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L'amélioration de la qualité
de la dialyse : Mythe ou réalité?
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L'amélioration
relativement faible des résultats en termes de morbidité
et de mortalité chez les patients hémodialysés
au cours de ces dernières années demeure toujours
surprenante. En dépit d'une amélioration constante
de la technique, du monitorage, de la compréhension
du traitement et des coûts thérapeutiques, il
est étrange que l'amélioration des résultats
ne soit pas au rendez-vous. Cela doit nous conduire à
réfléchir sur les causes profondes de ce phénomène
et essayer d'apporter des réponses en terme d'amélioration
du rapport coût/bénéfique pour le patient.
L'ETUDE
INTERNATIONALE Dopps, conduite depuis près de huit
ans, apporte très certainement une partie de la réponse
à ces interrogations. Sans entrer dans le détail
ni la rigueur de la méthodologie de cette étude,
nous la prendrons comme base de réflexion et d'illustration
à nos propos. Dopps est en effet le « miroir
» des pratiques médicales dans le domaine de
l'hémodialyse au niveau mondial. C'est la seule étude
de cette envergure qui a enrôlé plus de 10 000
patients hémodialysés et les suit de façon
prospective aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. L'originalité
de cette étude réside dans le fait qu'elle enregistre
les paramètres classiques d'efficacité du traitement
de suppléance, analyse le profil médical des
patients et des pratiques médicales et permet ainsi
une analyse de morbidité et de mortalité ajustée
sur ces différents paramètres.
De façon globale et nette, il apparaît que la
mortalité des patients diffère de façon
très significative d'un pays à l'autre, passant
de près de 9 % au Japon à 22 % aux Etats-Unis
et à 15 % en Europe. Cette différence de mortalité
persiste en dépit d'analyses fines prenant en compte
les facteurs de risques ou de comorbidité de ces patients,
démontrant ainsi que les pratiques de soins ont un
rôle très important dans la survie des patients
dialysés. Ainsi, la comorbidité plus fréquente
chez les patients dialysés américains n'est
pas le seul facteur permettant d'expliquer leur surmortalité.
De façon intéressante, les causes de décès
sont représentées pour plus de 50 % parmi les
accidents cardio-vasculaires et les problèmes infectieux.
Egalement,
il est intéressant de constater que la morbidité
ne diffère pas de façon nette d'un pays à
l'autre. Près de 25 % des causes d'hospitalisation
sont liées à des problèmes de dysfonctionnement
ou de complications d'accès vasculaire et d'infection,
les autres causes cardio-vasculaires ou pulmonaires arrivant
bien après. Ces deux causes d'hospitalisation soulignent
la fragilité des patients hémodialysés
et l'impact probablement très important des pratiques
médicales dans ce domaine. En effet, les problèmes
d'accès vasculaire ou d'infection sont directement
liés aux pratiques de soin.
Ces
observations sont d'autant plus surprenante que tous les pays
concernés ont un produit intérieur brut élevé
qui les place parmi les pays les plus riches. La technologie
accessible est l'une des plus sophistiquée, tant en
matière de moniteur générateur de dialyse,
de dialyseur haute performance, d'unités de dialyse
hautement équipées. L'accès aux médicaments
complémentaires les plus efficaces est également
peu limité (érythropoïétine, statines,
antihypertenseurs...). La formation médicale et paramédicale
est de très haute qualité et l'expertise et
la compétence des soignants n'est pas à mettre
en doute. Les causes de morbi- et mortalité doivent
donc être recherchées ailleurs.
Les
pratiques médicales.
Dopps,
là encore, nous apporte une partie de la réponse.
Le principal facteur d'amélioration des résultats
des patients hémodialysés est représenté
par les pratiques médicales. En effet, il apparaît
de façon nette que c'est le nombre de médecins,
d'infirmières et de paramédicaux qualifiés
par patient qui améliore la qualité des résultats.
Cela a un impact sur la mortalité mais également
sur la survie de l'accès vasculaire, par exemple. L'expertise
et la qualité du soin apportée aux patients
par les équipes médicales et paramédicales
sont plus importantes en terme d'amélioration des résultats
que certains paramètres mythiques comme la dose de
dialyse calculée par le Kt/V.
Pour
se résumer, Dopps confirme que la « dose médicale
» et la « dose infirmière » sont
plus importantes pour la survie des patients que la «
dose de dialyse » calculée par de savantes équations.
