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Christine, 23 ans, attend le fameux appel avec impatience

Mis à jour le dimanche, 10 octobre 2010 08:34 - Écrit par Yvanie le mardi, 02 février 2010 11:59

Christine, 23 ans, attend le fameux appel avec impatience

C'était en Septembre 2006.

J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait. Depuis quelques semaines, j'avais de terribles maux de têtes. J'avais du mal à dormir la nuit et j'étais toujours fatiguée.

Je me levait plusieurs fois par nuit pour aller aux toilettes et je commençais à voir ''flou''(comme dans des lunettes embuées).

J'avais 19 ans et je travaillais comme vendeuse dans une boutique de vêtements. Je voyais la vie au jour le jour, ne me souciait guère de mon avenir, tout ce qui m'importait, c'était de m'amuser. Je vivais dans le présent.

Ce jour là, j'était allée travailler, comme d'habitude. Mais rien n'allait plus. Je ne savais pas exactement ce qui se passait, mais il y avait quelque chose d'anormal. 

Ma patronne, voyant que je n'étais pas en forme du tout, m'a envoyée à l'hopital, sous menace de ne pas pouvoir revenir au travail sans cette consultation.

Et puis tout s'est enchaîné. Je suis arrivée aux urgences, on a pris ma tension artérielle. Elle était à 20/10. J'ai dû attendre moins de 5 minutes dans la salle d'attente et j'étais déjà prise en charge.

Après quelques prises de sang, le médecin était en mesure de me dire que mes reins étaient dans un sale état. Ma créatinine était autour de 900, c'est tout ce dont je me souviens.

J'étais seule, dans un univers que je ne connaissais pas, avec des médecins qui me parlaient en chinois. Je ne comprenais rien de ce qui m'arrivait. Je savais juste que je devrais traverser cette épreuve toute seule, sans compter sur qui que ce soit, au moment où j'en avais le plus besoin.

J'avais besoin d'une épaule pour pleurer. J'avais besoin de pouvoir déléguer ma peine, ma douleur. J'ai été transférée dans un autre hôpital, car à cet endroit, il n'y avait pas de néphrologie.

Dès mon arrivée, le cauchemar a commencé. Je rencontre le néphro qui me parle un peu de ce qui va se passer. Encore une fois, des mots que je ne connais pas, que je ne comprends pas. Insuffisance rénale aigue, insuffisance rénale chronique, dialyse, transplantation, cathéter, fistule, biopsie, etc.

 Je suis en panique, toujours seule pour vivre tout ces émotions trop intenses à contenir. Je pleure. C'est la seule façon d'évacuer.

Dès le lendemain, je me fais implanter un bout de plastique dans les veines du cou. Ca été un des pires moment de ma vie. Personne ne m'a expliqué l'intervention, ou du moins, ne s'est soucié de savoir si j'avais saisi. L'implantation se déroule sans anesthésie. On voit tout! J'étais en panique, encore une fois.

J'étais là, couchée sur la table, des aiguilles qui me piquaient, moi j'étais trop paniquée pour me rendre compte que cela ne faisait pas mal. J'avais un trop plein d'émotions, je n'étais pas prête à me faire charcuter. Je ne voulais pas vivre avec ce tube au dessus du sein. Je ne voulais pas de cicatrices... Je voulais pouvoir contunuer de porter les vêtements qui me plaisaient ! Je voulais seulement qu'on me laisse tranquille.

Enfin sortie de cette fameuse salle de radiologie, je respirais... mais j'étais toujours paniquée. On m'a ramenée à ma chambre et j'ai pleuré. Encore...

Le soir même, on venait me chercher. Mais cette fois, c'était pour m'emmener au service de dialyse. J'allais faire ma première dialyse. Je dois dire que ça s'est bien passé. L'infirmière qui s'occuppait de moi était très gentille. Elle m'expliquait tout au fur et à mesure. J'étais en confiance avec elle. J'étais impressionnée par tout le sang qui coulait dans ces tuyaux. C'était le mien!!! Tout ça, c'était à moi... impressionnant !

Je finis ma dialyse et enfin, à la sortie, il y avait ma mère et mes deux soeurs. Mon petit frère n'avait pas pu venir, car il était trop jeune. Cela m'a fait du bien. Je me sentais un peu soutenue. Mais la visite fut très courte, et je me retrouvais encore seule. Prochaine dialyse, mon néphro venait me voir pour m'annoncer que mes reins ne refonctionneraient plus. Avec la biopsie, il pouvait en être certain. J'ai réalisé que j'allais devoir à partir de maintenant venir en dialyse 3 fois par semaine, sinon j'allais mourir. C'était simple. Soit, je devenais esclave de cette machine, ou je mourais empoisonnée par mon propre sang.

Après mon hospitalisation, je suis retournée à mon appartement, en espérant concilier mon ancienne vie avec ma nouvelle. Je me suis vite rendue compte que c'était impossible. Avec l'anémie, les palpitations, les effets secondaires de médicaments, les lendemains de dialyse, je n'étais plus capable d'aller travailler, je ne pouvais plus aller à la gym, je ne pouvais plus sortir les vendredis soirs, comme j'avais l'habitude de le faire.

Je devais aller en dialyse, et pas question de sortir après ca! Ma vie sociale, qui jusqu'à maintenant avait toujours été épanouïe, devenait défaillante. Je perdis contact, peu à peu avec tout les gens que je croyais mes amis.

Heureusement, en mai 2008, j'ai rencontré un homme qui a sur m'accepter telle que je suis, avec tout ce que cela implique. Nous sommes toujours ensemble, et il me supporte dans tous mes hauts et mes bas. Grâce à lui, j'ai sauté le pas vers la dialyse péritonéale. J'ai accepté le catheter dans l'abdomen, car il m'a convaincue qu'il m'aimerait avec cela.

J'ai maintenant 23 ans et j'attends le fameux appel avec patience.