnaires, le Gouvernement souhaite
strictement encadrer les pratiques. Il propose d'autoriser
la recherche pour une période de 5 ans, en spécifiant
des conditions strictes en terme d'objectif et de méthode.
Ainsi, la recherche n'est autorisée que si :
aucune autre méthode alternative d'efficacité
comparable n'est possible pour mener l'expérimentation
;
cette recherche a pour objet de permettre la réalisation
de "progrès thérapeutiques majeurs".
La
création spécifique d'embryons humains
aux seules fins de cette recherche est strictement exclue.
[...]
Le
clonage thérapeutique est également exclu
par l'interdiction de création d'embryon à
des fins de recherche. Le Gouvernement refuse ainsi
"les risques induits " par cette technologie
: la création d'un marché de l'ovule et
l'ouverture de brèches favorables au clonage
reproductif.
[...]
Enfin,
pour permettre la veille et l'évaluation des
protocoles mettant en jeu des questions de bioéthique,
le Gouvernement envisage la création d'une agence
de la biomédecine. Outre ses fonctions de conseil,
cette agence pourrait être amenée à
prendre des décisions. Comme l'a souligné
Jean-François Mattei, elle pourra notamment intervenir
dans les domaines relatifs "aux médicaments,
aux dispositifs médicaux, au sang, aux organes
et aux tissus, à l'assistance médicale
à la procréation, à la médecine
embryonnaire et à la génétique
humaine."
Le
texte sera examiné par le Sénat les 28,
29, et 30 janvier prochains.
Prélèvement
d'organes en France en 2002 : objectif atteint
20
janvier 2003, Agence de Presse Médicale
Le
nombre de personnes en état de mort encéphalique
ayant donné un ou plusieurs organes en vue de
greffe a progressé de 10% en 2002, ce qui a permis
d'atteindre l'objectif du plan greffe 2001/2003 de 20
prélèvements par million d'habitants en
France, selon un bilan provisoire de l'Etablissement
français des greffes (EFG).
En 2002, 1.198 prélèvements sur personnes
en EME ont été effectués, alors
qu'il fallait atteindre le nombre de 1.200 pour arriver
à un taux de prélèvement de 20
par million d'habitants, donc le seuil est atteint à
2 prélèvements près, a indiqué
le Pr Didier Houssin, directeur de l'EFG.
"Le projet des 15-20 (passer de 15 à 20
prélèvements/million d'habitants) paraissait
utopique en 1999, mais on y arrive", se félicite-t-il.
En 2001, le nombre de prélèvements atteignait
1.066 donc l'année 2002 a enregistré une
hausse de plus de 10% (12,4%). L'année 2001 avait
elle-même été marquée par
une croissance de 5%.
"Depuis le début de l'action de l'EFG (en
1995), une hausse de plus de 30% a été
obtenue", commente-t-il, en guise de bilan, alors
qu'il a annoncé début janvier son souhait
de mettre fin à ses fonctions de directeur de
l'EFG.
"Les médias ont certes joué un rôle
[plus d'un Français sur 2 sensibilisé
suite à la journée nationale de réflexion
sur le don et la greffe de juin 2002, selon une enquête
Louis-Harris], mais ces progrès sont surtout
à mettre au compte de la mobilisation importante
des hôpitaux", souligne le Pr Houssin.
"C'est très bien mais cela reste insuffisant",
tempère le directeur. Ces prélèvements
ne répondent pas aux besoins qui ne cessent de
s'accroître avec l'allongement de la durée
de vie notamment qui participe à l'augmentation
du nombre de patients insuffisants rénaux.
En
2002, les greffes d'organes ont elles aussi progressé
de l'ordre de 10%, à 3.482 greffes plus 164 à
partir de donneurs vivants, soit 3.646 greffes contre
3.325 en 2001. Mais ces chiffres -provisoires- restent
à affiner, rappelle le directeur de l'EFG.
Les
greffes à partir de donneurs vivants restent
peu nombreuses avec 164 donneurs. Environ 50 greffes
de foie ont dû être effectuées en
2002 contre 48 en 2001 et 108 greffes de rein contre
101 en 2001, selon le bilan provisoire.
Un
effet très net sur les greffes de rein et de
foie
La greffe de rein profite à l'évidence
de la hausse du nombre de greffons à 2.155 greffes
à partir de donneurs décédés,
plus 108 à partir de donneurs vivants contre
un peu plus de 2.000 en 2001, soit une augmentation
de 10%.
Le foie enregistre une hausse du même ordre, à
peine inférieure, avec 838 greffes de foie réalisées
en 2002 à partir de donneurs décédés,
plus une cinquantaine à partir de donneurs vivants,
soit entre 880 et 890 greffes contre 804 en 2001.
Si
pour ces deux organes, la hausse est tout à fait
nette, en revanche les résultats portant sur
le coeur et le poumon sont moins encourageants, indique
le Pr Houssin.
Ces greffes restent stables, avec 321 greffes de coeur
en 2002, un chiffre à peine supérieur
aux 316 greffes de 2001, et 79 greffes de poumon à
partir de donneurs décédés (plus
quelques greffes à partir de donneurs vivants),
auxquelles s'ajoutent une vingtaine de greffes coeur-poumon.
"Malgré la hausse des prélèvements,
les greffes thoraciques ne profitent pas de la situation
globale plus favorable. C'est préoccupant",
commente le directeur de l'EFG qui avance deux explications.
Comme les donneurs sont de plus en plus âgés,
les équipes de greffe cardiaque refusent beaucoup
des coeurs proposés car de qualité insuffisante,
et c'est peut-être un peu le cas aussi pour le
poumon.
De plus, il existe un deuxième facteur surtout
valable pour le poumon qui dérive de la situation
de fragilité des équipes. La greffe de
poumon repose souvent sur de petites équipes
et elles ont beaucoup souffert de la situation hospitalière
défavorable, explique-t-il.