Le
deuxième enseignement de l'étude Dopps réside
dans la comparaison de deux périodes d'observation,
la période initiale (1998) et la période actuelle
(2002). En effet, la comparaison des résultats de ces
deux périodes ne retrouve pas une progression spectaculaire
des résultats tels que le voudraient les connaissances
acquises. En dépit de la parution régulière
de guides et de directives de bonnes pratiques dans le domaine
de l'hémodialyse, l'impact sur les résultats
au quotidien progresse de façon minime. Il est donc
nécessaire de transformer l'acquis de nos connaissances
en des actes pratiques médicaux capables d'améliorer
les résultats globaux des patients hémodialysés.
En somme, il s'agit d'assurer un transfert de connaissance
au niveau des soins quotidiens.
La comparaison des changements des pratiques de soin entre
les périodes 1998 et 2002 dans Dopps est très
instructive. Elle illustre les difficultés ou les réticences
à atteindre les objectifs thérapeutiques pourtant
devenus consensuels. L'exemple le plus caractéristique
est celui de l'équilibre phosphocalcique. A l'heure
où les calcifications vasculaires représentent
le principal sujet de discussion de nos réunions scientifiques,
il est intéressant de se pencher sur les résultats
de l'équilibre phosphocalcique de nos patients hémodialysés.
A-t-on idée du pourcentage de patients atteignant les
cibles de l'équilibre phosphocalcique défini
par les DOQI ?
En
2002, Dopps a établi qu'à peu près 53
% des patients avaient un taux de phosphore inférieur
à 1,75 mmol/l avant dialyse, 37,5 % avaient un calcium
compris entre 2,20 et 2,40 mmol/l, 62 % avaient un produit
phosphocalcique inférieur à 4,5 mmol/l et 26
% avaient un taux de PTH compris entre 150 et 300 pg/l. La
marge de progression en matière d'amélioration
de qualité est évidemment très importante.
Ce pourcentage de patients a-t-il changé de façon
significative depuis 1998 ? La réponse globale est
oui, mais avec une évolution très faible. Ainsi
observe-t-on que 5 % ont amélioré leur contrôle
du phosphore, 4 % celui de leur taux de PTH, 0,2 % celui de
leur calcémie et 5 % celui de leur produit phosphocalcique.
En somme, l'amélioration des résultats est de
l'ordre de 1 % par an. Cela permet de prédire qu'il
va falloir de trente à quarante ans pour que 100 %
de notre population dialysée atteigne les cibles fixées.
Il en serait de même de la gestion des accès
vasculaires, de la correction de l'anémie, de la supplémentation
en fer et de la correction des autres paramètres métaboliques.
En
conclusion, l'amélioration de la qualité de
dialyse est une réalité qui se mesure au quotidien.
Certes, elle est faible, de l'ordre de 1 % par an si l'on
juge sur certaines cibles thérapeutiques. Le bénéfice
est en partie dû à l'amélioration technologique
et pharmacologique mais elle relève surtout d'un facteur
de compétence et d'expertise humaine. La prise en charge
quotidienne et globale du patient dialysé et les compétences
des équipes soignantes sont irremplaçables et
doivent être renforcées. Le transfert de connaissances
doit être accéléré et privilégié
très probablement à celui de compétences.
L'accent doit donc être mis sur les outils facilitant
le suivi et l'analyse du suivi des résultats permettant
de motiver et de stimuler les équipes soignantes.
>
PrBERNARD CANAUD
président de la Société francophone de
dialyse
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L'indispensable collaboration généraliste-néphrologue
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EN
FRANCE, COMME dans d'autres pays européens, l'insuffisance
rénale chronique (IRC) est devenue un problème
majeur de santé publique. C'est pour en alerter le
grand public que ce sont tenues en France en 2001 et en 2003
les journées nationales de l'IRC.
Si
la prévalence de l'insuffisance rénale chronique
non terminale est encore mal précisée, celle
de l'insuffisance rénale chronique terminale (IRCT)
(c'est-à-dire nécessitant un traitement de suppléance
rénale) a été établie par l'enquête
nationale SROS/IRCT effectuée par la Cnamts et la Dhos
en juin 2003 : elle a permis de recenser un peu plus de 30
000 patients dialysés et un peu plus de 20 000 patients
porteurs d'un greffon fonctionnel. Il est à noter que
les néphropathies vasculaires et diabétiques
représentent, selon les régions, de 40 à
50 % des causes d'Irct. Le coût global du traitement
de l'Irct est estimé à 2 % de la totalité
des dépenses de santé au bénéfice
d'environ 0,75 [228] de la population française (1).
