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Le récit

Mis à jour le jeudi, 31 mai 2012 09:45 - Écrit par Yvanie le mercredi, 03 juin 2009 01:17

La salle de réveil...

- "ne bougez pas, on va vous faire une radio des poumons".

Je sens des mains qui m'empoignent, on me soulève et ça me fait mal, très mal. On me repose sur quelque chose de froid (métallique ?). Je réalise que la douleur vient de mon ventre, là, à droite. Qu'est ce que je fais là ? Je sens mon menton posé sur mon épaule droite (tiens, pourquoi cette position ?) et j'entends de nouveau la voix, tandis que quelqu'un tente en vain de me remettre droite de force : " Redressez la tête, voilà, comme ça…".

J'ignore pourquoi mais je tourne de nouveau mon visage vers la droite. Je réalise que j'ai également mal dans le cou… Et soudain, je me souviens : la greffe. Ce que je sens dans mon ventre, c'est mon nouveau rein. Et dans mon cou, c'est certainement le cathéter qu'on m'a posé pendant l'opération. La radio des poumons sert vraisemblablement à vérifier sa position… Je tente d'ouvrir les yeux, sans y parvenir. Ou plutôt je peux ouvrir les paupières, mais je ne vois rien : je crois que mes yeux sont révulsés et je n'arrive pas à les contrôler. La douleur est de plus en plus présente et s'intensifie de minute en minute, en même temps que mon niveau de conscience. Je tente de gémir, en vain également.

Quelque chose bloque ma respiration. Je réalise que je suis encore intubée. J'espérais me réveiller après l'extubation, c'est raté. Je panique un peu, je tente de prendre une grande inspiration et j'échoue lamentablement. J'entends une voix féminine me conseiller de respirer doucement et je m'exécute (pas vraiment le choix…).

Les lignes qui précèdent constituent les premières impressions que je garde de mon réveil. On m'avait dit que je ne conserverai aucune mémoire de ces quelques heures, là aussi c'est raté ! J'en ai aujourd'hui encore une image particulièrement claire et détaillée, et des souvenirs extrêmement précis.

On me soulève de nouveau pour retirer la plaque qui se trouve sous moi. J'entends de nouveau la voix féminine : "C'est la jeune fille qui a été greffée. Elle mord le tube et elle est en hypothermie" (ah bon, je mords le tube ? Ah oui tiens, c'est peut être pour ça que j'ai du mal à respirer ?). "Sa température est à 35". Une voix d'homme lui répond (l'anesthésiste ?) : "On va attendre un peu pour l'extuber, on la réchauffe.". Ca ne m'arrange pas, même si la couverture chauffante qui vient m'envelopper est plutôt réconfortante…

Peut à peu, je retrouve l'usage de mes sens. La vue, principalement, qui me faisait défaut jusqu'à présent. Je réalise que je suis de nouveau dans un lit, dans la salle de réveil. Je découvre d'abord tous les tubes qui émergent de mon corps, et ils sont nombreux ! Je commence à redresser la tête, même si le cathé me fait toujours aussi mal. La position que j'adoptais n'arrangeait rien à la douleur, du reste. Je découvre aussi l'infirmière qui va s'occuper de moi pendant mon réveil. Elle est brune, et elle doit avoir une quarantaine d'année. Ce sont les seuls souvenirs que je conserve de son apparence, et j'ignore jusqu'à son prénom, mais je sais qu'elle a été très présente à mes côtés.

J'ignore combien de temps s'est écoulé entre ces quelques instants et mon extubation, mais cela m'a semblé une éternité. Je tente de respirer aussi calmement que possible, mais la douleur est intense et rend les choses difficiles. Je me demande pourquoi on ne me donne rien pour la calmer. Finalement, l'anesthésiste arrive près de moi, prend ma main dans la sienne et me demande de la serrer. Je m'exécute vivement. "On l'extube". Soulagement. Puis, s'adressant à moi "vous allez voir, c'est le meilleur moment de la journée…". Je n'en doute absolument pas ! Le tube glisse rapidement hors de ma trachée… Re-soulagement.

Je peux enfin respirer normalement, ce dont je ne me prive pas.

- Sur une échelle de 1 à 100, à combien évalueriez-vous votre douleur ?
Je n'attends pas la fin de la phrase pour répondre - soixante quinze…
- Ne vous inquiétez pas, je vous fais de la morphine, on va vous soulager.

Tant mieux, je commençais vraiment à trouver ça long ! En quelques minutes la douleur s'atténue en effet, je me détends.
- Ca marche très bien, vous savez, vous n'arrêtez pas de pisser depuis tout à l'heure. Vous avez pissé dès que le rein a été déclampé. Regardez sur votre gauche, votre maman est là ! Elle va très bien aussi, on va la ramener dans sa chambre.
Je tourne la tête et je distingue… un homme ! Et puis un peu plus loin, une silhouette familière qui me fait un signe de la main, tandis que des brancardiers poussent son lit. Je voudrais bien lui répondre mais mes deux mains sont immobilisées par des tas de tuyaux (c'est du moins ce qu'il me semble…).