"Des
greffons sont refusés non pas parce qu'ils ne
sont pas bons mais parce que les équipes ne sont
pas en mesure de les accepter, soit parce que le chirurgien
et déjà en opération, soit parce
que les lits de réanimation sont occupés".
En outre, ce sont des greffes moins fréquentes
et assez lourdes, et les services ont déjà
des programmes opératoires importants.
Ces équipes ont besoin de ressources et de moyens
humains. "Ce sera un dossier prioritaire en 2003
pour l'établissement", annonce le directeur.
Il faut renforcer les moyens de quelques équipes
de façon spécifique et rapide, estime-t-il.
De
même, pour les greffes de rein et de foie, il
va falloir se poser la question de leur évolution
pour faire face à l'accroissement du travail
pour les équipes chirurgicales, les anesthésistes
mais aussi pour le suivi des cohortes, du fait de la
progression du prélèvement et des greffes,
souligne le Pr Houssin.
Par
ailleurs, 59 greffes de pancréas ont été
effectuées en 2002 et 10 d'intestin. Ces greffes
progressent peu, mais les nouvelles règles d'attribution
mises en place en 2002 notamment en faveur des patients
jeunes en attente d'une greffe rein-pancréas
devraient les faire avancer.
Mais
la liste de patients en attente de greffe a continué
à progresser, de l'ordre de 4%. Au 1er janvier
2003, 6.744 malades étaient inscrits sur la liste
d'attente de greffe, dont 5.448 pour le rein, 445 pour
le foie, 366 pour le coeur, 69 pour coeur-poumons, 161
pour le poumon, 8 pour l'intestin et 217 pour le pancréas.
La durée moyenne d'attente est "relativement
brève pour le foie, supérieure à
un an pour le coeur, plus longue encore pour le poumon
(environ 16 mois) et elle atteint 2 ans pour le rein,
l'intestin, le pancréas et coeur-poumons.
Succession
de Didier Houssin à la tête de l'EFG : Jean-François
Mattéi va prendre son temps
17
janvier 2003, AFIDTN
Le
ministre de la Santé, de la famille et des personnes
handicapées, Jean-François Mattei, a indiqué
mardi qu'il comptait "prendre son temps" pour
trouver un successeur au directeur général
de l'Etablissement français des greffes (EFG).
Interrogé en marge de la cérémonie
des voeux à la presse sur la succession de Didier
Houssin, qui a fait savoir début janvier qu'il
souhaitait quitter un poste qu'il occupe depuis près
de 10 ans, Jean-François Mattei a indiqué
qu'il attendrait la fin de la discussion du projet de
loi de bioéthique pour nommer son successeur.
Le projet de loi, qui traite notamment des prélèvements
et du don d'organes, est en effet susceptible de modifier
le fonctionnement de l'EFG, voire de fusionner l'établissement
dans une nouvelle agence.
Alors que le projet de loi, dans sa configuration actuelle,
prévoit la création d'une Agence de la
procréation, de l'embryologie et de la génétique
humaines (APEGH), Jean-François Mattei a exprimé
sa préférence pour la création
d'une agence plus large, traitant de biomédecine
et comprenant l'actuel EFG et ce qui devait être
l'APEGH.
Dans cette hypothèse, la nomination d'un successeur
à Didier Houssin serait donc inutile.
Le projet de loi de bioéthique, dont la discussion
en première lecture au Sénat aura lieu
du 28 au 30 janvier, devrait être définitivement
adopté courant 2003.
Biogénétique
: Au-delà de la grossière supercherie de
la secte des raéliens - Clonage humain, les vrais
enjeux
16
janvier 2003, extrait de l'article du Figaro
[...]
Si une quasi-unanimité se manifeste ainsi contre
le clonage reproductif chez l'homme, une intense discussion,
en revanche, se développe autour du clonage dit
thérapeutique. Les fantasmagories, dignes du
docteur Moreau, qui annonçaient il y a quelques
années l'élevage clandestin d'individus
clonés destinés à être dépecés
au cours de leur vie pour fournir, en pièces
détachées, des organes à leurs
"jumeaux", ne font apparemment plus guère
recette.
Chacun devrait savoir qu'il ne s'agit en fait que de
cultiver en laboratoire des cellules et des tissus en
cas de nécessité. Le débat est
particulièrement vif parce que ce type de recherches
ouvre la voie à l'étude des cellules souches
qui permettra à terme de mieux connaître
des pathologies comme le cancer, de traiter les grandes
maladies dégénératives du système
nerveux (Alzheimer, Parkinson...) et de révolutionner
l'art de la greffe humaine en la libérant de
l'hypothèque des phénomènes de
rejet comme de celle du manque de donneurs, même
dans les pays où la notion de "mort cérébrale"
a été admise.
Trois
types d'arguments sont avancés en faveur de l'interdiction.
La technique, dit-on, étant finalement la même,
une "pente glissante" exposerait les chercheurs
à la tentation de passer du clonage thérapeutique
au clonage reproductif, avec toutes les horreurs qui
s'y attachent, dès lors qu'ils auraient pris
le pli de fabriquer des cellules embryonnaires. Le débat
est ouvert. Il pourra prendre une tournure très
technique.
Deuxième
argument : la technique conduit à détruire
des cellules embryonnaires à différents
stades de développement, or tout embryon n'est-il
pas une "personne potentielle" ? Ce n'est
pas d'aujourd'hui que la discussion fait rage sur la
question de la date à laquelle il peut être
considéré comme tel.
Un troisième type d'arguments de portée
plus générale vient d'être introduit
dans le débat par des philosophes : c'est en
réalité, disent-ils, la technique du clonage
elle-même, dès lors qu'elle s'applique
à l'homme, qui est en cause, car elle vient bousculer
notre représentation de la condition humaine.
