Revue de Presse 2004
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La revue de Presse du premier trimestre 2004 -
janvier, février, mars 2004.

L'actualité de l'Insuffisance rénale, des greffes et de la recherche dans le monde de janvier à mars 2004 :

Beaune a accueilli la Course du cœur

31 mars 2004, Le bien public

Destinée à sensibiliser le grand public à la réussite de la transplantation, et à la nécessité du don d'organes, la Course du cœur, de Paris à Courchevel, est passée vendredi par Beaune et la région. Retour.

Une course à pied pendant quatre jours et quatre nuits, entre Paris et Courchevel, soit quelque 750 kilomètres en relais non-stop : telle se présente la Course du cœur, à laquelle ont pris part cent cinquante coureurs dont une équipe de quatorze coureurs transplantés. Un sympathique et remarquable défi sportif, qui est avant tout l'occasion de sensibiliser le plus grand nombre à la réussite de la transplantation et à la nécessité du don d'organes.
Grâce à la participation de transplantés, elle témoigne en effet de la réussite de la transplantation d'organes, en montrant que la pratique sportive, effectuée en toute sécurité, sous contrôle médical, accompagne le transplanté vers une véritable « renaissance » et une qualité de vie retrouvée. Mais c'est surtout le moyen de sensibiliser le grand public et de faire progresser cette cause dans les mentalités.
En France, où se pratiquent environ 3 000 greffes d'organes vitaux par an, quelque 15 000 personnes vivent avec un organe greffé. Reste qu'on estime à plus de 10 000 le nombre de malades dans l'attente d'une greffe. Ainsi, en 2002, 277 malades sont décédés faute d'une greffe.

A mi-chemin, ou presque, entre Paris et Courchevel, Beaune avait été choisie pour être ville étape. La « caravane », venant de Semur, s'est ainsi arrêtée quelque temps place Carnot, vendredi. L'occasion pour ceux qui le souhaitaient de venir se renseigner. Plusieurs élus, Alain Suguenot en tête, ont encouragé les participants, le député-maire saluant cette «cause généreuse et indispensable», en invitant les «valides à y penser». Toujours à Beaune, une course, symbolique, avec les enfants des écoles avait même été prévue. Mais - lourdeur du « Mammouth » ? - elle n'a finalement pas eu lieu. Ce qui n'a en revanche pas empêché les élèves de Notre-Dame de venir faire un petit tour, tandis que des opérations de sensibilisation avaient été menées durant la semaine.
Enfin, à Santenay, les enfants ont eu droit à un spectacle alliant humour et poésie. Auparavant ils avaient remis, en chanson, des petits cœurs en cartons aux organisateurs, visiblement très touchés.
X. C.

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dialyse à Evry : « On se moque des patients »

31 mars 2004, Le Parisien

TROIS FOIS par semaine, Souad se rend au service de néphrologie-dialyse de l'hôpital d'Evry pour suivre pendant quatre heures une hémodialyse. Un traitement sans lequel elle ne peut pas vivre. Le déménagement du service sur le site de Corbeil l'inquiète.
« Nous n'avons aucune information, si ce n'est ce que nous dit le personnel, s'indigne cette conseillère principale d'éducation dans un collège. J'ai écrit à la directrice et j'attends toujours une réponse. On a l'impression qu'on se moque des patients. Des membres du personnel envisagent de partir. Les dialyses du soir risquent de n'être plus assurées. Je devrais arrêter de travailler alors que mon boulot me permet de me sentir bien et d'oublier la maladie. » Souad angoisse aussi de perdre sa place sur la longue liste des demandeurs de dialyse. « Je vais peut-être devoir aller me faire soigner dans un autre département, s'alarme-t-elle. C'est de la non-assistance à personne en danger. »

Agnès Vives

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Max Meynier : « Merci pour mes trois coeurs ! »

25 mars 2004, Le Parisien

Ils sont partis hier soir de Paris pour courir pendant quatre jours. Objectif : sensibiliser les Français sur le don d'organes. Un problème qu'a connu de près Max Meynier, homme de radio et parrain de l'édition 2004.

IL A QUITTE la radio il y a dix ans, ses célèbres moustaches n'ornent plus les pare-brise des semi-remorques de France, et pourtant, dans une brasserie parisienne hier, son entrée ne passe pas inaperçue. On se détourne, on murmure dans son dos, on le reconnaît, lui, l'homme de radio qui pendant seize ans, chaque jour de 20 heures à minuit, a animé les soirées de RTL. Les gens de la rue n'ont pas oublié Max Meynier et sa célèbre émission de radio, « Les routiers sont sympas ».
Aujourd'hui parrain de la Course du coeur, organisée pour les dons d'organes, il a la voix qui résonne comme une mélodie oubliée. L'homme a changé pourtant. Il a mûri. Pas parce qu'il a 66 ans et les cheveux grisonnants, pas parce qu'il n'est plus à l'antenne. Non, simplement parce qu'il a réussi à estimer le coût de la vie. De la sienne, celles de sa femme, de ses cinq enfants, des autres. Et ça, ça calme. Depuis vingt mois, cet homme-là étrenne son troisième coeur. Le premier, il est né avec et l'a gardé pendant 52 ans. Le second, greffé en 1990, a tenu bon jusqu'il y a deux ans, où il en a fallu un troisième. Alors, aujourd'hui, il est vraiment libre, Max ! Bien plus que lorsque ses enfants, sur la route des vacances, s'amusaient à compter le nombre d'autocollants à l'effigie de leur célèbre papa collés sur les camions. Aujourd'hui, il sait sa chance de vivre. Il regarde briller le soleil et grandir ses deux derniers enfants de 9 et 11 ans, et, pour lui, c'est un luxe, une chance extraordinaire.
La greffe était son unique chance « Mon activité principale, c'est de vivre ! » lance-t-il en riant. Max Meynier a failli mourir. Plusieurs fois. Un grave infarctus en 1985, et cinq oedèmes pulmonaires vont l'obliger à arrêter « les Routiers ». Il aura beau lever le pied, cela ne suffira pas. Son coeur est malade. Usé jusqu'à la trame par le stress et les deux paquets de cigarettes que Max fume au quotidien. En 1988, le diagnostic des médecins est implacable : la greffe est son unique chance. Enthousiaste, comme il l'est à RTL, il dit banco au professeur Cabrol. « C'était une nouvelle aventure... » La greffe prend. Il le dit partout, enchaîne les télés pour en vanter les mérites, écrit même un livre qui sera un succès... Dix ans après, il doit déchanter. Cette fois-ci, c'est un rein qui part en vrille. Insuffisance rénale. Il rentre en dialyse et le vit très mal.
« C'est mon pire souvenir, j'étais enfermé dans ce corps malade, j'étais en prison. Trois fois par semaine, pendant quatre heures, je passais à la machine à laver, on me nettoyait l'intérieur. J'étais extrêmement fatigué. » Son coeur aussi s'épuise. Max Meynier fait un nouvel infarctus. Il est loin de Paris, à Arcachon. Il frôle la catastrophe. « J'ai été sauvé in extremis. C'est ma femme, cardiologue, qui m'a sauvé. Elle m'a fait rapatrier à la Pitié-Salpêtrière, où ils m'ont annoncé qu'il fallait faire une seconde greffe. » Et Max Meynier tente alors l'impossible : il demande à son médecin de lui greffer en même temps un nouveau rein ! « Tant qu'à me faire opérer, je voulais qu'on me rénove tout. Comme j'allais avoir un nouveau coeur - le troisième ! - je voulais un nouveau rein. Pas question de continuer la dialyse avec un coeur neuf. » Le pari est risqué. Le 31 juillet 2002, il passe sur le billard. Quatorze heures de bloc. Côté coeur, c'est gagné ! Côté rein, les médecins sont inquiets, très inquiets. « Mais le corps humain a des ressources extraordinaires ». Après deux mois à l'hôpital et un mois et demi en maison de « redressement », comme il dit, il est guéri. « C'est formidable, on te change une pièce et tu repars ! C'est une renaissance, j'ai retrouvé ma liberté... » A peine deux ans après cette double opération, Max est en forme. Et n'a de cesse de remercier médecins, chercheurs, donneurs, ceux qui lui ont rendu la vie. Plusieurs fois. « J'ai la pêche, je suis tonique, je marche... Je suis heureux ! »

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18e Course du coeur pour le don d’organes

24 mars 2004, Le Quotidien du Médecin

La Course du cœur 2004 s’élancera mercredi, 24 mars, pour un parcours de 750 kilomètres en relais pendant 4 jours et 4 nuits. Parrainée par le Pr Christian Cabrol et soutenue par d’éminentes personnalités du monde médical de la transplantation, cette opération a pour objectif de sensibiliser le grand public à la réussite de la transplantation et à la nécessité du don d’organes. Dix équipes, dont celle de Trans-forme qui comprend des coureurs de fond transplantés âgés de 27 à 64 ans, prendront le départ des Fontaines du Trocadéro à Paris pour rejoindre, dimanche vers 16 heures, la station de ski de Courchevel 1850. La course traversera près de 150 communes et villages. Des documents sur le don d’organes ainsi que des cartes de donneurs seront mis à la disposition du public tout au long du parcours.

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Le succès des greffes malgré la pénurie

24 mars 2004, Viva

Prouesse il y a encore peu, la greffe d’organes est de mieux en mieux maîtrisée, mais la pénurie de greffons pénalise les malades. Leur vie dépend souvent de la générosité de familles plongées dans le deuil. Médecins, infirmières, personnes greffées s’attachent à promouvoir ce geste vital.
Gauthier, un petit garçon de huit ans, sportif, heureux, n’a plus besoin depuis cinq ans d’être nourri par sonde. A trois ans, après une attente de trois mois, grâce à une famille anonyme qui a accepté le prélèvement de l’organe sur l’un des siens, il a bénéficié d’une greffe du foie.

Pour l’Association pour le don d’organes et de tissus humains (Adot) [1], son histoire vaut témoignage : donner un organe, c’est donner la vie. Elle souligne aussi que la technique de la greffe est de mieux en mieux maîtrisée : les traitements du système immunitaire, que l’opéré doit suivre à vie, limitent les rejets de greffons, fréquents jusque dans les années 1960, et permettent d’en pratiquer de plus en plus.

Chaque année, ce sont 3 600 malades qui en bénéficient, dont 60 % pour une intervention sur les reins, 25 % sur le foie, 9 % sur le cœur, 3 % sur les poumons, 2 % sur le pancréas et 1 % sur les intestins ou pour des interventions conjointes cœur-poumons. Si les risques de rejet ne sont jamais considérés comme totalement éliminés, dans 60 à 80 % des cas la survie à cinq ans est assurée.

Plus fréquente aujourd’hui, ce n’est cependant pas encore demain que la greffe d’organes deviendra courante. « La technique est maîtrisée, mais la pratique reste exceptionnelle », explique le Dr Edgar Menguy, responsable au Chu de Rouen de la coordination des prélèvements et des greffes (voir reportage p. 7). « Nous manquons de tous les organes, plus particulièrement de poumons et de reins », insiste le Dr Jacky Claquin, du Chu du Kremlin-Bicêtre, chargé de superviser pour l’Ile-de-France le prélèvement et la répartition des organes. Ces deux médecins réanimateurs travaillent pour l’Etablissement français des greffes (Efg) [2], chargé par le ministère de la Santé, en 1994, de rationaliser l’activité de transplantation.

Liste d’attente et manque d’organes

« L’important, c’est d’aller vite », souligne le Dr Claquin. Les organes sont prélevés sur des personnes en état de mort encéphalique, au cerveau totalement détruit, mais dont le cœur et la respiration sont maintenus artificiellement en activité. Après un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral, un suicide ou un accident de la route, les victimes arrivent dans les services d’urgences ou de réanimation. Ceux-ci sont reliés au centre de coordination des prélèvements et des greffes, qui repère les donneurs potentiels. Il consulte ensuite le service régional de répartition des organes (3), qui connaît les besoins des équipes de transplantation et attribue les greffons selon des critères de priorité (d’abord les enfants de moins de 16 ans, par exemple), d’urgence médicale, de compatibilité et d’inscription sur la liste d’attente.

Pour efficace qu’elle soit, cette organisation n’empêche pas la pénurie d’organes. En 2002, 10 000 malades étaient en attente de greffe et plus de 200 sont décédés faute d’intervention. Dans le même temps, 1 100 personnes en état de mort encéphalique étaient prélevées. Nettement insuffisant quand, hormis les greffes du rein et du foie, possibles à partir de donneurs vivants, l’essentiel des transplantations provient de donneurs morts.

