Revue de Presse 2005
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La revue de Presse du premier trimestre 2005 -
janvier, février, mars 2005

L'actualité de l'Insuffisance rénale, des greffes et de la recherche dans le monde de janvier à mars 2005 :

Transplantation rénale, sarcome de Kaposi et sirolimus

31 mars 2005, Le Quotidien du Médecin

ON SAIT QUE, par rapport à la population générale, l'incidence du sarcome de Kaposi est 500 fois supérieure chez les transplantés d'organe et 20 000 fois plus élevée chez des hommes atteints de sida. Ce qui suggère un rôle de l'immunosuppression dans la genèse de cette pathologie. D'une façon générale, les transplantés ont une incidence élevée de cancer : après vingt ans d'immunosuppression, 40 % des receveurs ont un cancer. On sait aussi que le virus herpès de type 8 (VHH8) a été impliqué dans le Kaposi, par le biais du Vegf. Le sirolimus, médicament immunosuppresseur antirejet, a probablement un effet antinéoplasique (entre autres, en inhibant le production de VEegf). Constatations qui ont conduit une équipe italienne (Giovani Stallone et coll.) à évaluer l'effet du sirolimus chez des greffés rénaux porteurs d'un Kaposi. Les résultats de ce travail sont publié dans le « New England Journal of Medicine ».
L'étude a porté sur 15 patients (48,7 ans en moyenne ; 12 hommes) qui avaient reçu un greffon rénal provenant d'un donneur décédé ; tous avaient eu un test pour la recherche du VIH avant la greffe, puis lors du diagnostic de Kaposi, puis six mois plus tard. Le délai entre la greffe et le diagnostic de Kaposi (preuve histologique) a été en moyenne de douze mois. La ciclosporine a été interrompue et remplacée par le sirolimus. Trois mois plus tard, toutes les lésions de Kaposi ont disparu chez tous les patients. La rémission a été confirmée histologiquement chez tous les patients six mois après l'introduction du sirolimus. Il n'y a pas eu d'épisode de rejet du greffon. « Notre étude suggère que le sirolimus inhibe la progression du sarcome de Kaposi chez les receveurs de greffe rénale, tout en exerçant un effet antirejet. Ce rôle dual peut se révéler important dans d'autres situations dans lesquelles les receveurs sont à haut risque de récurrence tumorale ou de premier cancer », concluent les auteurs.

Le chat et la souris.
Le « New England Journal of Medicine » a confié la rédaction d'un éditorial aux Français Jacques Dantal et Jean-Paul Soulilou (institut de transplantation et de recherche en transplantation, Inserm U463, Chru de Nantes).
Différents groupes, rappellent-ils, étudient l'incidence du cancer cutané comme critère primaire chez les greffés rénaux. « L'article de Stallone et coll. est une contribution potentiellement importante parce qu'elle illustre le fait que des effets inattendus de médicaments immunosuppresseurs, comme l'effet antitumoral du sirolimus et l'action antivirale du mycophénolate mofétil, peuvent modifier les règles du jeu du chat et de la souris entre les receveurs et les médicaments antirejet. »

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immunosuppression des transplantés : un examen annuel de la peau

24 mars 2005, Le Quotidien du Médecin

Les patients transplantés sous traitement immunosuppresseur doivent recevoir des conseils de protection solaire très stricts afin de limiter la survenue de cancers cutanés. Ils doivent également bénéficier d'un examen dermatologique annuel, en sachant que les lésions sont souvent trompeuses et que l'apparition d'un premier carcinome spinocellulaire est hautement prédictive de celle d'autres tumeurs cutanées. Explications du Dr Sylvie Euvrard*

PIONNIERE en matière de transplantation, l'école lyonnaise a acquis, au fil des années, une riche expérience dans le domaine. Il n'est donc pas étonnant que le Dr Sylvie Euvrard, dermatologue à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, se soit intéressée au suivi de la peau chez les transplantés. Coordinatrice depuis 1994 d'un sous-groupe de la Société française de dermatologie intitulé Peau et greffes d'organe, ayant pour présidente le Pr Camille Frances et pour vice-président le Pr Selim Aractingi, le Dr Sylvie Euvrard rappelle en effet que, « après vingt ans d'immunosuppression, la moitié des greffés sont concernés par la pathologie tumorale cutanée ». Le risque de carcinome spinocellulaire est multiplié par cent avec 10 à 12 % de récidives locales et 8 % de métastases ; le risque de carcinome basocellulaire est multiplié par 10, celui de sarcome de Kaposi est de 100 à 500 fois plus élevé que celui de la population générale (voir encadré) et, enfin, le risque de mélanome est quadruplé.

Un suivi systématique.
D'où l'importance d'une surveillance dermatologique annuelle de ces patients, prônée par le groupe de travail de la SFD qui a établi des lignes de conduite simples, à l'usage des malades, disponibles depuis mai 2002 sur le site de la SFD (1) et que tous les dermatologues peuvent donc se procurer.
Cette surveillance annuelle systématique semble aujourd'hui bien respectée par la plupart des services de transplantation rénale, mais des efforts restent encore à faire pour les greffes cardiaques et hépatiques. Par ailleurs, avec l'augmentation régulière des greffes d'organes, de plus en plus de dermatologues libéraux sont amenés à prendre en charge des patients transplantés.

La qualité de l'immunosuppression.
« Longtemps, on a considéré que l'ancienneté et l'intensité de l'immunosuppression constituaient les principaux facteurs de survenue de ces cancers cutanés », précise le Dr Sylvie Euvrard, « mais l'on sait maintenant que la qualité de l'immunosuppression intervient également ». Ainsi, certains immunosuppresseurs, inhibiteurs de la protéine m-tor, comme la rapamycine ou le sirolimus (Rapamune), auraient des propriétés antitumorales. Avec un recul de plus de dix ans, cette molécule a prouvé sa très bonne efficacité antirejet, sa bonne tolérance notamment rénale, et les patients recevant la rapamycine dès le début de la greffe ont moins de cancers. A cet égard, le Dr Sylvie Euvrard coordonne actuellement une étude évaluant l'intérêt du remplacement de la ciclosporine par la rapamycine chez des greffés ayant eu un carcinome spinocellulaire.
Car une autre donnée capitale est progressivement apparue lors du suivi cutané des transplantés : l'apparition d'un premier carcinome spinocellulaire est hautement prédictive de la survenue ultérieure de tumeurs multiples (autre cancer spinocellulaire, mais aussi basocellulaire, maladie de Bowen, kérato-acanthome, etc.) puisque l'on estime, en effet, que, après la survenue de ce premier cancer, « 70 % des patients présentent dans les deux ans qui suivent au moins une autre tumeur cutanée ». De plus, toutes ces lésions prennent un aspect volontiers trompeur, comme celui d'une verrue inflammatoire, et nécessitent à chaque fois une ablation chirurgicale avec contrôle histologique.
L'éventualité de ces interventions à répétition en zones découvertes, ainsi que la mise en jeu croissante du pronostic vital, et ce malgré une protection solaire très stricte, doivent induire une nouvelle concertation avec le service transplanteur, et faire envisager une révision du traitement immunosuppresseur.

Une recherche européenne et internationale.
Ces conseils qui font partie des diverses recommandations proposées par le groupe Peau et greffes d'organe ne se destinent pas seulement aux dermatologues français. Sylvie Euvrard se dit en effet « très fière » que ce document ait été traduit et mis à disposition des spécialistes européens sur le site du Scope (Skin Care in Organ Transplant Patients Europe) (2). Ce réseau multidisciplinaire, né en 2000 de l'initiative de quelques équipes, notamment françaises, a été étendu à toute l'Europe en 2002. Il entretient des liens très étroits avec l'Itscc (International Transplant Skin Cancer Collaborative) (3), fondé en 2001 par des chirurgiens dermatologues nord-américains et australiens
.

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Un nouveau médicament prometteur dans le traitement de l'anémie chez les malades dialysés

10 mars 2005, CNW Québec

ProMetic Sciences de la Vie inc. annonce de nouveaux résultats concluants à la suite d'analyses complémentaires effectuées à l'issue de son étude clinique de phase I pour le PBI 1402. (…) Ces résultats corroborent le potentiel de l'utilisation du PBI 1402 dans le traitement de l'anémie (…).
" Ce nouveau produit pourrait jouer un rôle prépondérant dans le traitement de l'anémie consécutive à la chimiothérapie et à la dialyse rénale ", a déclaré le Dr Denis Claude Roy, hématologiste et directeur du laboratoire de thérapie cellulaire à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, et chercheur principal de cette étude. " Les études subséquentes seront conçues de
manière à démontrer l'efficacité clinique du PBI 1402, utilisé seul ou en combinaison avec l'érythropoiétine ". (…)

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Syndrome des jambes sans repos : Une maladie neurologique mieux définie et mieux traitée

21 février 2005, Le Quotidien du Médecin

Le syndrome des jambes sans repos (Sjsr) n'est considéré comme une véritable entité neurologique que depuis quelques années. Il reste sous-diagnostiqué, alors que sa prévalence est élevée, qu'il peut perturber lourdement la qualité de vie et le sommeil des patients, et qu'on dispose de traitements permettant de l'améliorer.

Paradoxalement, le Sjsr est une maladie neurologique pour laquelle le neurologue n'est que rarement consulté. On sait depuis l'étude INSTANT qu'en France le Sjsr concerne 8,5 % de la population, 2 % pour les formes sévères. Selon une autre étude*, ces formes sévères qui gênent particulièrement le patient dans sa vie quotidienne ne donnent lieu à une consultation que dans la moitié des cas, parmi lesquels 5 à 10 % seulement voient un neurologue.
Le diagnostic est clinique et repose sur les données de l'interrogatoire, avec une définition précise qui permet de rattacher au Sjsr ces " impatiences " qui appartiennent aussi à la séméiologie de l'insuffisance veineuse chronique avec laquelle le Sjsr est fréquemment confondu.
(…)
Ces symptômes provoquent des troubles du sommeil, des difficultés d'endormissement, des réveils nocturnes multiples avec leur corollaire, fatigue et somnolence diurne excessive, d'autant que des mouvements périodiques des jambes pendant le sommeil sont fréquemment associés (80 % des cas de Sjsr). Certains patients ne sont qu'occasionnellement gênés, mais, pour d'autres, la répétition de ces symptômes plusieurs fois par semaine finit par peser lourdement sur leur activité socioprofessionnelle et familiale.