Or, nous disposons aujourd'hui de traitements néphroprotecteurs
permettant de retarder significativement la progression de
l'insuffisance rénale chronique et donc, dans certains
cas, d'éviter le recours aux traitements de suppléance
rénale. Ces traitements ont autant plus de chance d'être
efficaces qu'ils sont instaurés précocement,
d'où l'intérêt d'un diagnostic précoce
et d'un suivi approprié.
En
ce qui concerne la fonction rénale, elle est appréciée
par l'évaluation du débit de filtration glomérulaire
(DFG). Il est recommandé, en pratique clinique courante,
d'utiliser la formule de Cockcroft et Gault pour estimer le
DFG : c'est ce qui est appliqué aujourd'hui par les
laboratoires d'analyses. Comme toutes les méthodes
d'estimation, la formule de Cockcroft et Gault est imparfaite
; en particulier, elle a été peu évaluée
chez les sujets âgés de plus de 75 ans. Peut-être
sera-t-elle remplacée par un autre calcul qui a actuellement
la faveur de nos collègues américains : la formule
Mdrd. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, un DFG estimé
par la formule de Cockcroft < à 60 ml/min. (de façon
stable) témoigne d'une insuffisance rénale méritant
une investigation complémentaire.
Quel
bilan devant la découverte d'un DFG < à 60
ml/min. ? La recherche de la ou des causes de l'IRC repose
sur un relevé détaillé des antécédents
personnels et familiaux ;
un examen clinique soigneux, comportant la mesure de la pression
artérielle et l'évaluation de l'état
cardio-vasculaire et uro-génital et quelques examens
peu coûteux :
- examen des urines à la bandelette (à la recherche
d'une protéinurie, et d'une anomalie du sédiment,
en particulier une hématurie et/ou une leucocyturie)
;
- échographie rénale (avec Doppler des artères
rénales s'il y a un contexte d'athéromatose)
(2).
Une fois ce bilan effectué, le recours au néphrologue
en vue d'une prise en charge commune est recommandé.
Il n'est probablement pas indispensable s'il s'agit d'un sujet
de plus de 75 ans, avec un DFG entre 40 et 60 ml/min et un
bilan entièrement normal : un suivi périodique
par le médecin généraliste suffira.
Dans
le cadre du dépistage, une estimation du DFG par la
formule de Cockcroft et Gault est recommandée :
- chez les patients ayant une anomalie rénale (anomalie
du sédiment, uropathie, néphropathie héréditaire...)
;
- chez des patients ayant un risque de maladie rénale
: hypertension ; diabète de type 1 ou de type 2 avec,
dans ce contexte, le dépistage de la microalbuminurie
; sujets recevant des médicaments néphrotoxiques
(lithium, anti-inflammatoires non stéroïdiens,
anticalcineurines....) et, enfin dans certaines circonstances,
à savoir avant et pendant la prescription d'aminosides,
avant et après une chimiothérapie néphrotoxique
et avant l'injection d'un produit de contraste iodé.
Quel
traitement ? Avec quels objectifs ?
Le
traitement de la cause de l'IRC (possible dans une minorité
de cas) permet souvent de freiner la dégradation de
la fonction rénale : par exemple, correction d'une
uropathie obstructive, arrêt d'une intoxication médicamenteuse,
traitement d'une maladie de système, éradication
d'une maladie lithiasique...
Par
ailleurs, la plupart des néphropathies chroniques favorisent
l'apparition d'une hypertension artérielle, souvent
bien avant l'apparition d'une insuffisance rénale et
on sait que les lésions rénales s'aggravent
à la faveur d'une hyperpression intraglomérulaire.
On fera donc appel à des agents capables de réduire
à la fois la pression artérielle systémique
et la pression intraglomérulaire, c'est-à-dire
les IEC et/ou les sartans.
Les objectifs de ce traitement dit « néphroprotecteur
» ont été établis par de nombreuses
études cliniques. Un contrôle optimal de la pression
artérielle est la meilleure façon de prévenir
les complications cardio-vasculaires qui dominent la morbidité
de ces patients.