Une enquête menée en 2003 dans les services de réanimation des hôpitaux de Rouen et du Havre montrait que, si 77 % des personnes décédées étaient des donneurs potentiels, 46 % n’avaient pas été signalées comme tels. A ces médecins insuffisamment formés s’ajoutent des Français réticents : 30 % d’entre eux refusent les dons (contre 20 % des Espagnols), un des taux les plus forts d’Europe. Une attitude que les pouvoirs publics essaient de changer : depuis trois ans se tient en juin une Journée nationale du don d’organes. La quatrième édition aura lieu le 22 juin prochain

Car rien ne sert à l’Ile-de-France, par exemple, d’afficher un record d’offres sanitaires – avec 11 équipes de greffe du rein et 8 équipes de greffe du foie, contre une seule dans la Région Nord-Pas-de-Calais, par exemple – si la réalisation d’une greffe n’est pas plus rapide qu’ailleurs, faute d’organes. Les délais y sont même plus longs, et contraignent les associations et les malades à comparer les temps d’attente d’une Région à l’autre.

La ligne ténue entre la vie et la mort

Ce constat contraste avec la générosité sollicitée auprès de familles plongées dans la réalité de deuils brutaux.
Caroline, consultée immédiatement après la mort de son mari, a dû vaincre ses résistances. « Nous étions tous les deux favorables au don, reconnaît-elle. Mais, le jour où ça vous tombe dessus, c’est difficile à assumer. » La loi de 1994 a cherché à épargner aux proches les cas de conscience. Tout adulte qui n’aurait pas spécifié son refus dans le Registre national des refus, tenu par l’Efg, est supposé consentir au don. Une vérification doit toutefois être effectuée auprès de la famille. Nuance d’importance : ce n’est pas sur sa propre position qu’on l’interroge, mais sur celle que le défunt aurait souhaité adopter.

Claire Boileau et Patrick Baudry, respectivement anthropologue et sociologue, ont étudié, à la demande de l’Efg, les raisons du refus. Ils assurent que, dans bien des cas, l’expérience de la disparition subite d’un proche, les conflits intrafamiliaux et la crainte d’un morcellement du corps augmentent la confusion angoissante entre la mort et la vie. Dans la cour d’honneur du Chu de Rouen, un ginkgo, arbre sacré en Chine et au Japon, où il fut le seul végétal à survivre au bombardement de Hiroshima, s’enracine depuis le printemps dernier. Comme un remerciement aux donneurs et une promesse de vie renouvelée aux malades.

Marianne Rolot

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Deux femmes à la coordination rouennaise

24 mars 2004, Viva

Les infirmières repèrent dans les services les donneurs potentiels et établissent le contact avec les familles et les équipes de transplantation.
Premier sous-sol du Chu de Rouen, 8 h 30. Au fond d’un couloir sombre, un local difficile à trouver mais baigné de lumière naturelle et d’où se dégage un sentiment de sérénité. C’est le centre de coordination de l’Etablissement français des greffes de Haute-Normandie, administrativement rattaché à la Région Nord-Pas-de-Calais. « 14 prélèvements d’organes en 2002, 24 l’an dernier », commentent sans triomphalisme Joëlle et Carole. Les deux infirmières coordinatrices – huit ans d’expérience pour l’une, deux ans pour l’autre – exercent, sous l’autorité du médecin expert, un métier difficile. « Un an au moins pour commencer à se sentir à l’aise, pour savoir se montrer calme, motivée, pédagogue et, surtout, surtout, pour faire appel à toutes ses qualités relationnelles ! »

Comme tous les matins, il y a urgence à consulter sur l’ordinateur la liste des personnes décédées depuis la veille. Les personnes mortes « cœur arrêté » sont également répertoriées car elles sont pourvoyeuses de cornées. L’an passé, 32 paires ont été prélevées, selon un mode opératoire strictement chronométré : vérifier les contre-indications, consulter le Registre national des refus, rencontrer la famille au bureau de l’état civil, appeler les ophtalmologistes et organiser le prélèvement qui se déroule dans une salle aménagée de la chambre mortuaire, en présence d’un technicien de la banque de cornées.

Les rencontres avec les proches sont bien sûr la partie la plus délicate. « Les familles sont traumatisées, particulièrement lorsque la mort est brutale. Dans ce cas, nos entretiens se déroulent à plusieurs, en présence du médecin coordinateur. Et, face à un refus, nous essayons de reprendre la conversation. »

Comme tous les matins aussi, Joëlle a entrepris une tournée des trois services de réanimation pour adultes et du service pédiatrique afin de repérer, en étroite relation avec les équipes soignantes de l’hôpital, les malades plongés dans le coma, donneurs potentiels d’organes. A 10 heures, autour d’un café, les deux blouses blanches échangent leurs informations. Un homme est décédé la veille en pneumologie, « mais il présente des contre-indications », indique Carole. Les patients de Joëlle sont tous stationnaires et la journée s’annonce calme. Mais que survienne une mort cérébrale avec accord de prélèvement et « c’est le marathon ». Jusqu’à seize heures d’affilée pendant lesquelles, sur le qui-vive, elles devront faire confirmer médicalement la mort du patient, contacter le service régional de Lille, récupérer le dossier médical du défunt, évaluer les organes prélevables, joindre plusieurs équipes de transplantation dans toute la France afin d’organiser leur déplacement, préparer le bloc opératoire...

« Les chirurgiens prélèvent à tour de rôle l’organe qu’ils sont venus chercher avant d’effectuer la transplantation dans leur propre hôpital. » Enfin, le corps est préparé, puis rendu à la famille, qui en assure les obsèques. « Quand les proches le demandent, nous donnons des nouvelles sur l’état de santé de celui ou ceux qui ont reçu un organe. Mais on les prévient : on dit toujours la vérité, même si elle est difficile à entendre. »

Ni dans un sens ni dans l’autre, on ne communiquera d’identité. C’est la règle d’or d’un centre qui, le soir venu, verrouille soigneusement portes et volets sur ses fichiers de noms. Laissant aux infirmières, toutes convaincues qu’elles sont de la nécessité de l’anonymat, un regret : celui de ne pouvoir jamais « recevoir de remerciements de la part des greffés ».

Marianne Rolot

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Record de greffe aux Etats-Unis: huit organes pour un bébé

20 mars 2004, Edicom

Une Italienne de huit mois s'est fait greffer huit organes en une seule opération. Ce record a été établi et annoncé par des chirurgiens américains de l'Université de Miami en Floride. L'opération a eu lieu le 31 janvier. Le bébé se porte bien.
Durant l'intervention de 12 heures, le bébé, Alessia Di Matteo, originaire de Gênes, a reçu un foie, un estomac, un pancréas, le petit intestin, le gros intestin, la rate et les deux reins, tous ces organes provenant d'un nouveau-né de Floride.
La fillette, née le 4 juillet 2003, souffrait du syndrome de la mégavessie, qui empêche l'estomac, les intestins et les reins de fonctionner normalement. La greffe d'organes était sa seule chance de survie.
Tous les organes de la fillette n'étaient pas déficients mais les médecins ont préféré transplanter, en une seule fois, huit organes du même donneur pour minimiser les risques de rejet, ont-ils expliqué.
L'équipe de chirurgiens, qui avait déjà réalisé une centaine de greffes simultanées de plusieurs organes par le passé, a attendu une stabilisation de l'état de santé du bébé avant d'annoncer le succès de cette opération.
L'opération financée par le gouvernement italien a jusqu'à présent coûté environ 375 000 dollars. Le bébé et sa mère pourrait rentrer en Italie en juin si l'enfant ne souffre d'aucune complication.

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Les transplantés relèvent le défi

18 mars 2004, le Quotidien du Médecin

CENT QUARANTE COUREURS, dont des transplantés, vont relever le défi de la Course du coeur, organisée par l'association Trans-Forme* : courir 750 kms en relais, 24 heures sur 24 pendant quatre jours, du 24 au 28 mars, de Paris à Courchevel. Répartis en dix équipes de 14, les coureurs effectuent chacun quelque 20 km par jour, à une allure moyenne de 10 à 12 kms/h.

Des médecins et kinésithérapeutes bénévoles les suivent pour s'assurer de leur sécurité.
Les greffés, âgés de 27 à 65 ans, veulent montrer que la transplantation, ça marche, et qu'il est possible ensuite de reprendre une activité physique et sportive. Ils veulent aussi et surtout promouvoir le don d'organes. Près de 300 malades en attente de greffes décèdent encore chaque année faute de donneurs. En 2002, 3 632 vies ont été sauvées grâce à un don d'organes, 6 442 patients étaient sur une liste d'attente et 277 sont morts.

Des entreprises (Cisco Systems, Baxter, Roche, Renault Kangoo 4x4, Gaz de France...) ont des équipes dans la course, pour aider Trans-Forme à faire connaître la cause du don.
Le ministre des Sports Jean-François Lamour donnera le départ le 24 mars à 20 h au Trocadéro, à Paris, après un relais symbolique au Stade de France, avec des enfants de la ville de Saint-Denis.

La Course du cœur traversera plus de 200 communes avant l'arrivée à Courchevel, où elle se terminera en raquettes. Au long du parcours, les enfants des écoles viendront encourager les coureurs transplantés en leur remettant des cœurs, qui iront ensuite aux unités de transplantation en témoignage de soutien aux personnes en attente de greffe. C'est l'opération les 10 000 coeurs pour l'hôpital (il y en avait 12 000 en 2003), à laquelle s'associent cette année la Fnair (Fédération nationale d'aide aux insuffisants rénaux), France Adot (Fédération des associations pour le don d'organes et de tissus humains) et Familles rurales. Les internautes pourront suivre la course sur le site www.sport24.com, avec des reportages en quasi direct.

www.trans-forme.org, www.lacourseducoeur.com.

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Les greffés du foie surveillés près de chez eux

11 mars 2004, le Quotidien du Médecin

Déjà en place au sein du CHU de Rennes, Prométhée va s'étendre en 2004 à d'autres CHU de Bretagne et Pays de la Loire qui assureront un suivi de proximité des transplantés hépatiques, moins coûteux et favorisant la coopération des professionnels de santé.

Les malades greffés du foie font l'objet d'une surveillance à vie. La première année de la transplantation, ils se rendent une trentaine de fois au centre hospitalier qui a effectué la transplantation, rythme qui va diminuer progressivement jusqu'à deux visites par an. Ainsi le CHU de Rennes-Pontchaillou qui réalise de 80 à 100 greffes/ an (soit 10 % des transplantations réalisées en France) suit-il aujourd'hui de cinq à six cents patients venant des régions Bretagne et Pays de la Loire. « La survie des greffés du foie étant très bonne, le nombre de patients sous surveillance augmente d'année en année et nos services hospitaliers sont saturés », souligne le Pr Karim Boudjema, chirurgien des hôpitaux (département de chirurgie vasculaire), promoteur du projet Prométhée, qui insiste sur le coût important des transports (en VSL - véhicule sanitaire léger - pris en charge dans 80 % des cas) et le temps perdu par les patients (une journée en moyenne par visite) qui constitue un obstacle à leur réinsertion professionnelle. Des déplacements que l'on peut très bien éviter ou au moins réduire à leur strict nécessaire. Passés les quatre à cinq premiers contrôles postopératoires, les greffés peuvent parfaitement être pris en charge par les spécialistes plus proches de chez eux qui les ont adressés au CHU de Rennes. Seuls les tubes de sang pour les analyses spécifiques de cyclosporine auront besoin de voyager jusqu'au centre de transplantation. Le Pr Boudjema a mis à profit l'arrivée du réseau haut débit Megalis pour inscrire le projet Prométhée de réseau de surveillance de proximité des transplantés hépatiques dans le cadre des appels à projet des régions Bretagne et Pays de Loire. Le CHU de Rennes (direction des systèmes de l'information des télécommunications et de l'organisation) s'y retrouve partenaire des services d'hépato-gastro-entérologie des CHU d'Angers, Brest, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Tours et Blois.

Un dossier partagé.

Par l'homogénéité de la population traitée et des problèmes rencontrés, le dossier de suivi du patient greffé se prêtait bien à l'informatisation, estime le chirurgien. Il y a aujourd'hui 600 dossiers partagés Prométhée hébergés sur un serveur protégé du CHU de Rennes et accessibles par Intranet dans les services de chirurgie, hépato-gastro-entérologie, réanimation, pharmacie, anatomopathologie. Une trentaine de codes d'accès ont été distribués. Les droits d'accès et de modification des dossiers sont différents selon les intervenants, les informations sont cryptées. Toutes les informations concernant le prélèvement d'organe restent confidentielles et réservés au CHU de Rennes. La base de données a été déclarée à la CNIL en vue d'une demande d'avis. Les patients devront donner leur accord pour transmission aux médecins traitants de proximité qui auront accès à l'ensemble du dossier de « leurs » malades (hors informations prélèvement). Les CHU de Saint-Brieuc et de Saint-Malo devraient être les premiers à se connecter, dit le Pr Boudjema qui pense avoir à distribuer une cinquantaine de droits d'accès. L'avantage de Prométhée, c'est pour les médecins traitants de voir revenir les greffés. Ce qui ne peut qu'assurer la promotion de la greffe en tant que modalité thérapeutique efficace. Le travail en réseau va permettre de faire de la FMC autour d'un dossier. Les médecins trouveront sur le site les protocoles thérapeutiques ainsi que toutes les interactions médicamenteuses des immuno-dépresseurs. Des systèmes d'alerte émettront les convocations. Tous les ans, des comptes-rendus du devenir des greffés seront édités.
Les 27 centres de transplantation hépatiques du territoire qui doivent surveiller une population de plus de 10 000 greffés sont potentiellement intéressés.