(…). Des causes de Sjsr doivent être systématiquement recherchées, au premier rang desquelles la carence martiale (le fer est un cofacteur de la transmission dopaminergique dont le dysfonctionnement est très souvent mis en cause dans la physiopathologie de cette affection), mais aussi l'insuffisance rénale dialysée, (…).

Divers traitements sont utilisés depuis longtemps, mais ce n'est que très récemment qu'on a pu disposer d'études contrôlées permettant de démontrer réellement leur efficacité. (…)

Dans les formes modérées à sévères, qui concernent en France 150 000 à 180 000 personnes, les agonistes dopaminergiques représentent le traitement de première intention. Le ropinirole est le seul à avoir obtenu l'AMM dans l'indication " traitement du syndrome des jambes sans repos idiopathique modéré à sévère, responsable de perturbations du sommeil et/ou d'un retentissement négatif sur la vie quotidienne, familiale, sociale et/ou professionnelle ". En cas d'échec, on peut envisager la L-dopa avec prudence, du fait des phénomènes de rebond et/ou d'augmentation des symptômes. Si les dopaminergiques sont contre-indiqués, inefficaces ou mal tolérés, on pourra recourir aux benzodiazépines, aux opiacés ou aux antiépileptiques en mono- ou polythérapie (hors AMM). Dans les Sjsr secondaires, le traitement initial est celui de la cause, un traitement spécifique n'est institué que s'il se révèle insuffisant.

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Diabète de type I : transplantation d'îlots d'un seul donneur

21 février 2005, Caducée

Des patients avec un diabète de type I qui ont bénéficié d'une transplantation d'îlots provenant du pancréas d'un seul donneur n'étaient plus sous dépendance d'insuline un an plus tard, révèle une étude parue dans le Journal of American Medical Association.

Bernhard J. Hering (Université du Minnesota) et ses collaborateurs ont conduit une étude afin de mesurer l'efficacité et le profil de sécurité d'une procédure de transplantation d'îlots issus d'un seul pancréas. L'essai a été conduit entre juillet 2001 et août 2003 auprès de huit femmes avec un diabète de type 1.

Durant l'essai, les auteurs indiquent qu'il n'y a pas eu d'effet secondaire sérieux, inattendu ou lié à la transplantation ou à l'immuno-suppression des patients. Les huit patients ont retrouvé une indépendance vis-à-vis de l'insuline et l'arrêt des complications hypoglycémiques. Cinq d'entre eux sont restés indépendants à l'insuline pendant plus d'un an. Des problèmes d'échec de greffe ont été reliés à des doses trop faibles d'immunosuppresseur.

" Nos résultats marquent une avancée dans l'efficacité des transplantations d'îlots. Nous avons d'une part obtenu une indépendance à l'insuline en utilisant des îlots du pancréas d'un seul donneur [à comparer à deux ou quatre dans un autre essai] et d'autre part abouti à un meilleur contrôle glycémique (avec pour preuve les résultats normaux aux tests de tolérance au glucose menés chez quatre des cinq patients avec une indépendance à l'insuline prolongée) en utilisant moins d'îlots ", écrivent les auteurs.

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dialyse : la positive attitude

11 février 2005, Le Quotidien du Médecin

Des patients en insuffisance rénale terminale, qui doivent subir des séances d'hémodialyse au moins trois fois par semaine. Des chercheurs américains (université du Michigan) ont voulu savoir s'ils étaient malheureux et s'apitoyaient ou non sur eux-mêmes. Ils ont eu l'idée de les équiper pendant une semaine d'un PDA (ordinateur de poche) programmé pour sonner au hasard dans la journée : ils devaient alors noter en direct leur humeur. Il y avait 49 sujets et 49 personnes bien-portantes leur ont été appariées, pour évaluer l'influence d'une grave maladie sur l'état d'esprit.
Les résultats sont publiés dans le " Journal of Experimental Psychology " : la plupart du temps, les malades sont plutôt dans un état d'esprit positif et ne se sentent pas plus malheureux, anxieux ou déprimés que les bien-portants. Ces derniers pensent pourtant que s'ils devaient subir une dialyse, ils seraient dans un triste état psychologique.
C'est que l'on sous-estime le pouvoir de la résilience. Ou, pour parler comme le Premier ministre se référant à l'idole des pré-ados, la chanteuse Lorie, celui de " la positive attitude ". Comme dit l'un des patients cités par l'étude, " A quoi sert de se plaindre ? "

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Dons d'organes en 2004, la greffe finit par prendre

3 février 2005, Libération

Après des années de pénurie, le nombre d'opérations a augmenté.

c'est une année record pour les greffes en France. Plus 16 % en 2004, soit 530 patients supplémentaires traités. Un vrai retournement de situation, au vu des chiffres catastrophiques de l'année précédente. «Les équipes médicales, qui avaient tendance à prélever les accidentés de la circulation, commencent à se réorienter», analyse Carine Camby, directrice de l'établissement français des greffes.

Le nombre d'accidentés de la route ayant diminué, les médecins ont davantage cherché de greffons chez les victimes d'accident vasculaire cérébral. Du coup, «la moyenne d'âge des donneurs a augmenté», précise-t-elle. 45 ans en moyenne. Mais aucune incidence sur la qualité de la greffe, assure la directrice. «Autrefois, nous ne prélevions pas au-delà d'un certain âge pour des coeurs, des reins ou des poumons.» Mais les critères évoluent. «Pour un rein, nous pouvons maintenant prélever des gens de plus de 80 ans. Et ce sont des greffes qui marchent.»

L'année passée, l'institut s'est donc appliqué à former et informer les différentes équipes médicales, «il y a beaucoup moins de contre-indications qu'elles ne le pensaient», continue Carine Camby. Donc beaucoup plus de donneurs potentiels. La campagne a fonctionné. Avec 30 % de refus, le taux d'opposition au don n'a pas diminué, il reste stable depuis des années. Mais «il y a un meilleur recensement des personnes en état de mort cérébrale, et donc des donneurs». Conséquence directe : le nombre de greffes du poumon a doublé depuis l'année dernière (145 en 2004 contre 76 en 2003) et le nombre de pancréas greffés est passé de 70 en 2003 à 102 en 2004.

Restent toujours de gros problèmes d'organisation. «Surtout pour les équipes qui font les greffes», précise Carine Camby. Manque d'équipes complètes, de chirurgiens, d'anesthésistes, de lits disponibles. «Les greffes se font toujours dans l'urgence. Dans une situation hospitalière tendue, elles sont plus difficiles à réaliser.» En 2004, plus de 11 000 patients étaient en attente d'organes. 3 945 ont pu être greffés. Le nombre de patients inscrits sur liste d'attente en 2004 a augmenté de 1,9 %. Les reins restent les organes les plus demandés. Au 31 décembre, plus de 5 000 malades étaient en attente d'un rein, ils étaient 14,3 % de plus qu'en 2003. «La greffe de rein est le meilleur traitement contre l'insuffisance rénale», observe Carine Camby. Les spécialistes n'hésitent donc plus à inscrire ces malades sur liste d'attente. «Lorsqu'ils sont greffés du rein, ces patients meurent deux fois moins que les personnes sous dialyse.»

Par Julie LASTERADE

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Résultats préliminaires des activités de prélèvement et de greffe d’organes en 2004 en France

31 janvier 2005, EfG

Les résultats préliminaires de l’activité de prélèvement et de greffe en France en 2004 enregistrent une augmentation significative par rapport à l’année 2003.

Un taux de prélèvement proche de 21 par million d’habitants et une activité de greffe en hausse de près de 16 %
Pour la première fois en France, le taux de prélèvement par million d’habitants (pmh) dépasse le seuil de 20 et s’élève, pour l’année 2004, à 20,9 (pour 18,4 pmh en 2003). 1 290 donneurs ont été prélevés en 2004 contre 1119 en 2003, soit une augmentation d’environ 15 %. En conséquence, l’activité de greffe à partir de donneurs décédés enregistre une augmentation de plus de 15,7 % en 2004, soit plus de 530 greffes supplémentaires par rapport à l‘année précédente.

Les accidents de la circulation ont continué à diminuer mais le nombre de donneurs a pu progresser grâce à une augmentation du recensement des donneurs dont la cause de décès est l’accident vasculaire cérébral. Il faut rendre hommage au travail des équipes de prélèvement dont l’activité a permis de confirmer les progrès réalisés depuis quatre ans pour augmenter le nombre de greffons disponibles pour les malades en attente de greffe. A noter, enfin, en 2004, un taux d’opposition au prélèvement qui reste similaire à celui de l’année passée et s’élève à 30 %.

Une augmentation très importante de l’activité de greffe pulmonaire et de la greffe pancréatique
L’activité de greffe pulmonaire a quasiment doublé en 2004 par rapport à l’année 2003 : 145 greffes réalisées en 2004 contre 76 en 2003. Cette augmentation est à rapprocher du travail récent mené conjointement par l’Etablissement français des Greffes et les experts de la greffe pulmonaire et cardio-pulmonaire. Ce travail a permis la mise au point de nouveaux critères médicaux de proposition et de non-proposition de greffons pulmonaires aux équipes de greffe et l’élaboration de recommandations d’experts pour améliorer la prise en charge des donneurs potentiels en vue d’un prélèvement pulmonaire1 .

Ce groupe de travail a également réalisé, de façon collégiale, un référentiel de la greffe pulmonaire et cardio-pulmonaire portant sur l’organisation et la qualité des pratiques. Les équipes rencontrent en effet depuis quelques années des problèmes d’organisation. Ce travail se poursuit actuellement par un audit de l’ensemble des équipes afin d’établir des recommandations pouvant servir à l’élaboration d’un prochain schéma d’organisation de la greffe pulmonaire en France.

Il faut de plus noter en 2004 une augmentation de la greffe pancréatique qui passe de 70 greffes en 2003 à 102 greffes en 2004 suite aux modifications des règles de répartition favorisant, dès 2003, la greffe rein-pancréas pour les diabétiques de type I insuffisants rénaux.