En matière de protéinurie, l'objectif est de
la ramener et de la maintenir en dessous de 500 mg/24 h (ce
qui n'est pas toujours facile, parfois impossible). Généraliste
et néphrologue se concerteront pour définir
dans chaque cas la stratégie thérapeutique ;
l'escalade qui a actuellement la faveur de beaucoup de néphrologues
est : IEC d'abord, ensuite ajout d'un sartan, puis ajout d'un
diurétique.
Un
suivi alterné généraliste-néphrologue
est vivement souhaitable. Une attention particulière
doit être portée à l'adaptation de la
prescription médicamenteuse au degré d'insuffisance
rénale. Parmi les médicaments à éviter,
figure désormais en tête de liste la spironolactone
: ce diurétique d'épargne potassique connaît
une deuxième jeunesse à la suite des résultats
de l'étude Rales, qui avait démontré
que son administration augmentait la survie des insuffisants
cardiaques sévères déjà traités
par IEC. Comme le montre une étude récente menée
à Toronto, ce regain d'intérêt se solde
aujourd'hui par une augmentation de l'incidence de d'hyperkaliémie
fatale, tout particulièrement chez les sujets âgés
de plus de 65 ans (3). Si un insuffisant rénal chronique
doit absolument recevoir de la spironolactone pour des raisons
cardiologiques, la dose doit être adaptée (posologie
maximale de 50 mg à atteindre en 2 paliers) et la kaliémie
doit être étroitement surveillée.
En cas d'IRC, il faut aussi proscrire les biguanides (en raison
du risque d'acidose lactique) et la nitrofurantoïne,
inefficace et potentiellement toxique.
On veillera à réduire la dose d'entretien des
médicaments éliminés par voie rénale.
En cas de doute, on peut s'adresser à Icar (Information
conseil adaptation rénale) : icar.nephro@psl.ap-hop-paris.fr,
à la Pitié-Salpêtrière à
Paris. N'oublions pas qu'à l'inverse, la dose des diurétiques
de l'anse doit être augmentée en proportion de
la réduction du DFG.
Sachons enfin ne pas céder à la panique devant
une élévation discrète à modérée
(< de 30 % d'élévation) du taux de créatinine
sérique survenant peu après l'instauration d'un
IEC chez un insuffisant rénal chronique : des données
récentes suggèrent même que cette discrète
augmentation (en relation avec la réduction de pression
systémique et intrarénale) pourrait être
le « prix à payer » pour obtenir par la
suite une réduction de la vitesse de progression de
la néphropathie. Il faudra néanmoins avoir pris
la précaution, chez le sujet à risque, d'avoir
exclu l'existence d'une sténose artérielle rénale
bilatérale.
Préparation
au traitement de suppléance rénale
Chez
les patients ayant une progression inéluctable de l'IRC,
la perspective du traitement de suppléance doit être
évoquée bien à temps. Une information
détaillée doit être fournie au patient
et à son entourage sur les modalités dialytiques
et les possibilités de greffe rénale.
Dans nos pays, un patient ne peut plus être récusé
pour la dialyse sur la seule base de son âge légal.
C'est l'espérance de vie et, plus précisément
l'espérance d'une vie de qualité qui doit guider
le choix que fera, avec ses médecins, un patient bien
informé. L'expérience montre que la dialyse
peut apporter, à des octogénaires, un «
supplément de vie » de qualité (4). Là
encore, une bonne coopération entre généraliste
et néphrologue sera tout bénéfice pour
les patients confrontés à ce choix et à
ce changement de vie.
>
Pr YVES PIRSON
PRESIDENT DE LA SOCIETE DE NEPHROLOGIE
Références
1. ANAES. « Diagnostic de l'insuffisance rénale
chronique chez l'adulte ». Texte des recommandations.
Sept. 2002.
2. Mignon F. « Le diagnostic précoce de l'insuffisance
rénale chronique ». « Le Quotidien du Médecin
» 2003 n° 7260 (FMC).
3. Juurlink D et coll. « Rats of hyperkalemia after
publication of the randomized Aldactone evaluation study ».
« New Engl J Med » 2004 ; 351 : 543-51.
4. Joly D. et coll. « Octogenarians reaching end-stage
renal disease : cohort study and decision-making and clinical
outcomes ». « J Am Soc Nephrol » 2003
; 14 : 1012-1021.
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Indication majoritaire des immunosuppresseurs
en néphrologie
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L'expérience
des immunosuppresseurs, en particulier de la ciclosporine
et du mycophénolate mofétil, est issue principalement
de travaux menés dans la transplantation rénale.