MARIE-FRANÇOISE DE PANGE

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Le Pr Lantieri envisage une greffe bouche-nez

4 mars 2004, le Parisien

Le Pr LANTIERI a déclaré hier qu'il continuait d'envisager de pratiquer une greffe partielle de la face tout en se disant prêt à respecter l'avis donné mardi par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE). Jugeant « très restrictif » le cadre fixé par le CCNE, le chef du service de chirurgie plastique reconstructrice de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne) a estimé qu'il laissait cependant la possibilité de pratiquer une transplantation concernant le triangle bouche-nez qui présente le « meilleur rapport risque - bénéfice pour le patient. » Si le projet est « validé », une transplantation de ce type pourrait être pratiquée « dès cette année », a-t-il précisé.

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Les greffes de visage font grimacer le comité d'éthique

4 mars 2004, Libération

Le CCNE a rendu un avis négatif sur de telles interventions.

«Il est rare que des situations chirurgicales présentent un point de non-retour aussi dramatique.» Le Comité consultatif national d'éthique n non tranché, avec une multitude d'arguments à l'appui. Hier, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis particulièrement attendu sur les greffes de visage. Il avait été saisi le 19 février 2002 sur la question par Laurent Lantieri, chirurgien à l'hôpital Henri-Mondor (Libération d'hier). Celui-ci se dit techniquement prêt à greffer, sur des patients défigurés, des tissus prélevés sur des personnes en état de mort cérébrale. Pour aider des grands brûlés, victimes de cancer de la face ou touchés par balle, à retrouver un visage.

«Monsieur Lantieri a eu la remarquable initiative de solliciter le comité d'éthique avant de se lancer dans cette opération», a souligné Monique Canto-Sperber, responsable du groupe de travail. Avant de justifier un refus formel des greffes totales, et réservé sur «les greffes partielles de la face, comme la greffe de menton». Trop de risques, s'est justifié le CCNE.

D'abord, faute d'informations précises à fournir au patient, «aucun consentement ne peut être obtenu», note le comité. Ensuite, à cause des dangers liés aux traitements immunosuppresseurs : «Pour améliorer la qualité de vie du patient, on commencerait par la détériorer. Peut-on en connaissance de cause proposer au patient une perspective thérapeutique qui allège son handicap, mais le rende malade alors qu'il ne l'était pas ?» se demandent les sages. Puis, le risque d'échec, «considérable». En cas de rejet de la greffe, «il faudrait accepter un résultat final bien plus mauvais que l'état dans lequel était le patient avant. [...] Il est rare que des situations chirurgicales présentent un point de non-retour aussi dramatique». Le CCNE craint également l'apparition de difficultés psychologiques importantes : la personne greffée «peut accepter ce visage. Mais elle peut aussi le refuser». Et «rien ne permet d'informer le patient sur ce que serait son visage après l'opération», relève Monique Canto-Sperber.

De plus, pas de greffe sans donneur. Or, «dans la mesure où il est déjà difficile d'obtenir un accord pour le prélèvement d'un organe intérieur, il y a tout lieu de penser qu'une telle demande concernant le visage rencontrera un refus quasi général». Enfin, le CCNE s'interroge sur les réelles motivations de cette intervention. «La demande des médecins pour la voir réalisée ou pour la réaliser eux-mêmes est certaine. Mais elle ne doit en aucun cas se substituer à la demande réelle des personnes défigurées.» En France, actuellement, un seul patient serait candidat.

Par Sandrine CABUT et Julie LASTERADE

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La greffe du visage "n'est pas éthique"

3 mars 2004, Le Nouvel Observateur

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est dit mardi opposé aux greffes du visage en l'état actuel des connaissances, demandant des recherches supplémentaires pour évaluer les risques.
"Les transplantations faciales ne doivent pas être pratiquées tant que ne sont pas réalisées de recherches plus complète sur les procédures elles-mêmes et tant qu'on ne dispose pas d'éléments permettant d'apprécier de façon précise les risques qui accompagnent ce genre de greffes", a déclaré le CCNE dans un avis présenté lors d'une conférence de presse.
Une greffe de tissu composite du visage entier "n'a actuellement pas beaucoup de sens, la question ne se pose d'ailleurs pas médicalement ou techniquement", selon le CCNE.
Quant à une greffe partielle reconstituant par exemple le triangle bouche-nez, elle "relève encore du domaine de la recherche et de l'expérimentation à haut risque", pour le CCNE. "Elle ne saurait être présentée comme un solution prochaine accessible et idéale pour les douloureux problèmes des altérations du visage".
Dans l'hypothèse même "où surgirait la possibilité d'une telle greffe, l'idée même du consentement informé du patient est illusoire", a estimé le CCNE, soulignant que "l'échec peut être une aggravation de la situation" du patient.

S'approprier la face d'un autre

L'idée de la greffe du visage avait été mise sur la place publique en juillet dernier dans la revue médicale britannique The Lancet dans un article cosigné par le chirurgien britannique Paul Butler. Egalement prête à s'engager dans cette nouvelle voie une équipe de l'hôpital Henri-Mondor (Créteil, Val-de-Marne).
Cette transplantation s'adresserait à ceux dont le visage gravement mutilé ne pourrait être réparé à l'aide d'éléments pris sur leur propre corps (auto-transplantation).
Le professeur Laurent Lantieri d'Henri Mondor a même ciblé un candidat receveur "intéressé" parmi une dizaine de grands mutilés du visage et envisage d'entamer "dans les prochains mois", en partenariat avec l'Établissement français des greffes, une étude clinique comprenant cinq transplantations de face, indiquait mi février Le Figaro dans un long développement sur cette greffe d'un genre nouveau, car s'approprier la face d'un autre n'est pas évident, même si la réparation n'aboutira probablement pas à donner au malade exactement l'allure du mort.
Autre problème, il faudra couvrir par un masque acceptable le défunt donneur. Sans compter les risques de rejet et, à plus long terme, les craintes concernant des risques de cancérisation liés aux traitements immunosuppresseurs.

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greffes de la face : "Le receveur ne se retrouvera pas avec le visage du donneur"

2 mars 2004, Libération

C'est aujourd'hui que le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) rendra son avis sur les greffes totales ou partielles de visage. Il "s'est attaché dans cet avis aux questions éthiques liées aux possibilités de reconstruction du visage en cas de défigurations consécutives à un accident, brûlure, explosion ou maladie, et non à la chirurgie esthétique qui vise à l'amélioration de l'apparence physique sans traumatisme ou maladie initiale", tient-il à préciser.

Chirurgien, chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital Henri-Mondor (Créteil), le Pr Laurent Lantieri a saisi le comité d'éthique le 19 février 2002 sur la question des transplantations de visage.

Quand est née l'idée de telles greffes ?

L'idée est très ancienne, mais l'intervention n'est devenue envisageable qu'à partir de la première transplantation de main, en 1998. Jusque-là, on pensait que la peau était la barrière immunologique ultime, qu'on ne pouvait franchir. Depuis, des greffes de main ont été pratiquées une quarantaine de fois ; et en dehors du premier patient, qui avait arrêté son traitement immunosuppresseur, il n'y a pas eu de rejet. Le problème immunologique étant dépassé, grâce aux nouvelles molécules, on pouvait penser à d'autres greffes composites (comprenant plusieurs tissus différents Ñ muscles, os, nerfs, peau... ­ ndlr). Je me suis penché sur la question en pensant aux patients dont on ne parvenait pas à reconstruire le visage. Fin 2001, j'ai rédigé un rapport pour poser la question au comité d'éthique. Parallèlement, mon équipe a commencé à s'entraîner sur des cadavres il y a plusieurs mois.

Pourquoi demander une "autorisation" ?

Parce que ces transplantations soulèvent des questions éthiques importantes, du côté du receveur, du donneur, et surtout de la société. Pour le receveur, c'est d'abord, comme dans le cas des greffes de main, le problème de donner des immunosuppresseurs à vie pour une pathologie non vitale. Les effets secondaires peuvent être sévères. En cas de complication inacceptable, il faut prévoir une "détransplantation" ; or ce n'est pas possible au niveau du visage. Quant à l'impact psychologique, ces patients vivent de toute façon un calvaire. Après des dizaines d'autogreffes, certains sont toujours obligés de mettre un masque pour sortir. J'ai ainsi un malade qui a été opéré 45 fois. A chaque fois, l'intervention comporte des risques : septiques, hémorragiques...

Est-ce plus éthique que d'envisager une allogreffe ?

Ce n'est pas comme dans le film Volte-Face, le receveur ne se retrouve pas avec le visage du donneur ; il s'agit d'une reconstruction faciale. Du côté du donneur, le problème n'est pas tant médical que de trouver un moyen de rendre rapidement son corps à la famille après le prélèvement de visage. C'est nécessaire pour le travail de deuil. Nous travaillons sur un système de masques en latex, bien que pour l'instant ce ne soit pas satisfaisant. Le gros problème éthique est cependant vis-à-vis de la population. Il ne faudrait pas que la crainte des greffes de face aboutisse à un rejet massif de la notion de transplantation. Nous voulons travailler dans un cadre ; si le CCNE nous dit que cette intervention n'est pas éthique, nous ne nous lancerons pas. S'il pose des conditions, nous les respecterons.

Au moins deux équipes, l'une britannique, l'autre américaine, sont aussi sur les starting-blocks. N'avez-vous pas peur de vous faire griller ?

Si c'était une course, quelqu'un l'aurait déjà fait. En 1999, Brian Mack, l'un des chirurgiens américains, m'avait dit: "On le fait dans six mois." Nous sommes en 2004 et il n'y a toujours rien. On est techniquement prêts, mais on se pose des questions. En Angleterre, le collège royal des chirurgiens vient de mettre son veto. Il considère que ces greffes sont prématurées parce qu'on ne connaît pas leurs conséquences psychologiques et leurs complications. Je trouve leur position régressive, c'est du même niveau que de dire à une femme de s'accepter avec une mastectomie. Par ailleurs, je ne crois pas qu'il faille s'adresser à des chirurgiens pour une question éthique.

Techniquement, en quoi consistent ces greffes ?

Il s'agit de greffes composites, avec de la peau, des muscles, des artères, des nerfs et éventuellement de l'os... Pour quelqu'un qui maîtrise la microchirurgie, c'est relativement facile. On peut envisager trois types d'intervention : des reconstructions complètes de la face ; des reconstructions partielles (par exemple pour les traumatismes par balle) ; et des transplantations complexes de scalp (après arrachement du cuir chevelu par une machine). Il faut savoir qu'il y a déjà eu des réimplantations complètes de visage (sur la même personne, ndlr), une en Inde, une aux Etats-Unis. Par ailleurs, il a presque 20 ans que l'américain Buncke a réussi une greffe de scalp entre deux vrais jumeaux (en 1986, ndlr). Les dissections que nous pratiquons sur cadavre depuis quelques mois ne posent pas de problème particulier, et nous avons fait plusieurs réimplantations.

Combien de patients pourraient en bénéficier ?

Elles peuvent s'adresser aux cas exceptionnels mais dramatiques : de grandes brûlures, accidents, importantes malformations ou tumeurs de la face... J'ai fait une enquête auprès des 20 grands services français de grands brûlés et de chirurgie plastique. Une dizaine m'ont répondu, ils voient chacun environ un cas chaque année. Il y a donc au total au moins 10 à 15 nouveaux cas par an. Les autogreffes actuelles, faites avec la peau du dos, nécessitent des opérations à répétition. Le patient peut ainsi parler et manger, mais esthétiquement, on n'obtient qu'une sorte de masque, sans mobilité.

Par Sandrine CABUT

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Bientôt à l'essai chez l'homme : un traitement pour la polykystose rénale

2 mars 2004, le Quotidien du Médecin

Un antagoniste du récepteur de la vasopressineV2 (Rvpv2) ralentit considérablement la progression de la polykystose rénale chez l'animal. Des essais cliniques ne devraient pas tarder, d'autant que ce type d'antagonistes, déjà évalué en phaseIII dans d'autres pathologies, est bien toléré.

" Puisque ces médicaments ciblent sélectivement des récepteurs spécifiques sur les cellules rénales et court-circuitent d'autres organes, cela les rend relativement non toxiques et majore leur valeur comme traitement potentiel de la maladie polykystique des reins ", observe le Dr Vicente Torres, de la Mayo Clinic à Rochester (Minnesota), qui a dirigé ces travaux.

La polykystose rénale héréditaire, caractérisée par le développement de nombreux kystes liquidiens dans les deux reins, est une cause majeure d'insuffisance rénale chez les enfants et les adultes. La forme autosomique dominante est la plus courante (90 % des cas), affectant 12,5 millions d'individus dans le monde. Les symptômes (douleurs, hématurie, hypertension, infection urinaire) apparaissent généralement entre 30 et 40 ans, mais peuvent débuter dès l'enfance. La forme autosomique récessive, plus rare, débute in utero ou dans les premiers mois de la vie. Il n'existe actuellement aucun traitement efficace.