La liste d’attente :
En 2004, plus de 11 000 personnes ont eu besoin d’une greffe d’organe2 alors que 3 945 seulement ont pu être greffées. Le nombre de patients restant inscrits en liste d’attente au 31 décembre 2004 est de 6 707, soit une hausse de 1,9 % par rapport au 31 décembre 2003. Les patients en attente de greffe de rein restent de loin les plus nombreux : 5 593 malades restent inscrits en liste d’attente au 31 décembre 2004 (3,8 % de plus qu’au 31 décembre 2003). Enfin, 2 976 nouveaux patients ont été inscrits au cours de l’année 2004 pour une greffe de rein, soit une augmentation de 14,3 % par rapport à l’année 2003.

1Les recommandations du groupe d’experts SFAR-SRLF (Société française d’anesthésie réanimation-Société de réanimation de langue française), réuni par l’Etablissement français des Greffes, concernant les critères de prélevabilité des greffons pulmonaires et cardio-pulmonaires et la prise en charge des donneurs potentiels en vue d’un prélèvement pulmonaire seront éditées courant 2005
2 En effet, en 2004, 4 872 patients ont été nouvellement inscrits sur la liste d’attente alors qu’au 31 décembre 2003, 6 579 restaient inscrits en liste d’attente. Aussi, 11 451 patients ont eu besoin d’une greffe en 2004 (4872+6579).

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Médecins traitants des dialysés chroniques ?

27 janvier 2005, Le Quotidien du Médecin

La loi réformant l'assurance-maladie stipule que le médecin traitant peut être un généraliste ou un spécialiste, libéral, hospitalier ou salarié d'un centre de santé. Parmi les médecins traitants spécialistes (ils représenteront, pronostique-t-on, 5 à 10 % du total), on devrait retrouver notamment des néphrologues choisis par les quelque 30 000 patients hémodialysés chroniques, suivis trois fois par semaine. « Ce n'est pas choquant, c'est même l'esprit de la loi, confirme le Dr Jean-Paul Ortiz, président du syndicat des néphrologues. Mais cela dépendra de la pratique de chacun. Un certain nombre de néphrologues encourageront certainement leurs patients à choisir leur généraliste de proximité car il y a des missions du généraliste qu'on ne peut assumer. »

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Hyperparathyroïdie des dialysés :L'arrivée du cinacalcet

26 janvier 2005, Le Quotidien du Médecin

Amgen annonce l'arrivée de Mimpara (cinacalcet), produit innovant de la nouvelle classe des calcimimétiques. Ce médicament est autorisé dans l'hyperparathyroïdie secondaire des insuffisants rénaux dialysés. Il est également destiné au traitement de l'hypercalcémie chez les patients présentant un cancer de la glande thyroïde.

PATHOLOGIE IRREVERSIBLE caractérisée par une diminution progressive de la fonction rénale, l'insuffisance rénale chronique (IRC) n'est le plus souvent connue que trop tardivement. Si elle est diagnostiquée et traitée précocement, sa progression peut être ralentie. En revanche, en l'absence de traitement la maladie peut évoluer jusqu'au stade IV (IRC terminale) ; à ce stade, la dialyse ou la transplantation rénale s'imposent. Parmi les complications graves de l'IRC, on peut citer les maladies cardio-vasculaires, l'hypertension artérielle, l'anémie, les ostéopathies ainsi que l'hyperparathyroïdie secondaire (Hpts).

Calcifications, hospitalisations, décès.

En France, un grand nombre de patients atteints d'IRC chronique dialysés souffrent d'Hpts, maladie grave caractérisée par une élévation du taux de parathormone (PTH), ainsi que des anomalies de la calcémie et de la phosphorémie. Celles-ci peuvent entraîner des calcifications au niveau vasculaire et au niveau des tissus mous. Les anomalies des taux de PTH, de calcium et de phosphore sont associées à une augmentation du risque d'hospitalisation et de décès, souvent en raison de maladies cardio-vasculaires. Jusqu'à aujourd'hui, les traitements disponibles pour les patients atteints d'Hpts reposaient sur les chélateurs du phosphore et les dérivés de la vitamine D. L'arrivée de Mimpara (cinacalcet) apporte une réelle innovation en agissant sur l'ensemble des paramètres biologiques de l'Hpts.
Premier de la classe des calcimimétiques, Mimpara possède un mécanisme d'action unique et agit directement sur le récepteur sensible au calcium situé à la surface des cellules de la glande parathyroïde, le principal régulateur de la PTH, permettant dès lors un traitement ciblé de l'Hpts. Mimpara a fait l'objet d'un développement clinique important dans l'Hpts des patients insuffisants rénaux chroniques dialysés et a notamment été évalué dans le cadre de trois essais randomisés.
Dans ces essais, Mimpara a été bien toléré et est efficace en réduisant simultanément le taux de PTH, la calcémie, la phosphorémie et le produit phosphocalcique, indépendamment de l'âge, du sexe, de la méthode de dialyse utilisée (hémodialyse ou dialyse péritonéale), de l'ancienneté de dialyse ou de la sévérité de la maladie.

Les valeurs cibles.
Mimpara a permis de multiplier par sept le nombre de patients atteignant les valeurs cibles préconisées par les groupes d'experts internationaux (K/DOQI) ; avec les traitements usuels, seuls 8 % des patients atteignent les quatre principaux taux cibles.
En ce qui concerne les patients présentant une hypercalcémie due à un carcinome parathyroïdien (sécrétion excessive de PTH), l'ablation chirurgicale de la glande thyroïde est le seul traitement curatif de cette maladie, mais son succès n'est pas garanti. Chez la majorité de ces patients, Mimpara a diminué de manière significative la calcémie.
Mimpara se présente sous la forme de comprimés pelliculés dosés à 30 mg, 60 mg et 90 mg et s'administre par voie orale, de préférence au cours des repas ou immédiatement après. Pour le traitement de l'hyperparathyroïdie secondaire, la posologie initiale recommandée chez l'adulte de plus de 18 ans est de 30 mg/j. Elle pourra être adaptée toutes les deux à
quatre semaines sans dépasser 180 mg/j afin d'atteindre le taux cible de PTH recommandé (taux compris entre 150 et 300 pg/ml). Lors de l'administration de Mimpara, la calcémie doit être surveillée régulièrement ; si elle diminue au-dessous de la limite inférieure de la normale, des mesures appropriées doivent être prises pour la corriger. Commercialisé depuis le 10 janvier, Mimpara est disponible en pharmacie hospitalière.
Amgen a acquis la licence de Mimpara auprès de NPS Pharmaceuticals Inc. en 1996. En plus de l'Union européenne et des Etats-Unis (où il est commercialisé sous le nom de Sensipar), Mimpara a également reçu une AMM au Canada et en Suisse. Une demande d'autorisation a par ailleurs été déposée en Australie et en Nouvelle-Zélande.

> Dr BRIGITTE VALLOIS

Conférence de presse organisée par Amgen à laquelle participaient : Marc de Garidel (P-DG d'Amgen), les Prs Tilmann Drueke (hôpital Necker) et Jérôme Rossert (département néphrologie de l'université Pierre-et-Marie-Curie), ainsi que le Dr J.-C. Réglier (responsable des opérations médicales en néphrologie, Amgen).

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Première greffe de tissus pancréatiques d'une personne vivante au Japon

19 janvier 2005, AFP

Des médecins japonais ont annoncé mercredi avoir effectué la première greffe de tissus du pancréas d'une personne vivante afin de tenter de venir en aide à une jeune femme atteinte d'un grave diabète.

L'opération a réussi, la jeune femme et le donneur, sa propre mère, se trouvant dans un état stable, ont-ils précisé lors d'une conférence de presse à Kyoto.

Les médecins de l'hôpital de l'Université de Kyoto ont prélevé une partie du pancréas de sa mère quinquagénaire et injecté à sa fille des îlots, ou groupes de cellules pancréatiques, sécrétant de l'insuline.

Si la greffe est acceptée, les îlots pancréatiques injectés produiront de l'insuline dans le corps de la jeune femme.

"Il est hautement probable" que la jeune diabétique pourra mener une vie normale sans injections d'insuline, a déclaré Shinichi Matsumoto, qui a dirigé l'équipe de médecins.

Des greffes de pancréas ont été menées à travers le monde en utilisant des îlots prélevés sur des morts mais les donneurs manquent, ont expliqué les médecins.

La patiente avait développé un inflammation du pancréas à l'âge de quatre ans et était devenue diabétique à 15 ans, lorsque cet organe avait fini par ne plus produire d'insuline.

Elle était dépendante d'injections d'insuline depuis plus d'une décennie et perdait parfois connaissance.

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«Reins» : Encourager la transplantation

20 janvier 2005, Aujourd'hui le Maroc

La transplantation en est encore à son plus faible niveau au Maroc. «Reins» est une association qui vient de voir le jour et qui se mobilise afin de venir en aide, moralement et financièrement, aux malades.