Celle-ci représente aujourd'hui de 90 à 95 %
de leurs indications en néphrologie. Des immunosuppresseurs
peuvent aussi être prescrits dans le traitement de certaines
maladies soit à localisation rénale unique,
soit générales.
A
L'HEURE ACTUELLE, il n'y a pas de protocole d'immunosuppression
universel en transplantation. Des grandes lignes sont définies,
mais chaque centre a son protocole. Pour les traitements d'induction,
les spécialistes français sont restés
attachés pendant longtemps au sérum antilymphocytaire,
aujourd'hui moins prescrit. De même, si de nombreux
greffés rénaux bénéficient encore
d'un traitement immunosuppresseur par corticoïdes, leur
place s'est restreinte au profit de la ciclosporine (Néoral)
et du tacrolimus (Prograf). Devenues les immunosuppresseurs
« numéro un » dans la transplantation rénale,
ces deux molécules font partie de la famille des inhibiteurs
de la calcineurine, une enzyme jouant un rôle important
dans l'activation des lymphocytes T. Elles ont considérablement
amélioré la prise en charge des patients transplantés,
mais leur utilisation est limitée par un certain nombre
d'inconvénients au premier rang desquels une toxicité
rénale. Les manifestations de néphrotoxicité
peuvent être aiguës ou chroniques. Dans le premier
cas, elles dépendent de la dose et sont réversibles
: la fonction rénale s'améliore lorsque l'on
diminue la posologie. Dans le second cas, la toxicité
se traduit par l'apparition d'une fibrose interstitielle et
une hyalinose artériolaire, irréversibles.
Connaître
les interactions médicamenteuses.
La
ciclosporine, qui est métabolisée dans l'organisme
par le cytochrome P450 hépatique, a des interactions
avec de nombreux médicaments inhibiteurs ou inducteurs
de ce cytochrome, parmi lesquels des produits couramment prescrits
en médecine de ville. C'est le cas de certains inhibiteurs
calciques largement utilisés dans l'hypertension artérielle,
surtout chez l'insuffisant rénal, comme la nicardipine,
et des macrolides, en particulier la pristinamycine, antibiotique
facilement donné dans les angines et les bronchites,
et l'érythromycine. Le kétoconazole et l'itraconazole
font aussi partie des molécules qui, par le biais d'une
inhibition du cytochrome P450, ralentissent le métabolisme
de la ciclosporine et, de ce fait, entraînent une augmentation
de ses taux circulants. Des médicaments inducteurs
enzymatiques, comme les antiépileptiques et les antituberculeux,
en particulier la rifampicine, peuvent, à l'inverse,
accélérer son métabolisme, avec un risque
de sous-dosage et, éventuellement, de rejet du greffon.
Enfin, la ciclosporine ne doit pas être prise avec du
jus de pamplemousse, car il contient une substance, la naringénine,
inhibitrice du cytochrome P450.
Les
protocoles d'immunosuppression dans la transplantation rénale
incluent également le mycophénolate mofétil
(Cellcept). Un médicament très intéressant
dans cette indication, toujours utilisé en association
avec un anticalcineurine. La rapamycine (Rapamune), connue
aussi sous le nom de sirolimus, est d'utilisation plus récente
chez les transplantés. Elle a inauguré une nouvelle
classe d'immunosuppresseur, celle des inhibiteurs de la mTOR
(Mommalian Target of Rapamycin). Outre son efficacité,
la rapamycine a l'avantage de ne pas être toxique pour
le rein et pourrait prendre le relais de la ciclosporine trois
mois après la greffe. Des études ont, en effet,
montré que l'arrêt de la ciclosporine chez des
patients sous rapamycine s'accompagne d'une amélioration
de la fonction rénale à un-trois ans, avec un
risque de rejet faible, de l'ordre de 5 %.
Des
infections spécifiques.
En
pratique, l'adaptation des immunosuppresseurs, qui se fait
au cas par cas, relève du spécialiste. Il faut
aussi savoir que jusqu'au 3e, voire 6e mois, les sujets greffés
peuvent développer des infections très spécifiques
à l'immunosuppression. Au-delà, la prudence
reste de mise, une infection à symptomatologie initialement
bénigne pouvant s'aggraver rapidement. Chez ces patients,
tout épisode infectieux qui n'évolue pas de
façon attendue sous traitement doit motiver une consultation
en centre de transplantation.