De récentes études ont montré que l'AMP cyclique joue un rôle central dans le développement des kystes, en stimulant la prolifération de l'épithélium kystique et la sécrétion liquidienne. Les kystes sont principalement dérivés des tubes collecteurs.
On sait aussi que la forme autosomique dominante est liée à deux gènes - PKD1 et PKD2 (PDK étant l'acronyme de Polycystic Kidney Disease) - qui codent pour deux protéines d'un complexe régulant le calcium intracellulaire. Les taux accrus d'AMPc pourraient peut-être découler de cette anomalie calcique intracellulaire.
Dans les reins normaux, l'AMPc stimule la réabsorption de l'eau dans les tubes collecteurs.

L'OPC31260, évalué par des chercheurs de la Mayo Clinic et de l'université médicale d'Indiana (Indianapolis), est un antagoniste du récepteur de la vasopressine V2 (RVPV2), lequel est le principal agoniste de l'AMPc dans le tube collecteur.
L'équipe a récemment montré son efficacité dans deux modèles de polykystose rénale autosomique récessive chez le rat et la souris.
L'évaluation présente a été menée dans un modèle de polykystose autosomique dominante chez la souris (Pkd2-/tm1Som), qui développe des kystes dans les trois premiers mois.
Ces souris ont été traitées oralement par OPC31260 à un âge compris entre la 3e et la 16e semaine. Ce traitement réduit considérablement les taux d'AMPc rénaux et corrigent la surexpression d'aquaporine 2 et de VPV2R. Il ralentit aussi considérablement le développement de la maladie (nombre des kystes et fibrose), prévient l'élargissement du rein et protège la fonction rénale.

Si l'effet de ce traitement est similaire chez l'homme, il pourrait retarder le besoin de dialyse et de transplantation rénale chez les patients affectés de polykystose rénale autosomique dominante.

" Des essais cliniques d'antagonistes du récepteur de la vasopressine V2 (RVPV2) semblent donc appropriés dans la polykystose rénale autosomique dominante ", concluent les chercheurs. Plusieurs de ces antagonistes sont déjà évalués dans des essais de phase III pour l'hyponatrémie et la rétention d'eau associée à l'insuffisance cardiaque congestive et la cirrhose.

Dr VERONIQUE NGUYEN

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La greffe de visage entre mythe et réalité

19 février 2004, Le Quotidien du Médecin

Pour le Dr François Petit, chirurgien plasticien à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil) « même si le Comité national d'éthique donne un avis favorable, il reste des obstacles techniques avant d'imaginer pouvoir greffer des visages ».

L'AVIS DU COMITÉ national d'éthique sur les « greffes de tissus composites et de visage » devrait être rendu au début du mois de mars. Mais la question d'une éventuelle première de greffe de visage est déjà posée par le Pr Laurent Lantiéri dans un article publié le 17 février 2004 par « le Figaro ».
Ce sujet avait déjà été soulevé en 2002 (« le Quotidien » du 3 décembre 2002) à la suite de la publication par une équipe britannique d'un article dans « The Lancet ». A cette époque, le chirurgien britannique avançait qu'il s'agissait d'une question de mois. La suite des événements lui a donné tort.
En janvier 2003, le Dr François Petit, de l'équipe de chirurgie plastique et reconstructrice de l'hôpital Henri-Mondor, à Créteil, expliquait au « Quotidien » (26 janvier 2003) qu'un rapport avait été soumis au Comité national d'éthique afin d'envisager ce type de greffes dans des cas très particuliers de malformations, dans le cadre de traitements carcinologiques ou, enfin, chez des sujets ayant subi des traumatismes majeurs (brûlures, par exemple). Il semblerait que cet organisme, sollicité pour « savoir s'il est éthiquement convenable d'effectuer ce type d'intervention au niveau de la face et de mettre en place les bases d'une réflexion sur les problèmes que peuvent poser les reconstructions de l'image du corps », soit enfin prêt à émettre un avis.

Dissections sur cadavres.

Pour le Dr François Petit, membre de l'équipe de l'hôpital Henri-Mondor, et auteur d'un article à paraître en avril dans une revue spécialisée de chirurgie réparatrice, « des dissections sur cadavres sont actuellement réalisées à but d'expérience, mais il ne faut pas pour autant conclure que les greffes de visage pourraient être techniquement réalisables dans les mois qui viennent. Actuellement, nous ne disposons pas de données scientifiques qui vont dans ce sens. En janvier 2003, une greffe mandibulaire a été tentée mais l'os utilisé était irradié, donc non vascularisé. En juillet 2003, une équipe autrichienne aurait tenté une allogreffe de langue mais aucune publication n'est venu confirmer cette rumeur ».
Par ailleurs, la question du résultat esthétique, fonctionnel et psychologique d'une telle greffe reste posée. En outre, « pour qu'une telle greffe soit considérée comme réussie, quels critères doit-on choisir ? La réinsertion dans la société - critère difficile à prédire - ne doit-elle pas être l'élément primordial ? », demande le Dr Petit. Enfin, la réaction du grand public face à une telle annonce doit être prise en compte. « La course à l'annonce d'une première mondiale ne risque-t-elle pas de nuire à l'ensemble du travail actuellement en cours sur les allotransplantations ? »
Dans ces conditions, on ne peut pas dire que la greffe du visage est réellement envisageable à court terme. Pour le Dr Petit, « un protocole est en cours d'élaboration à l'hôpital Henri-Mondor. La toute première intervention doit être uniquement guidée par des motivations médicales. Le facteur de la réussite passe par la convergence de la bonne technique, de la bonne équipe, de la bonne indication et du bon moment opératoire. Les chirurgiens doivent avoir le droit de réaliser cette opération mais ils ont aussi une obligation de résultat ».

Un « troisième visage ».

Plusieurs équipes dans le monde travaillent déjà sur ce sujet et, en décembre 2003, celle du Pr Warren Breidenbach de Louisville - qui avait pratiqué la première greffe de mains aux Etats-Unis - a présenté un travail original au cours du congrès sur les allogreffes de mains et de tissus composites qui a eu lieu à Bruxelles.
Les investigateurs ont tenté de répondre à la question : quel serait l'aspect visuel et esthétique d'un visage greffé ? Pour cela, ils ont prélevé le masque facial (tissus cutanés et sous-cutanés exclusivement) de 20 cadavres et ils les ont placés sur des faces après ablation du tissu facial. Le nouveau visage possédait des similarités avec celui du donneur et celui du receveur. Néanmoins, il était doté de particularités propres qui en faisaient un « troisième visage ».
Pour le Dr Bernard Cornette de Saint Cyr, chirurgien plasticien à la clinique esthétique Spontini, à Paris, « il s'agit là d'un concept totalement différent de ce qui est vécu habituellement en chirurgie esthétique : greffer un visage pourrait permettre à certains patients totalement défigurés de retrouver un organe de communication et de vie sociale et non d'améliorer l'aspect esthétique d'un visage. Le résultat de l'intervention en termes visuels sera fonction des tissus greffés : dans le cas le plus extrême, il est imaginable que l'ensemble os-tissus cellulo-graisseux-muscle-peau-graisse sous-cutanée soit greffé et, dans ces conditions, le visage sera tout à fait semblable à celui du donneur, alors que si seul le masque facial est greffé, son aspect sera influencé par les reliefs osseux et cartilagineux du receveur ».

Dr ISABELLE CATALA

L'article « Facial transplantation: where do we stand ? », du Dr François Petit sera publié en avril par la revue « Plastic and reconstructive surgery ».

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Greffe de visage : les chirurgiens sont prêts

17 février 2004, Le Figaro

Trois équipes, dont une française, sont sur les rangs pour tenter prochainement cette dérangeante première mondiale

Prélever la face d'un cadavre pour la greffer sur un patient gravement défiguré : c'est la sidérante opération que trois chirurgiens se disent aujourd'hui prêts à tenter. L'un d'eux est français. Basé à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), Laurent Lantieri vient même de cibler un candidat receveur «intéressé» parmi une dizaine de grands mutilés du visage. Et il envisage d'entamer «dans les prochains mois», en partenariat avec l'Établissement français des greffes, une étude clinique comprenant cinq transplantations de face. Les «sages» du Comité national consultatif d'éthique (CCNE), qui planchent depuis près de deux ans sur ce projet, doivent rendre un avis le 2 mars prochain.

Constituée de quatre médecins, d'un interne et de deux assistants, la petite équipe du professeur Laurent Lantieri a discrètement débuté ses travaux pratiques «il y a quelques mois», à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Au programme, des exercices de dissections consistant à prélever tout ou partie d'une face – peau, chair, muscles, nerfs et éventuellement os – sur un cadavre pour la greffer sur un autre. Façon de se familiariser avec une technique complexe et ainsi d'être préparés, «le jour où un patient nécessitant une telle intervention viendra nous trouver». Car s'il se défend d'être engagé dans une course contre ses deux rivaux, le Britannique Peter Butler et l'Américain John Barker, Laurent Lantieri assure qu'il est désormais prêt à tenter l'opération.

Il faut dire que les progrès de la microchirurgie et de l'immunologie, récemment attestés par de spectaculaires «premières» – greffes de mains, de mandibule ou de langue, notamment –, amènent bon nombre de chirurgiens reconstructeurs à penser que la discipline est mûre pour tenter une première transplantation de face. «Si l'on peut avoir des réserves sur plusieurs aspects du projet, notamment sur le plan éthique, le volet technique ne devrait pas poser de problème majeur», estime ainsi le professeur Jean-Marie Servant, chef du service de chirurgie plastique à l'hôpital Saint-Louis (Paris). De même, le docteur Bradon Wilhelmi (Institut de chirurgie plastique de Springfield, aux États-Unis), qui a récemment pratiqué la replantation d'un scalp et d'une face avulsés (1) sur une accidentée de 21 ans – la première de ce type avait été réalisée en Inde sur une fillette, en 1998 –, l'assure : «Techniquement, cela devrait fonctionner.»

La chirurgie a acquis, ces trente dernières années, la capacité de «réparer» des visages terriblement mutilés en utilisant des tissus prélevés sur d'autres parties du corps blessé, notamment le dos. «Le problème, assure Laurent Lantieri, c'est que dans de très rares cas de carbonisation, de traumatisme balistique ou de grave malformation génétique, nous échouons à redonner un visage humain au patient défiguré. Certains patients se voyant ainsi condamner à poursuivre une vie de cauchemar, éternellement cachés derrière un masque.»

Depuis quelques semaines, l'entreprenant médecin s'est ainsi lancé dans une vaste enquête auprès des services français de chirurgie plastique et maxillo-faciale ainsi que des unités qui prennent en charge des grands brûlés, afin de recenser les malades pour lesquels les techniques plus classiques n'ont pas apporté de résultat satisfaisant. «Par ailleurs, les rumeurs circulant autour de ce projet d'allogreffe ont très récemment conduit des chefs de service à faire circuler, pour avis, les dossiers de quelques patients chez des confrères parisiens», indique un chirurgien de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Bref, la tension monte autour d'une idée dont Laurent Lantieri accepte désormais de confier les grandes lignes : «Il s'agirait de transplanter, sur un sujet pour lequel l'autogreffe ne donnerait pas de bons résultats, une face prélevée sur un donneur mort – la suture des artères et des nerfs faciaux étant désormais du domaine du possible.»

L'effervescence actuelle ne suffit toutefois pas à masquer les importants problèmes soulevés par ce défi médical. D'une part sur le plan immunologique : comme toute transplantation de tissus cutanés étrangers, la greffe d'une face devra être assortie d'un traitement antirejet permanent et potentiellement cancérigène, qui, pour autant, n'offrira pas de garantie absolue au receveur. «Or, le rejet de sa nouvelle face par l'organisme du donneur est une perspective autrement plus atroce que le rejet d'une greffe de main – qu'il entraîne ou non son décès», prévient Jean-Marie Servant.

Sur un plan éthique, les difficultés ne sont pas moindres. D'une part parce que la greffe de face met fin au principe du don d'organe anonyme – nul ne sait aujourd'hui quelle sera l'apparence du greffé après opération, même si des modèles informatiques laissent penser qu'elle ne sera conforme ni à la sienne avant l'accident, ni à celle du disparu. Mais surtout parce que le prélèvement d'une face sur un individu mort depuis quelques heures à peine, avant que ses proches aient pu lui faire leurs adieux, semble difficilement compatible avec l'accomplissement du deuil.

«C'est pour cette raison que nous avons sollicité le Comité d'éthique, prévient Laurent Lantieri. Car si nous avons une solution – il s'agirait de couvrir le visage du défunt d'un masque de latex très ressemblant –, nous ne voulons pas entreprendre cette opération sans avoir recueilli l'avis des Sages et, plus largement, de la société dans son ensemble.» La façon dont l'opinion publique accueillera ce projet ne devrait, en effet, laisser personne indifférent.