Ce que nous appelions la "nature humaine"
se trouve mis en question, comme l'ont fort bien vu
aussi bien ceux qui annoncent pour demain l'ère
de la "posthumanité", comme Francis
Fukuyama, que ceux qui, en un sens différent,
s'interrogent opportunément avec Jürgen
Habermas sur "l'avenir de la nature humaine".
Allons-nous
prendre peur et nous replier, sous la bannière
de l'éthique, sur la défense de thèses
philosophiques établies et de dogmes théologiques
institués, sans plus de discussion ? Si nous
voulons nous montrer à la hauteur de ce qui nous
arrive, nous n'échapperons pas à la nécessité
de faire preuve d'invention normative, c'est-à-dire
au premier chef juridique, éthique et politique.
Et, si nous voulons que cette inventivité s'exerce
au bénéfice de tous, il nous faudra intégrer
les leçons de la science et des technologies
dans le travail d'une pensée philosophique s'employant
à méditer dans le sens du progrès
pour l'homme les exigences normatives de la vie humaine
dans leur diversité. [...]
Nouveau tour de vis au
projet de loi sur la bioéthique
Le rapport du Sénat condamne le clonage thérapeutique
et limite le cadre des greffes à partir de donneurs
vivants
16
janvier 2003, Libération
Le
nouveau gouvernement voulait «imprimer sa marque»
sur le projet de loi de bioéthique adopté
par l'Assemblée nationale en janvier 2002. Il
vient de lui donner un vrai tour de vis. Hier, la Commission
des affaires sociales du Sénat a adopté
intégralement le rapport de Francis Giraud (UMP),
ancien professeur et «ami de trente-deux ans»
de Jean-François Mattei, ministre de la Santé.
«Il ne faut pas interpréter ces modifications
comme un bouleversement de la philosophie générale
du texte», s'est-il défendu. Le nouveau
texte, et sa soixantaine d'amendements qui «rectifient
substantiellement certaines dispositions du projet de
loi», sera discuté en séance publique
au Sénat à partir du 28 janvier prochain,
et Jean-François Mattei aimerait qu'il soit adopté
par le Parlement avant l'été.
Non
catégorique. Il condamne sans surprise, et comme
le précédent texte, le clonage reproductif.
Mais il en fait autant pour le clonage thérapeutique.
«Le projet de loi antérieur n'y faisait
pas référence», précise Francis
Giraud. L'actuel lui oppose un non catégorique.
«La technique du clonage thérapeutique
aboutirait en fait à un clonage reproductif»,
s'explique le rapporteur. Plus généralement,
le rapport de Francis Giraud adopté par la Commission
des affaires sociales du Sénat condamne toute
recherche sur les embryons. Interdiction formelle donc
de créer des embryons pour la recherche, y compris
pour évaluer les méthodes de procréation
médicalement assistée. Le texte précédent
ouvrait la possibilité d'effectuer des recherches,
sous réserve de l'accord des parents, sur les
embryons dits «surnuméraires», ceux
obtenus par fécondation in vitro dans le cadre
d'une procréation médicalement assistée
et qui ne font plus l'objet d'un projet parental. La
commission propose que les travaux scientifiques sur
les embryons et les cellules souches embryonnaires ne
se fassent que sur «dérogation et de façon
transitoire», souligne Giraud. Mais pas question
de «signer un chèque en blanc» à
la recherche sur ces embryons, a ajouté Nicolas
Abou, président de la Commission des affaires
sociales. La durée de ces essais sera limitée
à cinq ans.
Post
mortem. Plus question non plus de permettre l'implantation
d'embryons obtenus par fécondation in vitro après
le décès du père. Le projet de
janvier 2002 était d'accord pour l'autoriser
à condition que le père ait donné
son consentement écrit. Le rapport Giraud veut
supprimer cette possibilité de transfert d'embryon
post mortem pour «ne pas tomber dans l'acharnement
procréatique», continue Nicolas Abou.
Restriction
également sur le don d'organe de son vivant.
L'Assemblée nationale prévoyait d'accorder
le don par toute personne «ayant un lien étroit
et stable» avec le receveur. «Trop vague
et trop large», a jugé la commission. Elle
veut limiter ce lien au cercle de famille élargi.
Enfin, le «Haut Conseil» imaginé
par l'Assemblée pourrait être transformé
en «Conseil d'orientation médical»
et scientifique. Y siégeraient des scientifiques
et des représentants de la société
civile. Tous les protocoles de recherche sur les embryons
surnuméraires devraient passer par lui pour être
validés.
Pays
de Galles : pas assez de postes de dialyse pour traiter
tous les malades
14
janvier 2003, Traduction de l'article de la BBC
La
"National Kidney Research Fund", un organisme
britannique, a réalisé une étude
portant sur 71 centres de dialyse au Pays de Galle.
Il
s'avère que 12 de ces unités ont dû
refuser des malades en 2001, parce qu'elles ne pouvaient
pas les prendre en charge, faute de postes disponibles.
D'autres centres ont dû mettre en place des mesures
d'urgence pour répondre à la demande croissante
des insuffisants rénaux, par exemple le recours
à des postes de secours ou à des séances
nocturnes. Dans certains cas, les patients ont dû
se contenter de deux séances hebdomadaires au
lieu de trois, ou de temps de traitement réduits.
[ ]
Ces difficultés pourraient s'intensifier, puisqu'on
estime que le nombre de dialysés devrait doubler
dans les dix années à venir.
Au
total, 19307 malades étaient traités par
dialyse en Angleterre au moment de l'enquête.
Ce chiffre équivaut à 328 patients par
million d'habitant. En comparaison, la France, l'Allemagne,
L'Italie, L'Espagne ou les Pays Bas enregistrent un
taux moyen de 537 dialysés par million d'habitant,
supérieur de 63% à celui du Pays de Galle
Une avancée majeure dans
le domaine de la transplantation d'organes porcins chez
l'homme
14
janvier 2003, Traduction de l'article de Ray Lilley,
Associated Press, USA
Randall
Prather, Professeur à l'Université du
Missouri-Columbia et généticien, a annoncé
qu'il avait cloné un cochon en le débarrassant
d'un gène qui posait jusque là un problème
aux chercheurs pour transplanter des organes porcins
aux humains.