Problème de santé majeur, l’insuffisance rénale chronique (IRC) est plus qu’une maladie. C’est un véritable calvaire et seules les personnes qui en sont atteintes savent de quoi il en ressort. Leur vie, si l’on peut se permettre de la qualifier de « vie », ne se résume plus qu’à des séances interminables passées dans les centres de dialyse. Encore faut-il en avoir les moyens. Travail, scolarisation, grossesse, loisirs, intimité, jusqu’au sourire, tout se perd dans les méandres de la maladie.
Face à ce qu’endure toute une frange de la société, « Reins » est une association qui vient de se constituer tout récemment, dans l’optique de contribuer à atténuer les outrages de la maladie. Information de l’opinion publique sur la maladie ; contribution à la formation et à l’information sur la dialyse et la transplantation rénale ; aide à l’insertion et à la réinsertion et apport d’aide financière : telles sont les grandes lignes auxquelles «Reins» envisage de se consacrer. Aussi, l’encouragement de la transplantation rénale est le grand défi à relever pour la toute jeune association. « L’insuffisance rénale chronique constitue un problème de santé publique dont la résolution nécessite de plus en plus de moyens. Ce qui rend la tâche davantage difficile pour des pays comme le Maroc, où les moyens font encore défaut. Aussi, la problématique de la prise en charge se pose avec acuité. Surtout lorsque cette même problématique s’accompagne d’énormes soucis d’ordre médical, social et économique », souligne le professeur Amal Bourquia, néphrologue et présidente de l’association « Reins ».
La présidente de « Reins » est, à ce propos, bien placée pour pouvoir parler de l’IRC et des enjeux relatifs à la situation au Maroc. En effet, diplômée du Certificat national de néphrologie de la Faculté de médecine René Descartes de Paris, Amal Bourquia a participé à la mise en place et au développement de la dialyse périodique et au démarrage de la transplantation rénale au Maroc. Elle est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs ouvrages sur la question.
Du haut de son expérience et en vertu de ses connaissances du sujet, Amal Bourquia milite pour donner un véritable coup de fouet à la transplantation au Maroc. À noter que seule la transplantation est à même de rendre au malade une vie normale. Mais, dans ce dessein, beaucoup de chemin reste à parcourir et les embûches ne manquent pas.
Sur le terrain, rares sont les établissements, exclusivement publics, autorisés à pratiquer la transplantation. A ce propos, Amal Bourquia met en avant la performance de la médecine privée et déplore que celle-ci en soit exclue. La rigidité de la loi sur cette question puise sa légitimité dans une volonté de contrôler cet aspect de la médecine, qui fait l’objet d’une convoitise vorace de la part des trafiquants d’organes dans le monde. En ce sens, la loi insiste également sur le fait que les donneurs autorisés doivent être apparentés (frère, sœur, parents…), afin d’éviter toute « transaction ».
« Reins » met également en exergue l’intérêt du recours à des donneurs en état de mort cérébrale, pratique autorisée par la loi marocaine mais non appliquée. Il n’est pas difficile de comprendre l’aspect antagonique d’un tel recours : sauver la vie d’une personne par la mort d’une autre. Il faut aussi reconnaître les obstacles religieux et sociaux au prélèvement d’organes sur une personne décédée. La question relève d’une certaine sacralité et la violation de l’intégrité du corps, puis sa mutilation, sont autant d’entraves à cette pratique. «Il faudra transformer l’acte de dépossession du corps du parent, à qui l’on prélève des organes, en un acte de générosité et de noblesse», estime Amal Bourquia. Celle-ci espère parvenir à lever ce tabou incommensurable, mettant en relief le nombre de morts, se comptant par milliers, que font les routes marocaines et l’utilité de pouvoir faire des prélèvements sur eux, insistant sur «le tact et le respect» qui doivent prévaloir lors de l’approche des parents de la victime.
Lorsque l’on saisit les contraintes de la dialyse, l’on saisit, également, la dimension salutaire de la transplantation. La dialyse coûte excessivement cher et l’on ne parvient à traiter qu’une petite quantité de sang par séance. Plusieurs passages par le dialyseur, par semaine, d’une durée pouvant aller jusqu’à 5 heures, sont obligatoires pour faire le travail du rein. En parallèle, un traitement médical et un régime alimentaire strict sont à observer, sachant, dans le meilleur des cas, que la survie se situe entre 20 et 25 ans.
Amal Bourquia précise que « La dialyse, avec son lot de consultations, hospitalisations et traitements stricts, bouleverse la vie du patient et de son entourage. C’est un vrai handicap dans la vie quotidienne, avec une diminution des sorties, loisirs et vacances ( ) et aussi dans la vie professionnelle, car la dialyse, dont les séances sont longues et fréquentes, implique souvent une cessation d’activité. »

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Mortels humains

18 janvier 2005, Le Monde

Soixante-dix-sept ans, un accident cardiaque sévère dix ans plus tôt, une tumeur de la vessie à l'avenir incertain traitée jusque-là avec succès par des moyens purement médicaux dont la dernière administration conduit à un accès fébrile et à l'hospitalisation en médecine où les choses vont en quelques jours s'améliorer. Et, sans signe annonciateur, la mort subite, un matin que rien, en dehors de l'âge, des antécédents cardiaques et de la maladie cancéreuse de la vessie, ne pouvait permettre de prévoir. La famille s'interroge et ne comprend pas...

Les situations de ce type sont courantes malgré l'effort d'information claire, loyale et honnête mené depuis plusieurs années dans les établissements de soins. Il paraît licite d'en venir à s'interroger sur la pertinence de cette information médicale délivrée par le médecin au malade lors du colloque singulier et sur son harmonie avec l'évolution de la pensée collective sociétale.

Autrefois encore, les églises étaient pleines, et, à travers les prêches, les sermons et l'éducation religieuse, l'idée du caractère fini de l'existence, répété et entendu, faisait de la mort l'un des éléments de la vie. Les drames guerriers de la première moitié du XXe siècle, que rien et pas même la foi la plus vive ne pouvait faire accepter, ont probablement participé à l'irrésistible montée de l'athéisme au cours des cinquante dernières années. La croyance dans les principes républicains de liberté, d'égalité et de fraternité a remplacé la foi, et, un peu plus tard, les débats politiques médiatisés à l'extrême autour de la démocratie ont pris la place des esprits philosophiques des siècles passés.

La science s'en est mêlée : tout semblait pouvoir être compris, expliqué, voire contrôlé, jusqu'aux origines de la vie. Les médecins ont largement pris part à cette évolution avec la passion de leur métier, mais aussi parfois avec un manque d'humilité. Transplantation, décodage du génome, transfert de gènes, mères porteuses, clonage et discours emphatiques sur la guérison prochaine des cancers et sur le dépistage, voire le traitement anténatal de toutes les malformations, ne pouvaient être reçus autrement par une population à laquelle toute idée de mystère était peu à peu retirée. Si la maladie gardait une place puisqu'on en parlait encore, la mort n'en avait plus, ou si lointaine qu'elle faisait des quinquas et des sexagénaires d'éternels adolescents partageant avec les adolescents le sentiment d'invincibilité ou même d'immortalité qui caractérise la jeunesse.

Cette culture de l'apparence et du paraître devrait conduire à s'interroger sur le bien-fondé ou en tout cas sur le caractère suffisant des efforts considérables faits dans la direction de l'individu malade. Cette dépense d'énergie, d'argent et de temps ne devrait-elle pas être précédée ou accompagnée d'une action en amont destinée à redonner à chaque individu la pleine conscience de son appartenance à la société, appartenance finie dans le temps dont le caractère momentané est justement la raison même de sa valeur inestimable. Rendre au vieillissement sa part de noblesse, rappeler à chacun que d'autres nous ont précédés et que d'autres nous suivront, cela pourrait participer d'un projet de société moins égocentrique et plus altruiste. Il appartient aux gouvernants de nos sociétés démocratiques de rechercher les voies de cette prise de conscience de la "non-immortalité", au risque sinon d'avoir un jour à faire face aux frais de l'hospitalisation d'une société tout entière, malade de la perte de son jugement lui faisant confondre progrès, confort et illusion d'immortalité.

Marc-Olivier Bitker

Marc-Olivier Bitker est chirurgien, professeur d'urologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

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Cinq ans avec les mains d'un autre

15 janvier 2005, Le Figaro

Cinq ans après la double greffe de main, une première mondiale réalisée par une équipe internationale sous l'égide du Pr Jean-Michel Dubernard à Lyon, le bilan est globalement positif. Du moins pour le patient, Denis Chatelier, qui avait bénéficié de cette transplantation, quatre ans après avoir subi une double amputation à la suite de l'explosion d'une fusée artisanale à l'âge de trente ans.

C'est le premier patient au monde à vivre avec les deux mains d'un autre, et à les accepter comme siennes. Longues et fines, elles bougent, s'animent et éprouvent une bonne sensibilité.

Depuis la première greffe unilatérale de ce type par la même équipe en 1998 sur un Néo-Zélandais de quarante-huit ans, au passé agité, Clint Hallam (1), vingt-six patients dans le monde ont accepté de tenter l'aventure. En France, Belgique, Autriche, Italie, États-Unis et Chine.

Mais les critiques qui s'étaient abattues sur l'équipe lyonnaise lors des suites immédiates de la première intervention sur une seule main, se poursuivent aujourd'hui. Même si elles se sont atténuées. C'est en particulier la nécessité de la prise à vie d'un traitement très lourd à base d'immunosuppresseur pour éviter le rejet d'un organe qui n'est pas vital, à l'inverse d'un coeur, d'un rein ou d'un foie, qui pose problème. Jean-Michel Dubernard, également député UMP du Rhône, n'a cure de ces critiques et poursuit son chemin. Il a réalisé une deuxième greffe bilatérale il y a bientôt deux ans chez un très jeune homme d'une vingtaine d'années. Mais celui-ci a refusé toute médiatisation. Et le chirurgien espère bien en réaliser deux autres dans les mois à venir.

"C'est une belle aventure que nous avons menée à bien en dépit de trois grands défis qu'il nous fallait relever", dit-il en reconnaissant que la technique du repositionnement d'une main sur un avant-bras sectionné, est maîtrisée par les chirurgiens depuis au moins vingt-cinq ans. Premier défi : celui du rejet de la greffe de peau. Jusque-là jamais un greffon de peau non vascularisé n'avait survécu plus de quelques jours. Alors que là, cinq ans après, il n'y a pas eu de rejet sauf au 53e jour puis au 81e jour, deux épisodes qui ont pu être totalement maîtrisés.

Deuxième défi : comment les mains greffées peuvent-elles à nouveau fonctionner - bouger les doigts, réussir à prendre un objet - alors que la commande cérébrale a disparu à la suite de l'amputation ? En fait il existe une remarquable plasticité cérébrale. Alors que l'image de la main, normalement très importante au niveau du cortex moteur disparaît après l'amputation, on la voit réapparaître après la greffe. "Nous avons visualisé à l'IRM fonctionnelle une réexpansion de la représentation de la main au niveau de l'homonculus du cortex moteur dans les mois qui ont suivi la transplantation", précise Pascal Giraux, spécialiste en neurosciences au CNRS. Anticipation et coordination des mouvements de la main sont réapparues progressivement grâce à une rééducation intensive suivie avec assiduité par le patient.