En Grande-Bretagne, l'Académie de chirurgie a rendu en novembre dernier un avis pour le moins réservé sur le sujet, jugeant la mise en oeuvre d'une greffe de face «prématurée» faute d'avoir pris pleinement en considération «l'impact psychologique d'une telle opération tant sur le donneur que sur le receveur». Il n'empêche : Peter Butler (Royal Free Hospital de Londres) assure dorénavant être dans les «starting-blocks». De même que John Barker (université de Louisville, Kentucky) qui affirme, lui, «ne plus voir d'obstacle».

(1) Avulsé : retourné. Annals of Plastic Surgery, mai 2003.


Les implications éthiques évoquées par une psychologue de l'hôpital Cochin, spécialiste des mutilés
Jocelyne Magne : «Pourquoi refuser a priori une telle opération ?»
Psychologue clinicienne, Jocelyne Magne exerce dans le service des brûlés de l'hôpital Cochin où elle suit des patients gravement défigurés.
Propos recueillis par C. L.

LE FIGARO. – En quoi les mutilations de la face sont-elles plus difficiles à assumer que d'autres types de blessures ?
Jocelyne MAGNE. – Le visage est une partie du corps complètement à part, dans la mesure où il fonde l'identité d'un individu. Pendant son enfance, l'être humain construit une représentation de son «moi» basé à la fois sur l'image que lui renvoie le miroir et sur la perception sensorielle qu'il a de son propre corps. S'il se trouve défiguré, cette double représentation vole en éclats et le blessé devient subitement méconnaissable tant pour lui même que pour les autres. Débute alors une période difficile qui peut être marquée par des troubles du comportement, des épisodes dépressifs, des manifestations d'agressivité. Il est en outre fréquent que le regard de l'autre soit vécu comme une persécution, ce qui peut amener le patient à saborder sa relation avec son entourage.

Comment peut-il s'en sortir ?
L'enjeu, pour le blessé, est de faire le deuil de l'identité perdue et de s'approprier son nouveau visage – quel qu'il soit – avec l'aide d'un psychologue et, si possible, de son entourage. En évitant l'écueil qui consiste à penser que la chirurgie réparatrice permettra au patient de retrouver son apparence d'avant l'accident. Quels que soient les progrès réalisés par cette discipline, celle-ci ne parvient le plus souvent qu'à atténuer une défiguration.

Dans ces conditions, peut-on imaginer que la greffe de face constitue, pour les personnes les plus gravement défigurées, une alternative envisageable ?
On ne pourra vraiment le dire qu'avec du recul, mais pourquoi refuser a priori une telle opération ? Certes, l'idée de «porter» le visage d'une personne décédée peut à première vue sembler intolérable. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer les ressources et les capacités d'adaptation de l'être humain, lorsqu'il est confronté à la mort ou à une grande souffrance. L'important sera, le cas échéant, que cette opération soit conçue comme absolument indispensable à la fois par le corps médical, par la société et surtout par le patient.

Pourquoi ?
Une telle greffe aurait probablement le pire effet si elle devait être perçue comme le résultat d'un monstrueux caprice, d'une exigence purement esthétique. Et le patient en serait la première victime : l'expérience acquise avec les greffes de coeur ou de poumon enseigne en effet qu'un malade convaincu de ne pas avoir d'autre solution s'approprie beaucoup plus facilement son nouvel organe qu'un patient persuadé de pouvoir s'en sortir autrement. Chez ce dernier, le sentiment de culpabilité vis-à-vis du donneur se révèle en effet souvent très prononcé. Et d'autant plus difficile à surmonter que la prise régulière du traitement antirejet vient sans cesse lui rappeler que le greffon provient d'un organisme étranger. C'est pourquoi il paraîtrait indispensable, si une greffe de visage devait un jour être tentée, de procéder auparavant à une évaluation rigoureuse des attentes du receveur.


Le soutien des «Gueules cassées»

La recherche menée par l'équipe de Henri-Mondor fait partie des quinze projets financés, depuis 2003, par la fondation des «Gueules cassées» pour un montant total de 315 000 €. Émanation d'une association fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale pour en perpétuer le souvenir et venir en aide aux blessés de la face, cette structure est aujourd'hui actionnaire à 10% de la Française des jeux. «Notre vocation reste de venir en aide à tous les mutilés du visage qui, comme les blessés de la Grande Guerre, ont vécu l'expérience terrible de se sentir trop monstrueux pour continuer à vivre, explique André Matzneff, conseiller auprès du président de la fondation. C'est pourquoi nous organisons chaque année un appel d'offres afin de soutenir les projets susceptibles de servir les progrès de la chirurgie du crâne, de la mâchoire et de la face.»

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Un pas vers le clonage thérapeutique appliqué à la transplantation

13 février 2004, Reuters

Des scientifiques sud-coréens ont annoncé avoir cloné plusieurs embryons humains et être parvenus à extraire de l'un d'entre eux une cellule souche, mais les spécialistes estiment que les applications thérapeutiques issues de ces recherches sont encore très éloignées.

L'équipe de recherche coréenne ne cherchait pas à cloner un être humain mais travaillait sur la technique du clonage thérapeutique.

Dans le principe, cette technique consiste à prélever un petit morceau de peau ou un peu de sang à un patient et à l'utiliser pour développer des tissus, organes ou groupes de cellules correspondant.

Cette technique pourrait, en théorie, être utilisée pour le traitement des diabètes en remplaçant les cellules du pancréas atteintes, de maladies neurologiques comme les maladies d'Alzheimer ou de Parkinson ou encore d'affections graves de la moelle épinière.

"Notre approche ouvre la voie à l'utilisation de ces cellules spécialement développées dans la médecine de transplantation" a indiqué dans un communiqué Woo Suk Hwang, de l'Université nationale de Séoul, qui a dirigé cette étude.

Hwang et ses collègues doivent tenir une conférence de presse ultérieurement dans la journée de jeudi pour détailler leur expérience.

Dans un article publié par Science, ils ont décrit comment ils ont créé plusieurs clones en utilisant des ovaires et des cellules de cumulus données par des femmes coréennes.

Les cellules de cumulus se trouvent dans les ovaires, et dans certains cas, ont particulièrement bien répondu aux tentatives de clonage.

Les chercheurs ont retiré le noyau des cellules de l'oeuf et les ont remplacé par le noyau des cellules de cumulus. Le noyau contient 99% de l'ADN d'un individu.

Ils ont ensuite provoqué une réaction chimique pour provoquer la croissance de l'oeuf comme s'il avait été fertilisé par du sperme.

L'équipe coréenne est parvenue à obtenir des cellules souche d'un seul des 30 blastocystes - les cellules souche prélevés sur un embryon de quelques jours - qu'ils ont développé dans le cadre de leur expérience. Ils ne savent pas pourquoi.

Mais les cellules souche ainsi obtenu se sont développées sous la forme de différents types de tissu, notamment des muscles et du cartilage.

Les cellules souche sont présentes dans tout le corps. Mais, à l'âge adulte, les cellules souche sont difficiles à trouver et à manipuler.

De nombreux scientifiques considèrent que les blastocystes offrent les potentialités les plus grandes. Chacun d'entre eux, s'il est développé correctement, peut être utilisé pour produire n'importe quel type de cellule ou de tissu.

Le docteur Robert Lanza, de l'Advanced Cell Technology de Worcester dans le Massachusetts, qui a revendiqué la production d'embryon humain sans avoir pu extraire de cellule souche, juge que le processus est compliqué et qu'il faudra des années pour le perfectionner.

"On sait que c'est faisable" a déclaré Lanza au cours d'un entretien téléphonique. "Mais ce n'est pas facile".

Pour Neal First, un spécialiste du clonage animal à l'Université du Wisconsin, les difficultés rencontrées par l'équipe coréenne jettent le doute sur la facilité avec laquelle il serait possible de créer un bébé humain par clonage reproductif.

Pour en savoir plus : voir le dossier de Renaloo! sur l'organo-génèse et le clonage thérapeutique

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Novartis demande l'autorisation de mise sur le marché européen d'un nouvel immunosuppresseur

12 février 2004, Firstinvest

Novartis attaque son concurrent helvétique Roche de plein front sur le domaine des médicaments anti-rejet après transplantation d’organes. Aujourd’hui, le groupe a transmis auprès de l’Agence européenne d’évaluation des médicaments un dossier de mise sur le marché du Myfortic.

Les patients qui subissent une greffe ont l’habitude de prendre des médicaments anti-rejets afin d’empêcher un rejet de l’organe greffé. Ils suivent ce traitement généralement pour le reste de leur vie dans le but d’éviter des problèmes à long terme.

Dans ce domaine thérapeutique, c’est Roche qui est le leader mondial, avec le CellCept, dont les ventes ont atteint 1,34 milliard de francs suisses l’an passé. Le Myfortic de Novartis agit selon le même procédé que le CellCept mais produirait moins d’effets secondaires, selon diverses études.

En complément : un extrait du communiqué de presse de Novartis au sujet du Myfortic

Myfortic est une formulation spécialement étudiée du sel de sodium de l’acidemycophénolique (MPA), un immunosuppresseur clé, utilisé en transplantation dans lestraitements associés à Neoral®. Le traitement complémentaire avec des agents contenantdu MPA est l’option standard pour plus de 70% des nouveaux cas de transplantation rénale (que l’on estime à environ 40 000 par an à l’échelle mondiale).

L’emploi de la seuleformulation de MPA sur le marché pour la transplantation, le mycophénolate mofétil (MMF), est malheureusement grevé d’incertitudes dues à la nécessité de modifier les doses, voire d’arrêter le traitement (effets indésirables gastro-intestinaux). Les fréquents changements de dosage du MPA ont des répercussions négatives sur les résultats du traitement, notamment une plus forte incidence de perte du greffon chez le patient transplanté.

Myfortic se présente sous la forme de comprimés gastro-résistants d’un nouveau type, spécialement mis au point pour protéger les voies digestives supérieures des effets indésirables connus du MPA.

Une meilleure tolérance gastro-intestinale devrait permettrede réduire la fréquence des réductions de posologie ou des arrêts de traitement. Deux études cliniques clés, incluant 748 patients au plan mondial, ont démontré que la formulation gastro-résistante de Myfortic a un effet immunosuppresseur puissant et qu’elle est bien tolérée chez les patients ayant bénéficié d’une première greffe rénale. On a constaté aussi que des patients transplantés, préalablement traités avec d’autres produits contenant du MPA, pouvaient changer de traitement et passer à Myfortic sans risque. Des réductions posologiques moins fréquentes pour intolérance gastro-intestinale et une moindre incidence d’infections graves, indiquent que Myfortic pourrait devenir un agent du plus grand intérêt dans l’éventail des schémas thérapeutiques d’immunosuppression.

Anthony Rosenberg, Directeur mondial de l’Unité d’affaires Transplantation chez Novartis Pharma SA a déclaré à ce propos : « Voilà une excellente nouvelle pour les patients transplantés. En effet, Myfortic présente l’efficacité du MPA tout en offrant la perspective de réduire la fréquence de certains des effets non souhaités qui altèrent considérablement la qualité de vie des patients et peuvent même, à terme, compromettre le traitement. Myfortic sera un élément précieux dans le portefeuille transplantation de Novartis dont les produits bénéficient à des dizaines de milliers de patients. »

L’équipe de spécialistes en transplantation et immunologie de chez Novartis se consacre audéveloppement d’une gamme innovante de médicaments pour la prévention du rejet de greffe, afin d’élargir au maximum la palette des produits disponibles et de conforter la position de leader mondial de Novartis en médecine de transplantation

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L’insuffisance rénale en prévention

11 février 2004, seniorplanet.fr

Dialyse rénale, greffe de reins, deux options thérapeutiques de l’insuffisance rénale terminale qui pourrait, dans bien des cas, être retardée, voire évitée. Prévention et traitement de l’insuffisance rénale chronique avec le Professeur Michel Olmer, néphrologue à Marseille.

Quand les reins filtrent mal

Qu’est-ce que l’insuffisance rénale chronique ? "Les reins ont pour fonction de filtrer le sang pour éliminer les produits toxiques de l’organisme, mais aussi de réguler les quantités d’eau en éliminant l’excédent d’eau de l’organisme", explique le Professeur Olmer, auteur d’un fascicule sur "Vivre avec une maladie des reins"*. Sachez qu'aujourd'hui, 45 000 personnes en France en souffrent au quotidien, et 7 000 de plus chaque année.

Ainsi, quand les reins filtrent mal, les toxines s’accumulent dans le sang (urée, créatinine, acide urique, etc.) et l’eau est retenue en excès dans l’organisme. Conséquences : des œdèmes peuvent survenir et la tension artérielle s’élève. Ce sont souvent, avec la fatigue, les premiers signes de l’insuffisance rénale chronique (IRC).

"Si un bilan médical n’est pas réalisé lors de ces premiers signes, d’autres symptômes vont apparaître plus tardivement, souvent à un stade avancé de la maladie : nausées, crampes, amaigrissement, démangeaisons cutanées", prévient le Pr Olmer.

Faut-il pour autant s’affoler à la moindre fatigue ou au moindre trouble digestif ? Non, car les sujets à risque d’insuffisance rénale se recrutent surtout parmi les patients diabétiques et/ou hypertendus (quand leur maladie est mal équilibrée), ou chez ceux qui souffrent d’infections chroniques des voies urinaires.