Les
porcs représentent un très grand espoir
dans le domaine des xénogreffes, puisqu'ils sont
physiologiquement très similaires aux humains,
et largement plus faciles à élever que
les primates simiesques, comme les babouins.
Néanmoins, les porcs sont naturellement porteurs
d'un gène qui entraîne la présence
dans leurs tissus d'une molécule appelée
1,3-galactosyltransferase ou GGTA1. Elle contribue au
phénomène de rejet lorsqu'un tel organe
est greffé à un humain. En effet, elle
sert de support aux anticorps qui viennent détruire
l'organe greffé. Sans la GGTA1, les anticorps
ne pourront théoriquement pas se fixer sur les
tissus transplantés, et le processus de rejet
ne pourra pas s'amorcer.
Prather
a déclaré à l'International Embryo
Transfer Society d'Auckland (Australie) que le processus
de clonage de Goldie, la truie de tous les espoirs,
née le 18 novembre dernier à Columbia,
avait permis de modifier ce gène de façon
à ce qu'il devienne non opérationnel.
Les examens ultérieurs de l'animal ont montré
que la GGTA1 était bel et bien absente de ses
tissus. Néanmoins, le chercheur tient à
ce que ses travaux soient approfondis et vérifiés
par des scientifiques indépendants. Ses résultats
seront prochainement publiés dans une revue scientifique
internationale.
Il
n'hésite cependant pas à baptiser Goldie
"le chaînon manquant" qui a jusqu'alors
empêché les médecins de transplanter
avec succès des organes porcins chez l'homme.
Le
Dr David Cooper, professeur de chirurgie à la
Faculté d'Harvard, et ancien président
de l'Association Internationale de Xénotransplantation,
a déclaré que ce résultat était
"une avancée très importante".
De son point de vue, la
naissance de Goldie signifie que "nous sommes bel
et bien sur la voie d'un essai clinique de xenogreffe
du porc vers l'homme, qui pourrait débuter dans
les trois ans à venir."
Parvenir
à maîtriser la phénoménale
réponse immunitaire de l'organisme humain lorsqu'il
perçoit un organe étranger est le principal
défi que doivent relever les chercheurs pour
faire de la xénogreffe une réalité.
Dans
un premier temps, l'équipe de Prather va tenter
de greffer les organes de ces porcs clonés à
des babouins. Les essais cliniques sur l'humains ne
pourront débuter que lorsque la technique sera
parfaitement au point et que toutes les difficultés
auront été levées.
Didier Houssin quitte l'Etablissement
français des greffes
9
janvier 2003, Le Quotidien du Médecin
Le
Pr Didier Houssin quitte la direction de l'Etablissement
français des greffes et fait un bilan positif
de l'action menée pendant près de neuf
ans.
Nommé
en octobre 1994 à la tête de l'Etablissement
français des greffes (EFG), qui vient d'être
créé, le Pr Didier Houssin a décidé
de quitter ses fonctions. Un communiqué de l'EFG
fait le bilan de ces années « consacrées
au redressement, puis au développement, de l'activité
de prélèvement et de greffe en France
».
Lorsque
ce spécialiste des greffes hépatiques
chez l'enfant, qui a été vice-président
de France-Transplant, arrive à la direction de
l'EFG, à l'initiative des ministres de l'époque
(Simone Veil et Philippe Douste-Blazy), la greffe traverse
une période de crise (affaire du sang contaminé,
affaire d'Amiens, inscription en liste d'attente d'un
nombre élevé de patients non résidents,
trafics de priorité). Sa mission est donc d'abord
de « rétablir un climat de confiance, notamment
au sein des établissements de santé ».
Cela passe par l'élaboration, puis l'application
de règles précises pour la gestion des
listes d'attente, le recueil du consentement, le prélèvement
et la répartition des greffons, sans oublier
l'évaluation rigoureuse des résultats
des greffes et la comparaison des délais d'attente
par équipe de greffe.
Dans une deuxième phase, ses efforts se concentrent
sur l'accroissement du nombre de cornées et d'organes
susceptibles d'être proposés aux malades.
Et ils sont couronnés de succès, puisque
l'accès aux greffons cornéens s'est amélioré
et que le nombre de prélèvements d'organes
a augmenté de 30 % environ. Ce qui a permis d'atteindre
cette année l'objectif visé de 20 prélèvements
par million d'habitants.
Dans son bilan, le Pr Houssin retient plusieurs éléments
positifs : la reconnaissance du prélèvement
comme une activité médicale à part
entière capable de mobiliser non seulement les
CHU, mais aussi les centres hospitaliers ; le rôle
essentiel des personnels qui se consacrent à
l'accueil des familles et à la coordination des
prélèvements ; la prise de conscience
que le développement d'une méthode thérapeutique
telle que la greffe, fondée sur la recherche
et le progrès technique, doit aller de pair avec
la prise en compte de toutes ses dimensions éthiques,
sociales et humaines.
L'hypertension
essentielle pourrait résulter d'un déficit
congénital en néphrons
8
janvier 2003, Le Quotidien du Médecin
Un
nombre réduit de néphrons à la
naissance pourrait-il conduire à l'HTA ? Cette
hypothèse, émise il y a quelques années,
est soutenue par une étude cas-témoin
conduite chez vingt sujets décédés
d'un accident. Comparés aux reins de témoins
normotendus, ceux des hypertendus comptaient deux fois
moins de glomérules, mais d'un volume plus grand.
L'absence de signes de perte de glomérules suggère
une origine congénitale au déficit en
néphrons.
De
notre correspondante à New York
Dans
90 à 95 % des cas d'hypertension artérielle,
le bilan étiologique reste négatif. Cette
HTA dite essentielle, ou idiopathique, est de cause
certainement multiple. Toutefois, plusieurs observations
impliquent le rein dans sa genèse.