J'ai l'impression de retrouver mes facultés de minute en minute, sentiment qui est sans doute exacerbé par le fait que la morphine fait son effet, la douleur a presque complètement disparu. On me prévient que je vais avoir de la visite, et effectivement quelques instants plus tard Dominique est à mes côtés. J'entame la conversation, il est visiblement très surpris de me voir aussi consciente. J'apprendrai plus tard qu'à son retour dans notre chambre, maman était encore très endormie, il s'attendait donc à me trouver dans un état similaire. Je lui demande de me ramener mes lunettes, des boules Quies (il semble que j'ai donc l'intention de dormir) et du baume pour mes lèvres qui sont desséchées.

Il s'exécute avec beaucoup de bonne volonté ! Papa aussi vient me voir, séparément, et me donne des nouvelles de la "donneuse" qu'il a retrouvée dans notre chambre un peu plus tôt. Il me raconte que l'information selon laquelle j'ai déjà uriné sept litres circule dans le service ! Mon infirmière confirme, et lui désigne les gros pots en verre qui se trouvent à côté de mon lit. Apparemment je m'apprête à battre un record… Il m'annonce aussi que mon opération n'a duré que 50 minutes, celle de maman 1h10. Il n'y a eu aucune difficulté, ce qui est plutôt bon signe.

Mes visiteurs s'éclipsent, les soins continuent à un rythme intensif : prélèvements de sang, prises de tension, etc. Comme mes idées sont de plus en plus claires, j'entreprends de faire l'inventaire des tuyaux auxquels je suis branchée. De haut en bas : deux dans les narines pour l'oxygène, le Kt dans la jugulaire (en fait, il est tunnelisé sous ma peau et en émerge sous ma clavicule), des électrodes branchées sur le scope, une perf sur le dessus de ma main droite, une autre dans l'avant bras (celle que l'anesthésiste m'a posée avant l'opération), une pince sur mon index droit (qui permet de mesurer ma saturation, c'est à dire le taux d'oxygène dans mon sang), un drain de redon juste au dessus de ma cicatrice (c'est un tube relié à un réservoir qui permet de drainer la plaie), une sonde vésicale, et enfin un tensiomètre sur ma jambe !

Avec la complicité de mes boules quies, qui me permettent de m'isoler de l'agitation de la salle de réveil, je m'assoupis et je perds la notion du temps.

J'ouvre les yeux un peu plus tard, réveillée par la pression du brassard du tensiomètre qui se gonfle. Mon infirmière m'annonce que son service est terminé, l'équipe de nuit va prendre le relais. La salle de réveil sert aussi pour la réanimation, et nous serons trois patients à y passer la nuit. Deux hommes sont en effets étendus sur les lits voisins. J'apprends que le premier a fait une attaque cérébrale, le second a été amené suite à un accident de voiture. Il gémit sans arrêt et se met à hurler régulièrement… Tous deux sont visiblement en très mauvais état.

J'ai soif, on me dit que je ne dois normalement pas boire pour le moment, mais je parviens à obtenir quelques milliaires d'eau dans une seringue. C'est délicieux et cela apaise un peu ma gorge, irritée par le tube endo-trachéal. J'aimerais tousser pour la dégager un peu, mais une unique tentative a suffit pour que je comprenne que cela provoquait une douleur très aiguë au niveau de ma cicatrice. Je m'abstiens donc…

La nuit se déroule doucement, je ne parviens pas à me rendormir. On me refait de la morphine à plusieurs reprises, en sous cutanée cette fois. Mon voisin de gauche est toujours bruyant, et ses cris me glacent le sang : ils n'ont plus rien d'humain. Le matin arrive, avec un nouveau changement d'équipe. Les infirmières qui prennent le relais font comme si je n'étais pas là, ou plutôt comme si je ne me rendais pas compte de leur présence. Un des médecins du service de néphro passe me dire bonjour, et m'assure que je m'en sors très bien, ma créat n'a pas cessé de baisser d'heures en heures, et j'ai pissé en tout 16 litres. Il demande à ce que je sois remontée dans le service de transplantation avant 9h, ce qui m'arrange bien, parce que l'ambiance de la salle de réveil commence à être vraiment sinistre !

Les premiers opérés de la journée, accompagnés de leur personnel soignant, font bientôt leur apparition. Mes quatre "pots de pipi" (4 litres chacun, tous remplis à raz bord), ont été savamment disposés le long de mon lit. Ils entraînent les exclamations admiratives d'à peu près toutes les nouvelles têtes qui pénètrent dans la salle.

On me retire les tubes à oxygène que j'avais dans les narines, parce que "ma saturation est normale". Deux de moins ! Je demande des nouvelles de ma maman, et une des infirmières me propose d'en prendre moi-même directement auprès d'elle. Elle me tend bientôt un combiné téléphonique, et nous pouvons échanger quelques mots… Notre conversation n'est pas très fournie, mais elle nous permet à toutes les deux de constater que l'autre va bien, c'était le but recherché.