En ce qui concerne les recherches sur les immunosuppresseurs,
en France, quasiment tous les greffés entrent dans
des études cliniques portant sur des molécules
nouvelles ou sur des associations de molécules anciennes
en comparaison avec les associations de référence.
Des résultats prometteurs ont été obtenus
avec un nouvel agent immunosuppresseur, le FTY 720, qui a
un mode d'action différent de celui des immunosuppresseurs
actuellement disponibles : il modifie la migration des lymphocytes
et empêche leur pénétration dans le greffon.
Les études en cours sur le FTY 720 en sont au stade
de recherche des doses.
Les
autres indications.
Les
immunosuppresseurs ont également une place dans des
affections à localisation rénale unique, comme
les glomérulonéphrites, et dans toutes les maladies
générales ayant une atteinte rénale comme
les vascularites, le lupus ou le purpura rhumatoïde.
Des corticoïdes et, très souvent, des médicaments
comme le cyclophosphamide (Endoxan) sont donnés lors
des poussées de ces maladies auto-immunes. Avec, dans
certains cas, surtout dans le lupus, un relais par l'azathioprine
(Imurel). Le mycophénolate mofétil commence
à faire son entrée dans ce type d'indication.
Enfin, un traitement par azathioprine et, parfois, par ciclosporine
peut être donné dans les formes corticorésistantes
ou corticodépendantes de glomérulonéphrites.
Dr
CATHERINE FABER
D'après
un entretien avec le Pr Maryvonne Hourmant, service de néphrologie
et immunologie clinique, CHU de Nantes.
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Mode de dialyse : un choix fondé
sur de nombreux critères
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L'hémodialyse
et la dialyse péritonéale donnent des résultats
identiques en termes de qualité de soins et de traitement,
et permettent toutes deux d'accéder à la transplantation
qui doit rester en point de mire, chez les patients jeunes
au moins. Le choix de la modalité dialytique repose
sur des facteurs médicaux, mais dépend aussi
du contexte socio-familial et professionnel. Il n'est pas
irrévocable.
DEUX
GRANDES MODALITES de dialyse sont actuellement proposées
aux patients : les techniques d'hémodialyse et de dialyse
péritonéale (DP). Les premières peuvent
être réalisées dans des centres de dialyse
dits lourds, dans des unités de dialyse médicalisée
qui sont des centres plus légers, en autodialyse soit
simple (le patient est entièrement autonome), soit
assistée (avec l'aide d'un infirmier), ou encore à
domicile. Les secondes se pratiquent toutes à domicile,
sous la forme de dialyse péritonéale continue
ambulatoire (DPCA) ou de dialyse péritonéale
automatisée (DPA). Certaines techniques apparentées
à l'hémodialyse, l'hémodiafiltration
et l'hémofiltration, sont beaucoup plus confidentielles.
De
nombreuses conditions orientent le choix vers l'une ou l'autre
de ces techniques. La première condition absolue est
l'existence d'une contre-indication médicale. Il s'agit
d'une situation relativement rare, qui concerne principalement
la DP (obésité, hernie, chirurgie abdominale...).
Pour la réalisation du traitement, différents
éléments entrent en ligne de compte, parmi lesquels
l'inscription ou non sur une liste d'attente de greffe et,
si tel est le cas, le délai d'attente estimé.
Ce dernier dépend de facteurs individuels, à
savoir le groupe sanguin du patient et, éventuellement,
les immunisations précédentes, mais aussi de
facteurs liés au centre ou à la région.
Ainsi, un patient dont le délai d'attente risque d'être
court pourra être plus facilement orienté vers
la DP.
Par
ailleurs, les habitudes et convictions du néphrologue
représentent un critère non négligeable
du choix. En première ligne, ce spécialiste
oriente le patient vers la technique qu'il estime la plus
adaptée. Pour ce faire, il doit connaître son
milieu familial et professionnel, ses souhaits et son autonomie.
Le niveau d'autonomie est un élément capital,
avec la prise en compte du handicap, des comorbidités
et de la fonction rénale résiduelle pour le
choix de la DP. De même, le désir et les possibilités
du patient de réaliser lui-même son traitement
conditionnent l'orientation vers une modalité, les
techniques d'autodialyse ou de dialyse à domicile ne
pouvant être envisagées que s'il est volontaire.
Quant à l'environnement familial, outre l'implication
du conjoint, qui participe souvent à l'orientation
du traitement, les contraintes incluent des limitations liées
aux conditions d'habitat.