Il
a été proposé qu'un faible nombre
de néphrons à la naissance pourrait accroître
le risque de survenue d'une hypertension et d'une néphropathie
progressive. Le nombre réduit de néphrons
entraînerait une surcharge de travail pour chacun
d'eux. Cette hyperfiltration glomérulaire endommagerait
à la longue le rein avec, pour conséquence,
une hypertension. Cette hypothèse est étayée
depuis quelques années par des données
expérimentales, mais les données chez
l'homme restent pour la plupart indirectes.
Une équipe allemande a approfondi cette hypothèse
dans une étude cas-témoin. Keller et coll.
ont comparé les reins de deux groupes de personnes
autopsiées après un décès
accidentel : un groupe de dix patients hypertendus (neuf
hommes, une femme) et un groupe de dix témoins
normotendus, appariés aux patients hypertendus
en fonction de l'âge, du sexe, de la taille et
du poids.
Le
nombre et le volume des glomérules
Une
telle étude est simple mais techniquement difficile
: les investigateurs ont évalué le nombre
et le volume des glomérules grâce à
une approche tridimensionnelle. Ils ont aussi examiné
l'histologie des glomérules. Enfin, puisqu'il
est connu que leur nombre décline rapidement
passé la soixantaine, tous les sujets de l'étude
avaient moins de 60 ans.
Sur la base des données obtenues au cours des
cent dernières années, il est généralement
estimé que le nombre de glomérules, ou
de néphrons, se situe autour de un million par
rein.
Keller et coll. ont découvert que les reins des
patients hypertendus présentaient significativement
moins de glomérules, 702 000 en moyenne, que
ceux des témoins appariés, 1 429 000,
soit la moitié du nombre normal. Les patients
hypertendus présentaient aussi des glomérules
d'un volume supérieur, ce qui suggère
qu'ils fonctionnent davantage en cas d'hypertension,
pour compenser leur faible nombre.
Enfin, les investigateurs n'ont trouvé que très
peu de glomérules sénescents ou oblitérés
chez les hypertendus. Ce qui suggère qu'ils n'ont
probablement pas perdu leurs glomérules au fil
du temps, mais qu'ils avaient un faible nombre de néphrons
dès la naissance.
Un
déterminant des anomalies cardio-vasculaires
Plusieurs
données étayent « le concept selon
lequel le nombre de néphrons, déterminé
pendant le développement ftal, est un déterminant
important des anomalies cardio-16vasculaires durant
la vie adulte », notent les investigateurs. «
Les données présentées, obtenues
à l'autopsie de patients de race blanche atteints
d'hypertension essentielle, fournissent une évidence
supplémentaire à l'appui de ce concept
», concluent-ils.
« La microanatomie rénale présage-t-elle
un destin cardio-rénal ? », interroge,
dans un commentaire, le Dr Julie Ingelfinger. «
Les données de l'étude de Keller et coll.
forcent à réagir, mais elles ne sont pas
définitives », répond-elle. Elle
souligne, en effet, le faible nombre de patients étudiés
et la difficulté à prouver l'origine congénitale
de la réduction du nombre glomérules.
Quels causes pourraient réduire le nombre de
néphrons à la naissance ? Outre des facteurs
génétiques et des expositions toxiques
durant la vie intra-utérine, des influences plus
subtiles, comme l'alimentation, pourraient aussi jouer
un rôle, explique-t-elle. « Une masse de
données expérimentales et cliniques suggère
que des altérations de l'alimentation intra-utérine,
en particulier une insuffisance protéique, pourraient
programmer le ftus pour une susceptibilité
tardive à l'hypertension, une maladie cardio-vasculaire
et un AVC. De plus, des modèles expérimentaux
montrent directement que des agressions relativement
mineures, comme une restriction protéique, peuvent
entraîner une réduction du nombre de néphrons
», note-t-elle.
« Les origines de l'hypertension sont multiples
», conclut-elle. « Mais le concept d'une
réduction de néphrons à la naissance
est utile car il montre du doigt au moins une action
préventive possible : une meilleure nutrition
des femmes enceintes. Une stratégie qui pourrait
diminuer la fréquence de l'hypertension chez
les enfants susceptibles durant leur vie adulte. »
Dr
Véronique NGUYEN
«
New England Journal of Medicine », 9 janvier 2003,
pp. 99 et 101.
Aldous
huxley avait déjà pressenti l'essentiel
en 1932 dans Le Meilleur des mondes.La possibilité
de créer des êtres humains sans passer
par la méthode ancestrale, ses techniques rudimentaires
et ses plaisirs éprouvés, va changer radicalement
la société et même l'humanité
tout court. Huxley, qui était pessimiste, peut-être
parce qu'il écrivait en pleine montée
du fascisme en Europe, voyait un monde futur peuplé
d'esclaves biologiques produits en série et travaillant
au service d'une sorte de race de surhommes. On peut
tout aussi bien envisager un avenir moins sombre. Le
débat animé par Arlette Chabot lundi soir
sur France 2 n'a malheureusement pas permis de dissiper
cette terreur panique qui saisit beaucoup de gens dès
lors qu'est évoquée cette mutation prévisible
de l'espèce humaine. "Mots croisés"
reste une excellente émission, mais la confusion
règne et les esprits ne sont probablement pas
encore prêts à accueillir sereinement ce
bouleversement imminent, voire, si les raéliens
ne bluffent pas, déjà intervenu.
On résume ces échanges passionnants mais
confus pour ceux qui avaient zappé, voire, les
bienheureux, pour ceux qui dormaient déjà.
Il était tard, en effet, quand, après
les horreurs du Prestige,ses galettes baladeuses et
visqueuses, on en est venu à l'autre grande affaire
de ces dernières semaines : la naissance, annoncée
en Floride par la secte des raéliens, mais toujours
pas confirmée, du premier clone humain.