Troisième défi : l'aspect psychologique. "Une des questions les plus difficiles était de savoir comment le receveur pourrait vivre avec les mains d'un autre sous les yeux et se les approprier", souligne le professeur Dubernard qui reconnaît avoir d'emblée beaucoup travaillé avec psychiatres et psychanalystes. En fait, ceux-ci ont constaté que l'appropriation progresse en même temps que le retour de la sensibilité. Une fois passé le souvenir traumatique du premier pansement où le patient se retrouve confronté à des mains boursouflées, couturées, quasiment impossibles à regarder, il va devoir accepter le fait que ce sont les mains d'un autre mais qu'il ne doit pas en tenir compte et faire comme si c'était les siennes.

"Durant les premières semaines après l'intervention, les patients évoquent "les" mains puis "mes" mains lorsque la sensibilité atteint l'extrémité des doigts et qu'il peut ainsi les apprivoiser", note le psychiatre Gabriel Burloux, qui a longuement accompagné tous les désarrois et les cauchemars de son patient, tous les jours au début avec une autre psychiatre, Danièle Bachman. "Tout devient plus facile lorsqu'il a récupéré la motricité expressive, c'est-à-dire le parler avec les mains."

"La présence des psychiatres et des psychanalystes a également été très apaisante pour nous", reconnaît le professeur Dubernard, qui tient aussi à souligner le rôle indispensable du médecin de famille. Celui-ci suit Denis dans sa vie de tous les jours depuis son retour au domicile. Son rôle est également prépondérant pour l'épauler mais aussi pour détecter la moindre complication, en particulier les risques liés au traitement immunosuppresseur.

Quant à l'éventualité d'effecteur un jour une greffe de face, le professeur Dubernard s'est montré très réservé. "On peut envisager des greffes de parties de la face pour des indications bien précises, mais les risques de rejet sont énormes."

(1) Celui-ci a par la suite demandé à être à nouveau amputé en 2001, ce qui montre bien les difficultés à accepter la main d'un autre et la lourdeur du traitement.

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Cinq ans après l'opération, la greffe des deux mains réalisée à Lyon est un succès

14 janvier 2005, Le Monde

Les leçons de la transplantation effectuée par le professeur Dubernard pourraient conduire à de nouvelles méthodes de rééducation. 26 interventions du même type ont déjà été pratiquées.

Le 13 janvier 2000, la direction des Hospices civils de Lyon annonçait qu'une équipe chirurgicale internationale dirigée par le professeur Jean-Michel Dubernard (hôpital Edouard-Herriot) avait tenté le même jour une greffe bilatérale de mains. Cette première chirurgicale mondiale était pratiquée chez un homme de 33 ans, dont les mains avaient été amputées quatre ans auparavant à la suite de l'explosion d'une fusée artisanale. Elle nécessitait la collaboration de 50 soignants - dont 18 chirurgiens.

Les deux greffons avaient été prélevés chez un même donneur décédé, dont la famille, informée de la tentative, avait donné l'autorisation de prélever les membres supérieurs. Au terme d'une intervention de 17 heures, les mains et la partie inférieure des avant-bras du donneur avaient pu être simultanément greffés en suturant les artères, veines, nerfs, tendons, muscles et la peau après fixation des os de l'avant-bras.

Cinq ans plus tard, le 13 janvier 2005, le chirurgien lyonnais, également député et président (UMP) de la commission des affaires sociales, a estimé que la double transplantation était un succès.

Lors d'une conférence de presse, tenue à Lyon en présence de son patient, le chirurgien a indiqué qu'aucune complication n'était apparue en cinq ans, excepté deux brefs épisodes de rejet cutané (en mars et avril 2000) traité avec succès par des corticoïdes.

Après une phase de rééducation intensive et de soutien psychologique, le patient a pu reprendre une activité professionnelle, en mai 2003. Il suit depuis cinq ans un traitement immunosuppresseur du même type que celui qui est administré aux personnes chez lesquelles a été greffé un cœur ou un rein.

Les examens spécialisés ont mis en évidence un retour progressif, en quelques mois, de la sensibilité atteignant l'extrémité des doigts. Une sensibilité plus fine, ainsi que la reconnaissance tactile des formes et de la texture des objets hors du champ visuel, s'est par la suite développée.

"Dès la première année, les gestes utilisés pour tenir un crayon, un verre, une paire de ciseaux, se raser et prendre en charge son hygiène personnelle sont devenus possibles, a observé l'équipe médicale lyonnaise. Cette amélioration s'est poursuivie et notre patient mène une vie normale."

APPROPRIATION

Pour les médecins, l'une des questions les plus difficiles était de savoir comment le receveur pouvait, d'un point de vue psychologique, s'"approprier" des mains qui avaient appartenu à quelqu'un d'autre. Les psychologues ont observé que cette appropriation progressait en même temps que revenait la sensibilité. Lorsque cette sensibilité a atteint l'extrémité des doigts, le patient a commencé à parler de "ses" mains.

Pour le chirurgien lyonnais, cette première a permis d'observer l'existence d'une plasticité inattendue du cortex cérébral. Contrairement à ce que certains postulaient, il a pu être démontré que les muscles des mains greffées retrouvent une représentation fonctionnelle dans le cortex moteur des transplantés.

Ceci pourrait conduire les spécialistes des sciences cognitives à mettre au point de nouvelles méthodes de rééducation, notamment pour les patients victimes d'accidents vasculaires cérébraux.

Depuis cinq ans, 26 greffes de main (dont 6 bilatérales) ont été pratiquées dans différents pays européens, ainsi qu'aux Etats-Unis et en Chine, avec pour l'essentiel des résultats similaires à ceux obtenus par l'équipe française. "Aujourd'hui, une nouvelle ère dans l'histoire de la transplantation s'ouvre, celle des greffes composites, explique le professeur Dubernard. Déjà des greffes de larynx, des greffes de genoux, des greffes de paroi abdominale ont été réalisées annonçant les greffes d'autres parties du corps, associant plusieurs tissus. Rien n'interdit plus désormais de songer à des greffes de la face."

En mars 2004, le Comité consultatif national d'éthique avait rendu un avis négatif sur les greffes de la totalité de la face, mais ne s'était pas opposé à des greffes portant sur une partie du visage.

Jean-Yves Nau

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Décès d'une petite Italienne qui avait subi une transplantation de huit organes

13 janvier 2005, Le Nouvel Observateur

Une petite fille d'un an qui avait subi l'an dernier une transplantation de huit organes à Miami, est décédée dans un hôpital de Gênes, dans le nord de l'Italie, ont annoncé jeudi les autorités médicales.
L'état de santé d'Alessia Di Matteo était déjà extrêmement grave au moment de son arrivée à l'hôpital en provenance des Etats-Unis le mois dernier. Les responsables ont précisé qu'on ignorait précisément les causes de son décès survenu mercredi.
La petite Italienne était née avec une malformation congénitale, qui empêchait un fonctionnement normal de son estomac, de ses intestins et de ses reins.
En janvier 2004, elle avait donc subi une intervention chirurgicale de 12 heures au Jackson Memorial Hospital de Miami. Agée à l'époque de six mois, l'enfant avait reçu huit nouveaux organes (foie, estomac, pancréas, intestin grêle, gros intestin, rate et deux reins).
Alessia Di Matteo avait un peu plus tard subi une autre transplantation qui, selon l'agence italienne ANSA, visait à remplacer le foie récemment transplanté. AP

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Moins de dons d'organes en Belgique

10 janvier 2005, Le Soir

La Belgique a été confrontée en 2004 à une diminution de 15% du nombre d'organes disponibles pour une transplantation, a indiqué samedi Walter Van Doninck, coordinateur des transplantations à l'hôpital universitaire d'Anvers.

Conséquence de cette pénurie, 16% de patients en moins ont bénéficié d'une transplantation, ce qui a fait augmenter le nombre de demandes sur les listes d'attente, mais également le nombre de décès de patients dans cette liste.

Les reins, foies, coeurs et poumons disponibles en 2004 étaient respectivement aux nombres de 379, 169, 81 et 71. L'année précédente, ces chiffres étaient de 455, 201, 97 et 73. On est ainsi passé au total de 826 organes disponibles à 700. Quant aux transplantations, elles ont concerné, en 2004, 365 reins, 183 foies, 70 coeurs et 61 poumons.

Selon la loi de 1986, chaque Belge est supposé être d'accord avec un éventuel don d'organe en cas de décès, sauf s'il s'y est expressément opposé de son vivant. 2004 aura été la première année de pénurie d'organes. Une des raisons est la diminution du nombre de morts sur les routes et le meilleur traitement des cas d'urgence ou de soins intensifs. Outre le refus de principe que la personne communique de son vivant à son administration communale, il ressort que dans 15 à 20% des décès, la famille s'oppose fortement au prélèvement d'organe alors que le défunt n'avait pas mentionné de son vivant son opposition à un don. Ce genre de refus est souvent la conséquence d'un manque de connaissance et de circonstances de deuil particulièrement difficiles.

Walter Van Doninck souligne à ce propos l'intérêt d'une campagne de sensibilisation que le ministre de la Santé Rudy Demotte a prévue pour cette année, selon lui. Il faudrait aussi, ajoute-t-il, investir davantage dans l'identification et le prélèvement d'organes de donneurs dont le coeur a cessé de battre. Ces patients, qualifiés de donneurs "Non-Heart Beating", sont des personnes chez qui certains organes peuvent encore être prélevés après l'échec d'une réanimation.

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Record de dons d'organes en Espagne en 2004

8 janvier 2005, AFP

Le don d'organe a atteint des records "historiques" en 2004 en Espagne avec un taux de 34,6 donneurs par million d'habitants (pmh), le plus élevé au monde, selon le ministère espagnol de la Santé.

Le nombre de donneurs d'organes a augmenté de 3,5% l'an dernier par rapport à 2003 pour atteindre 1.494, un record "historique grâce à la solidarité des personnes âgées", affirme un communiqué du ministère citant les chiffres de l'Organisation nationale des Greffes (ONT).

En 2003, le nombre de donneurs avait été de 1.443, soit un taux de 33,8 pmh.

