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Le récit

Mis à jour le jeudi, 31 mai 2012 09:45 - Écrit par Yvanie le mercredi, 03 juin 2009 01:17

Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité.
Antoine de Saint-Exupéry

Lors de mon hospitalisation de jour, j'ai partagé ma chambre avec une dame d'une soixantaine d'année, venue pour une biopsie de ses reins natifs. Elle était terrorisée, d'abord à cause de l'acte en lui-même, qu'on ne lui avait pas expliqué, mais surtout par la perspective des résultats de l'examen. Elle ne se voyait absolument pas en dialyse…

Nous avons commencé à discuter et j'ai pu la rassurer en lui affirmant tout d'abord que l'examen était complètement indolore. Lorsqu'elle a su que j'avais été greffée, j'ai vu son visage changer et se teinter de surprise. Elle a bredouillé quelques mots, puis a tenté de s'excuser de se plaindre comme elle l'avait fait alors que j'étais sans doute passé par beaucoup plus difficile qu'elle. Elle m'a ensuite avoué que je ne correspondais absolument pas à l'image qu'elle se faisait des greffés du rein… C'est pourtant bien ce que je suis, cela fait maintenant partie de mon identité. Je n'ai pas l'impression que cela fasse de moi quelqu'un de différent pour autant, ni de mériter la considération qu'elle m'a témoignée ! Je suis simplement une survivante, qui a eu beaucoup de chance.

J'ai toujours su que j'étais chanceuse.

Lorsqu'au collège nous avions étudié la reproduction sexuée, ce que j'ai appris a fini de m'en persuader : parmi ces millions de spermatozoïdes, tous terriblement désireux de féconder cet ovule, il a fallu que l'élu soit celui qui portait la moitié de mon patrimoine génétique. Chaque être vivant qui voit le jour sur cette terre est donc porteur d'un capital chance phénoménal, qui lui a permis d'exister. Moi y compris ! Mais aujourd'hui, je réalise que cela va bien plus loin.

J'ai eu la chance de naître en 1973. Quelques dizaines d'années plus tôt je serais morte d'insuffisance rénale terminale à 28 ans, sans que personne ne puisse me venir en aide.

J'ai eu la chance de naître dans un pays qui m'a permis d'être soignée. A quelques milliers de km de là, j'aurais pu mourir d'insuffisance rénale terminale à 28 ans, sans que personne ne puisse ou ne veuille financer mon traitement.

J'ai eu la chance de rencontrer un roudoudou qui m'a un jour affirmé qu'il serait toujours là pour moi. Il a prouvé qu'il disait vrai. Un autre compagnon aurait-il eu la force de s'impliquer dans ma maladie, de la faire pénétrer dans notre foyer, de la prendre à bras le corps et d'accepter la responsabilité de mon traitement ? Aurait-il su endurer mes sautes d'humeurs, mes moments de déprime, mon intransigeance et mes insultes parfois ? Aurait il accepté d'endosser tour à tour le rôle d'ami fidèle, d'amant, de soignant, voire de puching ball ? Un autre couple aurait volé en éclat.
J'aurais pu affronter seule cette épreuve et ajouter une rupture à la (longue) liste des conséquences négatives de ma maladie.

J'ai eu la chance de croiser la route de soignants formidables, qui ont su me soutenir et m'aider à surmonter les difficultés. Ils sont aussi parvenus à me faire retrouver mon regard d'enfant au sujet de leur profession et à me remettre de vieux rêves en tête.

Enfin, j'ai eu la chance de voir le jour dans cette famille. Une autre mère aurait-elle eu la volonté et le courage d'accepter d'offrir une partie d'elle-même, de supporter la douleur, de prendre le risque d'être privée d'un organe vital ? J'aurais très bien pu passer de nombreuses années en dialyse, à attendre qu'un rein soit disponible pour moi…

Ceci n'est pas la fin de mon histoire. Et j'en suis très heureuse ! C'est seulement la conclusion de quelques mois mouvementés et éprouvants de ma vie et de celle de mes proches.

Si j'avais eu le choix, j'aurais évidemment souhaité que tout cela nous soit épargné. Mais puisque ça n'a pas été le cas, nous avons fait le pari de nous battre pour surmonter ces épreuves et pour prendre les décisions qui nous semblaient les meilleures aux moments opportuns. J'espère que l'avenir nous donnera raison.

Mais par dessus tout, je sais à présent qu'au-delà des difficultés, ce par quoi je suis passée m'a grandie, et a modifié ma perception du monde.

J'ai à présent une idée très claire de mes priorités. La principale est de faire le choix d'une vie pleine et de profiter de chaque instant passé auprès de ceux que j'aime. Sans eux, je n'écrirais vraisemblablement pas ces lignes aujourd'hui. Je me suis longtemps questionnée sur la façon de les remercier de leurs multiples et inestimables preuves d'amour. Je pense qu'aujourd'hui j'ai trouvé une réponse. Ce qu'ils ont su me donner est gigantesque, et la seule manière de m'en montrer digne, c'est de vivre heureuse en me donnant les moyens d'aller au bout de mes rêves.