Certaines maladies plus rares peuvent aussi conduire à une insuffisance rénale : inflammation chronique des reins (glomérulonéphrite), survenue de nombreux kystes à l’intérieur du rein (polykystose rénale), ou des maladies d’origine immunologique (lupus érythémateux, purpura rhumatoïde).

"En présence de telles pathologies chroniques, les patients doivent faire l’objet d’une surveillance rénale régulière pour dépister ou évaluer une insuffisance rénale débutante", poursuit le Pr Olmer. Enfin, l’âge est, en lui-même, un facteur de risque de l’IRC puisque 25 % des plus de 65 ans en souffrent, parfois sans le savoir.

Le dépistage de l’IRC est bien sûr un élément fondamental de la prévention. "Mais, les circonstances de découverte d’une IRC sont parfois fortuites, en présence de sang ou d’albumine dans les urines, lors d’un examen sur bandelettes à la médecine du travail, par exemple", explique le Pr Olmer.

Aussi, en présence d’une IRC, un bilan biologique sera réalisé pour évaluer le degré de l’insuffisance rénale et rechercher une pathologie sous-jacente (diabète, hypertension artérielle, etc.). Outre le traitement de la cause potentielle, il est possible de prévenir l’aggravation de l’IRC par un certain nombre de mesures hygiéno-diététiques et de traitements.

"L’adaptation alimentaire à la fonction rénale est un facteur de prévention de l’IRC", affirme le Pr Olmer qui recommande, en particulier, de diminuer l’apport en protéines (viandes). Par ailleurs, l’arrêt du tabac est fermement conseillé, car l’intoxication tabagique accélère la progression de l’insuffisance rénale.

Mais, il faut être vigilant aussi sur les médicaments prescrits pour d’autres pathologies qui peuvent être toxiques pour les reins (certains antibiotiques, anti-inflammatoires, lithium, etc.). Enfin, un certain nombre de traitements, comme celui de l’hypertension, de l’anémie ou des carences en calcium (souvent associées à l’IRC), agiront sur les conséquences de l’IRC et freineront son évolution.

En présence d’une insuffisance rénale débutante, plusieurs conseils diététiques peuvent être donnés :
- Eviter les excès de protéines, même si une restriction sévère n’est pas nécessaire au début d’une insuffisance rénale.
- Boire normalement entre 1,5 litres à 2 litres d’eau par jour, mais ne pas augmenter les quantités de liquides au-delà car le rein risque de ne pas pouvoir éliminer le surplus.
- Manger des sucres lents (pain, riz, pâtes, pommes de terre) en quantité plus importante (sauf en cas de diabète).
- Préférer les huiles végétales pour la prévention cardio-vasculaire.
- Réduire les apports en potassium (chocolat, légumes et fruits secs, banane), difficile à éliminer par les reins quand ils sont malades.
- Limiter les apports en sel sans les supprimer complètement. Les sels de régime sont interdits car ils contiennent du potassium.

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Nouvelle tarification des activités de greffe en France

10 février 2004, Afidtn

La circulaire relative à la campagne budgétaire pour 2004 des établissements financés par dotation globale fixe les tarifs par groupe homogène de séjour (GHS) pour les activités de transplantation d'organes ainsi que le forfait pour la coordination des prélèvements, dans le cadre de l'entrée en vigueur de la tarification à l'activité (T2A).
Cinq tarifs sont fixés pour les activités de transplantation d'organes : foie (50.687,85 euros pour une durée de séjour comprise entre 7 et 114 jours) ; pancréas (28.947,16 euros pour une durée de séjour de 3 à 68 jours) ; poumons (62.767,76 euros pour une durée de 2 à 134 jours) ; coeur (74.052,21 euros pour une durée de 6 à 150 jours) ; reins (19.742,32 euros pour une durée de 5 à 55 jours).
Deux tarifs sont fixés pour les activités de greffes de cellules souches hématopoïétiques: allogreffes de CSH 64.030,08 euros pour une durée de séjour de 5 à 133 jours; autogreffes de CSH 19.001,43 euros pour une durée de 1 à 59 jours.
Pour chaque type de greffe, est également fixé un tarif par jour supplémentaire de séjour.
Les durées de séjour prises en compte dans le tarif (par exemple, pour les transplantations hépatiques, une borne basse de 7 jours et une borne haute de 114 jours) apparaissent très larges, un seul et même tarif s'appliquant donc à des situations très différentes, note-t-on.
Un tarif est également prévu pour le suivi des patients ayant bénéficié d'une greffe d'organes, baptisé "séjours de moins de 2 jours, sans acte opératoire de la CMD 27". Il est fixé à 989,48 euros.
En revanche, aucun tarif ne figure pour les greffes multi-organes.
La circulaire fixe également le forfait annuel de coordination des prélèvements, prévu dans le cadre des missions d'intérêt général et d'aides à la contractualisation (MIGAC).
Il est progressif en fonction de l'activité de prélèvement :
- 31.000 euros pour le prélèvement de tissus
- 140.000 euros pour le prélèvement de tissus et moins de 10 donneurs d'organes recensés (et/ou transferts de donneurs potentiels)
- 232.000 euros pour le prélèvement de tissus et entre 10 et 20 donneurs d'organes recensés
- 345.500 euros pour l'animation d'un réseau, au moins 30 cornées ou tissus prélevés et au moins 20 donneurs d'organes recensés
- 484.000 euros pour une mission d'étude clinique et de recueil d'information sur la greffe assurée en liaison avec l'EFG, l'animation d'un réseau, au moins 30 cornées ou tissus prélevés et au moins 20 donneurs d'organes recensés
Actuellement, des financements existent mais sur des bases variables, a indiqué à l'APM la directrice de l'Etablissement français des greffes (EFG), Carine Camby.
Certaines agences régionales de l'hospitalisation (ARH) ont attribué des crédits dans le cadre du plan greffes et des hôpitaux ont aussi, de leur propre chef, choisi de financer des postes de coordination.
"La création d'un forfait va pérenniser ces financements et les généraliser à tous les établissements. Elle est également une incitation à maintenir des moyens pour la coordination des prélèvements", a-t-elle estimé.
TARIF PAR DONNEUR PRELEVE : MAINTIEN DE LA TARIFICATION INTER-ETABLISSEMENT EN 2004
La T2A prévoit aussi la fixation d'un tarif national par donneur prélevé, quel que soit le nombre d'organes, comme le précisait le cahier des charges de la T2A, édité par la Mission tarification à l'activité en octobre 2003.
Cependant, pour l'année 2004, la facturation inter-établissement, sur la base du décret du 11 mai 2000, est maintenue. Ce décret prévoit que l'établissement préleveur facture à l'établissement transplanteur les frais de ce prélèvement, sur la base de sa comptabilité analytique. Ces financements sont hors dotation globale.
Ce délai va être utilisé pour abroger le décret de mai 2000 et déterminer le ou les tarifs par donneur prélevé, indique-t-on à l'EFG. En 2005, l'intégralité de l'activité de prélèvement passera sous le régime de la T2A, contrairement aux activités de transplantation qui basculeront progressivement.
Plusieurs cas de figure, suivant la complexité de l'opération, pourraient être pris en compte pour la détermination de ce tarif, notamment pour les cas de prélèvement d'un seul organe ou de plusieurs organes et s'il s'agit d'organes thoraciques ou non.
De même, des tarifs pour les prélèvement de tissus devraient être fixés, en distinguant si l'acte est fait au cours d'un prélèvement multi-organes ou s'il est effectué sur donneur décédé, à la morgue.

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Rugby: Jonah Lomu contraint à une transplantation

10 février 2004, Reuters

L'ancienne star du rugby néo-zélandais Jonah Lomu a révélé lundi qu'il serait sans doute condamné à se déplacer en fauteuil roulant s'il ne subit une transplantation rénale.
Lors d'un entretien accordé à une chaîne de télévision, l'ex-trois quart aile, âgé de 28 ans, a précisé que des démarches avaient été engagées auprès d'un donneur potentiel.

Selon le neurologue qui le suit, Jonah Lomu, dont la carrière a été perturbée depuis 1995 par des insuffisances rénales persistantes, pourrait perdre la faculté de ses jambes s'il ne subit pas cette intervention.

L'ailier surpuissant (1m96, 125 kg) et véloce (10"8 au 100 m) s'était révélé lors de la Coupe du monde de 1995, en Afrique du Sud. A 20 ans à peine, il avait marqué les esprits, assommant l'Angleterre en demi-finale par quatre essais.

Quatre ans plus tard, il avait été le meilleur marqueur d'essai de la Coupe du monde.

Originaire des îles Tonga, plus jeune Néo-Zélandais retenu en sélection nationale (à 19 ans en 1994), Jonah Lomu a revêtu à 63 reprises la tunique noire des All Blacks, inscrivant 37 essais.

Mais ses problèmes de santé ont lourdement perturbé la suite de sa carrière et Jonah Lomu n'a pas été retenu pour la dernière Coupe du monde, organisée en Australie.

Ses insuffisances rénales le contraignent à subir des dialyses six jours par semaine, et ce traitement a entraîné des troubles nerveux.

Mais l'ailier a indiqué lundi qu'il se refusait à abdiquer. "J'ai passé neuf bonnes années à jouer au rugby (...), mais je n'ai pas fini et donnerai tout pour rejouer", a-t-il dit.

En complément, l'article de l'Equipe du 10/02/2004 :

Un rein pour Lomu

Jonah Lomu, ailier des All Blacks néo-zélandais, doit se faire transplanter de toute urgence un rein s'il ne veut pas terminer sa vie sur une chaise roulante.

«Les spécialistes que j'ai consultés m'ont dit que le seul moyen pour moi de me sortir du problème que je subis actuellement est une transplantation», a-t-il déclaré.

Le joueur, qui a manqué la dernier Coupe du monde en Australie, à cause de sa maladie (grave néphrite, une maladie rénale congénitale), est toujours placé sous dialyse six nuits sur sept depuis juin dernier.

Celui qui était considéré comme le joueur le plus puissant de l'histoire du rugby, avec la robustesse d'un deuxième ligne (1,96 m, 125 kg) et courait à la vitesse d'un sprinteur (10"8 au 100 mètres) a aujourd'hui beaucoup de mal à se déplacer.

De nombreux Néo-Zélandais ont proposé d'offrir un de leurs reins au trois-quarts ailes des All Blacks. Mais Lomu ne veut pas de passe-droit, et a même déjà refusé des offres précédentes.

«Il est peu probable que Jonah transgresse ses règles éthiques pour ne pas faire la queue (comme les autres malades en attente d'un organe)», a précisé son manageur Phil Kingsley-Jones.

Le délai d'attente pourrait aller de trois à quatre ans. Ce délai est souvent assez long pour la population d'origine Maori car les donneurs polynésiens sont moins nombreux. Lomu est d'ascendance tonguienne.

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Comment la mère tolère son fœtus (et comment le transplanté pourrait tolérer son greffon...)

3 février 2004, le Quotidien du Médecin

Selon un nouveau travail, la grossesse induit une tolérance en accroissant le pool des cellules T régulatrices qui suppriment la réponse des cellules effectrices contre le fœtus. Cette découverte aura des répercussions pour les fausses couches, les stérilités, les transplantations et les maladies auto-immunes.

UNE ENIGME majeure, sur laquelle se penchent les chercheurs depuis plus de cinquante ans, est de comprendre pourquoi le bébé qui grandit dans l'utérus n'est pas rejeté par le système immunitaire maternel. Comment celui-ci peut-il tolérer pendant toute la grossesse la présence d'antigènes paternels sur le fœtus ?
« Alors que de précédents travaux se sont concentrés sur l'"évasion" du fœtus à l'interface materno-fœtale, notre recherche montre que le système immunitaire maternel possède une capacité plus générale à empêcher une attaque immune sur le fœtus et met en lumière la façon dont le système immunitaire se comporte différemment durant la grossesse », explique au « Quotidien » le Dr Alexander Betz, du Medical Research Council à Cambridge (Royaume-Uni).
Cette équipe s'est intéressée aux cellules T régulatrices durant la grossesse. Cette sous-population des cellules T CD4+, caractérisée par l'expression des récepteurs CD4+ et CD25+, peut supprimer, on le sait, l'activation et la prolifération d'autres cellules T et joue un rôle pivot en empêchant l'attaque auto-immune.

De la conception à l'accouchement.