Bernard
Kouchner et René Frydman défendent la
position franco-allemande telle qu'elle a été
exposée, sans grand succès, à l'ONU
: non au clonage reproductif (la naissance de bébés
nés du clonage d'un être humain), oui au
clonage thérapeutique (la fabrication de tissus
susceptibles par exemple de régénérer
le foie ou la moelle épinière). L'ennui,
c'est que les Etats-Unis, le Vatican et quelques autres
entités ont choisi, devant l'ONU, de tout refuser,
le thérapeutique comme le reproductif, tuant
dans l'uf, si l'on ose dire, toute législation
internationale dans ce domaine. On est donc en plein
vide juridique, ce dont profitent les raéliens,
secte cosmique et comique, dirigée par un Auvergnat
allumé qui a monté sa cabane et sa boutique
entre Canada et Floride. Je sais, elle est facile, mais
il faut conclure. Chez Chabot, lundi soir, il ne fallait
pas confondre les clones et les clowns.
La
naissance du bébé cloné n'est pas
confirmée scientifiquement
7
janvier 2003, Le Quotidien du Médecin
La
société raélienne Clonaid, qui
a affirmé avoir mis au monde le premier clone
humain, a décidé de repousser les tests
ADN destinés à prouver la réalité
de cette annonce. Les parents du prétendu bébé,
la présidente de Clonaid, Brigitte Boisselier,
ainsi que le gourou Raël font l'objet d'une plainte
civile aux Etats-Unis.
L'information n'en est pour l'instant qu'au stade de
la rumeur : la présidente de la société
Clonaid, Brigitte Boisselier, a affirmé qu'un
deuxième bébé cloné naîtra
ces jours-ci en Europe. Le premier bébé
clone de l'histoire, appelé Eve, serait, selon
elle, venu au monde à la fin du mois de décembre
mais les prélèvements d'ADN qui devaient
avoir lieu pour prouver que ce bébé est
bien un clone ont été repoussés.
«
Il n'est pas encore certain qu'ils aient lieu »,
a-t-elle dit en se retranchant derrière le refus
probable des parents qui craignent des poursuites judiciaires.
Les parents d'Eve, ainsi que Brigitte Boisselier et
Raël, gourou de la secte des raéliens fondatrice
de la société Clonaid, sont en effet convoqués
pour une audience préliminaire le 22 janvier
devant la justice de l'Etat de Floride.
Cobaye
humain
Bernard
Siegel, l'avocat à l'origine de la plainte civile,
a demandé que la garde du supposé bébé
cloné soit retiré aux parents, au motif
que l'enfant est exploité, fait l'objet de mauvais
traitements et qu'il pourrait souffrir de troubles génétiques
graves. Dans sa plainte, il affirme que le bébé
est un « cobaye humain », objet d'une «
dangereuse expérience médicale ».
Il réclame à la justice qu'elle ordonne
une expertise médicale pour déterminer
son état de santé.
« Nos établissements en Corée du
Sud ont été investis par la police avec
beaucoup de fracas, la FDA (l'Agence fédérale
pour la sécurité alimentaire et pharmaceutique
américaine) est entrée dans certains de
nos locaux à Las Vegas, a indiqué Brigitte
Boisselier. Une demande a été déposée
en Floride, je crois, pour que l'enfant soit retirée
à la mère, donc ça fait beaucoup
d'accumulations pour les parents qui sont rentrés
chez eux et qui veulent juste avoir la paix et vivre
bien avec leurs enfants ». Si rien n'est moins
sûr aujourd'hui qu'il existe un bébé
cloné, la société Clonaid a pris
toutefois un avantage médiatique certain devant
son concurrent italien, le Dr Severino Antinori, qui
avait annoncé la naissance, pour début
janvier, d'un bébé par clonage.
Unanime
dans la condamnation du clonage reproductif, la communauté
internationale a toutefois une part de responsabilité
dans cette histoire en restant divisée sur l'opportunité
d'une convention internationale interdisant le clonage
humain à des fins reproductives. Le blocage découle
de l'opposition entre les partisans d'une interdiction
immédiate du clonage en tant que méthode
de reproduction à ceux qui, comme les Etats-Unis,
veulent que soient interdites toutes les pratiques du
clonage humain y compris celle à but thérapeutique.
A la mi-décembre, le président Jacques
Chirac a appelé les Nations unies à interdire
« au plus vite » le clonage humain reproductif.
Quant au ministre de la Santé, il a également
proposé de créer, dans le cadre de la
révision de la loi bioéthique, un «
crime contre la dignité de la personne humaine
» pour sanctionner le clonage à but reproductif.
Le gouvernement
israélien est sur le point d'autoriser la rémunération
des donneurs vivants
5
janvier 2003, d'après le Jerusalem Post
Le
ministère de la santé israélien
prépare un texte autorisant l'attribution d'une
compensation financière pour toute personne qui
donnerait un de ses reins pour une greffe. Si le texte
est voté lors du prochain Knesset, ce sera la
première loi de ce type au monde.
Bien
que le montant de cette "indemnité"
n'ait pas encore été déterminé,
elle ne serait pas considéré comme un
paiement, mais comme une compensation allouée
au donneur pour les inconvénients subis (douleur,
temps, convalescence, etc.).
La conseillère juridique Mira Huebner affirme
que le texte précisera en outre que toute vente
d'organe sera considérée comme un acte
criminel, en dehors de ce cadre bien précis
A l'heure actuelle, en Israël, toute personne peut
faire le don d'un rein en vue de greffe, à condition
que la preuve soit faite que ce geste est purement gratuit
et ne donne lieu à aucun à côté
financier.
Israël
connaît une pénurie très forte en
terme de dons d'organes, particulièrement en
ce qui concerne le rein.
C'est la raison pour laquelle le ministre de la santé
a décidé de prendre cette mesure. Il évoque
également les diverses rumeurs qui circulent
au sujet de commerce illicite d'organes, et affirme
que la nouvelle loi donnera beaucoup plus de transparence
au processus de greffe.