"Avec ces chiffres (2004), notre pays renforce son leadership mondial en matière de greffes (...). L'Espagne est le pays européen qui réalise le plus de greffes du foie, non seulement en termes relatifs mais également en termes absolus", ajoute le communiqué publié sur internet.

En Espagne l'an dernier, 2.125 greffes de rein ont été réalisées, 1.040 greffes de foie, 294 greffes de coeur, 143 de poumon, 74 de pancréas et 7 de l'intestin.

En 2004, la proportion des donneurs âgés a augmenté. 17,8% du total étaient âgés de plus de 70 ans et 37,9% étaient âgés de plus de 60 ans. L'âge moyen des donneurs a ainsi augmenté de plus de deux ans pour se situer à 52,7 ans. Dans les causes de décès des donneurs, les accidents de voiture reculent, représentant 15,6% du total en 2004 contre 20% en 2003.

Malgré ces chiffres, le gouvernement espagnol rappelle qu'environ 5.000 malades sont toujours actuellement en attente d'être transplantés en Espagne, dont plus de 4.000 pour une greffe de rein.

Le nombre de donneurs n'a pas cessé d'augmenter en Espagne depuis la mise en marche de l'Organisation nationale des Greffes en 1989, quand le taux de donneurs par million d'habitant se situait à 14,3.

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Dons d'organes: pénurie ou incurie ?

6 janvier 2005, Reader's Digest Québec

Pourquoi tant de patients meurent-ils en attente d'une greffe alors que des solutions simples existent ?

Père de deux enfants atteints de fibrose kystique, Denis Mouton, de Longueuil, est conscient de l'urgence absolue qu'il y a à réformer le système des dons d'organes. "Ma fille Valérie aura 25 ans dans quelques jours et sa vie est en sursis, écrivait-il à Jean Charest en octobre dernier. Seule une transplantation lui permettra de "souffler" ses 26 bougies."

Sa lettre devient par endroits un réquisitoire contre les lacunes et la cruauté du système actuel. Dans certains cas écrit-il, " être sur une liste d'attente revient à "attendre" la mort… dans un espoir vain et infernal ". La faute en est en partie due à l'absence d'un registre de consentement (dont nous parlions dans notre numéro du mois dernier - Dons d'organes: pénurie ou incurie?) et au caractère totalement facultatif de la carte de donneur. Nombreux sont en effet les donneurs potentiels qui, par négligence ou par distraction, ne collent jamais sur leur carte d'assurance maladie le fameux petit collant de consentement.

Pour remédier à cela, continue Denis Mouton, il suffirait de rendre obligatoire la carte de donneur. Pour obtenir sa nouvelle carte soleil, tout citoyen recevant son formulaire de renouvellement serait tenu de répondre "oui" ou "non" à la question: Accepteriez-vous de donner vos organes après votre mort? Toute acceptation de sa part devrait également être signée par un témoin (un proche, de préférence) qui pourrait être directement contacté en cas de décès du donneur. "Ce choix (OUI ou NON) serait imprimé sur la carte d'assurance maladie et répertorié dans un registre permettant un accès rapide et efficace des données par les autorités médicales."

Roxanne, 12 ans, ressent ses premières douleurs à l'estomac au début de l'hiver 1998. "Mais elle ne se plaignait jamais et adorait la vie. Elle avait toujours été en excellente santé et adorait jouer avec ses copines et avec Nathalie, sa sœur aînée", raconte Yvon Saint-Denis, qui élève seul ses filles.

Quelques jours plus tard, les douleurs ne se dissipant pas, Yvon la conduit aux urgences. Les résultats de la radiographie des poumons sont assez préoccupants pour que l'adolescente soit immédiatement transférée à l'Hôpital de Montréal pour enfants, où une biopsie révèle une pneumopathie interstitielle. Cette maladie rare des poumons se caractérise par un épaississement des tissus pulmonaires qui finit invariablement par tuer le patient. Seule une transplantation pulmonaire peut sauver Roxanne.

Reste à trouver un donneur.

Yvon, préposé à l'entretien à l'Hôpital général de Montréal, alerte les médias : radio, télévision, magazines, journaux. "Tout le monde devait savoir que Roxanne avait besoin de poumons", dit-il. Un an plus tard, Yvon s'aperçoit que Nathalie, sa fille de 14 ans, est souvent fatiguée après avoir joué dehors avec ses amies. A l'hôpital, il apprend, horrifié, qu'elle souffre du même mal que sa sœur. "Personne n'arrivait à croire que le malheur puisse s'acharner sur nous à ce point!"

Le 31 janvier 2000, 10 jours avant son 14e anniversaire, Roxanne perd la bataille: ses poumons trop scarifiés n'arrivent plus à fournir de l'oxygène à son sang. Elle attendait un don d'organes depuis plus d'un an. En mai 2001, Nathalie succombe à son tour. Son nom est resté sur une liste d'attente pendant sept mois. Yvon Saint-Denis est inconsolable. "Le gouvernement ne sensibilise pas assez le public, souligne-t-il. Les responsables devraient inciter la population à signer l'autorisation de prélèvements d'organes."

Vies brisées
La mort tragique d'un enfant fait toujours la une des journaux. Mais des centaines de personnes meurent au Canada simplement parce que le système de don d'organes ne fonctionne pas aussi bien qu'il le devrait. Au Québec, seulement 17 personnes par million d'habitants ont donné un organe après leur mort. C'est mieux que dans le reste du Canada, où ce taux est de 13 par million, mais c'est tout de même l'un des plus faibles de toutes les nations industrialisées. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Canadiens en attente de greffe d'organe a presque doublé. En 2002, 237 patients sont morts - chiffre officiel - dans l'attente d'une transplantation. Mais il ne s'agit là que des malades dont les noms se trouvaient sur une liste d'attente. Présentement, quelque 4000 patients y sont inscrits (environ 900 au Québec).

"En raison de la pénurie de dons qui frappe le Québec depuis une dizaine d'années, nous ne pouvons pratiquer que 35 transplantations par an, alors qu'il faudrait en faire 200, explique le Dr Renzo Cecere, directeur chirurgical du programme d'insuffisance cardiaque et de transplantation thoracique du Centre universitaire de santé McGill à Montréal. Environ le tiers des malades restants mourront malheureusement avant."

La pénurie d'organes est d'autant plus regrettable que les greffes connaissent un taux de réussite très élevé. "Tous les professionnels de la santé éprouvent à ce sujet un énorme sentiment de frustration : ils ont le pouvoir de sauver des vies, mais ne peuvent le faire faute d'organes, dit le Dr Eugene Bereza, directeur du programme d'éthique médicale du Centre universitaire de santé McGill. C'est une tragédie."

Même si les percées médicales et des mesures plus efficaces en matière de sécurité routière réduisent le nombre de décès, cette pénurie n'est pas due à la rareté des donneurs potentiels, mais à l'obligation de consulter la famille avant tout prélèvement. Or, si les familles de patients décédés ne donnent pas, ce n'est pas par mauvaise volonté, mais tout simplement parce qu'on ne le leur a pas demandé.

Mourir sous dialyse

Installée dans un fauteuil à l'hôpital, une aiguille dans le bras la reliant au dialyseur, Francesca Avvenire, 42 ans, regarde fixement le mur de la pièce. Depuis que ses reins ne fonctionnent plus, l'hôpital est devenu sa seconde résidence. Tous les deux jours, pendant quatre heures, le dialyseur est sa ligne de vie. Mais elle a l'impression d'en être la prisonnière. Francesca ne peut pas partir en vacances, ni manger ce qu'elle aime, ni boire jusqu'à plus soif, ni exercer un métier.

Depuis plus de trois ans, elle attend un appel téléphonique lui demandant de se précipiter à l'hôpital pour une transplantation. Deux de ses meilleurs amis, qui étaient aussi en dialyse, sont morts. "Ce n'est pas une vie, dit-elle souvent à son mari et à sa famille. Tout n'est que restrictions dans mon existence, et je suis trop épuisée pour faire quoi que ce soit." Fatiguée, découragée, elle déprime. Sa famille et ses amis sont inquiets.
Début 2003, dans un geste de générosité, sa mère, son frère, sa sœur, ses cousines, et même leur pasteur, subissent les tests de compatibilité pour lui donner un rein.

"Sammy, mon frère cadet, était tout à fait compatible."
La transplantation réussit. Francesca se sent à nouveau pleine d'énergie. Elle peut enfin sortir, se distraire.

"Je me sens merveilleusement bien! Sammy m'a rendu la vie!"

Il y a des jours où Francesca s'interroge sur le prix payé par son frère:

"Il s'est bien remis, mais j'aurais préféré recevoir un rein d'un donneur décédé. Sammy n'aurait pas dû traverser cette épreuve."

Une étude du comité de transplantation du Collège des médecins du Québec, parue en 2003, révèle qu'en l'an 2000, au Québec, environ le tiers des familles de donneurs n'ont pas été consultées. Il y a plusieurs explications à cela, observe le Dr Réal Cloutier, qui a dirigé l'étude : " Certains médecins ne font face à cette situation qu'une fois par an et n'ont pas le réflexe de penser au don d'organes lorsqu'ils ont un patient en état de mort cérébrale. D'autres sont mal informés en matière prélèvements, ou mal à l'aise dès qu'il s'agit d'aborder les familles pour demander un don."

Par ailleurs, certains hôpitaux manquent de lits dans les services de soins intensifs. "Le médecin se trouve parfois devant un choix difficile: mobiliser un lit pour maintenir artificiellement en vie un patient en état de mort cérébrale, ou l'affecter à un autre patient dont l'état est très critique, mais qui a une chance de survivre", explique le Dr Cloutier.

Un sondage Léger Marketing, réalisé en 2002, indique que plus de trois Québécois sur quatre se disent prêts à offrir leurs organes à leur décès. Pourtant, 53 pour 100 seulement ont pris des dispositions soit en avisant leur famille, soit en signant l'autocollant de donneur d'organes qui doit être apposé au verso de la carte d'assurance maladie (38 pour 100).

"Rares sont ceux qui savent comment devenir donneur d'organes", explique Liz Anne Gillham-Eisen, de Santé Canada. "Nous savons cependant que, lorsqu'on les sollicite, la plupart des Canadiens acceptent de donner, note le Dr Philip Belitsky, directeur d'un service de transplantation en Nouvelle-Ecosse. C'est pourquoi il est important d'informer le public et de faire en sorte que les hôpitaux puissent identifier les donneurs potentiels et aborder ensuite leur famille."