Avantages
et inconvénients des techniques.
Le choix de la modalité dialytique se fait également
en fonction des avantages et des inconvénients de chacune
des techniques. La nécessité d'un abord vasculaire
ou péritonéal, avec ses conséquences
sur le schéma corporel, sont souvent un motif important
de choix, principalement, mais non exclusivement chez les
femmes. Le temps passé pour le traitement, la fréquence
de la dialyse (tous les jours avec quatre échanges
par jour pour la DP et, en général, trois fois
par semaine pour l'hémodialyse) et les contraintes
des déplacements pour les traitements hors domicile
sont parfois les éléments déterminants
du choix. Les perspectives d'avenir du patient ainsi que la
possibilité de transfert d'une méthode à
l'autre font aussi partie des critères influants. En
effet, il est important de préserver le capital veineux
des malades susceptibles d'être transplantés,
et s'il est relativement facile de passer de la DP à
l'hémodialyse, l'inverse est possible, mais plus difficile.
Enfin,
la qualité d'une information objective du malade sur
les possibilités de dialyse, sur l'interaction de son
traitement et de son mode de vie, et sur la qualité
de vie telle qu'il la perçoit, est importante. Il faut
ici souligner le rôle des sources d'information représentées
par les autres patients rencontrés lors des visites
à l'hôpital, des associations de malades, qui
contribuent largement au choix, et des nouveaux médias,
en particulier Internet.
Dr
CATHERINE FABER
D'après
un entretien avec le Dr Jacques Chanliau, Altir (Association
lorraine de traitement de l'insuffisance rénale), hôpital
Brabois, Nancy.
Développer
la dialyse à domicile
En France, d'après une enquête nationale réalisée
en 2003 par l'assurance-maladie, 30 882 insuffisants rénaux
terminaux bénéficient d'un traitement par dialyse.
Deux décrets parus en 2002 ont modifié l'organisation
du traitement par dialyse et les critères de fonctionnement
des structures de soins*. Pour être autorisés
à traiter l'insuffisance rénale chronique par
dialyse, les établissements doivent pratiquer au moins
trois modalités : l'hémodialyse en centre, l'hémodialyse
en unité de dialyse médicalisée et la
dialyse à domicile, « en propre ou par voie de
conventions de coopération ». Les textes visent
également à développer les techniques
de dialyse à domicile, ce qui nécessite de modifier
les habitudes de travail des médecins, souligne le
Dr Chanliau.
*
Décrets n° 2002-1197 et n° 2002-1198 du 23
septembre 2002.
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Le
débat éthique entre dans la pratique quotidienne
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En
réservant un atelier des Journées de Marseille
à la réflexion éthique en néphrologie,
le comité scientifique prend acte d'une réalité
et d'un besoin : la prise de conscience effective de la dimension
éthique de l'acte médical par les praticiens
et l'introduction de ce paramètre dans leur pratique
quotidienne. Le débat éthique n'est plus réservé
aux réunions privées des comités de sages.
Il fait partie des outils de la décision médicale
de terrain.
FACE
AUX GRANDS débats de société, les comités
consultatifs d'éthique organisent une réflexion
pluridisciplinaire et donnent avis sur les questions soulevées
par les progrès de la recherche biomédicale,
leur application en médecine et l'évolution
non forcément synchrone de la société.
Dans la pratique médicale quotidienne, les médecins
expriment le besoin de mieux appréhender les arguments
de leurs choix thérapeutiques ou de leurs comportements
médicaux dans une relation de soin rendue parfois difficile,
inconfortable, voire conflictuelle, par les pathologies, les
thérapeutiques ou les personnes. L'objectif commun
pour les intéressés, soignants et soignés,
est de maintenir ou de rétablir le dialogue, dans un
échange symétrique et transparent fondé
sur la confiance et le respect mutuel.
Chaque praticien doit désormais trouver le juste milieu
dans des logiques contradictoires : informer sans inquiéter
; assister et guider sans l'imposer un choix thérapeutique
; négocier entre ignorance et autonomie des malades
; offrir le meilleur des ressources médicales sans
dépasser les limites du raisonnable ; concilier intérêt
individuel pour un patient donné et intérêt
collectif pour une société dont il faut épargner
les ressources de santé et des sociétés
à venir sur lesquelles il ne faut pas hypothéquer.
Les
premiers questionnés.
Les néphrologues ont une expérience particulièrement
sensible et documentée de l'évolution de la
réflexion éthique médicale imposée
par les avancées de la science et des biotechnologies.