Aluvihare, Betz et coll. ont quantifié la proportion des cellules T CD4+ CD25+ dans plusieurs tissus lymphoïdes et le sang chez des souris gravides et non gravides (témoins). Ils ont constaté que les souris gravides ont trois fois plus de cellules T régulatrices que les souris témoins, dans tous les tissus lymphoïdes et le sang. Cette expansion systémique du pool des cellules T régulatrices survient peu après la conception, et décline après la naissance.
Second point important, les chercheurs montrent que cet accroissement du nombre des cellules T régulatrices n'est pas déclenché par les allo-antigènes. Ainsi, cette expansion semble plutôt être déclenchée par la grossesse, et « pourrait peut-être résulter d'une modulation hormonale du système immunitaire », proposent les chercheurs.
Enfin, troisième point démontré, les cellules T régulatrices sont indispensables pour supprimer l'attaque immune maternelle dirigée contre le fœtus. Lorsque les souris gravides sont déficientes en cellules T régulatrices, leur fœtus est spontanément rejeté.
Cette étude décrit donc un nouveau rôle pour les cellules T régulatrices : la suppression endogène naturelle des alloréponses durant la gestation.
Puisque la même population de cellules T régulatrices CD25+ existe chez les humains, il est probable que ces cellules jouent la même fonction durant la grossesse chez la femme.

L'amélioration des maladies auto-immunes pendant la grossesse.

L'accroissement de la fonction des cellules T régulatrices durant la grossesse pourrait ainsi expliquer pourquoi on observe une amélioration fréquente des maladies auto-immunes durant la grossesse, avec une rechute après.
Cet accroissement des cellules T régulatrices, remarquent les chercheurs, supprime les réponses auto-immunes et les réponses semi-allogéniques (contre le fœtus semi-allogénique), mais ne supprime pas pour autant les réponses immunes protectrices contre les antigènes exogènes.

Des implications.

« En comprenant comment le système immunitaire utilise les cellules régulatrices T durant la grossesse, nous pourrions tirer des enseignements sur la façon dont il peut être manipulé avantageusement lors de la transplantation d'organe et de la maladie auto-immune », souligne le Dr Betz.
Ces données indiquent aussi qu'une anomalie de fonction ou de recrutement des cellules T régulatrices pourrait être en cause dans certains cas de stérilité, de syndromes d'avortement prématurés et de prééclampsie, ajoutent les chercheurs.

Dr VERONIQUE NGUYEN
« Nature Immunology », 1er février 2004

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Grâce à la famille d'une donneuse d'organes, un salon d'accueil au service réanimation

3 février 2004, l'Union

Grâce au don d'une famille et à l'association Stars de Champagne, un salon d'accueil des familles vient d'être créé au service réanimation de l'hôpital. Il a été inauguré jeudi. Tout a été pensé pour accueillir les familles dans les meilleures conditions.

«Elle m'avait toujours dit : s'il m'arrive quelque chose, dis que j'ai la carte de donneur. Quand elle est arrivée ici, elle était déjà morte mais ils ont pu faire un prélèvement de cornées » : Jean Mangin a perdu son épouse le 25 mars 2003. Dans la nouvelle salle d'accueil des familles du service de réanimation, une plaque perpétue désormais son souvenir.
Avec un message simple en direction des familles. Et des donneurs potentiels : « Cette salle a été aménagée pour votre accueil grâce aux dons de M. et Mme Mangin et de l'association Stars de Champagne ».
Jeudi après-midi, le docteur Gallego, médecin responsable de la coordination pour le prélèvement d'organes, Freddy Barré, responsable de la coordination locale et plusieurs responsables du centre hospitalier ont inauguré officiellement ce salon d'accueil, aménagé dans un ancien bureau, qui permettra désormais aux équipes médicales et soignantes de rencontrer les familles dans un lieu confortable et d'aborder le cas échéant la problématique du don d'organes dans le cas d'un patient en situation de mort encéphalique.
Les porteurs de cartes de donneurs sont rares. Mme Mangin en avait une depuis sept ou huit ans. Le prélèvement de cornées s'en est trouvé facilité. La loi adopte en effet le principe du consentement présumé. C'est-à-dire que toute personne majeure est considérée consentante au prélèvement de ses organes et tissus après sa mort si elle n'a pas manifesté de refus de son vivant.
Six prélèvements
Mais les médecins se heurtent bien souvent à l'opposition de la famille. D'où l'intérêt de porter une carte de donneur (ou de se faire inscrire sur le registre national des refus) afin que la famille n'ait pas à effectuer elle-même ce choix car choisir au nom du défunt est toujours difficile et douloureux.
Chaque année, en France, on pratique environ 2.000 greffes de rein, 800 greffes de foie, 300 greffes de cœur et 90 greffes de poumons. Au centre hospitalier de Manchester, on ne pratique pas de greffes, comme l'explique le docteur Gallego, mais on fait des prélèvements.
« Nous avons juste l'agrément pour faire des prélèvements. En 2003, nous avons fait six prélèvements multi-organes et une vingtaine de prélèvements de cornées ».
Ce nouveau salon d'accueil permettra désormais d'aborder ces questions dans un cadre plus propice. Son aménagement a été rendu possible grâce au don de la famille Mangin mais aussi à l'association Stars de Champagne.
« Il manquait 1.200 euros pour boucler le budget », explique Franck Marquis. « On les a offerts. Même si on n'est pas sur notre créneau habituel. Encore que le don d'organes peut aussi concerner des enfants ».
Bernard Giraud

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La greffe rénale expliquée aux enfants

30 janvier 2004, le Quotidien du Médecin

LE SERVICE de néphrologie de l'hôpital d'enfants Armand-Trousseau (Paris) et l'association Sparadrap éditent une série de fiches illustrées pour préparer les enfants à une transplantation rénale*.
Ce document, intitulé « Mes reins et moi », a été élaboré par deux infirmières du service, Marie-Renée Mellat et Nicole Rosenfeld, avec une psychologue, Catherine Holzmann.
Testées pendant deux ans, ces fiches ont été ensuite relues par d'autres équipes de néphrologie en France. Elles ont été conçues comme un support au dialogue entre l'équipe soignante, l'enfant et les parents. Elles permettent de donner une information à la portée des enfants, futurs greffés, et d'évaluer leur compréhension, de mieux comprendre les traitements postgreffe et donc de mieux les suivre sur le long terme.
Les fiches ont également pour but d'encourager l'enfant à exprimer ses sentiments et ses craintes vis-à-vis de son traitement et de faire le lien entre les différents membres de l'équipe soignante.
Le document comporte deux parties : les 27 premières fiches contiennent des informations sur l'insuffisance rénale et le traitement par transplantation ; les 27 suivantes comprennent des tests et des jeux conçus pour des enfants de différents âges. « C'est grâce à certains signes que les médecins comprennent que tes reins ne fonctionnent pas bien. Tu as déjà peut-être eu certains de ces signes, explique-t-on dans la fiche concernant les signes de l'insuffisance rénale. Ton visage et ton corps gonflent. Tu as mal à la tête. C'est le signe que tes reins éliminent mal le sodium (une salière illustre le propos) et l'eau. » La fiche n° 7 explique les différents traitements. Le traitement d'entretien : « Pour éviter de fatiguer tes reins qui fonctionnent encore un peu, tu fais un régime et tu prends des médicaments. » Le traitement de remplacement : « Pour remplacer la fonction de tes reins quand ils ne fonctionnent plus assez. » Des dessins illustrent l'hémodialyse et la dialyse péritonéale, puis la transplantation rénale.

Les fiches d'information sont claires, complètes et précises. Vient la partie jeux avec les mots cachés, les labyrinthes, les intrus, les devinettes, les rébus. « IRCT : Insuffisance Rénale Chronique ou Terminale. Trouve d'autres significations à ces initiales. Exemples : Image Rigolote Comme Toujours, ou encore, Institut de la Rape à Carotte ». Il y a aussi les visages d'expression : « Compte dans ta journée combien de fois tu penses avoir fait chacune de ces têtes. » L'enfant peut choisir entre le visage de la colère, de la tristesse, de la douleur, de l'apaisement ou du bien-être.

> S. H.

* Avec le soutien de la Fondation de France, des Laboratoires Roche, de l'Etablissement français des greffes et de l'Association des professionnels de néphrologie pédiatrique. Fiches distribuées par Sparadrap (16 euros), tél. 01.43.48.11.80.

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L'hémodialyse quotidienne : Une révolution dans le traitement de l'insuffisance rénale

22 janvier 2004, le Quotidien du Médecin

Proposée dès 1967 par l'Américain De Palma, la méthode d'hémodialyse quotidienne a acquis ses lettres de noblesse en Europe au cours des années 1980-1990 grâce à l'Italien Buoncristiani, le Suédois Kjllestrand et le Français Jules Traeger. Son apport dans la prise en charge des patients vient d'être reconnu au symposium Présent et futur de l'hémodialyse quotidienne, à Lyon.

C'EST le Pr Jules Traeger, ancien patron de l'école néphrologique lyonnaise, qui a ouvert, le 15 janvier, le congrès Présent et futur de l'hémodialyse quotidienne, qui s'est tenu à Lyon devant un parterre international de plus de deux cents néphrologues. Le Pr Traeger a rappelé dans son introduction avoir partagé avec l'Américain Scribner, de Seattle, au début des années soixante, l'aventure pionnière des premiers traitements par hémodialyse. Alors que la fréquence des séances était initialement d'une par semaine, elle devait rapidement évoluer à trois séances hebdomadaires au milieu des années 1970.
Pourquoi alors s'est-on arrêté à cette fréquence trihebdomadaire, s'interroge le Pr Traeger ? La réponse semble être qu'une amélioration clinique significative des patients urémiques n'était obtenue que lorsqu'on passait de deux séances hebdomadaires de douze heures à trois de huit heures. Les patients ne développaient plus de polynévrite urémique invalidante, avaient une transformation rapide de leur état nutritionnel, un meilleur contrôle de leur hypertension, une survie immédiate améliorée, etc.

Risque cardio-vasculaire.

Quand l'Italien Cambi proposa au début des années 1970 de réduire le temps des séances de huit à quatre heures, ce fut d'abord pour améliorer la contrainte imposée par un traitement nocturne et pour permettre à un plus grand nombre d'insuffisants rénaux de bénéficier de la dialyse de jour. On s'aperçut, en revanche, dès le début des années 1980 que la fréquence de trois séances de quatre heures par semaine ne convenait pas à tous les patients. Environ 30 % conservaient des prises de poids élevées entre les séances (parfois plus de 8 kg), à l'origine d'hypertension artérielle réfractaire aux traitements pharmacologiques et de cardiopathie par surcharge volémique d'évolution rapidement péjorative. Certains avaient également une hyperphosphatémie réfractaire aux chélateurs des phosphates alimentaires, à l'origine d'hyperparathyroïdie secondaire et de développement de calcifications tissulaires et vasculaires. Les néphrologues s'habituaient à souligner dans les congrès ou publications internationales que la population des patients urémiques dialysés avait un risque de mortalité cardio-vasculaire dix ou vingt fois plus élevé que les personnes non urémiques de même âge.
Le Pr Guiseppe Piccoli, de Turin, se demande alors pourquoi seulement trois cents patients sur le million de dialysés à travers le monde bénéficient aujourd'hui de l'hémodialyse quotidienne (six séances hebdomadaires de deux heures) ?

Résultats surprenants.

Tous les travaux cliniques réalisés par les équipes pionnières de Lyon (Pr J. Traeger et Dr R. Sibai-Galland), de Turin (Prs Giorgina et G. Piccoli) et de Pérouse (Pr U. Buoncristiani), en Italie, d'Utrecht (Dr M. Kooistra), aux Pays-Bas, de London (Pr R. Lindsay), au Canada, s'accordent pour reconnaître à cette méthode de dialyse des résultats tout à fait surprenants. Elle permet de contrôler l'hypertension artérielle du dialysé et d'arrêter très souvent le traitement antihypertenseur. Elle s'accompagne d'une régression de l'hypertrophie ventriculaire gauche, voire d'une amélioration spectaculaire de défaillances graves de la fonction cardiaque. Elle permet très souvent un meilleur contrôle de l'hyperphosphatémie. Ces trois situations pathologiques sont des facteurs majeurs et indépendants de risque de mortalité cardio-vasculaire.
De plus, les patients traités par cette méthode de dialyse voient leur état nutritionnel s'améliorer de façon significative. Ils retrouvent très vite un poids de « forme » et les indicateurs biologiques de la nutrition (albuminémie, préalbuminémie, taux de génération de l'urée) se normalisent. Ils ont une qualité de vie indiscutablement meilleure qu'auparavant, parfaitement bien constatée par des méthodes d'analyse reconnues au plan international (SF 36, Qualy).

Deux heures, six fois par semaine.

Ne faire que deux heures d'hémodialyse à chaque séance, six fois par semaine, permet de prévenir les symptômes d'intolérance qui apparaissent généralement dans les deux dernières heures du traitement conventionnel (fatigue, crampes, hypotension), ce qui favorise le maintien d'une vie professionnelle ou privée de bien meilleure qualité.
On peut donc raisonnablement penser que les futures études prospectives multicentriques qui vont se mettre en place en France et à travers le monde démontreront que les insuffisants rénaux insuffisamment traités par l'hémodialyse conventionnelle et traités par hémodialyse quotidienne courte auront non seulement une espérance de vie améliorée, mais une qualité de vie et un état nutritionnel retrouvés.
Les vingt-deux régions sanitaires françaises vont travailler d'ici à septembre 2005 à la rédaction d'un nouveau schéma d'organisation sanitaire, ou Sros, de 3e génération. La prévention et le traitement de l'insuffisance rénale font partie des thèmes retenus par les agences régionales de l'hospitalisation des vingt-deux régions françaises.
Cette nouvelle méthode de dialyse doit désormais figurer à côté des autres stratégies de traitement que sont l'hémodialyse conventionnelle, en centre, en unité médicalisée, en autodialyse ou à domicile, l'hémofiltration et la dialyse péritonéale. Il serait en effet anormal, compte tenu du bénéfice vital que peuvent en tirer 30 % des insuffisants rénaux dialysés, que cette nouvelle méthode ne figure pas dans les futurs Sros et dans la nouvelle tarification à l'activité.