Pour faire face au besoin désespéré d'organes, les chirurgiens ont recours à d'autres solutions. Environ 25 pour 100 des patients du Dr Isabelle Houde, néphrologue à l'Hôtel-Dieu de Québec, reçoivent un rein d'un donneur vivant - parent, conjoint, ami proche… Il s'agit là d'un dernier recours.

Cette technique va à l'encontre d'un principe fondamental de la médecine: ne pas infliger de souffrances inutiles. Mais Isabelle Houde sait que, pour les patients victimes d'insuffisance rénale, l'autre possibilité consiste en des années de dialyse, et donc en une perte considérable de la qualité de vie. On a aussi de plus en plus souvent recours à un donneur plus âgé, pour la greffe d'un rein, d'un cœur ou d'un foie (l'âge du donneur constituait jusqu'ici un puissant facteur dissuasif).

Un modèle de… désorganisation
La pénurie d'organes est encore aggravée par l'absence d'un système de répartition national. Chaque province dispose d'un registre de patients en attente, mais n'a pas accès à celui de ses voisines. Si le rein d'un donneur de groupe sanguin O positif est disponible en Alberta et qu'aucun receveur ne correspond à ce profil dans cette province, c'est cette dernière qui devra faire des démarches pour voir si ses voisines ont besoin d'un tel organe. Les provinces le font-elles? On peut se le demander quand on sait que le coût moyen pour assurer la prise en charge d'un donneur en état de mort cérébrale et pour prélever ses organes est de 17 000$!

En 1999, le Comité permanent sur la santé du gouvernement fédéral s'est penché sur l'amélioration du système de transplantations, et donc sur la possibilité d'établir un registre national de donneurs et de receveurs. Trouvant l'idée intéressante, le Comité a recommandé la formation d'un conseil national chargé de chercher des moyens d'augmenter le nombre de dons d'organes. En août 2001, le Conseil canadien pour le don et la transplantation (CCDT) a vu le jour. L'organisme entend faire du Canada un des leaders mondiaux en matière de don de tissus et d'organes.

En attendant, chaque province a sa propre législation, et les échanges interprovinciaux s'appuient sur des accords non officiels. "Une structure nationale accroîtrait considérablement notre efficacité", affirme le Dr Bereza, qui ajoute que l'Association médicale canadienne soutiendrait le concept d'un registre national. A l'heure actuelle, seuls l'Ontario, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Ecosse tiennent un registre des donneurs qui permet, à la mort d'une personne, de savoir immédiatement si elle a de son vivant autorisé les prélèvements d'organes. Et dans les autres provinces ? On s'adresse à la famille du patient en espérant qu'il aura fait part à ses proches de son intention de donner…

Révolution à l'espagnole

Ce qu'il convient de faire

Si une seule personne aujourd'hui donnait les organes d'un parent décédé, huit patients en danger de mort auraient une chance de survie (et 30 survivraient grâce à un don de tissus). Signez et portez sur vous une carte de donneur de tissus et d'organes. Plus important encore, discutez de votre volonté de donner des organes et des tissus avec des membres de votre proche famille, afin qu'ils soient informés de votre décision.

"Pourquoi ne pas améliorer une vie en laissant un peu de soi-même?" dit le Dr Réal Cloutier, secrétaire du comité de transplantation du Collège des médecins du Québec.
Les canadiens pourraient s'inspirer de l'Espagne, où l'Organisation nationale de transplantations, instaurée en 1989 et basée à Madrid, est le service de transplantation le plus efficace du monde. Comme dans de nombreux pays européens, les hôpitaux espagnols fonctionnent selon le principe du "consentement présumé", ce qui signifie que les autorités médicales prennent contact avec la famille d'une personne décédée en présumant que celle-ci avait de son vivant accepté de donner ses organes; si, toutefois, elle avait refusé de le faire, c'est à sa famille d'en aviser les autorités.

Dans le système canadien, où les organes d'une personne décédée ne sont utilisés que si cette dernière a donné son consentement, la décision appartient à la famille. "L'application du "consentement présumé" augmenterait non seulement de façon substantielle la banque d'organes et de tissus, mais elle protégerait les droits des donneurs après leur mort - à condition qu'ils aient pris des dispositions pour bien faire connaître leurs intentions", explique le Dr Fady Moustarah, chirurgien de Welland, en Ontario, et grand défenseur de ce principe.

"Les Canadiens semblent ouverts à l'idée", indique le docteur Heather Ross, directrice médicale du programme de transplantation cardiaque à l'Hôpital général de Toronto, qui coprésidait en 2001 une consultation publique au cours de laquelle on demandait aux Canadiens leur avis sur les manières d'augmenter les dons d'organes.

Le système espagnol s'attaque aussi aux résistances qui se manifestent au sein de l'hôpital. Les coordonnateurs sont des médecins attachés à des services de soins intensifs. Ils identifient les donneurs et assurent la liaison avec les familles endeuillées. "Pour le médecin, il est bien plus facile de décider que le patient décédé ne fera pas un bon donneur, souligne le Pr Rafael Matesanz, artisan de la réforme espagnole. Cela lui permet d'éviter une procédure longue et compliquée." Pour éviter ce piège, le système espagnol tient les coordonnateurs responsables s'ils essuient un nombre élevé de refus.

Le Québec commence à suivre. En 1999, le Centre universitaire de santé McGill a engagé une infirmière pour instruire le personnel médical au sujet du don d'organes et pour lui apprendre à aborder les familles dans le but d'obtenir leur consentement. Résultat: le nombre de dons d'organes a triplé en une année. A la suite de ce succès, le ministère de la Santé et des Services sociaux a affecté des infirmières de ce type à une vingtaine de centres hospitaliers.

Mais qu'en est-il des autres hôpitaux? Et comment s'assure-t-on que chaque patient souffrant d'une grave lésion cérébrale est adressé à une unité de soins intensifs capable de le maintenir en vie? "Ce travail ne doit pas être considéré comme une corvée par l'établissement, indique le Dr Bereza. Les médecins ne doivent pas oublier que le but est de sauver cinq, six, voire sept vies."

Certes, le processus coûte cher, mais l'exemple espagnol est inspirant. "Depuis les changements apportés, nous avons fait 6400 greffes de rein supplémentaires, observe le Pr Matesanz. Les sommes économisées par l'abandon des dialyses sont plus élevées que le coût total du programme de transplantation espagnol."

Au Québec, une greffe de rein coûte environ 20 000 $. Il faut ensuite compter 6000 $ par année pour les médicaments antirejet. Les coûts associés à la dialyse s'élèvent à environ 50 000 $ par année.

Un don de vie
Le 20 janvier 2001, Michel Lamarre, 43 ans, chef magasinier à Mascouche, est foudroyé par une attaque cérébrale. A l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, les médecins arrivent à arrêter l'hémorragie, mais la santé du malade décline au point que, deux jours plus tard, Michel est déclaré en état de mort cérébrale. Sa femme, Josée Bilodeau, respecte sa volonté de faire don de ses organes. En 1994, après une attente
de trois ans, Michel avait reçu un rein d'un donneur décédé. Il connaissait l'importance du don d'organes.

"Même si son cœur battait encore et qu'il semblait dormir, il n'était plus avec nous", raconte Josée. Peu après, les membres de l'équipe de transplantation informent celle-ci de la procédure à suivre. Il est important que les proches puissent, d'abord, faire leurs adieux à celui ou à celle qui va les quitter. "Michel avait l'air serein, confie-t-elle. J'étais soulagée de voir qu'il ne souffrait plus."

Quelques semaines plus tard, Josée apprend par une lettre de Québec-Transplant que les médecins de l'hôpital ont prélevé les deux poumons, les tissus de la peau et des os de son conjoint décédé. "J'étais tellement fière de lui! Lui qui avait reçu un don de vie sept ans plus tôt, il avait rendu la pareille à d'autres patients en attente."

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L'hémodialyse quotidienne pour une meilleure survie

5 janvier 2005, Le Quotidien du Médecin

De 60 à 80 enfants de moins de quinze ans (nouveaux cas) sont dialysés en France, dont les trois quarts sont pris en charge en hémodialyse dans des centres spécifiques avec, pour la plupart, trois séances de dialyse hebdomadaire. L'hémodialyse quotidienne, qui fait l'objet d'une expérience pilote à Strasbourg, permettrait pourtant de mieux contrôler l'équilibre phosphocalcique, et par là l'état nutritionnel, et de préserver l'état cardio-vasculaire de ces jeunes patients.

Le point avec le Pr Michel Fischbach (1)

Le Quotidien - Dans quel contexte en est-on venu à réaliser des séances de dialyse quotidienne ?

Pr Michel Fischbach - Quand on prend en charge dans un service de dialyse des malades difficiles - c'est-à-dire très âgés ou très jeunes, ou encore très actifs physiquement et donc ayant des besoins nutritionnels subnormaux -, les classiques trois séances de dialyse hebdomadaires ont souvent besoin d'être prolongées, voire complétées par des séances supplémentaires (dites " séances rescue "). De ce constat est née l'idée d'une dialyse quotidienne, qui présente des avantages sur les plans cardio-vasculaire, nutritionnel et psychologique, mais permet également au dialysé de respecter son programme journalier, sans être suspendu à la " surprise " d'une séance prolongée, voire d'une séance supplémentaire le lendemain.
L'impact cardio-vasculaire de ce rythme quotidien comporte un effet direct sur le cœur grâce à l'épuration des toxines en plus grandes quantités, un effet indirect sur la pression artérielle, grâce à un meilleur bilan hydroélectrolytique, ainsi qu'un effet sur les calcifications vasculaires et sur l'athérosclérose accélérée du dialysé, grâce à un meilleur produit phosphocalcique. En pratique, les indices de fonction cardiaque se normalisent et les risques de calcifications coronariennes et d'infarctus du myocarde sont largement diminués, ce qui constitue, chez les enfants tout particulièrement, un bénéfice majeur.

Pourquoi tout particulièrement chez les enfants ?