La
procédure sera strictement supervisée,
les donneurs potentiels devront "postuler"
auprès d'Israël Transplant, un organisme
officiel. Leur candidature sera ensuite examinée
par un médecin, un psychologue et une assistante
sociale. Leur indemnité (non imposable) sera
réglée par la compagnie d'assurance du
receveur, et leur sera versée par l'intermédiaire
d'Israël Transplant.
Le
ministre affirme malgré tout qu'il continue à
préférer les greffes d'organes cadavériques.
Mais seulement 24000 israëliens ont accepté
d'être des donneurs d'organes potentiels, tandis
que près de 1000 personnes sont en attente d'un
rein.
D'un
point de vue religieux, Mira Huebner déclare
que les orthodoxes et les haredim (ultra-orthodoxes)
approuvent l'idée d'une compensation financière
pour le don d'un rein "de son vivant", mais
refusent toujours de reconnaître la notion de
mort clinique et d'arrêt des fonctions cérébrales.
Ils s'opposent donc aux prélèvements d'organes
sur des cadavres.
Jusqu'à
très récemment, la plupart des médecins,
des universitaires et des politiques israéliens
s'opposaient à l'idée d'une quelconque
rémunération des donneurs d'organes. Mais
les choses ont peu à peu évolué.
Le coût du traitement de l'insuffisance rénale
par dialyse augmente exponentiellement, tandis que cette
solution n'offre aux patient qu'une faible espérance
de vie, comparée à la greffe.
USA : Une petite
fille reçoit le rein d'un inconnu grâce à
une petite annonce...
5
janvier 2003, Agence de presse U.S. National
Angela
Rushford, cinq ans, et son donneur David Harper étaient
dans un état jugé satisfaisant à
l'issue de la greffe, qui s'est déroulée
le vendredi 4 janvier à l'hôpital de Madison.
Ils y demeureront une dizaine de jours.
"Je dois beaucoup à David Harper" déclarait
Tony Rushford, le père d'Angela, juste après
l'opération. "lorsque j'étais enfant,
mon héros était Spiderman. Maintenant
c'est David Harpe".
Angela était en insuffisance rénale terminale.
Harper, 38 ans, a répondu à une petite
annonce passée par sa mère dans un journal
local. L'annonce offrait de l'argent contre un rein,
mais Harper a tenu à ce que son geste reste bénévole.
Clonages thérapeutique
et reproductif : similitudes et différences
4
janvier 2003, Agence France Presse
L'annonce
fin décembre de la naissance du premier bébé
clone par la secte des raéliens, toujours sans
preuve, et d'une deuxième pour ce week-end aux
Pays-Bas, n'en finissent pas d'agiter le monde scientifique
et politique qui s'opposent sur les différents
types de clonage, thérapeutique ou reproductif
et leurs implications éthiques.
Thérapeutique
ou reproductif, la technique de base du clonage est
la même au départ. C'est pour cette raison
que l'initiative franco-germanique auprès de
l'ONU pour interdire mondialement le clonage reproductif
a bloqué, sous la pression du Vatican et du gouvernement
américain opposés à toute forme
de clonage.
Le
procédé s'inspire de celui utilisé
pour la naissance, en 1996, de la brebis clone Dolly.
Le
clonage reproductif humain repose sur l'utilisation
d'un ovule (ovocyte) non fécondé de femme
et une cellule non sexuelle d'un donneur adulte, homme
ou femme, candidat au clonage.
Le
noyau contenant le programme génétique
(chromosomes) de l'ovule est retiré pour y transférer
à la place celui de la cellule adulte.
Le
clone en puissance a le même sexe que le donneur
adulte dont il partage le patrimoine génétique.
Pour arriver à terme, il est placé dans
l'utérus d'une femme.
Toute
la difficulté est de reprogrammer le nouveau
noyau de l'ovule pour qu'il reparte à zéro
et enclenche la formation d'un embryon. En effet, il
provient d'une cellule spécialisée adulte,
par exemple une cellule de peau qui ne sait plus faire
autre chose que de la peau.
Le
succès de l'opération est tout à
fait aléatoire. Les scientifiques ont régulièrement
averti des dangers menaçant les clones sur la
base des expériences animales: anomalies cardiaque,
pulmonaire, du système immunitaire, du foie,
obésité, morts fréquentes avant
ou juste après la naissance, cancers, vieillissement
prématuré et arthrite dont souffre Dolly...
"Même
ceux qui ont l'air normal à la naissance développent
souvent des problèmes par la suite", rappelle
Jon Hill, spécialiste américain du clonage
bovin.
Pour
expliquer ces mortalités et difformités,
les scientifiques avancent des "erreurs" dans
le processus de reprogrammation génétique
qu'ils sont encore loin de bien maîtriser.
Avec
le clonage thérapeutique, l'idée n'est
pas de faire naître un bébé en prenant
des risques énormes, soulignent ses partisans,
mais uniquement d'obtenir, au tout début du développement
de l'"oeuf", des cellules souches embryonnaires,
capables de se transformer en toutes sortes de cellules
(peau, rein, foie, poumons...).
Ces
cellules souches, dotées du patrimoine génétique
d'un malade et mises en culture pour fabriquer des quantités
quasi illimitées de tissus ou cellules, pourraient
par exemple servir à des greffes réparatrices,
sans problème de rejet.
De
nouveaux traitements contre le cancer, le diabète
et des maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives
comme les maladies de Parkinson ou d'Alzheimer sont
au nombre des espoirs avancés par les scientifiques
défenseurs du clonage thérapeutique.
2
janvier 2003, synthèse des articles parus dans
Le Figaro, Le Monde et Libération
Nombreuses
sont les réactions après la naissance,
non encore prouvée, du premier bébé
clone.Toutes sont unanimes pour considérer qu'il
s'agit d'un "crime contre l'humanité"
et pour rappeler que la technique du clonage reproductif
touche à l'identité propre de l'homme.