Des autorisations temporaires.

La communauté néphrologique présente au congrès de Lyon, ainsi que des représentants médicaux des ARH d'Alsace et des Pays de la Loire, qui ont déjà donné des autorisations temporaires, sont unanimes pour demander que les autorités sanitaires françaises reconnaissent aujourd'hui l'intérêt de cette méthode de dialyse quotidienne pour la population dialysée qui en relève et lui attribuent le douzième forfait national dans le cadre de la prise en charge financière de l'insuffisance rénale par la nouvelle tarification à l'activité.
Les études économiques réalisées tant en France (Lyon, Strasbourg) qu'au Canada (London) montrent que le coût direct de cette méthode est supérieur de 30 % à l'hémodialyse conventionnelle réalisée à domicile ou en autodialyse, mais est inférieur à celui de l'hémodialyse en centre. Il reste à évaluer les bénéfices sur les coûts indirects que représentent la fréquence des hospitalisations, les arrêts de travail, les coûts de transport, la contre-indication temporaire à une greffe rénale, etc.

Dr PIERRE SIMON
CHG de Saint-Brieuc.

Le risque cardio-vasculaire

Pour la première fois, en France, le nombre exact de patients insuffisants rénaux traités par dialyse est connu : 30 882 en juillet 2003 selon l'enquête Cnam. Dans cette population, un patient sur trois conserve, malgré un traitement par hémodialyse conventionnelle (quatre heures trois fois par semaine), un ou plusieurs facteurs de risque vasculaire qui engagent le pronostic cardio-vasculaire à cours ou à moyen terme.
Ces facteurs de risque sont la persistance d'une hypertension artérielle, le développement d'une hypertrophie ventriculaire gauche, le mauvais contrôle de l'hyperphosphatémie avec un produit Ca x P supérieur à 5. Depuis plus de trente ans, la mortalité cardio-vasculaire reste très élevée chez le patient dialysé, le risque étant de cinq à vingt fois plus élevé que chez une personne non urémique de même âge.

Premiers résultats en France

Plusieurs équipes françaises ont déjà utilisé pendant plusieurs mois l'hémodialyse quotidienne dans le but de sauver des patients dont l'état clinique devenait préoccupant. C'est ainsi que des équipes médicales de Clermont-Ferrand, Lyon, Nancy, Strasbourg, Paris, Pontoise, Saint-Brieuc, Nantes ont rapporté les résultats obtenus chez plus de cinquante patients traités au cours des trois dernières années. Tous ont montré des résultats similaires à ceux présentés par les équipes pionnières. La reconnaissance de cette méthode et l'encadrement de ses indications par les autorités sanitaires permettraient ainsi à un plus grand nombre de patients français d'en bénéficier.

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XÉNOGREFFES : L'OMS inquiète

21 janvier 2004, le Quotidien du Médecin

La mise au point d'une réglementation est nécessaire avant d'autoriser toute xénogreffe, estiment les experts de l'OMS. Alors que des expérimentations sont sur le point d'être lancées dans plusieurs pays, l'OMS constate qu'il est difficile de
savoir ce qui se fait dans les laboratoires et d'empêcher un mauvaise usage de ces greffes d'organes animaux. La principale crainte est la transmission d'agents pathogènes. Le Conseil exécutif de l'OMS, réuni cette semaine, doit se pencher notamment sur cette question.

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30 882 personnes sous dialyse en France

13 janvier 2004, le Quotidien du Médecin

L'assurance-maladie a rendu publics les résultats d'une enquête réalisée en 2003 qui, pour la première fois en France, permet de connaître le nombre précis de patients atteints d'insuffisance rénale chronique et traités par dialyse. Avec 30 882 dialysés, la moyenne nationale est de 513 personnes pour 1 million d'habitants.

L'étude menée par l'assurance-maladie à la demande du ministère de la Santé (Dhos) devrait comporter trois volets. Le premier concerne les patients : leur nombre et leur typologie, le deuxième, l'organisation et le fonctionnement de l'offre de soins, le troisième, le coût de la prise en charge. L'objectif principal de ces travaux, qui devront s'achever à la fin du premier semestre 2004, est de fournir des données précises qui serviront de base à l'élaboration des prochains schémas régionaux d'organisation sanitaire (Sros) prévue d'ici à la fin de juillet. Elles permettront de planifier l'offre de soins en fonction des besoins réels des patients et non pas, comme cela se faisait antérieurement, sur la densité de la population : à proximité de leur domicile et dans des structures les plus adéquates à leur état de santé.
Les données publiées le 8 janvier sont celles de la première phase de l'enquête. Les dossiers de tous les patients traités par dialyse du 2 au 8 juin 2003 ont été examinés par des néphrologues, en partenariat avec les médecins-conseils. Pour la première fois, la prévalence précise de patients dialysés atteints d'insuffisance rénale chronique terminale (Irct) peut être évaluée pour chaque région.
En 2003, l'enquête a permis de recenser 18 047 hommes et 12 835 femmes en Irct sous dialyse. Soit un total de 30 882 patients pour une moyenne nationale de 53 personnes pour 1 million d'habitants et une moyenne métropolitaine de 498 personnes pour 1 million d'habitants.

Une position intermédiaire.

« En regard des autres pays, la métropole française a une position intermédiaire entre l'Angleterre (298 par million d'habitants) et l'Allemagne (546 par million d'habitants), mais se situe nettement en dessous du Japon (près de 1 400 par million d'habitants) et des États-Unis (près de 1 400 par million d'habitants). »
En chiffres bruts non corrigés, les régions les plus touchées sont Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Languedoc-Roussillon, l'Aquitaine, la Corse et le Midi-Pyrénées. La fréquence de l'insuffisance rénale augmentant avec l'âge, les régions à forte moyenne d'âge comptent le plus de patients insuffisants rénaux que les régions où la population est jeune. Ce classement régional diffère lorsque l'on effectue une analyse standardisée qui prend en compte l'effet du sexe et de l'âge. Cette fois, en France métropolitaine, le Nord-Pas-de-Calais affiche la prévalence d'Irct la plus élevée, avec 2 283 cas, soit 639 par million d'habitants. Les patients dialysés sont proportionnellement moins nombreux dans le Grand-Ouest : 1 096 en Bretagne (356 par million d'habitants) et 649 en Poitou-Charentes (345 par million d'habitants).
Les départements d'outre-mer connaissent une prévalence standardisée particulièrement élevée : 1 989 patients par million d'habitants après standardisation à la Réunion (834 cas), 1 393 à la Guadeloupe (449 cas), 1 312 en Guyane (93 cas) et 1 079 en Martinique (350 cas).
L'un des objectifs secondaires de l'enquête sera également d'apporter des éléments pour une politique de prévention sur des populations ciblées et pour certaines pathologies conduisant à l'Irct, comme le diabète par exemple.

Dr LYDIA ARCHIMÈDE

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Denis a les mains libres

13 janvier 2004, le Sud Ouest

Quatre années après son opération, Denis Chatelier est toujours le seul greffé des deux mains au monde. Il retrouve tranquillement, à Rochefort, l'usage anonyme de ses dix doigts

On les lui a toutes faites. Et leur mauvais goût dépasse de loin les pires jamais imaginées par l'almanach Vermot. Robocop, bras d'acier... la série est en cours. Le patron d'un bar, qu'il ne connaissait pas, lui a encore demandé le matin même pourquoi il ne buvait pas son café avec ses mains. Denis a plongé.
« Ben si, je prends bien la tasse avec mes mains ! » Le patron a jubilé. « Ben non, ce ne sont pas les tiennes, ces mains ! » Le rire est gras, mais il ne l'entend plus. Fut un temps pourtant où il rentrait chez lui en larmes. Et pleurait des journées entières à l'ombre de ses volets. Les plaisanteries les plus longues ne sont définitivement pas les meilleures. « Je ne voulais pas qu'on me prenne en pitié. J'essayais de sortir en ville normalement, mais les gens m'ont fait mal. »

Moqueries. La popularité du seul greffé des deux mains au monde ne s'arrête heureusement plus aujourd'hui à ces moqueries. Silhouette familière dans les rues de Rochefort, elle l'est aussi un peu partout en France et à l'étranger. Quatre années jour pour jour après son opération, Denis Chatelier est devenu un autre homme. On peut dire que sa vie a changé. On pourrait dire que sa vie est plus belle, même, qu'avant que deux fusées artisanales ne lui arrachent les mains, un soir de janvier 1996. On pourrait mais l'on n'ose pas. Pourtant, après avoir enchaîné galères et petits boulots depuis sa sortie prématurée de l'école à 14 ans, il a enfin connu les voyages, les télés et le pape. Seul un vigile zélé le prive encore de la loge du chanteur Renaud. Charge à lui d'avaler en échange et jusqu'au dernier matin de sa vie une collection de cachets susceptibles, pour l'anecdote, de lui éviter rejets de greffe et autres cancers cutanés. Il connaissait les risques. S'en moque un peu, du moment qu'il peut nouer ses lacets. Tenir une casserole. Bientôt repasser son permis de conduire. Et, surtout, caresser les cheveux de ses cinq enfants, comme il l'avait promis devant les caméras du monde entier quelques heures après être sorti du bloc. Alors, avant d'ouvrir lui-même une boîte de conserve, il devrait pouvoir patienter un peu.
Au-delà des dépêches annuelles qui relatent avec la froideur d'une étude scientifique ses progrès manuels, la vie de Denis Chatelier est aujourd'hui celle d'une petite vedette sur l'aller, et de plus en plus sur le retour. Mais s'il récite encore avec le détachement d'un vieil habitué ses abondantes prestations télévisées, il sait aussi qu'à 37 ans la notoriété passée n'est déjà plus qu'un souvenir. Parfois vivace, rarement gênante. « C'est la première conférence de presse qui m'avait impressionné. Ensuite, on s'habitue... Delarue, Ardisson, ils ont tous été gentils avec moi. Sauf qu'aucun ne m'a jamais donné le moindre sou lorsque j'en avais besoin. » Timide et moins au fait des choses du business que son compère Clint Hallam, cet Australien précédemment greffé d'une main qui en avait aussitôt profité pour faire tinter le tiroir-caisse, avant de se faire amputer à nouveau. « Je le connais bien. C'est lui qui m'a donné l'envie de me faire greffer. Mais il n'a pas respecté le traitement, et on ne peut pas dire que ce soit un modèle d'honnêteté. Moi, j'ai surtout vécu cette notoriété comme le moyen de redonner de l'espoir à tous ceux qui sont dans ma situation. De l'Irlande à la Turquie, j'en ai rencontré beaucoup. Mais je n'ai pas changé, je suis resté simple. Ce n'est pas moi qui vais vers les gens, ce sont eux qui viennent à moi. Maintenant, c'est une vie normale que je veux. Signer des autographes ne me manquera pas. »

Le pape à Rome. Simple et profondément croyant, le Christ en permanence épinglé à la boutonnière. Il y a eu bien sûr cette entrevue accordée par Jean-Paul II, à Rome, mais aussi, plus discrètement, une rose déposée chaque été à Lourdes en hommage à celui qui lui a redonné sans le savoir ses dix doigts.
Rendre grâce et puis oublier, sous peine de sombrer. « Après l'opération, le professeur Dubernard a dû me forcer à regarder ces mains. J'ai ensuite pensé me renseigner un peu sur le donneur, mais ça m'aurait trop chamboulé. Aujourd'hui, elles sont à moi, et c'est tout. » Jusqu'à s'en servir pour remettre chaque semaine ou presque dans le magnéto les cassettes vidéo de son opération. Vingt heures de chirurgie écarlate d'affilée. « Je regarde ça en boucle, c'est tellement beau. » Plus efficace aussi que ses séances de psy imposées par un monde médical qui doute encore parfois d'une telle ardeur.
Et, puisque le médecin-conseil de la Sécu n'est guère plus généreux que les animateurs télé, Denis Chatelier doit désormais jongler quotidiennement entre ses séances de rééducation et un job d'animateur pour la ville de Rochefort. Qui n'a pas manqué d'une gentille ironie en lui confiant pour mission d'aller apprendre à faire du vélo aux élèves de ses écoles. « Moi, je n'ai plus le droit de tenir le guidon. En revanche, je vais bientôt reprendre l'entraînement pour les semi-marathons. Rédiger mes Mémoires aussi, puisque j'ai enfin appris à taper à l'ordinateur. »
Une vie meilleure.

Sylvain Cottin

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Témoignage : de la dialyse à la transplantation
 
 
 
 
 


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