Pionniers dans les techniques de suppléance extracorporelles
et, de ce fait, les premiers questionnés par les enjeux
éthiques de la médecine technique, ils ont connu
différentes périodes. Après les miracles
de survie offerts par l'utilisation des premiers reins artificiels,
ils ont été confrontés aux dilemmes de
sélection des indications et des patients, tenant compte
de l'âge, des pathologies associées et de la
mise à disposition de ce nouveau type de ressource
thérapeutique distribué de façon parfois
très inégale en fonction du lieu géographique.
Puis, la réflexion s'est décalée vers
un objectif visant de nos jours à éviter une
poursuite thérapeutique déraisonnable.
La
transplantation rénale offrait au patient le bénéfice
évident d'un rein fonctionnel grâce au progrès
de la biologie et soulevait en contrepartie la nécessité
de concevoir et d'accepter l'idée du prélèvement
d'organe à partir d'un donneur cadavérique ou
d'un donneur vivant. Respect de la dignité et de l'autonomie
des personnes, respect du corps humain après la mort
et véritable signification du don d'organe dans un
contexte de solidarité interindividuelle représentaient
les enjeux essentiels du débat éthique. Le cadre
législatif du prélèvement et du don d'organe
a fait l'objet de réflexions intenses nombreuses et
approfondies entre philosophes, sociologues, religieux et
juristes, dans un souci annoncé de révision
en fonction des avancées de la science et de la société.
L'application
des progrès de la génétique et de la
médecine prédictive soulève la question
du droit de savoir ou de ne pas savoir des patients et peut
mener à une interruption de grossesse. De nouveaux
progrès scientifiques viendront encore remettre en
question le précaire équilibre toujours à
reconstruire de la réflexion éthique.
Indépendamment des grands débats où l'on
voit la réflexion éthique fortement médiatisée
et le questionnement éthique devenu un devoir du citoyen,
les médecins sont aujourd'hui confrontés aux
modifications de la relation médecin-malade tout à
la fois détendue et compliquée par l'évolution
de la société et les lois définissant
les droits des malades et la qualité du système
de santé.
La
pénibilité de certaines affections rénales
ou de leur traitement et la chronicité de la plupart
des pathologies suivies en néphrologie rendent compte
des difficultés rencontrées parfois dans l'histoire
de la relation médecin-malade dans notre spécialité.
Situations
de conflits entre soignants et soignés.
Ainsi,
la commission d'éthique de la Société
de néphrologie consacre son premier atelier aux situations
de conflits entre soignants et soignés pouvant entraver
le choix thérapeutique dans sa mise en uvre,
son déroulement ou sa qualité. Ici, deux autonomies
sont en jeu : celle du soigné, défendant le
respect de ses droits après une reconquête parfois
difficile de son statut de personne et celle du soignant,
du médecin protégeant son indispensable et légitime
liberté de prescription. Des tensions entre le principe
de respect de l'autonomie du patient objectivé par
l'obtention de son consentement aux soins et la conscience
professionnelle du prescripteur peuvent faire débat.
L'atelier « éthique » des Journées
de la Société de néphrologie et de la
Société francophone de dialyse de Marseille
propose de débattre autour de ce thème à
partir de cas cliniques, à la lumière de deux
exposés théoriques, celui d'une philosophe (Carmen
Rauch, médecin et philosophe, cofondatrice de l'espace
Ethique Méditerranée) et celui d'un juriste
(Philippe Pedrot, professeur de droit à l'université
de Bretagne occidentale). L'un et l'autre viendront documenter
la concertation établie entre ces différentes
disciplines et la pratique médicale. La rencontre du
médecin et du juriste n'exprime pas nécessairement
l'arbitrage d'un litige, mais plutôt une médiation,
le rétablissement d'un dialogue par un équilibre
retrouvé dans la distribution des droits et des devoirs
de chacun.
Ce mode de travail en atelier, à partir de cas cliniques,
propice à l'échange autour de sujets d'actualités
dans la communauté néphrologique francophone,
devrait offrir un terrain favorable pour l'entraînement
à la réflexion éthique pratique.
Par
le Dr CATHERINE DUPRE-GOUDAB, Présidente de la Commission
d'éthique de la Société de néphrologie.
Hémodialyse, CHU hôpital Rangueil, Toulouse.
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Témoignage : de la dialyse à la transplantation
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