Tous
ceux qui se sont exprimés sur le sujet dénoncent
l'absence de règle internationale pour contrer
un tel projet et souhaitent que la communauté
internationale se concerte au plus vite pour empêcher
de telles initiatives.
Jean-Marie
Le Méné, président de la Fondation
Jérôme Lejeune s'étonne que l'on
accuse les Etats-Unis et le Vatican d'avoir empêché
l'élaboration de règles internationales
contre le clonage et de ce fait d'avoir permis la naissance
du premier bébé cloné. Il rappelle
que ces 2 états souhaitaient une interdiction
totale du clonage tant reproductif que thérapeutique.
Position scientifiquement irréprochable rappelle-t-il,
puisque tout clonage est reproductif dans la mesure
où il commence à produire un embryon.
Il faut donc cesser de distinguer les deux et de considérer
qu'il existe un "méchant clonage (reproductif)
et un gentil clonage (thérapeutique)". La
vérité c'est que nous sommes en pleine
"dépression éthique" ajoute
M. Le Méné et que les seuls arguments
invoqués contre le clonage (comme le souci d'une
relation de couple indispensable à la constitution
de l'identité de l'enfant et l'aspect unique
et irremplaçable d'un bébé) ont
d'ores et déjà volé en éclat
avec les techniques de procréations médicalement
assistée et la pratique des diagnostics prénatal
et pré implantatoire. Or pour justifier ces dérives,
on a invoqué des motifs de "compassion",
motif qui viendra aussi certainement à bout de
la peur du clonage. Il affirme que "le clonage
reproductif est un crime contre l'humanité"
et que "le clonage thérapeutique l'est doublement"
car "le clonage thérapeutique c'est le clonage
reproductif plus la mort" rappelle t-il. Il pousse
plus loin le raisonnement en posant la question : "si
le clonage reproductif est tellement monstrueux aurait-on
préféré disposer d'Eve, très
jeune, en pièces détachées ? "
Ce serait du clonage thérapeutique. La seule
solution, conclut-il est d'interdire en amont tout clonage
embryonnaire. Ce qui est condamnable ce n'est donc pas
tant la naissance mais ceux qui rendront toujours possible
le clonage reproductif parce qu'ils ne veulent pas interdire
aussi le clonage thérapeutique.
Le
Pr Israël Nisand, professeur de gynécologie
obstétrique à Strasbourg rappelle que
le clonage reproductif atteint un nouveau degré
de gravité par rapport à d'autres évolutions
scientifiques déjà très controversées
dans la mesure où elle touche à la nature
même de l'espèce humaine dont on ne peut
se protéger. Il s'interroge sur notre capacité
à résister à de tels événements
: "nos sociétés auraient-elles perdu
la capacité de dire non?" La France doit
qualifier le clonage reproductif de crime contre l'humanité.
Ne rien dire "serait en quelque sorte une figure
politique moderne de la complicité". Renoncer
à légiférer parce que les lois
seront transgressées constitue en soi une régression,
ajoute t-il. Jusqu'alors l'être humain était
le résultat vivant du hasard ( bien que limité
avec le Diagnostic Prénatal et le Diagnostic
Pré Implantatoire) et donc un être unique
dans un corps unique.
Corinne
Lepage, ancienne ministre et présidente du CAP
21 souligne de son côté que l'une des causes
de cette naissance est à rechercher dans la marchandisation
de la vie qui s'est traduite notamment par la brevetabilté
du vivant. "Dès lors que le vivant végétal
et animal est brevetable, l'humain est dans la ligne
de mire" dénonce t-elle. Autre cause : la
perte de valeur morale et la montée en puissance
de la valeur marchande. Ainsi l'Académie de médecine
a t-elle cru bon de justifier ses décisions sur
les seules considérations économiques
alors que les preuves scientifiques étaient encore
insuffisantes. "Il faut pouvoir interdire certaines
recherches ou expériences contraires aux règles
minimales de l'éthique universelle" rappelle
t-elle. "La restauration du politique devient une
question de vie ou de mort à terme des humains
et elle impose que tout ne soit pas permis en matière
de recherche et de sciences appliquées"
ajoute t-elle.
Robert
Redeker, philosophe, constate que les progrès
techniques poussent l'humanité à résister
à des défis qui mettent en jeu l'essence
même de l'homme et nous imposent des choix essentiels.
Le clonage, de ce fait nous renvoie à l'exercice
de notre liberté et à notre propre perception
de l'humanité. Il va nous falloir exercer notre
liberté pour résister à la tentation
diabolique de produire des humains désingularisés.
Jean-Michel
Truong, romancier explique qu'avec le clonage, le concept
du cannibalisme revient sur le devant de la scène
puisque désormais il redevient possible de "dépecer
son prochain pour s'en repaître, de placer des
vies humaines sur une balance afin de déterminer
laquelle pèse plus lourd et laquelle plus légère".
Il craint ensuite qu'un pas de plus soit franchi et
que nous nous dirigions vers la production de chimères
mi-chèvre, mi-chou, mi-lard mi-cochon, mi-carpe,
mi lapin...
Enfin
Geneviève Delaisi Parseval, psychanalyste, rappelle
qu'après l'ère de la reproduction non
sexuelle nous entrons dans l'ère de la reproduction
non sexuée. La dissociation possible entre sexualité
et procréation datant de l'ère contraceptive.
Dorénavant, il risque d'exister une offre médicale
en même temps qu'une demande de la part de parents
potentiels pour un tel type de reproduction. Face aux
dangers du clonage reproductif, il lui semble important
d'éviter tout manichéisme. On ne peut
pas juger du désir des parents et de l'accueil
réservé à l'enfant. Ce n'est donc
pas eux qu'il faut stigmatiser mais les "promoteurs
de ces procédés hasardeux" conclu
t-elle.