Car la plupart des enfants mis en dialyse dès le jeune âge présentent, à partir de 20 ans, leurs premières calcifications coronariennes et, entre 25 et 35 ans, une surmortalité cardiaque par une incidence très majorée d'IDM (de 300 à 600 fois plus que dans une population normale du même âge...). Cela pose la question suivante : a-t-on le droit en 2004 de faire simplement survivre un enfant en attente de greffe, alors que l'on peut aujourd'hui limiter le vieillissement vasculaire lié à la dialyse ?... Ou encore, est-il éthique de pratiquer seulement trois séances hebdomadaires de dialyse quand on sait aujourd'hui qu'une séance quotidienne limite " l'athérosclérose accélérée " ?
Au plan nutritionnel, la dialyse quotidienne améliore l'appétit de ces enfants tout en optimisant la balance nutrition-épuration dans le sens de l'anabolisme (disparition des hyperphosphorémies) et, de ce fait, leur vitesse de croissance s'accélère, ce qui est essentiel. Il faut savoir en effet que tout enfant en insuffisance rénale terminale et dialysé a une vitesse de croissance restreinte (de 1 à 3 cm/an), qui aboutit sur plusieurs années à un déficit de croissance nécessitant l'administration d'une hormone de croissance. En palliant ce déficit, l'hémodialyse quotidienne apporte un espoir de croissance naturelle pour tous ces patients.
Au plan psychologique, enfin, ce rythme quotidien de la dialyse améliore la compliance des patients, en particulier celle des préadolescents qui, dès que l'on évoque la nécessité d'une dialyse prolongée, rentrent souvent dans une spirale d'opposition vis-à-vis des parents et de l'équipe de dialyse, et en arrivent par exemple à ne pas manger le matin de la dialyse pour être plus proches de leur poids sec, ce qui entraîne une sous-nutrition.

Quels sont les craintes des dialyseurs encore sceptiques vis-à-vis de l'hémodialyse quotidienne ?

Leurs craintes sont triples :
- un surcroît de travail, qui est indéniable, mais pour une telle amélioration pronostique des enfants... ;
- une difficulté d'annoncer ce nouveau rythme des séances aux patients : elle est réelle, mais il faut savoir mettre en avant les avantages au plan de la santé du dialysé et au plan de son organisation quotidienne ;
- une crainte concernant la voie d'abord, qui n'est pas fondée car, même si l'on pique la fistule cinq ou six fois par semaine, l'aspect de celle-ci est bien meilleur que dans le programme à trois dialyses hebdomadaires, tout simplement car les enfants ont un état nutritionnel optimal.

Quid de la greffe rénale chez un enfant hémodialysé quotidiennement ?

L'hémodialyse quotidienne permet justement de ne pas hypothéquer la vie des patients, mais au contraire, de préparer le terrain en prévenant la formation de calcifications coronariennes et en assurant une meilleure croissance. Cette dernière réalité est importante car, en cas de retard de croissance avéré en dialyse, une greffe rénale réussie ne permet de revenir à une vitesse de croissance de rattrapage que dans 30 % des cas. Les autres enfants greffés ne peuvent pas bénéficier de l'hormone de croissance car celle-ci augmenterait les risques de rejet du greffon.

> Propos recueillis par le Dr Delphine Olivier

(1) Responsable du service pédiatrique de dialyse et de transplantation rénales,
CHU Hautepierre, Strasbourg.
Pour en savoir plus : Fischbach M. et Coll. ; " Daily online haemodiafiltration : a pilot trial in children ". ; " Nephrol Dial Transplant " 2004 ; 19 : 2360-2367.

Dans le monde
Très rare chez l'adulte, puisqu'elle n'est pratiquée en Europe que dans quelques centres de dialyse, l'hémodialyse quotidienne l'est encore plus chez l'enfant, puisqu'elle n'est réalisée que dans deux centres de dialyse pédiatrique dans le monde : le centre canadien de Lorène Bell (Montréal) et le service de dialyse et de transplantation de l'hôpital de Hautepierre (Strasbourg). La technique en général utilisée est celle de l'hémodiafiltration, soit la plus performante ; en assurant une épuration par diffusion et par convection, elle porte en effet sur l'ensemble du spectre des toxines urémiques.

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Le débit de filtration glomérulaire : Un marqueur clé dans l'insuffisance rénale

4 janvier 2005, Le Quotidien du Médecin

Le poids de l'insuffisance rénale chronique étant de plus en plus lourd pour la société du fait du vieillissement de la population, le dépistage et la prévention de cette affection, prônés depuis quelques années auprès des médecins généralistes, sont plus que jamais d'actualité. Clef de voûte de cette démarche : le débit de filtration glomérulaire.

LE QUOTIDIEN - Quel est le contexte de l'insuffisance rénale chronique aujourd'hui en termes de poids pour la société ?

Pr MICHEL GODIN - Une enquête de la Caisse nationale d'assurance-maladie réalisée en juin 2003 a rapporté le chiffre de 50 000 patients atteints d'insuffisance rénale chronique terminale en France, dont 30 000 dialysés et 20 000 transplantés. En termes de coût, ces 0,08 % de patients correspondent à 2 % du budget de la Sécurité sociale, ce qui explique que l'accent soit actuellement mis de manière très privilégiée sur la prévention de l'insuffisance rénale par :
- l'identification des patients à risque, diabétiques et hypertendus en priorité ;
- la protection des reins déjà altérés de manière que l'insuffisance rénale ne continue pas à évoluer pour son propre compte ; cette protection passe par le maintien d'une pression artérielle = 130/80 mmHg, par l'utilisation d'inhibiteurs du système rénine angiotensine et par la réduction de la protéinurie*.
Pour dépister l'insuffisance rénale ou en évaluer l'évolutivité, on se fonde actuellement sur le débit de filtration glomérulaire.

Pourquoi la clairance de la créatinine n'est-elle plus de mise ?

La clairance de la créatinine évalue correctement le débit de filtration glomérulaire (DFG) mais, par définition, elle nécessite un recueil urinaire, qui est à la fois compliqué à réaliser et source d'erreur.
Par simplicité, on s'est de plus en plus servi du seul dosage de la créatinine sanguine, mais sa valeur ne dépend pas uniquement du DFG. Elle dépend aussi de la masse musculaire. Aussi peut-elle être interprétée, à tort, comme parfaitement normale chez un insuffisant rénal âgé, par diminution conjointe du débit de filtration glomérulaire et de la masse musculaire. En 1976, Cockcroft et Gault ont établi une formule d'estimation du DFG sans recueil urinaire, en intégrant comme paramètres l'âge, le poids et la créatinine sanguine, avec un coefficient différent pour l'homme et la femme. Cette formule permet donc d'identifier une éventuelle insuffisance rénale par l'estimation du DFG à partir du simple dosage de la créatinine sanguine. Une autre formule, dite Mdrd simplifiée, a été récemment proposée car elle a l'avantage de ne pas nécessiter de connaître le poids du patient. Il faut toutefois savoir que ces formules ne sont pas validées au-delà de 75 ans.
Quoi qu'il en soit, la valeur normale du débit de filtration glomérulaire se situant aux alentours de 120 ml/min, on évoque une insuffisance rénale significative à partir de 60 ml/min.

Quelle doit être la démarche du généraliste en constatant un tel chiffre chez son patient ?

La première chose à faire est de le confirmer, c'est-à-dire de redemander un dosage de la créatinine sanguine avec estimation du DFG de une à trois semaines plus tard, ce qui permet, de plus, d'évaluer une éventuelle évolutivité de l'insuffisance rénale. En cas d'aggravation, il faut directement passer la main au néphrologue. Si l'insuffisance rénale ne s'est pas aggravée, sa découverte fortuite doit faire rechercher des stigmates de maladie rénale par deux examens :
- la recherche d'une protéinurie et d'une hématurie microscopique, idéalement par une bandelette urinaire ;
- une échographie rénale qui donne des renseignements morphologiques, dilatation des voies excrétrices, taille des reins et présence d'une éventuelle asymétrie...
Toute anomalie doit faire adresser le patient au spécialiste.
En revanche, si tout est normal, il faut alors distinguer :
1) le sujet dont le DFG est < 30 ml/min, qui doit être adressé au néphrologue pour éviter une prise en charge trop tardive en dialyse ;
2) le sujet qui a un DFG compris entre 30 et 60 ml/min, qui doit être adressé au spécialiste s'il est jeune, et surveillé s'il est âgé et stable ;
3) le sujet dont le DFG est aux alentours de 60 ml/min, qui doit également être surveillé.
On peut avoir une idée de la périodicité de la surveillance d'une insuffisance rénale en divisant le chiffre de DFG estimé par 10. Ainsi, par exemple, un patient ayant un DFG à 40 ml/mn doit être évalué tous les quatre mois.

> PROPOS RECUEILLIS PAR LE Dr DELPHINE OLIVIER

(1) Vice-président de la Société de néphrologie, service de néphrologie, CHU, Rouen.

* Pour en savoir plus, voir le document " Moyens thérapeutiques pour ralentir la progression de l'insuffisance rénale chronique chez l'adulte " sur le site www.anaes.fr, rubrique Publications (néphrologie).

Quand demander systématiquement une mesure du DFG ?
Les deux maladies principalement responsables d'insuffisance rénale étant le diabète et l'hypertension artérielle, il est indispensable de rechercher systématiquement une éventuelle atteinte rénale chez les diabétiques et les hypertendus : les recommandations proposent :
- chez les diabétiques, un dosage annuel de la créatinine sanguine et de la microalbuminurie ;
- chez les hypertendus, un dosage de la créatinine sanguine tous les tans et une recherche de protéinurie tous les 5 ans.
Il faut aussi rechercher une insuffisance rénale en cas :
- d'antécédents de néphropathie familiale ou d'antécédents urologiques ;
- de maladie générale pouvant se compliquer d'atteinte rénale ;
ou encore ;
- avant l'injection de certains produits de contraste iodés ;
- avant (et au cours) d'un traitement par des médicaments potentiellement néphrotoxiques ou avant un traitement par des médicaments à élimination rénale pouvant s'accumuler dans l'organisme.

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Témoignage : de la dialyse à la transplantation
 
 
 
 
 


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